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VIl faisait chaud dans ce petit appartement trop bas, oĂč le poĂȘle bourdonnait au milieu des perruques et des pommades. L'odeur des fers avec ces mains grasses qui lui maniaient la tĂȘte ne tardait pas Ă  l'Ă©tourdir ; et elle s'endormait un peu sous son peignoir. Souvent le garçon, en la coiffant, lui proposait des billets pour le bal elle s'en allait ! Elle remontait les rues ; elle arrivait Ă  la Croix rouge ; elle reprenait ses socques, qu'elle avait cachĂ©s le matin sous une banquette, et se tassait Ă  sa place, parmi les voyageurs impatientĂ©s. Quelques-uns descendaient au bas de la cĂŽte. Elle restait seule dans la chaque tournant, on apercevait de plus en plus tous les Ă©clairages de la ville, qui faisaient une large vapeur lumineuse au-dessus des maisons confondues ; Emma se mettait Ă  genoux sur les coussins, et elle Ă©garait ses yeux dans cet Ă©blouissement. Elle sanglotait, appelait LĂ©on, lui envoyait des paroles tendres et des baisers, qui se perdaient au y avait dans la cĂŽte un pauvre diable vagabondant avec son bĂąton, tout au milieu des diligences ; un amas de guenilles lui recouvrait les Ă©paules, et un vieux castor dĂ©foncĂ©, s'arrondissant en cuvette, lui cachait la figure. Mais quand il le retirait, il dĂ©couvrait, Ă  la place des paupiĂšres, deux orbites bĂ©antes tout ensanglantĂ©es. La chair s'effiloquait par lambeaux rouges, – et il en coulait des liquides qui se figeaient en gales vertes jusqu'au nez, dont les narines noires reniflaient convulsivement. Pour vous parler, il se renversait la tĂȘte avec un rire idiot ; – alors ses prunelles bleuĂątres, roulant d'un mouvement continu, allaient se cogner, vers les tempes, sur le bord de la plaie chantait une petite chanson, en suivant les voitures Souvent la chaleur d'un beau jourFait rĂȘver fillette Ă  l'amour81.Et il y avait dans tout le reste des oiseaux, du soleil et du il apparaissait tout Ă  coup derriĂšre Emma, tĂȘte nue. Elle se retirait avec un cri. Hivert venait le plaisanter. Il l'engageait Ă  prendre une baraque Ă  la foire Saint-Romain82, ou bien lui demandait, en riant, comment se portait sa bonne on Ă©tait en marche, lorsque son chapeau, d'un mouvement brusque, entrait dans la diligence par le vasistas, tandis qu'il se cramponnait, de l'autre bras, sur le marchepied, entre l'Ă©claboussure des roues. Sa voix, faible d'abord et vagissante, devenait aiguĂ«. Elle se traĂźnait dans la nuit, comme l'indistincte lamentation d'une vague dĂ©tresse, et Ă  travers la sonnerie des grelots, le murmure des arbres et le ronflement de la boĂźte creuse, elle avait quelque chose de lointain qui bouleversait Emma. Cela lui descendait au fond de l'Ăąme comme un tourbillon dans un abĂźme, et l'emportait parmi les espaces d'une mĂ©lancolie sans bornes. Mais Hivert, qui s'apercevait d'un contrepoids, allongeait Ă  l'aveugle de grands coups avec son fouet. La mĂšche le cinglait sur ses plaies, et il tombait dans la boue, en poussant un les voyageurs de l'Hirondelle finissaient par s'endormir, les uns la bouche ouverte, les autres le menton baissĂ©, s'appuyant sur l'Ă©paule de leur voisin, ou bien le bras passĂ© dans la courroie, tout en oscillant rĂ©guliĂšrement au branle de la voiture ; le reflet de la lanterne qui se balançait en dehors, sur la croupe des limoniers, pĂ©nĂ©trant dans l'intĂ©rieur par les rideaux de calicot chocolat, posait des ombres sanguinolentes sur tous ces individus immobiles. Emma, ivre de tristesse, grelottait sous ses vĂȘtements, et se sentait de plus en plus froid aux pieds, avec la mort dans l'Ăąme.
petitfouet ; on le confond avec l'hirondelle ; oiseau d'apparence similaire a l'hirondelle ; un oiseau ; lanieres de cuir ; petit fouet multiple ; oiseau qui ressemble a l'hirondelle ; on le confond avec l'hirondelle petit fouet ; oiseau au vol rapide ; dĂ©finitions du moment 10. elle resiste ; on y entretient la flamme ; leste ; amphipolis y fut fondee ; torturee ; sans regularite ; La solution Ă  ce puzzle est constituéÚ de 6 lettres et commence par la lettre A Les solutions ✅ pour ON LE CONFOND AVEC L HIRONDELLE PETIT FOUET de mots flĂ©chĂ©s et mots croisĂ©s. DĂ©couvrez les bonnes rĂ©ponses, synonymes et autres types d'aide pour rĂ©soudre chaque puzzle Voici Les Solutions de Mots CroisĂ©s pour "ON LE CONFOND AVEC L HIRONDELLE PETIT FOUET" 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 Partagez cette question et demandez de l'aide Ă  vos amis! Recommander une rĂ©ponse ? Connaissez-vous la rĂ©ponse? profiter de l'occasion pour donner votre contribution! Similaires Eneffet, nous avons prĂ©parĂ© les solutions de CodyCross On le confond avec l’hirondelle ; petit fouet. Ce jeu est dĂ©veloppĂ© par Fanatee Games, contient plein de niveaux. C’est la tant attendue version Française du jeu. On doit trouver des mots et les placer sur la grille des mots croisĂ©s, les mots sont Ă  trouver Ă  partir de leurs dĂ©finitions.
Voici toutes les solution On le confond avec l'hirondelle ; petit fouet. CodyCross est un jeu addictif dĂ©veloppĂ© par Fanatee. Êtes-vous Ă  la recherche d'un plaisir sans fin dans cette application de cerveau logique passionnante? Chaque monde a plus de 20 groupes avec 5 puzzles chacun. Certains des mondes sont la planĂšte Terre, sous la mer, les inventions, les saisons, le cirque, les transports et les arts culinaires. Nous partageons toutes les rĂ©ponses pour ce jeu ci-dessous. La derniĂšre fonctionnalitĂ© de Codycross est que vous pouvez rĂ©ellement synchroniser votre jeu et y jouer Ă  partir d'un autre appareil. Connectez-vous simplement avec Facebook et suivez les instructions qui vous sont donnĂ©es par les dĂ©veloppeurs. Cette page contient des rĂ©ponses Ă  un puzzle On le confond avec l'hirondelle ; petit fouet. On le confond avec l'hirondelle ; petit fouet La solution Ă  ce niveau martinet Revenir Ă  la liste des niveauxLoading comments...please wait... Solutions Codycross pour d'autres langues
UnemÚre de famille dépose son fils de 18 mois chez sa grand mÚre. Malencontreusement, la femme confond un emballage de gel hydroalcoolique semblable à une compote en gourde. C'est alors que
Voici toutes les solution On le confond souvent avec le pamplemousse. CodyCross est un jeu addictif dĂ©veloppĂ© par Fanatee. Êtes-vous Ă  la recherche d'un plaisir sans fin dans cette application de cerveau logique passionnante? Chaque monde a plus de 20 groupes avec 5 puzzles chacun. Certains des mondes sont la planĂšte Terre, sous la mer, les inventions, les saisons, le cirque, les transports et les arts culinaires. Nous partageons toutes les rĂ©ponses pour ce jeu ci-dessous. La derniĂšre fonctionnalitĂ© de Codycross est que vous pouvez rĂ©ellement synchroniser votre jeu et y jouer Ă  partir d'un autre appareil. Connectez-vous simplement avec Facebook et suivez les instructions qui vous sont donnĂ©es par les dĂ©veloppeurs. Cette page contient des rĂ©ponses Ă  un puzzle On le confond souvent avec le pamplemousse. On le confond souvent avec le pamplemousse La solution Ă  ce niveau pomĂ©lo pomelo Revenir Ă  la liste des niveauxLoading comments...please wait... Solutions Codycross pour d'autres langues
On le confond souvent avec l'hirondelle. Pourtant, le martinet noir possÚde plusieurs caractéristiques qui le rendent aussi remarquable qu'unique."
Ci-dessous, vous trouverez CodyCross - Réponses de mots croisés. CodyCross est sans aucun doute l'un des meilleurs jeux de mots auxquels nous avons joué récemment. Un nouveau jeu développé par Fanatee, également connu pour la création de jeux populaires tels que Letter Zap et Letroca Word Race. Le concept du jeu est trÚs intéressant car Cody a atterri sur la planÚte Terre et a besoin de votre aide pour traverser tout en découvrant des mystÚres. Il mettra au défi vos connaissances et vos compétences en matiÚre de résolution de mots croisés de maniÚre nouvelle. Lorsque vous trouvez un nouveau mot, les lettres apparaissent pour vous aider à trouver le reste des mots. S'il vous plaßt assurez-vous de vérifier tous les niveaux ci-dessous et essayez de correspondre à votre niveau correct. Si vous ne parvenez toujours pas à le comprendre, veuillez commenter ci-dessous et essaiera de vous aider. Answers updated 24/08/2022 Sponsored Links Sports - Groupe 152 - Grille 4 On le confond avec l'hirondelle ; petit fouet martinet Loading comments...please wait... More app solutions
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TermeDe Chirurgie Petit Bout D'os CassĂ©: ESQUILLE: On Le Confond Avec L'hirondelle ; Petit Fouet: MARTINET: Filets De Hareng MarinĂ© Au Vinaigre: ROLLMOPS: Un Lieu Vacant: INOCCUPE: Navigateur Portugais Du XviĂšme SiĂšcle: MAGELLAN: NĂ©faste À La Vie: DELETERE: En Sport Qui N'a Jamais Perdu: INVAINCU: Ressentiment Envers Une Autre Personne Je vous prĂ©sente dans ce sujet les solutions du jeu CodyCross Groupe 152 Grille 4. Disponible en tĂ©lĂ©chargement libre sur iTunes et Play Store, ce jeu consiste Ă  trouver des mots Ă  partir d’un certain nombre de puzzles. Ceci est la version française qu’est sortie rĂ©cemment. Je partage l’intĂ©gralitĂ© des rĂ©ponses Ă  travers ce site. Ce jeu est dĂ©veloppĂ© par Fanatee Games, contient plein de niveaux. C’est la tant attendue version Française du jeu. On doit trouver des mots et les placer sur la grille des mots croisĂ©s, les mots sont Ă  trouver Ă  partir de leurs dĂ©finitions. Le jeu contient plusieurs niveaux difficiles qui nĂ©cessitent une bonne connaissance gĂ©nĂ©rale des thĂšmes politique, littĂ©rature, mathĂ©matiques, sciences, histoire et diverses autres catĂ©gories de culture gĂ©nĂ©rale. Nous avons trouvĂ© les rĂ©ponses Ă  ce niveau et les partageons avec vous afin que vous puissiez continuer votre progression dans le jeu sans difficultĂ©. Si vous cherchez des rĂ©ponses, alors vous ĂȘtes dans le bon sujet. Le jeu est divisĂ© en plusieurs mondes, groupes de puzzles et des grilles, la solution est proposĂ©e dans l’ordre d’apparition des puzzles. Envoyer un colis ou une lettre Prendre de l’argent sur un compte Dresser en parlant des poils Crime cruel Fureur, exaltation ; rime avec poĂ©sie Recouvrir une route d’un matĂ©riau Ă  base de ciment Titre d’un chapitre Au cinĂ©ma, sĂ©rie de plans formant un tout Ressentiment envers une autre personne En sport, qui n’a jamais perdu NĂ©faste Ă  la vie Navigateur portugais du XVIĂšme siĂšcle Un lieu vacant Filets de hareng marinĂ© au vinaigre On le confond avec l’hirondelle ; petit fouet Terme de chirurgie, petit bout d’os cassĂ© AprĂšs avoir terminĂ© cette grille, vous pouvez continuer Ă  jouer sans stress en visitant ce sujet CodyCross Groupe 152 Grille 5. Si vous avez des remarques alors vous pouvez laisser un commentaire Ă  la fin de ce sujet. Merci Kassidi Amateur des jeux d'escape, d'Ă©nigmes et de quizz. J'ai créé ce site pour y mettre les solutions des jeux que j'ai essayĂ©s. This div height required for enabling the sticky sidebar
traduzionedi On le confond souvent avec son frĂšre nel dizionario Francese - Inglese, consulta anche , esempi, coniugazione, pronuncia Traduzione Context Correzione Sinonimi Coniugazione Altro
Je suis plein du silence assourdissant d’aimer ». — Le fou d’Elsa, 1963 Le paysan de Paris La rĂ©alitĂ© est l’absence apparente de contradictions. Le merveilleux, c’est la contradiction qui apparaĂźt dans le rĂ©el. L’amour est un Ă©tat de confusion du rĂ©el et du merveilleux. Dans cet Ă©tat, les contradictions de l’ĂȘtre apparaissent comme rĂ©ellement essentielles Ă  l’ĂȘtre. — Le Paysan de Paris, t. 1, livre III, p. 911 Prose du bonheur et d’Elsa Louis Aragon Le roman inachevĂ©, 1956 Sa premiĂšre pensĂ©e appelle son amour Elsa L’aurore a brui du ressac des marĂ©es Elsa Je tombe OĂč suis-je Et comme un galet lourd L’homme roule aprĂšs l’eau sur les sables du jour Donc une fois de plus l’amour s’est retirĂ©e Abandonnant ici ce corps Ă  rĂ©mĂ©rĂ© Ce coeur qui me meurtrit est-ce encore moi-mĂȘme Quel archet sur ma tempe accorde un violon Elsa Tout reprend souffle Ă  dire que je t’aime Chaque aube qui se lĂšve est un nouveau baptĂȘme Et te remet vivante Ă  ma lĂšvre de plomb Elsa Tout reprend souffle Ă  murmurer ton nom Le monde auprĂšs de toi recommence une enfance DĂ©chirant les lambeaux d’un songe mal Ă©teint Et je sors du sommeil et je sors de l’absence Sans avoir jamais su trouver accoutumance A rouvrir prĂšs de toi mes yeux tous les matins A revenir vers toi de mes dĂ©serts lointains Tout ce qui fut sera pour peu qu’on s’en souvienne En dormant mon passĂ© que ne l’ai-je perdu Mais voilĂ  je gardais une main dans les miennes Il suffit d’une main que l’univers vous tienne Toi que j’ai dans mes bras dis oĂč m’entraĂźnes-tu Douleur et douceur d’ĂȘtre ensemble confondues Un jour de plus un jour Que la barge appareille Sur la berge s’enfuit novembre exfoliĂ© Ce que disent les gens me revient aux oreilles Il va falloir subir Ă  nouveau mes pareils Depuis le soir d’hier les avais-je oubliĂ©s Mais dans les joncs dĂ©jĂ  j’entends les jars crier Je ne sais vraiment pas ce que peut bien poursuivre Cet animal en moi comme un seau dans un puits Qu’est ce que j’ai vraiment Ă  m’obstiner de vivre Quand je n’ai plus sur moi que la couleur du givre L’ñge dans mon visage et dans mon sang la nuit N’achĂšvera-t-on pas l’écorchĂ© que je suis J’écoute au fond de moi l’écho de mes artĂšres Je connais cette horreur soudain quand il m’emplit Faut-il se borner Ă  subir et se taire Faut-il donc sans y croire accomplir les mystĂšres Comme le sanglier blessĂ© les accomplit Si le valet des chiens ne sonne l’hallali Quoi je dormais toujours ou qu’est ce paysage Quel songe m’habitait dans l’intime des draps OĂč tu vas je te suis La vie est ton sillage Je te tiens contre moi Tout le reste est mirage J’étais fou tout Ă  l’heure Allons oĂč tu voudras Non je n’ai jamais mal quand je t’ai dans mes bras Je vis pour ce soleil secret cette lumiĂšre Depuis le premier jour Ă  jouer sur ta joue Cette lĂšvre rendue Ă  sa pĂąleur premiĂšre On peut me dĂ©chirer de toutes les maniĂšres M’écarteler briser percer de mille trous Souffrir en vaut la peine et j’accepte ma roue Ah ne me parlez pas de roses de l’automne C’est toujours le front pur de l’enfant que je l’aimais Sa paupiĂšre a gardĂ© le teint des anĂ©mones Je vis pour ce printemps furtif que tu me donnes Quand contre mon Ă©paule indolemment tu mets Ta tĂȘte et les parfums adorables de mai L’amour que j’ai de toi garde son droit d’aĂźnesse Sur toute autre raison par quoi vivre est basĂ© C’est par toi que mes jours des tĂ©nĂšbres renaissent C’est par toi que je vis Elsa de ma jeunesse Ô saisons de mon coeur ĂŽ lueurs Ă©pousĂ©es Elsa ma soif et ma rosĂ©e Comme un battoir laissĂ© dans le bleu des lessives Un chant dans la poitrine Ă  jamais enfoui L’ombre oblique d’un arbre abattu sur la rive Que serais-je sans toi qu’un homme Ă  la dĂ©rive Au fil de l’étang mort une Ă©toupe rouie Ou l’épave Ă  vau-l’eau d’un temps Ă©vanoui J’étais celui qui sait seulement ĂȘtre contre Celui qui sur le noir parie Ă  tout moment Que serais-je sans toi qui vins Ă  ma rencontre Que cette heure arrĂȘtĂ©e au cadran de la montre Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant Que serai-je sans toi que ce balbutiement Un bonhomme hagard qui ferme sa fenĂȘtre Le vieux cabot parlant des anciennes tournĂ©es L’escamoteur qu’on fait Ă  son tour disparaĂźtre Je vois parfois celui que je n’eus manquĂ© d’ĂȘtre Si tu n’étais venue changer ma destinĂ©e Et n’avais relevĂ© le cheval couronnĂ© Je te dois tout je ne suis rien que ta poussiĂšre Chaque mot de mon chant c’est de toi qu’il venait Quand ton pied s’y posa je n’étais qu’une pierre Ma gloire et ma grandeur seront d’ĂȘtre ton lierre Le fidĂšle miroir oĂč tu te reconnais Je ne suis que ton ombre et ta menue monnaie J’ai tout appris de toi sur les choses humaines Et j’ai vu dĂ©sormais le monde Ă  ta façon J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines Comme on lit dans le ciel les Ă©toiles lointaines Comme au passant qui chante on reprend sa chanson J’ai tout appris de toi jusqu’au sens du frisson J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne Qu’il fait jour Ă  midi qu’un ciel peut ĂȘtre bleu Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne OĂč l’homme ne sait plus ce que c’est d’ĂȘtre deux Tu m’as pris par la main comme un amant heureux Il vient de m’échapper un aveu redoutable Quel verset appelait ce rĂ©pons imprudent Comme un nageur la mer Comme un pied nu le sable Comme un front de dormeur la nappe sur la table L’alouette un miroir La porte l’ouragan La forme de ta main la caresse du gant Le ciel va-t-il vraiment me le tenir Ă  crime Je l’ai dit j’ai vendu mon ombre et mon secret Ce que ressent mon coeur sur la sagesse prime Je l’ai dit sans savoir emportĂ© par la rime Je l’ai dit sans calcul je l’ai dit d’un seul trait De s’ĂȘtre dit heureux qui donc ne blĂȘmirait Le bonheur c’est un mot terriblement amer Quel monstre emprunte ici le masque d’une idĂ©e Sa coiffure de sphinx et ses bras de chimĂšre Debout dans les tombeaux des couples qui s’aimĂšrent Le bonheur comme l’or est un mot clabaudĂ© Il roule sur la dalle avec un bruit de dĂ©s Qui parle du bonheur a souvent les yeux tristes N’est-ce pas un sanglot de la dĂ©convenue Une corde brisĂ©e aux doigts du guitariste Et pourtant je vous dis que le bonheur existe Ailleurs que dans le rĂȘve ailleurs que dans les nues Terre terre voici ses rades inconnues Croyez-moi ne me croyez pas quand j’en tĂ©moigne Ce que je sais du malheur m’en donne le droit Si quand on marche vers le soleil il s’éloigne Si la nuque de l’homme est faite pour la poigne Du bourreau si ses bras sont promis Ă  la croix Le bonheur existe et j’y crois Tu m’as conduit dans la garrigue Ă  l’heure oĂč l’air n’est que cigales Les troupeaux anciens n’ont laissĂ© qu’un peu d’une terre frugale Et ce parfum de la lavande on dirait foulĂ© de leurs pieds Qui croĂźt des pores de la pierre Ă  tort et travers jointoyĂ©e C’est la terre d’un songe ancien comme il tombe des sarcophages Pleine d’insectes enkystĂ©s d’élytres et de coquillages Elle a le carmin du kermĂšs qui pousse sur les chĂȘnes-nains Écrase-le pour voir le sang vĂ©gĂ©tal te teindre les mains Et ce serpent ruinĂ© sans rien qui tienne ensemble ses Ă©cailles Ce long cheminement qui est ce qui reste d’une muraille Comme il s’agissait toujours de marquer les propriĂ©tĂ©s Mais regarde-moi ces zigzags c’est drĂŽlement mal arpentĂ© C’est un fichu cache-nez que les siĂšcles ont mangĂ© aux mites On a depuis belle lurette oubliĂ© ce qu’il dĂ©limite Et que ce fut le grand terrain domanial de l’épidĂ©mie Transhumance interdite ici comme aux gens de guerre aux brebis A cause des exhalaisons ordre Ă  tous de porter le masque MĂȘme aux morts qui jonchent le sol entre Carpentras et Venasque VoilĂ  le nom lĂąchĂ© Venasque ĂŽ ville oĂč je fus avec toi OĂč l’église juchĂ© Ă  des pierres tombales sur le toit Tu aimes ces contrĂ©es de peste entre la Durance et le RhĂŽne Ce pays sans eau ces hauteurs oĂč la Peur avait fait son trĂŽne Tu l’ouvres devant moi cet incunable plein de tragĂ©dies De meurtres et de poisons noirs Moi j’écoute ce que tu dis Et j’entends ce remue-mĂ©nage et se levant des ossuaires Les fantĂŽmes qui font un bruit cachĂ© d’armes sous leur suaire Tu m’as conduit dans cet autre pays de la confusion Dans ce pays de banqueroute oĂč rien n’est que dĂ©rision DĂ©cor plĂątras La bise entre comme elle veut dans les demeures Toutes pareilles plus ou moins Ă  des tombeaux de parfumeurs Des cabochons en veux-tu en voilĂ  pour faire plus coquet Regarde-moi les plantes vertes qu’on a mises sur les quais Il y a ce quartier perdu quand on suit le chemin de fer OĂč les immeubles et les gens ont fait de mauvaises affaires Ce palais dĂ©labrĂ© qu’emplit une marmaille dĂ©braillĂ©e Le linge y pend partout sur les balcons les escaliers Mais le pis peut-ĂȘtre que ce sont les pensions de famille OĂč ça sent Ă  la fois la poudre de riz et la camomille Chambre avec kitchenette et le robinet d’eau froide larmoie La belle Ă©poque y rend sa derniĂšre bague Ă  la fin du mois PitiĂ© pour qui sur la figure a toujours le trente et quarante Le carnaval est lĂ  pour lui prouver que la vie est marrante La femme de mĂ©nage appelle ici les Italiens PiĂ©montais A toi bien sĂ»r elle racontera le drame qu’elle tait Le pĂšre de son fils un beau matin parti pour le Maroc Cette femme en blanc que tu fais surgir c’est l’Ange du baroque Énigmes Mots croisĂ©s de la CĂŽte et toi seule en as la clef Soudain la mer a balayĂ© la Promenade des Anglais Nous sommes partis d’ici par le dernier petit train de Digne Et des motards Ă  plumes de coq couraient le long de la ligne Tout cela me vient pĂȘle-mĂȘle et ne tient pas compte du temps J’ai traversĂ© toute la France et toi tout au bout tu m’attends Je revois le papier mural de notre chambre Ă  Carcassonne Et le dĂ©sespoir qu’on ne pouvait partager avec personne Une chambre succĂšde Ă  l’autre nuit une nuit suit une autre nuit On dirait que le bras de l’ange exterminateur nous poursuit Un bordel pour le front de l’Est Toute la smala dans la cour Et le fiancĂ© qui voulait s’enfuir de la prison de Tours Nous dĂ©barrasser de son lit le diable m’emporte comment Il n’y a pas de diffĂ©rence entre la vie et tes romans Te voilĂ  dans la neige avec les faux papiers Tu marches vite Vers la maison dans la montagne par toi quelque part dĂ©crite C’est la NoĂ«l Nous sommes abominablement malheureux Quand la porte s’ouvre on jette du genĂ©vrier plein le feu Qu’une grande flamme en ton honneur alors nous saute Ă  la face Mais nous ne resterons pas ici Que voulez-vous qu’on y fasse Nous voilĂ  boulevard Morland dans ce petit rez-de-chaussĂ©e Je ne distingue plus ce que tu dis de ce qui s’est passĂ© SchĂ©hĂ©razade au village oĂč le Commandant Azur se cache Tu es assise au coeur du monde et tu Ă©cris contre la hache Encore un conte pour prolonger l’univers jusqu’à demain Un soldat vert feuilletait ton manuscrit debout dans le train Ou cette nuit au-dessus d’une boucherie Ă  Saint-Rambert La mort est pour un autre jour la croix pour un autre calvaire Quand il n’en reste que la cendre oĂč est la mĂ©moire du feu Notre temps pour le bien comprendre il faut le chercher dans tes yeux Avez-vous lu La Femme au diamant J’adore cette histoire L’éclipse pour la dĂ©chiffrer on a besoin de verres noirs SchĂ©hĂ©razade ĂŽ rĂ©citante et ce n’est plus toi qui supplies Au mille et uniĂšme matin quand le dernier astre a pĂąli Alors tu tournes ce regard d’aube sur les choses futures Et derriĂšre toi dans la brume on aperçoit tes crĂ©atures Jenny ThĂ©rĂšse Elizabeth ce peuple mouvant que voici Dans le faux jour de la voyance et le nĂ©on des pharmacies Le troupeaux hideux des marchands de biens et des soldeurs de stocks Et cet espĂšce de beau garçon qui se perd dans son Ă©poque Avez-vous remarquĂ© que c’est la mĂȘme chose qu’elle dit Dans chaque livre et dans chacun que c’est la mĂȘme tragĂ©die Pour le faire comprendre mieux elle-mĂȘme a pris ce visage Atroce ĂŽ mon amour c’est exiger de moi trop grand courage Ce spectacle Ă  quoi bon D’oĂč sort cette sauvage cruautĂ© Cette apocalypse Écartez de moi ce miroir Ă©cartez De moi ce miroir Enlevez au moins ce mot qui fait si mal Pourquoi tes doigts dans la blessure et cette souffrance animale Qui grandit Les mots tombent de mon coeur oh que ce soit la fin Jusqu’ici je ne savais pas oĂč la douleur humaine atteint Mais d’oĂč te vient cette science Ă  toi qui l’écris et l’enseignes Toi par qui je comprends tout ce qui palpite et tout ce qui saigne Tu es l’air qui porte vers moi la vie et ses pollens lĂ©gers Vint mil neuf cent cinquante-six comme un poignard sur mes paupiĂšres Tout ce que je vois est ma croix tout ce que j’aime est en danger Et sans toi je n’aurais Ă©tĂ© que l’homme qui reçoit les pierres Mais tu m’as chantĂ© la chanson du Rendez-vous des Ă©trangers ‱‱‱ Tant que j’aurai le pouvoir de frĂ©mir Et sentirai le souffle de la vie Jusqu’en sa menace Tant que le mal m’astreindra de gĂ©mir Tant que j’aurai mon coeur et ma folie Ma vieille carcasse Tant que j’aurai le froid de la sueur Tant que ma main l’essuiera sur mon front Comme du salpĂȘtre Tant que mes yeux suivront une lueur Tant que mes pieds meurtris me porteront Jusqu’à la fenĂȘtre Quand ma nuit serait un long cauchemar L’angoisse du jour sans rĂ©mission MĂȘme une seconde Avec la douleur pour seul Ă©tendard Sans rien espĂ©rer les dĂ©sertions Ni la fin du monde Quand je ne pourrais ni veiller ni dormir Ni battre les murs quand je ne pourrais Plus ĂȘtre moi-mĂȘme Penser ni rĂȘver ni me souvenir Ni dĂ©partager la peur du regret Les mots du blasphĂšme Ni battre les murs ni rompre ma tĂȘte Ni briser mes bras ni crever les cieux Que cela finisse Que l’homme triomphe enfin de la bĂȘte Que l’ñme Ă  jamais survive Ă  ses yeux Et le cri jaillisse Je resterai le sujet du bonheur Se consumer pour la flamme au brasier C’est l’apothĂ©ose Je resterai fidĂšle Ă  mon seigneur La rose naĂźt du mal qu’a le rosier Mais elle est la rose DĂ©chirez ma chair partagez mon corps Qu’y verrez-vous sinon le paradis Elsa ma lumiĂšre Vous l’y trouverez comme un chant d’aurore Comme un jeune monde encore au lundi Sa douceur premiĂšre Fouillez fouillez bien le fond des blessures DissĂ©quez les nerfs et craquez les os Comme des noix tendres Une chose seule une chose est sĂ»re Comme l’eau profonde au pied des roseaux Le feu sous la cendre Vous y trouverez le bonheur du jour Le parfum nouveau des premiers lilas La source et la rive Vous y trouverez Elsa mon amour Vous y trouverez son air et son pas Elsa mon eau vive Vous retrouverez dans mon sang ses pleurs Vous retrouverez dans mon chant sa voix Ses yeux dans mes veines Et tout l’avenir de l’homme et des fleurs Toute la tendresse et toute la joie Et toutes les peines Tout ce qui confond d’un mĂȘme soupir Plaisir et douleur aux doigts des amants Comme dans leur bouche Et qui fait pareil au tourment le pire Cette chose en eux cet Ă©tonnement Quand l’autre vous touche Égrenez le fruit la grenade mĂ»re Égrenez ce coeur Ă  la fin calmĂ© De toutes ses plaintes Il n’en restera qu’un nom sur le mur Et sous le portrait de la bien-aimĂ©e Mes paroles peintes ‱‱‱ J’étais celui qui sait seulement ĂȘtre contre Celui qui sur le noir parie Ă  tout moment Que serais-je sans toi qui vins Ă  ma rencontre Que cette heure arrĂȘtĂ©e au cadran de la montre Que serais-je sans toi qu’un cƓur au bois dormant Que serais-je sans toi que ce balbutiement Un bonhomme hagard qui ferme sa fenĂȘtre Le vieux cabot qui parle des anciennes tournĂ©es L’escamoteur qu’on fait Ă  son tour disparaĂźtre Je vois parfois celui que je n’eus manquĂ© d’ĂȘtre Si tu n’étais venue changer ma destinĂ©e Et n’avais relevĂ© le cheval couronnĂ© Je te dois tout je ne suis rien que ta poussiĂšre Chaque mot de mon chant c’est de toi qu’il venait Quand ton pied s’y posa je n’étais qu’une pierre Ma gloire et ma grandeur seront d’ĂȘtre ton lierre Le fidĂšle miroir oĂč tu te reconnais Je ne suis que ton ombre et ta menue monnaie J’ai tout appris de toi sur les choses humaines Et j’ai vu dĂ©sormais le monde Ă  ta façon J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines Comme on lit dans le ciel les Ă©toiles lointaines Comme au passant qui chante on reprend sa chanson J’ai tout appris de toi jusqu’au sens du frisson J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne Qu’il fait jour Ă  midi qu’un ciel peut ĂȘtre bleu Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne OĂč l’homme ne sait plus ce que c’est qu’ĂȘtre deux Tu m’as pris par la main comme un amant heureux. ‱‱‱ La Rose et le RĂ©sĂ©da Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Tous deux adoraient la belle PrisonniĂšre des soldats Lequel montait Ă  l’échelle Et lequel guettait en bas Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Qu’importe comment s’appelle Cette clartĂ© sur leur pas Que l’un fut de la chapelle Et l’autre s’y dĂ©robĂąt Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Tous les deux Ă©taient fidĂšles Des lĂšvres du coeur des bras Et tous les deux disaient qu’elle Vive et qui vivra verra Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Quand les blĂ©s sont sous la grĂȘle Fou qui fait le dĂ©licat Fou qui songe Ă  ses querelles Au coeur du commun combat Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Du haut de la citadelle La sentinelle tira Par deux fois et l’un chancelle L’autre tombe qui mourra Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Ils sont en prison Lequel A le plus triste grabat Lequel plus que l’autre gĂšle Lequel prĂ©fĂšre les rats Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Un rebelle est un rebelle Deux sanglots font un seul glas Et quand vient l’aube cruelle Passent de vie Ă  trĂ©pas Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas RĂ©pĂ©tant le nom de celle Qu’aucun des deux ne trompa Et leur sang rouge ruisselle MĂȘme couleur mĂȘme Ă©clat Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Il coule il coule il se mĂȘle À la terre qu’il aima Pour qu’à la saison nouvelle MĂ»risse un raisin muscat Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas L’un court et l’autre a des ailes De Bretagne ou du Jura Et framboise ou mirabelle Le grillon rechantera Dites flĂ»te ou violoncelle Le double amour qui brĂ»la L’alouette et l’hirondelle La rose et le rĂ©sĂ©da — Extrait de La Diane Française », Ă©dition Seghers →Lire l’analyse de ce poĂšme ici ‱‱‱ La guerre et ce qui s’ensuivit Les ombres se mĂȘlaient et battaient la semelle Un convoi se formait en gare Ă  Verberie Les plates formes se chargeaient d’artillerie On hissait les chevaux les sacs et les gamelles Il y avait un lieutenant roux et frisĂ© Qui criait sans arrĂȘt dans la nuit des ordures On s’énerve toujours quand la manƓuvre dure Et qu’au-dessus de vous Ă©clatent les fusĂ©es On part Dieu sait pour oĂč Ça tient du mauvais rĂȘve On glissera le long de la ligne de feu Quelque part ça commence Ă  n’ĂȘtre plus du jeu Les bonshommes lĂ -bas attendent la relĂšve Le train va s’en aller noir en direction Du sud en traversant les campagnes dĂ©sertes Avec ses wagons de dormeurs la bouche ouverte Et les songes Ă©pais des respirations Il tournera pour Ă©viter la capitale Au matin pĂąle On le mettra sur une voie De garage Un convoi qui donne de la voix Passe avec ses toits peints et ses croix d’hĂŽpital Et nous vers l’est Ă  nouveau qui roulons Voyez La cargaison de chair que notre marche entraĂźne Vers le fade parfum qu’exhalent les gangrĂšnes Au long pourrissement des entonnoirs noyĂ©s Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles Jeune homme dont j’ai vu battre le cƓur Ă  nu Quand j’ai dĂ©chirĂ© ta chemise et toi non plus Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille Qu’un obus a coupĂ© par le travers en deux Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre Et toi le tatouĂ© l’ancien LĂ©gionnaire Tu survivras longtemps sans visage sans yeux Roule au loin roule train des derniĂšres lueurs Les soldats assoupis que ta danse secoue Laissent pencher leur front et flĂ©chissent le cou Cela sent le tabac la laine et la sueur Comment vous regarder sans voir vos destinĂ©es FiancĂ©s de la terre et promis des douleurs La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs Vous bougez vaguement vos jambes condamnĂ©es Vous Ă©tirez vos bras vous retrouvez le jour ArrĂȘt brusque et quelqu’un crie Au jus lĂ -dedans Vous bĂąillez Vous avez une bouche et des dents Et le caporal chante Au pont de Minaucourt DĂ©jĂ  la pierre pense oĂč votre nom s’inscrit DĂ©jĂ  vous n’ĂȘtes plus qu’un mot d’or sur nos places DĂ©jĂ  le souvenir de vos amours s’efface DĂ©jĂ  vous n’ĂȘtes plus que pour avoir pĂ©ri. ‱‱‱ C’est une chose Ă©trange Ă  la fin que le monde
 Chant II extrait du recueil Les yeux de la mĂ©moire », 1954 Que la vie en vaut la peine C’est une chose Ă©trange Ă  la fin que le monde Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit Ces moments de bonheur ces midis d’incendie La nuit immense et noire aux dĂ©chirures blondes. Rien n’est si prĂ©cieux peut-ĂȘtre qu’on le croit D’autres viennent. Ils ont le cƓur que j’ai moi-mĂȘme Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime Et rĂȘver dans le soir oĂč s’éteignent des voix. D’autres qui referont comme moi le voyage D’autres qui souriront d’un enfant rencontrĂ© Qui se retourneront pour leur nom murmurĂ© D’autres qui lĂšveront les yeux vers les nuages. II y aura toujours un couple frĂ©missant Pour qui ce matin-lĂ  sera l’aube premiĂšre II y aura toujours l’eau le vent la lumiĂšre Rien ne passe aprĂšs tout si ce n’est le passant. C’est une chose au fond, que je ne puis comprendre Cette peur de mourir que les gens ont en eux Comme si ce n’était pas assez merveilleux Que le ciel un moment nous ait paru si tendre. Oui je sais cela peut sembler court un moment Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine Et la mer Ă  nos soifs n’est qu’un commencement. Mais pourtant malgrĂ© tout malgrĂ© les temps farouches Le sac lourd Ă  l’échine et le cƓur dĂ©vastĂ© Cet impossible choix d’ĂȘtre et d’avoir Ă©tĂ© Et la douleur qui laisse une ride Ă  la bouche. MalgrĂ© la guerre et l’injustice et l’insomnie OĂč l’on porte rongeant votre cƓur ce renard L’amertume et Dieu sait si je l’ai pour ma part PortĂ© comme un enfant volĂ© toute ma vie. MalgrĂ© la mĂ©chancetĂ© des gens et les rires Quand on trĂ©buche et les monstrueuses raisons Qu’on vous oppose pour vous faire une prison De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre. MalgrĂ© les jours maudits qui sont des puits sans fond MalgrĂ© ces nuits sans fin Ă  regarder la haine MalgrĂ© les ennemis les compagnons de chaĂźnes Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font. MalgrĂ© l’ñge et lorsque, soudain le cƓur vous flanche L’entourage prĂȘt Ă  tout croire Ă  donner tort IndiffĂ©rent Ă  cette chose qui vous mord Simple histoire de prendre sur vous sa revanche. La cruautĂ© gĂ©nĂ©rale et les saloperies Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant Ă©cole MalgrĂ© ce qu’on a pensĂ© souffert les idĂ©es folles Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri. Cet enfer MalgrĂ© tout cauchemars et blessures Les sĂ©parations les deuils les camouflets Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait De toute sa croyance imbĂ©cile Ă  l’azur. MalgrĂ© tout je vous dis que cette vie fut belle Qu’à qui voudra m’entendre Ă  qui je parle ici N’ayant plus sur la lĂšvre un seul mot que merci Je dirai malgrĂ© tout que cette vie fut belle. — Les Yeux et la mĂ©moire, 1954, Chant II, Que la vie en vaut la peine ‱‱‱ Chanson pour oublier Dachau ‱‱‱ Je chante pour passer le temps Je chante pour passer le temps Petit qu’il me reste de vivre Comme on dessine sur le givre Comme on se fait le cƓur content A lancer cailloux sur l’étang Je chante pour passer le temps J’ai vĂ©vu le jour des merveilles Vous et moi souvenez-vous-en Et j’ai franchi le mur des ans Des miracles plein les oreilles Notre univers n’est plus pareil J’ai vĂ©cu le jour des merveilles Allons que ces doigts se dĂ©nouent Comme le front d’avec la gloire Nos yeux furent premiers Ă  voir Les nuages plus bas que nous Et l’alouette Ă  nos genoux Allons que ces doigts se dĂ©nouent Nous avons fait des clairs de lune Pour nos palais et nos statues Qu’importe Ă  prĂ©sent qu’on nous tue Les nuits tomberont une Ă  une La Chine s’est mise en Commune Nous avons fait des clairs de lune Et j’en dirais et j’en dirais Tant fut cette vie aventure OĂč l’homme a pris grandeur nature Sa voix par-dessus les forĂȘts Les monts les mers et les secrets Et j’en dirais et j’en dirais Oui pour passer le temps je chante Au violon s’use l’archet La pierre au jeu des ricochets Et que mon amour est touchante PrĂšs de moi dans l’ombre penchante Oui pour passer le temps je chante Je passe le temps en chantant Je chante pour passer le temps. Je me souviens Ô la nostalgie Ă  retrouver de vieilles cartes postales OĂč le ciel est toujours bleu l’arbre toujours vert la mer Ă©tale Sans doute on ne les met dans l’album que pour les photographies Je suis seul Ă  savoir ce que l’écriture au dos signifie Les diminutifs les phrases banales Au-dessus de ce monde mort on voit traĂźner des cerfs-volants PoignĂ©es de main de Castelnaudary bons baisers du Mont-Blanc Un bonjour de Saint-Jean-de-Luz salutations de la Baule Je suis depuis trois jours ici c’est plein de Parisiens trĂšs drĂŽles Nous avons fait un voyage excellent Je me souviens de nuits qui n’ont Ă©tĂ© rien d’autre que des nuits Je me souviens de jours oĂč rien d’important ne s’était produit Un cafĂ© dans le bois prĂšs de la gare Saint Nom La BretĂšche Le bonheur extraordinaire en Ă©tĂ© d’un verre d’eau fraĂźche Les Champs-ElysĂ©es un soir sous la pluie — ChantĂ© par Yves Montand – Musique de Philippe GĂ©rard Chanson pour oublier Dachau Nul ne rĂ©veillera cette nuit les dormeurs Il n’y aura pas Ă  courir les pieds nus dans la neige Il ne faudra pas se tenir les poings sur les hanches jusqu’au matin Ni marquer le pas le genou pliĂ© devant un gymnasiarque dĂ©ment Les femmes de quatre-vingt-trois ans les cardiaques ceux qui justement Ont la fiĂšvre ou des douleurs articulaires ou Je ne sais pas moi les tuberculeux N’écouteront pas les pas dans l’ombre qui s’approchent Regardant leurs doigts dĂ©jĂ  qui s’en vont en fumĂ©e Nul ne rĂ©veillera cette nuit les dormeurs Ton corps n’est plus le chien qui rĂŽde et qui ramasse Dans l’ordure ce qui peut lui faire un repas Ton corps n’est plus le chien qui saute sous le fouet Ton corps n’est plus cette dĂ©rive aux eaux d’Europe Ton corps n’est plus cette stagnation cette rancƓur Ton corps n’est plus la promiscuitĂ© des autres N’est plus sa propre puanteur Homme ou femme tu dors dans des linges lavĂ©s Ton corps Quand tes yeux sont fermĂ©s quelles sont les images Qui repassent au fond de leur obscur Ă©crin Quelle chasse est ouverte et quel monstre marin Fuit devant les harpons d’un souvenir sauvage Quand tes yeux sont fermĂ©s revois-tu revoit-on Mourir aurait Ă©tĂ© si doux Ă  l’instant mĂȘme Dans l’épouvante oĂč l’équilibre est stratagĂšme Le cadavre debout dans l’ombre du wagon Quand tes yeux sont fermĂ©s quel charançon les ronge Quand tes yeux sont fermĂ©s les loups font-ils le beau Quand tes yeux sont fermĂ©s ainsi que des tombeaux Sur des morts sans suaire en l’absence des songes Tes yeux Homme ou femme retour d’enfer Familiers d’autres crĂ©puscules Le goĂ»t de soufre aux lĂšvres gĂątant le pain frais Les rĂ©flexes dĂ©mesurĂ©s Ă  la quiĂ©tude villageoise de la vie Comparant tout sans le vouloir Ă  la torture DĂ©shabituĂ©s de tout Hommes et femmes inhabiles Ă  ce semblant de bonheur revenu Les mains timides aux tĂȘtes d’enfants Le cƓur Ă©tonnĂ© de battre Leurs yeux DerriĂšre leurs yeux pourtant cette histoire Cette conscience de l’abĂźme Et l’abĂźme OĂč c’est trop d’une fois pour l’homme ĂȘtre tombĂ© Il y a dans ce monde nouveau tant de gens Pour qui plus jamais ne sera naturelle la douceur Il y a dans ce monde ancien tant et tant de gens Pour qui toute douceur est dĂ©sormais Ă©trange Il y a dans ce monde ancien et nouveau tant de gens Que leurs propres enfants ne pourront pas comprendre Oh vous qui passez Ne rĂ©veillez pas cette nuit les dormeurs [In Le Nouveau CrĂšve-CƓur ‱ 1948 ] ‱‱‱
LhÎpital de Taravao et ses projets. Les dépenses de santé pÚsent lourds chaque année à la collectivité 56 milliards de Fcfp en 2020,
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The estimated recognition rate for this document is 97%.LES OISEAUX UTILES ET LES; OISEAUX NUISIBLES t-tÀ MEIÎIE ET SON siD voir Page. 170. .^7 UÂŁ OISEAUX UTILES ET LÉS OISEAUX NUISIBLES V AUX CItAMPS — JARDINS — FORÊTS — PLANTATIONS ~ VIGNES, ETC. PAS H. DE L§_ BLANCHÈRE Ancien ÉlĂšve de l'Ecole forestiĂšre ; 3 e ÉDITION KEVTJE ET AUGMENTÉE OrnĂ©e de ISO Gravui'es PARIS \ K% J. ROTHSCHILD, ÉDITEUR 13, RUE DES SAISTS-PJÈRES, 13 1878 Droits rĂ©servĂ©s PARIS. — TYPOGRAPHIE TOLMEH ET ISIDOR JOSEPH, rue du Foiir-S-iint-Germain, 43, PRÉFACE Ce fut une assez grande tĂ©mĂ©ritĂ©, lorsque parut ce petit livre, d'oser y adopter une classification nouvelle, assise non plus sur les diffĂ©rences matĂ©rielles des individus, mais sĂ»r les divergences de leurs moeurs. Sans doute, ce classement avait droit Ă  la qualification de populaire que nous n'avions pas manquĂ© de lui donner, parce qu'il n'Ă©tait fait que dans un but particulier. Le succĂšs peut faire penser qu'il a atteint ce but et a Ă©tĂ© compris par ceux-lĂ  mĂȘme Ă  qui nous l'adressions. C'Ă©tait donc un plan extra-scientifique que nous avions adoptĂ©, et voici comment nous l'avions annoncĂ© dans la premiĂšre Ă©dition VI ' PRÉFACE. La classification populaire est basĂ©e sur les idĂ©es les plus vulgaires de la dissĂ©mination des oiseaux dans les milieux qu'ils prĂ©fĂšrent. Elle suffira parfaitement, nous l'espĂ©rons, pour le public de lecteurs non savants auquel nous voulons nous adresser. Ce qui importe Ă  ces lecteurs, c'est trouver dans notre livie des considĂ©rations sur l'utilitĂ© de tel oiseau, c'est savoir l'endroit oĂč l'animal peut exercer le plus utilement et plus souvent ses services, ou encore celui oĂč'l'on doit craindre ses ravages. Un de nos lecteurs, par exemple, dĂ©sirant se rendre compte si le pic vert est aussi nuisible qu'on le lui a dit pour ses arbres, ira facilement le chercher parmi les oiseaux des bois et les Ă©plucheurs de troncs. Il ne le trouverait jamais si je lui avais dit qu'il est du genre gĂ©cine, de la famille des picidĂ©s et du sous-ordre des zygodactyles macroglosses! A chacun selon ses moyens. Nous voulons ĂȘtre lu, et, pour cela, il fautĂȘtre comprĂ©hensible. PRÉFACE. .' VÏI Nous croyons fermement que les savants feraient mieux de ne des noms aussi baroques, quoique nĂ©o-grecs,- que ceux de tout Ă  l'heure, parce que, malheureusement pour eux, le peuple, avec son bon sens, les repousse... et en rit!! » Qu'on ne s'y trompe pas ; Ă  nos yeux, le plus grand obstacle Ă  la dissĂ©mination de la science utile parmi le public, c'est la barbarie de son langage. Ce qui est bon entre gens de mĂ©tier pour se reconnaĂźtre et se comprendre, devient trĂšs-mauvais et indĂ©chiffrable pour la masse du peuple. Il est donc grand temps que l'on cherche Ă  faire de la science sans tous ces grands mots. Nous avons essayĂ©; non autant que nous l'eussions voulu! D'autres marcheront en avant Ă  leur tour ! CLASSEMENT POPULAIRE DES PRINCIPAUX OISEAUX DE FRANGE, PREMIÈRE PARTIE. OISEAUX »ES BOIS. CHAPITRE PREMIER. — HABITANTS DES GRANDS MASSIl'3. Vautour arrĂŻan. — fauve. — percnoptĂšre. Aigle commun. — impĂ©rial. — Ă  queue barrĂ©e. — bottĂ©. Autour ordinaire. Epervier. Tiercelet. Eraoucliet. Chat-Huantou hulotte. Chouette teugmale. Hibou commun. — Grand-Duc, Pinson d'Ardennes, Pouillot fitis. — vĂ©loce. Pouillot siffleur. —. bonellL Roitelet huppĂ©. — Ă  triple bandeau. MĂ©sange charbonnierc. — noire. — bleue. — huppĂ©e. Gobe-Mouche Ă  collier. Coucou gris. Grand corbeau. Dur bec. Bec croisĂ© ordinaire. — perroquet. Grand coq dĂ» bruyĂšre. Petit coq de bruyĂšre. Gelinotte. CHAP. IĂź. — HABITANTS DES LISIERES* CircaĂšte Jean-le-Blanc. Buse et archibuse. BondrĂ©e. Babillarde ordinaire. — orphĂ©e. — subalpine. — mĂ©lanocĂ©phale. Fauvette Ă©perviĂšre. Gobe-Mouche noir. — gris. Rollier d'Europe. Huppe. Geai. Pie-GriĂšchĂŽ. Moineau friquet — soulcle. Pigeon ramier. — colombiu, — bizet. Tourterell9 BĂ©casse. Faieçn* CLASSEMENT POPULAIRE CHAP. III. — ÉPLUCHETJBS DE TRONCS. Pic noĂŻr. — leuconote. — mar. — Ă«peiche. — Ă©peichette. — tridactyle, — vert. Pis cendrĂ©. Torcol vulgaire. Sittelle. Grimpereau familier. — brachydactyle. Tichodrome ou grimpereau de muraille. DEUXIÈME PARTIE. OISEAUX DES CHAMPS. CHAP. IV. — HABITANTS DES HAIES ET DES BTJISSOXS, Linotte. Merle commun. — Ă  collier. Grive litorne. Grive draine. — mauvis. TraĂźne-Buisson. Pitchou provençal. CHAP. V. — HOTES DES SILLONS ET DES PLAINES. Milan. Faucon commun. — Ă©mĂ©rillon. — cresserelle. Venturon, Bruant proyer. Ortolan. Alouette commune. — calandrelle. — calandre. — lulu. — cochevis. Pivote ortolane. Pipi richard. Farlouse. Cujelier. Pipi spioncelle. — obscur. Bergeronnette printanniĂšre. jaune. Traqi *t wiotteux. Traquet stapazin. — oreillard. Tarier. — rupĂŻcole. Babillarde grisette. Locustelle tachetĂ©e. GuĂȘpier. Corneille commune. — mantelĂ©e. Corbeau freux. Chouca. Chocard. Coracias. Pie. Étourneau. Pluvier guignard. RĂąle de genĂȘt Caille, Perdrix rouge. Bartavelle. Gambra. Perdrix gTise, DES PRINCIPAUX OTSEAUX DE FRANCE. 3 CHAP. VI. — CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. Hirondelle rustĂŻqne. — de fenĂȘtre. — de rivage. — de rocher. Martinet — des Alpea. Engoulevent. TROISIÈME PARTIE. OISEAUX DES JAItOIIVS. CHAP. VII. — MANGEURS DE FRUITS. Loriot. Fauvette Ă  tĂȘte noire. — des jardins. MĂ©sange Ă  longue queue Geai. Moineau domestique. Moineau cisalpin. — espagnol. — friquet. Bouvreuil. Gros-Bec. Sizerin. CHAP. VIII. — VOLEURS DE GRAINS, Verdier. Pinson. i Chardonneret. CHAP. IX — CHERCHEURS D'INSECTES. Rouge-Gorge. Rossignol. Rouge-Queue. — tithys. PĂ©trocincle de roche. — bleu. HypolaĂŻs ictĂ©rine. CHAP. X. — CHASSEURS DE NUIT. ChevĂȘche commune, Sumie chevĂȘchette. Effraie. QUATRIÈME PARTIE. OISEAUX. DES RIVIERES. CHAP. XI. — OISEAUX DE MARAIS. BĂ©cassine. Sizerin borĂ©al. I MĂ©sange nonnetto. I 7— ' remis. CLASSEMENT POPULAIRE. CHAP. XII. — OISEAUX DES RIVAGES Verdier. Tarin. Bruant des roseaux. Bergeronette printaniĂšve. Hoche-Queue grise. — boarule. Cincle. Gorge-Bleue. Rousserolle turdoĂŻde. — effarvate. Vcrderolle. Lusciniole. Bouscarle cetti. Pkragmite des joncs ou grasset. — aquatique. Troglodyte. Martin-PĂȘcheur. Corbeau. Casse-Noix. Pluvier dorĂ©. Vanneau huppĂ©. Huitrier pie. Tourne-Pierre. Barge commune. Chevalier gambette. Poule d'eau. RĂąle d'eau. Grue cendrĂ©e. Cigogne. HĂ©ron. CHAP. XIH. — OISEAUX DES GRANDES EAUX. Pygargue. Balbuzard fluviatile. Aigle de mer. Oie sauvage. — rieuse. Bernache cravant. Cygne sauvage. Canard souchet. Canard sauvage. — eider. GrĂšbe. GoĂ©land Ă  manteau noir ou go'Ă©land marin. — Ă  manteau bleu. — cendrĂ©. Monette rieuse. CINQUIEME PARTIE. OISEAUX. DES VIGKES. CHAP. XrV. — MANGEURS DE RAISINS. Verdier. Cini. Linotte. Farlouse. Grive commune. — mauvis. — litorne. Fauvette des jardins. — Ă  tĂȘte noire. Passerinette babillardo, Grisette. Corbeau freux. Moineau. CHAP. XV. — MANGEURS D'INSECTES. Farlouse. HypolttÏB polyglotte. RĂąle de genĂȘt Perdrix. GENERALITES GENERALITES On ne saurait nier que certaines vĂ©ritĂ©s demandent Ă  ĂȘtre dites sans cesse; que certains sujets ont besoin d'ĂȘtre traitĂ©s sous toutes leurs faces, et que rien n'est plus difficile Ă  faire entrer dans la comprĂ©hension des masses que quelques que l'on prendrait, au premier abord, pour la chose du monde la plus simple Ă  retenir. Le respect 7iĂ©cessaire des oiseaux est de ce nombre. Tout, dans le monde extĂ©rieur qui nous entoure, est soumis Ă  une pondĂ©ration naturelle, Ă  un Ă©quilibre admirable, que l'homme ne peut dĂ©truire sans en devenir immĂ©diatement la victime. Tout, dans la nature, est opposition de forces et jeu de contre-poids. L'oiseau, ce merveilleux organisme, est le modĂ©rateur nĂ© de la multiplication exagĂ©rĂ©e des insectes. Tout travail, tout appel de l'homme Ă  la nature, dit Michelet, suppose l'intelligence de l'ordre naturel. L'ordre est tel, et telle est sa loi. La vie a au- 8 * GÉNÉRALITÉS. tour d'elle, en elle, son ennemi, le plus souvent son hĂŽte, le parasite, qui la mine et la ronge. La vie inerte et sans dĂ©fense ; la vĂ©gĂ©tale surtout, privĂ©e de locomotion, y succomberait sans l'appui supĂ©rieur de l'infatigable - ennemi du parasite, Ăąpre chasseur, vainqueur ailĂ© des monstres. » La terre deviendrait inhabitable si un seul insecte avait la puissance de s'y dĂ©velopper sans limite. Et que ferait l'homme livrĂ©, sans dĂ©fense, Ă  cet insecte?,.. On frĂ©mit d'y penser! » L'oiseau, tel est l'auxiliaire de l'homme sur la terre. L'oiseau sans lequel, lui, n'existerait plus depuis longtemps l'oiseaU qui peut vivre et prospĂ©rer sans l'homme, dont lui, — infirme quoique raisonnant, — ne peut se passer ! Et cependant, que fait-il chaque jour, cet homme qui, raisonnant, devrait ĂȘtre raisonnable?... Il dĂ©truit, ou, par une coupable et imprudente apathie, laisse dĂ©truire ce bienfaisant auxiliaire auquel il doit tout, sa vie et celle de ses enfants ! 0 erreur ! ĂŽ abrutissement ! Rares, dans nos climats, pendant la dure saison, le plus grand nombre des oiseaux n'y vivent pas sĂ©dentaires et se dirigent, Ă  l'automne, vers les contrĂ©es plus favorisĂ©es du soleil, oĂč ils pourront retrouver une nourriture assez abondante ou recommencer Ă . GÉNÉRALITÉS. J 9 Ă©lever une nouvelle famille. Admirable fĂ©conditĂ© qui ne se lasse jamais... pas plus, au reste, que la prodigieuse Ă©volution des germes qu'elle est appelĂ©e Ă  contre-balancer. Mais, au premier printemps, lorsque le soleil fait Ă©clore Ă  la fois les insectes et germer les plantes, nos amis ailĂ©s reviennent en volĂ©es nombreuses, Ăąpres Ă  la curĂ©e comme toujours, et prĂȘts au combat. Ils s'Ă©parpillent dĂšs lors dans les champs, parmi les vergers, les bosquets, les forĂȘts, travaillant sans hĂąte mais aussi sans relĂąche, Ă  purger la terre et l'air de tous les insectes qui, sans leur aide bienfaisante, auraient bientĂŽt anĂ©anti le fruit de nos labeurs. 0 homme ! combien tu es faible, petit et dĂ©sarmĂ© en face de semblables puissances ! Lui seul, Y oiseau, —souviens-t'en! — peut poursuivre l'insecte dans l'air ou sous la feuille ; lui seul peut sonder l'Ă©corce, et, par un admirable instinct, y dĂ©couvrir l'ennemi que tes sens obtus laissent inconnu pour toi; lui seul le saisira au fond du calice de la fleur, lĂ  oĂč ta maladresse n'irait jamais le chercher. Il faut son aile, son bec aigu ou puissant, sa serre robuste ou mignonne, son oeil perçant, son odorat subtil, ses sens dont nous ignorons encore l'organe, pour nous dĂ©livrer de la plaie permanente qui ronge notre agriculture, de ces parasites nais- 10 GÉNÉRALITÉS. sant par myriades autour de nous et marchant d'un pas assurĂ© Ă  la conquĂȘte de l'homme dĂ©sarmĂ© en face d'eux. Sans l'oiseau, — avouons-le en confondant notre orgueil, —nous serions depuis longtemps rentrĂ©s dans le nĂ©ant. HĂ©las ! nous perçons les montagnes, nous joignons les mers, notre parole vole sur un fil par le monde, dont elle fait le tour en une fraction de seconde... et nous ne pouvons pas dĂ©truire la fourmiliĂšre voisine qui envahit nos demeures! Nous transportons nos denrĂ©es Ă  l'extrĂ©mitĂ© de l'univers et, si l'insecte le veut, demain nous mourrons de faim Ă  cĂŽtĂ© de nos sillons dĂ©vastĂ©s ! L'oiseau est donc un ĂȘtre de premiĂšre importance dans le monde, et, Ă  chaque instant, son nom revient dans nos discours. Malheureusement, s'il nous est impossible de ne pas signaler, en passant, la quantitĂ© de comparaisons, d'aphorismes et de dictons dans lesquels les oiseaux entrent comme l'un des termes, hĂ©las, nous sommes en mĂȘme temps obligĂ©s de faire remarquer que sur dix, parmi ces comparaisons, neuf sont fausses ! Stupide comme un dindon, lourd comme une buse, bĂȘte comme un serin ou une oie; gauche comme une grue, sot comme une bĂ©casse..., la moitiĂ© de cela est faux! Ni le serin, ni l'oie surtout ne sont GÉNÉRALITÉS. 11 bĂȘtes, tant s'en faut! Selon nos rhĂ©torieiens, le hibou serait mĂ©lancolique. Lafontaine n'a-t-il pas dit quelque part Triste oiseau, le hibou...? Le hĂ©ron triste, — Michelet lui-mĂȘme le dĂ©peint ainsi dans son magnifique langage. — La pie est curieuse et bavarde, — ceci est vrai. L'aigle est magnanime, le vautour cruel... Tout cela est faux, absurde; ni l'aigle ni le vautour ne sont autre chose que des organismes créés en vue d'une adaptation naturelle Ă  remplir l'un transformera la chair vivante, l'autre la chair morte, et tous deux s'opposeront Ă  la multiplication indĂ©finie des organismes herbivores et Ă  l'influence pestilentielle des miasmes; mais de cruautĂ©, il n'en existe pas plus dans l'acte du rapace qui dĂ©chire la proie qu'il ne peut dĂ©vorer d'une seule fois, que dans l'action du moineau qui dĂ©pĂšce, Ă  grands coups de becs, la prune qu'il ne peut avaler entiĂšre. L'action est identique, le but semblable. Quant Ă  croire que la gent emplumĂ©e manque d'esprit, mille preuves viendraient facilement sous notre plume si nous le voulions. BĂȘte n'est point l'animal qui sait faire un nid. La plupart des oiseaux sont, Ă  cette besogne, d'une habiletĂ© merveilleuse ; prouvant presque toujours qu'ils y mettent de la 12 GÉNÉRALITÉS. rĂ©flexion et du jugement, puisqu'ils savent modifier les circonstances de cette construction selon les obstacles ou les facilitĂ©s qu'ils rencontrent. D'ailleurs, n'est-il pas temps de signaler ce fait, — un peu humiliant pour notre amour-propre, — que le cerveau des fringilles, ces petits oiseaux que nous appelons tĂȘtes de linottes, est plus considĂ©rable, toute proportion gardĂ©e, que celui de l'homme! Or, ici comme partout, nous pouvons constater cet autre fait, — mettant en dehors les comparaisons avec l'homme, ce qui pourrait nous faire taxer de matĂ©rialisme et nous entraĂźner un peu loin, — que, parmi les animaux, ceux qui possĂšdent les cerveaux les plus volumineux offrent la preuve de la plus grande somme d'intelligence. Maintenant, rien ne nous Ă©tonnera que le cerveau de l'autruche ne soit guĂšre plus considĂ©rable que celui du coq, et nous comprendrons comment cet Ă©norme animal sait si peu se dĂ©fendre qu'il passe pour Ă  moitiĂ© stupide. Je vois la cause des comparaisons si usitĂ©es et dont nous parlions tout Ă  l'heure, dans le fait de la grĂące, de la gentillesse, de l'intelligence bien plus manifeste chez l'oiseau que chez presque tous nos autres compagnons sur la terre. D'oĂč est rĂ©sultĂ© que nous les . avons plus facilement considĂ©rĂ©s et acceptĂ©s Ă  notre hauteur comme de la famille, les jugeant alors, —à notre insu, —à notre aune, et les inspirant de nos GÉNÉRALITÉS. 13 idĂ©es, de nos raisonnements et de nos passions! C'est parce qu'ils sont trop prĂšs de nous, que nous les avons vus hommes ! D'un autre cĂŽtĂ©, l'aile sera toujours pour nous un objet d'envie et de secrets dĂ©sirs ; non que je pense qu'un jour nous ne nous ouvrirons pas le chemin des airs; au contraire, ma foi est entiĂšre dans l'avenir, et j'aime Ă  me figurer l'admirable position de l'humanitĂ©, quand l'espace appartiendra enfin Ă  l'homme. Ce n'est point ici le lieu d'exposer, mĂȘme succinctement, les consĂ©quences de ce fait que je vois poindre prochainement du choc des connaissances nouvelles en physiologie, en chimie et en mĂ©canique ; mais il nous est permis d'en attendre une Ăšre nĂ©cessaire de fraternitĂ©, de travail, de progrĂšs et, par consĂ©quent, de bien-ĂȘtre moral et matĂ©riel pour nos enfants ou nos arriĂšre-neveux. A nous l'aile ! ce sera le couronnement des travaux de l'humanitĂ©. Des ailes pour planer sur la mer Dans la pourpre du matin. Revenons Ă  nos oiseaux. Sans doute, certaines distinctions doivent ĂȘtre Ă©tablies. Tous ces animaux ne sont pas Ă©galement utiles quelques-uns mĂȘme, — si nous envisageons les travaux de l'agriculteur et de l'horticulteur, — 44 GÉNÉRALITÉS. sont nuisibles; mais ils forment, sans contredit, le plus petit nombre, et encore n'en connaissons-nous pas bien le dĂ©nombrement. C'est pour aider Ă  cette reconnaissance que nous croyons utiles les livres dans le genre de celui que nous Ă©crivons ici. — Il a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© fait!... s'Ă©crieront quelques esprits chagrins. — Non il ne l'a point encore Ă©tĂ©. Il ne l'a point Ă©tĂ© dans le sens oĂč nous le comprenons nous-mĂȘme, car chacun imprime Ă  son oeuvre son cachet particulier l'un parle pour les savants, et l'autre pour les simples d'esprit et de science. L'un s'adresse aux AcadĂ©mies, et l'autre au Public. Non, il n'a point encore Ă©tĂ© fait. H ne l'a pas encore Ă©tĂ© parce que les autres sont d'hier, et que celui-ci est d'aujourd'hui; parce que chaque jour apporte sa pierre Ă  l'Ă©difice, son brin d'herbe au faix; parce qu'il y aura, longtemps encore, des vĂ©ritĂ©s qu'il faudra dire et redire sans cesse, pour les faire pĂ©nĂ©trer dans l'intelligence des masses ! La trĂšs-grande majoritĂ© des oiseaux, — sinon la totalitĂ©, Ă  notre avis, — mĂȘle l'Ă©lĂ©ment azotĂ©, l'animal, au rĂ©gime granivore ou frugivore. Tous ont besoin de faire absorber Ă  leurs petits, dĂšs le basĂąge, une matiĂšre plus nourrissante, sous un faible GÉNÉRALITÉS. 15 volume, que les matiĂšres de la vĂ©gĂ©tation. Donc tous les oiseaux, sans exception, sont utiles, non au point de vue, bien entendu, des cultures humaines. Au point de vue humain, trois classes se dessinent les amis, les indiffĂ©rents et les ennemis. Nous y reviendrons. Pour le moment, examinons rapidement oĂč les oiseaux peuvent se procurer l'Ă©lĂ©ment azotĂ© dont ils ont besoin. En grande partie, chez les animaux infĂ©rieurs qui vivent Ă  leur portĂ©e insectes, larves, vers, mollusques, qui, par leur multiplication extraordinaire, menacent sans cesse la vĂ©gĂ©tation et lui causent des ravages incalculables. Rien n'est plus facile que de juger l'Ă©tendue de ces ravages, et les exemples, malheureusement, ne manquent pas. La cĂ©cidomyie, —une petite mouche presque imperceptible, — a causĂ©, dans les champs de blĂ© d'un seul de nos dĂ©partements de l'Est, une perte de quatre millions de francs. En 1855, la moitiĂ© de la rĂ©colte a Ă©tĂ© dĂ©truite dans certaines circonscriptions. A cet exemple de ravages sur le blĂ©, ajoutons quelques faits relatifs Ă  la vigne. En dix ans, de 1828 Ă  1838, on Ă©value, — dans dix communes du Maçonnais et du Beaujolais, contenant trois mille hectares de vignes, — les ravages de la Pyrale Ă  16 GÉNÉRALITÉS. trente-quatre millions et demi de francs! Et ces chiffres ont toute l'authenticitĂ© possible, puisque nous les relevons sur des bases fournies par les contributions indirectes! En 1837, auxThorins, propriĂ©tĂ© rapportant cinq mille hectolitres de vin, on en a rĂ©coltĂ© vingt-deux ! ! Et aujourd'hui que nous luttons si pĂ©niblement contre les ravages du PhylloxĂ©ra qui menace d'anĂ©antir la vigne en France, qu'est-ce qui paralyse nos efforts ? — C'est que nous n'avons pas l'oiseau pour auxiliaire ! Ce puceron microscopique qui nous fait perdre des millions par jour, est, par sa vie souterraine, Ă  l'abri de l'oiseau, et dans sa courte apparition Ă  la lumiĂšre, se montre une proie si petite, si invisible, qu'elle passe inaperçue et probablement dĂ©daignĂ©e. Un seul auxiliaire nous sauvera, — si nous pouvons ĂȘtre sauvĂ©s, — ce sera l'insecte, cette puissance terrible et grandiose, qui, elle, se glisse partout. L'insecte ira chercher l'insecte et le tuera dans ses retraites les plus profondes! Seul il peut y parvenir! Est-il besoin de rapporter quelques faits forestiers Ă  l'appui de nos prĂ©cĂ©dentes conclusions? Nous ne croyons pas. Cependant l'Ă©tendue des ravages causĂ©s s'apprĂ©cie mieux par des chiffres que par tous les raisonnements du monde. On voulut, en Prusse, il y a quelques annĂ©es, GÉNÉRALITÉS. 17 arrĂȘter les ravages d'un papillon nocturne, trĂšsnuisible aux arbres rĂ©sineux, et l'on dĂ©cida de faire ramasser ses oeufs. En un jour, dans un seul cantonnement, on en rapporta quatre boisseaux, c'estĂ -dire 180 millions. Dans un autre cantonnement de la SilĂ©sie, en neuf semaines, on en ramassa 117 kilogrammes, reprĂ©sentant au moins 250 millions d'oeufs. Quelle vĂ©gĂ©tation peut rĂ©sister Ă  une semblable lĂ©gion d'ennemis se reproduisant Ă  leur tour sans trĂȘve ni merci? Dans ce mĂȘme pays encore, vers 1837, les chenilles d'un autre papillon de nuit dĂ©pouillĂšrent de leurs feuilles tous les sapins couvrant 800 arpents, et le gouvernement dut dĂ©penser plus de 1000 thalers 3,750 francs pour dĂ©truire 94 millions de ces ravageurs intraitables. Une autre fois, 650 millions d'oeufs de ces mĂȘmes papillons coĂ»tĂšrent 3,200 thalĂšrs 12,000 francs, ce qui reprĂ©sentait plus de 500 kilogrammes de semence. Un mot pour les graines diverses Ă  prĂ©sent M. Focillon, examinant 20 siliques de colza prises au hasard prĂšs de Versailles, trouva que sur 504 graines, 296 seulement Ă©taient saines; les autres avaient Ă©tĂ© dĂ©vorĂ©es ou piquĂ©es par les insectes, de sorte que la rĂ©colte, au lieu de donner 4,500' francs, en a produit 2,700. On disait autrefois — Ahl si le roi le savait! 2 18 GÉNÉRALITÉS. Ne pourrait-on pas s'Ă©crier dans la plupart des cas — Ah ! si l'oiseau eĂ»t Ă©tĂ© lĂ  ! Par sa grande mobilitĂ©, la vitesse de ses mouvements, la prestesse de son attaque, l'acuitĂ© de sa vue, lui seul peut poursuivre l'insecte jusque dans ses retraites les plus cachĂ©es. Mais ce n'est pas tout. OrganisĂ© en vue de cette fonction d'Ă©quilibre, l'oiseau est douĂ© d'un appĂ©tit insatiable, d'une puissance incroyable de digestion. Tout feu intĂ©rieur, il brĂ»le ses aliments et peut consommer journellement une quantitĂ© d'insectes vraiment prodigieuse. Tout lui est bon d'ailleurs oeufs, larves, nymphes, insectes parfaits. M. FI. PrĂ©vost, professeur au MusĂ©um, a voulu, par des expĂ©riences directes, mettre un terme aux discussions oiseuses qui s'Ă©levaient et duraient depuis si longtemps, sans solution possible, sur l'utilitĂ© ou la nuisance de telle ou telle espĂšce. Par une suite d'Ă©tudes qui lui ont demandĂ© trente annĂ©es, cet infatigable chercheur est parvenu, en examinant les dĂ©bris contenus dans l'estomac de ces animaux au moment oĂč il les tuait, Ă  dĂ©couvrir le rĂ©gime vrai de chacun d'eux. Il a pu ainsi dĂ©terminer, jour par jour et heure par heure, pour ainsi dire, dans quelle proportion, suivant les saisons, l'Ăąge etc., chacun d'eux se nourrissait d'insectes ou de graines, quelles espĂšces Ă©taient attaquĂ©es, quelles Ă©taient nĂ©gligĂ©es ; GÉNÉRALITÉS. 19 par consĂ©quent, quelle action protectrice telle espĂšce exerçait vis-Ă -vis de tel vĂ©gĂ©tal. Les admirables tableaux qu'il a ainsi dressĂ©s, et qu'il a libĂ©ralement mis Ă  notre disposition, arrivĂšrent Ă  une remarquable conclusion, qu'il formule en ces termes Le plus grand nombre des oiseaux sont trĂšs utiles Ă  l'agriculture, et le mal que font Ă  nos rĂ© coites, en certains moments, les oiseaux grani vores, est compensĂ©, et au delĂ , parla consomma tion d'insectes qu'ils font en d'autres temps. Le plus grand nombre des oiseaux granivores sont exclusivement insectivores dans leur jeune Ăąge, et ils le deviennent de nouveau pendant l'Ăąge adulte Ă  chaque pĂ©riode de reproduction. » Donc, au lieu de tuer brutalement ces oiseaux, il vaudrait mieux les Ă©carter des rĂ©coltes qu'ils dĂ©truisent, — cela est malheureusement encore Ă  trouver! — parce que leur mort laisse inĂ©vitablement sans contre-poids le dĂ©veloppement des insectes dont ils vivaient, et qui font, eux, encore plus de mal que les premiers Ă  l'agriculture. Si donc les granivores eux-mĂȘmes sont Ă  mĂ©nager par l'agriculteur intelligent, que doit-il faire vis-Ă vis des espĂšces exclusivement insectivores ? Deux mĂ©sanges, pondant de 12 Ă  20 oeufs, arrivent Ă  donner Ă  leurs petits, en 21 jours, au mom* 20 GÉNÉRALITÉS. 40,000 chenilles ou insectes. Une couvĂ©e de berrichons ou troglodytes nĂ©cessite de la part du pĂšre et de la mĂšre au moins 50 voyages par heure, chaque fois apportant un insecte. Pour 12 heures de jour cela fait 600 insectes, et pour l'Ă©levage, de 15 jours au moins, 9000 chenilles, sans parler de ce que les parents ont dĂ» manger pour se soutenir euxmĂȘmes. Ces rĂ©sultats ne sont-ils pas Ă©crasants? Une seule mĂ©sange doit consommer, par an, au moins 200,000 oeufs ou larves des éçorces. L'hirondelle dĂ©truit 300 insectes par jour, 50,000 pendant son sĂ©jour chez nous. Et que faisons-nous pour les remercier de ces services que rien ne saurait payer? Nous tuons les adultes et nous dĂ©truisons les oeufs ! ! ! C'est encore une mode, dans les campagnes, de jouer entre enfants d'un mĂȘme hameau, d'un mĂȘme village, Ă  qui saura faire, au printemps, le plus beau chapelet d'oeufs la troupe se divise, le carnage commence, et le deuil se rĂ©pand dans les campagnes. Que de couvĂ©es perdues, que d'oeufs Ă©crasĂ©s pour ĂȘtre vidĂ©s, que d'autres brisĂ©s par la main des jeunes bourreaux! On orne ensuite les cheminĂ©es ou les solives de ces trophĂ©es de l'ignoranco et de l'imprĂ©voyance humaines ! CÉNÊRALITÉS. 21 Et se doute-t-on du chiffre Ă©norme auquel peut s'Ă©lever, par an, le produit d'un pareil vandalisme? Au moins, de 80 Ă  100 millions. Combien de milliards et de milliards ces millions d'aides admirables eussent dĂ©cimĂ©s, parmi les insectes, pendant leur vie et celle de leurs enfants ! D'autres funestes prĂ©jugĂ©s persistent encore dans nos campagnes ; il faut le rĂ©pĂ©ter certaines vĂ©ritĂ©s doivent ĂȘtre dites et redites sans cesse. Trop de personnes croient que la destruction des oiseaux est autorisĂ©e il n'en est rien. La loi sur la chasse 3 mai 1844 les protĂšge, au contraire, par son silence, car elle ne reconnaĂźt que deux modes de chasse celle Ă  tir, et celle Ă  courre. En temps non permis, tuer un roitelet ou une mĂ©sange n'est pas un dĂ©lit moindre que de tuer une caille ou une perdrix. Toutes les anciennes pratiques, tous les anciens piĂšges sont interdits, —à moins d'un arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral, — et la restriction de la libertĂ© laissĂ©e aux possesseurs d'un parc fermĂ© est limitĂ©e, d'aprĂšs une nouvelle jurisprudence, — Ă  l'emploi d'engins non dĂ©fendus. Quelques prĂ©fets, Ă©clairĂ©s par les rĂ©clamations incessantes des SociĂ©tĂ©s d'agriculture et la voix de la science, ont pris des arrĂȘtĂ©s pour la conservation des oiseaux utiles. On a mĂȘme Ă©tĂ© jusqu'Ă  dresser des listes. Mais tout cela constitue-t-il une garantie suffisante? Nous ne le pensons pas. D'ailleurs, comment 22 GÉNÉRALITÉS. l'admettre quand nous voyons les anomalies les plus grossiĂšres se manifester chaque jour? Un prĂ©fet prĂ©voyant, celui du Haut-Rhin, punit d'une amende de 300 fr. toute personne dĂ©truisant un nid. C'est trĂšsbien. Pendant ce temps-lĂ , M. le prĂ©fet du Var, par son arrĂȘtĂ©, autorise la chasse des oiseaux insectivores ! Qu'est-ce que cela veut dire? Comment expliquer ce manque de suite? Les oiseaux utiles au Nord sont-ils donc nuisibles au Sud? A moins que, dans le Var, la gourmandise ne passe avant la raison ! Ce n'est pas tout encore, la loi s'est appuyĂ©e sur une distinction futile, celle d'oiseaux de passage, et les prĂ©fets ont le devoir de fixer l'Ă©poque et le mode de chasse de ces oiseaux. Malheureusement ils n'ont mĂȘme pas la libertĂ© absolue de dĂ©signer quels sont les oiseaux de passage, car il a fallu leur, donner une liste spĂ©ciale pour les renfermer dans l'unitĂ© d'action. Or, qui ne reconnaĂźt de suite le mal que produit une semblable loi, quand on voit figurer, parmi les malheureux oisillons mis en coupe rĂ©glĂ©e, le bec-figue, la grive, l'Ă©tourneau, l'hirondelle, la huppe, la mauvis, le troquet motteux, l'ortolan etc. Pauvres, pauvres insectivores! Quel mal ont-ils fait? Quel bien n'auraient-ils pas pu faire ! Tout le monde a entendu parler des millions de GÉNÉRALITÉS. 23 becs-fins qui, au printemps et Ă  l'automne, traversent, en Ă©migrant, les gorges et les dĂ©filĂ©s de nos montagnes. Dans les,, Vosges et dans la Lorraine on les rencontre par millions sur les coteaux boisĂ©s. Qu'en rĂ©sulte-t-il?,.quç l'arrivĂ©e de ces pauvres voyageurs est le signal Ă 'une-extermination que l'on ne saurait trop flĂ©trir. "Tous les moyens, tous les piĂšges sont bons; c'est Ă  qui dira tue et assomme! La sauterelle ou rejet, les trappes, la pipĂ©e, l'abreuvoir, les nappes, le perchoir, —que sais-je? —ouĂŻe fusil, tout cela s'en mĂȘle, et un seul oiseleur arrive, dans sa journĂ©e, Ă  tordre le cou Ă  50 ou 60 douzaines de rouges-gorges ! Cher petit oiseau du bon Dieu ! Toi que le Breton aime et protĂšge, toi qu'il regarde comme le talisman de sa chaumiĂšre, que vas-tu faire en cette boucherie? Du Nord passons au Sud, nous ne changerons que de climat, mais non de barbarie. DĂšs que le printemps se fait, les oiseaux arrivent en foule sur les bords de la MĂ©diterranĂ©e; comment les reçoit-on? A coups de piĂšges et de fusils ! Toutes les hauteurs de la cĂŽte, chaque mamelon, de Marseille Ă  Toulon, Ă  dix, vingt lieues Ă  la ronde, sont garnis de postes de chasse. Tout ce qui passe tombe sous le plomb ou dans le lacet! Si nous en croyons M. Sacc, les chasseurs doivent 24 GÉNÉRALITÉS. dĂ©truire, pendant plusieurs semaines, de 100 Ă  200 bec-fins par jour. Imprudents ! En Italie, un passage trĂšs-frĂšquentĂ© se rencontre aux environs du lac Majejtvr ^aĂ» pied des Apennins et des Alpes, en plĂčsietirs^ endroits oĂč la barriĂšre des montagnes s'abaissejgt^s'.duvre devant les ailes fatiguĂ©es des Ă©migrants. Fauvettes, rossignols, hirondelles, rien n'est Ă©pargnĂ©! Dans un seul canton, Tschudi Ă©value le massacre Ă  70,000 individus dans une saison, Ă  plusieurs millions le nombre de ceux qui succombent en PiĂ©mont pendant le mĂȘme temps ! Agir ainsi est l'action d'un fou ! Et c'est de peuples civilisĂ©s que nous parlons ! —- Pas de sensiblerie sur la mort de ces animaux, dira-t-on; ce sont des organismes qui succombent, ni plus ni moins. — Soit ! Nous ne voulons pas penser Ă  leur grĂące, en cet instant; il est prĂ©fĂ©rable d'envisager de plus haut les consĂ©quences de faits semblables. Qu'est-il advenu? Cette maniĂšre d'entendre les intĂ©rĂȘts de l'agriculture n'a pas portĂ© ses fruits de suite peu Ă  peu, cependant, le vide s'est fait, et l'on s'est aperçu du mal quand il Ă©tait Ă©norme, parce qu'il se rĂ©partissait sur une immense Ă©tendue de terrain. Aujourd'hui le vide est presque complet. Detoutes parts on se plaint de la multiplication effrayante des GÉNÉRALITÉS. 25 insectes le blĂ©, la vigne, les colzas, les betteraves, les forĂȘts, les vergers, tout est envahi, tout est assailli, tout meurt, tout- se flĂ©trit ou se sĂšche, si bien que chaque Ă©tĂ© voit les rĂ©coltes de plus en plus compromises et que l'homme, en dĂ©sarroi, se sent chaque jour plus misĂ©rable et plus dĂ©sarmĂ©!... Que faire?... Que rĂ©soudre?... Les agriculteurs commencent Ă  s'Ă©mouvoir. Il est bien temps de songer Ă  reconstruire quand, depuis des centaines d'annĂ©es, on travaille Ă  dĂ©molir! Mieux vaut cependant tard que jamais... Le changement, — que l'ony songe, — ce ne sera point l'oeuvre d'un jour, il sera le produit d'une rĂ©forme dans nos moeurs populaires. Beaucoup de personnes, qui croient que le gouvernement en France peut tout faire et que l'on dĂ©crĂšte la multiplication des oiseaux comme celle des arbres, demandent une loi spĂ©ciale qui arrĂȘte le mal. Une telle loi ne servirait Ă  rien. Il y a mieux et plus Ă  faire. Il faut que la protection Ă©tendue sur nos auxiliaires ailĂ©s rĂ©sulte des moeurs, de la conviction, enfin del'habitude et de l'Ă©ducation des masses. C'est lĂ  la seule base stable de l'avenir. Que la mĂšre gourmande ses enfants quand ils enfreignent le respect dĂ» au nid de l'oiseau; que le maĂźtre en fasse autant pour le jeune serviteur; que les pĂątres dĂ©soeuvrĂ©s et solitaires soient punis s'ils 26 GÉNÉRALITÉS. dĂ©truisent les couvĂ©es, encouragĂ©s s'ils les dĂ©fendent. La commune peut et doit suffire Ă  cela. Chacun s'aidant, le salut de tous est assurĂ©. Que l'instituteur fasse connaĂźtre Ă  ses Ă©lĂšves les services que l'homme attend de l'oiseau; qu'il flĂ©trisse Ă©nergiquement le maraudage et qu'il le punisse quand il parvient Ă  le dĂ©couvrir. Nous voyons, dans cet enseignement, le germe d'un grand progrĂšs pour nos moeurs. Et que l'on ne nous dise pas utopie! Voici des faits tout rĂ©cents un de connu, pour mille d'inconnus!... nous copions textuellement A Saint-Germam-en-Laye, un maĂźtre d'Ă©cole vient de fonder, pour la conservation des mds d'oiseaux, une association qui compte, comme membres, tous les enfants de l'Ă©cole. Voyez-vous ce nid, berceau aĂ©rien, exposĂ© Ă  tous les vents, placĂ© sous la protection de son plus redoutable ennemi, l'Ă©colier! Voyez-vous l'enfant, tuteur attendri et zĂ©lĂ© de ces nouveau-nĂ©s, qu'hier encore il dĂ©nichait avec une cruelle insouciance ! Humain envers les bĂ©tes, l'enfant sera un jour dĂ©vouĂ© Ă  ses semblables et charitable Ă  ses frĂšres. Cette oeuvre enfantine et charmante est tout Ă  la fois une leçon d'humanitĂ© etun enseignement agricole. Dans la bergeronnette et le rouge-gorge, l'Ă©colier apprend Ă  respecter un ennemi des insectes, un GÉNÉRALITÉS. 27 auxiliaire du laboureur, une providence du sillon. ...Sur 347 nids reconnus et surveillĂ©s par les jeunes sociĂ©taires d'une Ă©cole de la Meurthe, 318 couvĂ©es ont rĂ©ussi parfaitement. ...A Jambles, un instituteur a eu l'idĂ©e d'Ă©tablir autour de son Ă©cole des jardinets, dont la culture est rĂ©partie entre les Ă©lĂšves comme rĂ©compense de leur conduite et de leurs progrĂšs. Il a plantĂ© avec eux des rosiers et des arbres fruitiers qu'ils ont greffĂ©s ensemble, et qu'il distribue ensuite Ă  titre de rĂ©compense et de prix. Ce prix, d'un genre tout nouveau, transplantĂ© dans le jardin paternel, sera soignĂ© avec amour, avec orgueil, et grandira avec celui qui l'aura gagnĂ©. Ce sera pour lui un compagnon, un ami, un souvenir toujours prĂ©sent de sa jeunesse laborieuse et appliquĂ©e. Homme, il le montrera un jour Ă  ses enfants, et son Ă©motion se renouvellera toute la vie avec les fleurs de chaque printemps. » Honneur Ă  cet instituteur ! Dans quelques pays de l'Europe, les lĂ©gislateurs ont beaucoup mieux apprĂ©ciĂ© qu'en France les services rendus par les oiseaux Ă  l'agriculture et, par suite, au bien-ĂȘtre de la classe la plus nombreuse. L'Allemagne nous donne l'exemple. En Prusse, la loi protĂšge les oiseaux utiles Ă  l'a- 28 GÉNÉRALITÉS. gricullure quiconque trouble un rossignol ou sa couvĂ©e devient passible d'une amende et mĂȘme de la prison. Pour en conserver un en cage et le dĂ©tourner de sa destination primordiale d'Ă©chenilleur patentĂ©, il faut payer une somme pour les pauvres, — rĂ©paration du dommage causĂ© Ă  tous ! — et faire, Ă  l'autoritĂ© locale, la dĂ©claration de son dessein. A dĂ©faut de la loi, l'intĂ©rĂȘt, la religion mĂȘme dans beaucoup de pays apprennent Ă . l'homme ce qu'il peut faire pour ces auxiliaires de bonne volontĂ©. Aux États-Unis, en Suisse, en Autriche. — depuis peu en France mĂȘme, beaucoup d'agriculteurs disposent dans leurs enclos des nids artificiels oĂč les oiseaux viennent faire leurs pontes. Il y a lĂ  une amĂ©lioration marquĂ©e; suivons-la. Avons-nous besoin de rappeler le respect et le culte que l'Alsace voue Ă  ses cigognes, l'Orient Ă  ses marabouts, le Sud-AmĂ©rique Ă  ses urubus? A Calcutta, les oiseaux sont si bien apprivoisĂ©s qu'ils viennent chercher leur dĂźner, en ligne, chaque jour. Que ne faisons-nous ainsi? Les oiseaux disparaissent de nos campagnes, et, avouons-le, d'autres causes que la chasse aident Ă  leur renvoi et activent leur disparition. La culture remplacepeuĂ peulesbois et les bosquets; les champs s'Ă©tendent oĂč librement croissait la lande, et les buissons, les grands arbres et les haies vives, ces re- GÉNÉRALITÉS. 29 traites utiles, indispensables Ă  la ponte, s'enlĂšvent peu Ă  peu pour faire place aux cultures intensives qui ne perdent pas un centimĂštre de terrain. Les Ă©tangs et leurs saussaies se dessĂšchent, les riviĂšres se canalisent, les montagnes et les sables se repeuplent. OĂč l'oiseau pourra-t-il bientĂŽt trouver un refuge, Ă©tablir son nid, Ă©lever ses petits en paix? 11 s'Ă©loignera d'une contrĂ©e si peu hospitaliĂšre C'est ce qui arrive chaque jour. Le nid artificiel combattra celte funeste tendance. Mais combien d'espĂšces ne s'y soumettront jamais ! BientĂŽt, si la dĂ©population continue, l'homme apprendra par la disette et la ruine ce qu'il en coĂ»te de rompre l'Ă©quilibre des forces naturelles. PREMIÈRE PARTIE OISEAUX DES BOIS 32 OISEAUX DES BOIS. PREMIÈRE PARTIE. OISEAUX DES BOIS. CHAPITRE PREMIER. — HABITANTS DES GRANDS MASSIFS. Vautour arrian. — fauve. — percnoptĂšre. Aigle commun. — impĂ©rial. — Ă  queue barrĂ©e. ; — DOttĂ©. ' Autour ordinaire. Épcrvier. Tiercelet Emouchet Chat-Huant ou hulotte. Chouette teugmale. Ilibou commun. —- Grand-Duc. Pinson d'Ardennes. Pouillot fitis. — vĂ©loce. Pouillot sifileur. — bonelli. Roitelet huppĂ©. —.. Ă  triple bandeau. MĂ©sange charbonniĂšre. — noire. — bleue. — huppĂ©e. Gobe-Mouche Ă  collier. Coucou gris. Grand corbeau. Durbcc. Bec croisĂ© ordinaire. — perroquet Grand coq de bruyĂšre. Petit coq de bruyĂšre. Gelinotte. CHAP. U. —HABITANTS DES LISDÏRES. CircaĂ«te Jean-Ie-Blanc. Ruse et archibuse. lidndrĂ©e. Babillarde ordinaire. — ,, orphĂ©e. — subalpine. .— niĂ©lanocephale. Fauvette Ă©perviĂšre. Gobe-Mouche noir. — gris. Rollier d'Europe. Huppe. GeaL Pie-GriĂšche. Moineau frĂŻqnet — _ soulcĂŻe. Pigeon ramier, bĂŻzet — colombin. -Tourterelle. BĂ©casse* Faisan. GHAP. ni. — DE TRONCS. Pic noir. —. lenconote. — niar. — Ă©peiche. — Ă©peichette. — trydactyle, — vert Pic cendrĂ©. Torcol vulgaire. Sitelle. Grimpereau familier. — .- brachydactyle. TicUodrome ou grimpereau de muraille. HABITANTS DES GRANDS MASSIFS. 33 CHAPITRE PREMIER. HABITANTS DES GRANDS MASSIFS. Les oiseaux des bois se divisent assez facilement en utiles ou nuisibles, et leurs attributions sont beaucoup plus aisĂ©es Ă  dĂ©finir que celles des habitants de la plaine. Pour qui connaĂźt la forĂȘt, son peuplement en hĂŽtes ailĂ©s change suivant que l'on considĂšre l'intĂ©rieur des grands massifs ou que l'on suit les lisiĂšres, et si nous joignons Ă  ces deux grandes divisions celle des Ă©plucheurs de troncs, nous sommes sĂ»rs d'envelopper ainsi tous les oiseaux qui peuvent, dans les bois, nous servir ou nous nuire. Il est Ă©vident, d'ailleurs, que, selon que la forĂȘt sera rĂ©sineuse ou composĂ©e d'essences feuillues, la population qui l'habitera se montrera trĂšs-diffĂ©rente; ce serait folie de chercher, dans un bois de chĂȘnes ou de hĂȘtres, les amis des cĂŽne» et des bourgeons du sapin et de l'Ă©picĂ©a. Quoi qu'il en soit, dans l'un comme dans l'autre milieu, le nombre des adaptations naturelles auxquelles doivent rĂ©pondre les oiseaux est Ă  peu prĂšs le mĂȘme. Dans l'un comme dans l'autre milieu donc, nous trouverons des organismes destinĂ©s Ă  vivre 34 OISEAUX DES BOIS. De proies vivantes oiseaux, quadrupĂšdes etc.; Des fruits des arbres, des bourgeons etc.; Des vers et insectes du sol; Des vers et insectes des Ă©corces; Des vers et insectes des feuillages. Citons immĂ©diatement quelques exemples pour mieux faire comprendre cette pensĂ©e simple. Ainsi, les oiseaux se nourrissant de proies vivantes, oiseaux, quadrupĂšdes etc., peuvent ĂȘtre les mĂȘmes, puisque leur nourriture est indĂ©pendante de la qualitĂ© de la forĂȘt. Pour eux, un oiseau est un oiseau toute proie, tout quadrupĂšde, est aussi bon dans un endroit que dans l'autre, qu'il soit nourri de glands ou des semences du pin. Quant aux organismes vivant des fruits des arbres, ils doivent, au contraire, ĂȘtre diffĂ©rents; aussi voyons-nous des becs-croisĂ©s, par exemple, parmi les pins, et les gros-becs dans les bois feuillus. Parmi les organismes vivant des vers et insectes des Ă©corces, nos forĂȘts feuillues, -ec, encore un habitant des forĂȘts et des bois, mais surtout des vergers, oĂč il fait beaucoup de tort voy. III, 7; Puis nous abandon- 100 OISEAUX DES BOIS. nons les hĂŽtes des arbres pour jeter un coup d'oeil sur la population des clairiĂšres, des landes , des bruyĂšres, des endroits dĂ©solĂ©s des hautes montagnes et des grandes forĂȘts. C'est lĂ  que nous rencontrons le grand coq de bruyĂšre ou tĂ©tras urogalle, un survivant Ă  grand'peine des populations Fig. 23. — COQ DE BRUYÈRE. de sa race qui emplissaient autrefois les immenses solitudes de nos contrĂ©es montagneuses. Au point de vue utilitaire qui nous occupe, nous avons peu de chose Ă  dire de ces beaux animaux, car ils ne peuVent faire, aux endroits qu'ils frĂ©quentent, que des dĂ©gĂąts insignifiants, quoiqu'ils mĂȘlent une assez grande quantitĂ© de bourgeons de pins et de sapins HABITANTS DES GRANDS MASSIFS. 401 aux graines, baies sauvages, vers et insectes qu'ils rĂ©coltent. Malheureusement, la race de ce magnifique oiseau va chaque jour s'Ă©teignant dans nos contrĂ©es dĂ©sormais trop peuplĂ©es. Il faut, Ă  ces grandes espĂšces dĂ©fiantes et farouches, des espaces non frĂ©quentĂ©s par l'homme il leur faut le silence et le repos des solitudes.... Nos forĂȘts, mĂȘme les plus Ăąpres et les plus accidentĂ©es, n'ont plus cela. Le bĂ»cheron les parcourt de nuit comme de jour les nettoiements forestiers vont enlever les fourrĂ©s et les forts sous les jeunes bois dont ils aident ainsi la croissance.... Le bois est sans mystĂšre, Et la forĂȘt devient sans voix! Que peut faire le pauvre urogalle?.... Ii meurt, il disparaĂźt peu Ă  peu, assassinĂ© par les braconniers, Ă©tranglĂ© par le mauvais roquet du charbonnier de la coupe voisine.... A peine si les Vosges, le Jura, le mont Dore, les PyrĂ©nĂ©es en contiennent encore quelques familles dans cent ans, tout aura disparu ! Les mĂȘmes forĂȘts et quelques autres moins importantes renferment — surtout dans le Nord et l'Est de la France — une espĂšce plus petite appartenant Ă  la mĂȘme famille. C'est le petit coq de bruyĂšre, coq Ă  queue fourchue ou tĂ©tras lyre, car 102 OISEAUX DES BOIS. il porte tous ces noms. Noir, comme le grand coq, mais moitiĂ© plus petit, il se reconnaĂźt de suite Ă  sa queue en lyre ouverte. Chez les deux espĂšces, les femelles sont plus petites que les mĂąles et couvertes d'un plumage gris, roux, rayĂ© de noir et de blanc. MĂȘme nourriture, mĂȘmes moeurs farouches que le grand coq; meilleure chair. DestinĂ©e disparaĂźtre comme son chef de file, dans un avenir Ă©galement prochain, Ă  moins que, pour les deux espĂšces, l'acclimatation ou la domesticitĂ© ne devienne leur arche de salut. Ce beau rĂ©sultat rĂ©sultat atteindre devrait bien tenter nos expĂ©rimentateurs; mais, hĂ©las! de nombreux dĂ©boires, de longs insuccĂšs les attendent, il ne faut pas le leur dissimuler Ce ne serait cependant pas une raison pour abandonner la partie sans avoir combattu ! Il nous reste — pour avoir passĂ© en revue nos meilleurs gallinacĂ©s forestiers — Ă  dire quelques Fig. 24. — COQ DE BIÎUYÈBE OU TÉTBAS LÏEE" HABITANTS DES GHANDS MASSIFS. 103' mots delĂ  gelinotte, aussi un tĂ©tras, mais de moule encore plus rĂ©duit que le prĂ©cĂ©dent. La taille de cet oiseau est celle d'une petite perdrix bartavelle ; mais la couleur est plus nuancĂ©e et la queue porte, au bout, une large bande noire, et la gorge ,une tache noire et blanche, l'une encadrant l'autre. La gelinotte est Ă©galement un habitant des grands bois de sapins, de pins, de bouleaux de nos montagnes. Elle est assez abondante dans les forĂȘts du DauphinĂ©, de la Savoie, des Vosges, des Alpes et des PyrĂ©nĂ©es. Elle aime le Midi, et se montre dĂ©jĂ  beaucoup plus rare en Auvergne et dans les Ardennes. La nourriture de ce beau gibier se compose de baies de myrtilles, de framboisiers, de ronces, de sorbiers ; elle coupe aussi les bourgeons de pins, de sapins, de bouleaux, et ne dĂ©daigne pas les insectes, larves et graines qu'elle rencontre. . En somme, indiffĂ©rente, plus par son petit nombre que par ses moeurs, et rachetant ses dĂ©gĂąts par une chair exquise, la gelinotte — gibier inconnu Fig. 25. — GELINOTTE. 404 OISEAUX DES BOIS. Ăąiix neuf dixiĂšmes des chasseurs ! —- ferme pour nous la sĂ©rie des oiseaux utiles et nuisibles des hautes futaies et des massifs de grands bois. Nous pouvons rĂ©sumer notre revue en ces quelques mots Presque tous Ă  favoriser. Quelques rares espĂšces Ă  dĂ©truire. HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 105 CHAPITRE IL HABITANTS DES USIÈRES ET DES BOSQUETS. Les rapaces diurnes et nocturnes sont reprĂ©sentĂ©s sur les lisiĂšres par quelques espĂšces, parmi lesquelles nous trouvons d'abord le circaĂšte Jean-leBlanc, brun cendrĂ© en dessus, blanc en dessous , aux longues jambes nues. Il niche sur les arbres Ă©levĂ©s; mais quand il n'en trouve pas, il descend son nid dans les taillis et mĂȘme dans les broussailles. Sa vie se passe sur la lisiĂšre des bois, surtout au bord des boqueteaux, taillis ou garennes au milieu des plaines. LĂąche comme la buse — qui en est une sorte de moule rĂ©duit — il fuit devant les pies rĂ©unies contre lui. L'hiver, il rĂŽde prĂšs des habitations pour enlever les oiseaux de basse-cour, dont il fait, en cette saison, sa principale nourriture, sans compter le gibier, plume et poil, qu'il peut saisir. Pendant l'Ă©tĂ© et l'automne, il abandonne ces endroits pour les marais et surtout les bois marĂ©cageux. LĂ  il pĂȘche aux grenouilles, saisit les couleuvres et chasse mĂȘme les gros insectes, dytisques, etc. A mort encore, le Jean-le-Blanc ! 106 OISEAUX DES BOIS. Viennent au-dessous de lui les buses avec leur plumage si variable que, pour ainsi dire, pas une ne ressemble Ă  sa voisine; mais chez toutes, la tĂȘte grosse, le corps trapu, ramassĂ©, les jambes courtes forment un ensemble qui les fait facilement reconnaĂźtre, d'autant plus que, plus nous descendons, plus l'aile s'oblitĂšre, et celle de la buse, peu puissante, puissante, donne un vol tout spĂ©cial, plutĂŽt planant que plongeant ou sifflant. C'est en volant de ce vol bas, le long dĂ©s bois, des haies ou des sillons, qu'elle surprend les petits mammifĂšres, oiseaux, reptiles dont elle fait sa proie, y ajoutant souvent des sauterelles, grillons et autres gros insectes. Immobile des heures entiĂšres sur la branche morte, au faĂźte d'un arbre, sur la borne du champ, sur la barriĂšre du chemin, elle attend qu'une proie se prĂ©sente Ă  sa vue et se dĂ©cĂšle par un mouvement. La buse mange, pendant l'Ă©tĂ©, environ quelques douzaines de rongeurs par jour, et ne s'occupe pas Fig. 20. — BUSE. HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 107 d'autres proies. En hiver, elle les prĂ©fĂšre Ă©galement, quand elle en rencontre, et elle sait en trouver. On peut donc estimer qu'en un an une seule buse dĂ©truit 8000 rongeurs. MalgrĂ© ce fait, nous la condamnons sans remords, en considĂ©ration des petits oiseaux, allouettes, etc., et du gibier qu'elle dĂ©truit sans relĂąche. Comprenons dans la mĂȘme rĂ©probation Yarchibuse, de passage dans le centre de la France, et la bondrĂ©e, quoique celle-ci puisse invoquer quelques circonstances attĂ©nuantes par son goĂ»t pour les guĂȘpes — hĂ©las ! aussi pour les abeilles ! — les lĂ©zards , reptiles, insectes, poissons, etc. La bondrĂ©e mange mĂȘme du blĂ©, dit-on. Parmi les rapaces nocturnes vivant sur les lisiĂšres des bois, nous trouvons la chevĂȘche, qui est un petit peu plus grosse que la surnie voy. 1,1 ; elle atteint la taille de la tourterelle. Son plumage est brun sur le dos, aussi tachĂ© de blanc sur le ventre, mais larme de brun; les yeux sont jaune citron. En libertĂ©, la chevĂȘche se nourrit de mulots, de campagnols, de chauves-souris et d'insectes; les sauterelles, grillons, hannetons et autres analogues jouent un grand rĂŽle dans l'alimentation des deux petites espĂšces dont nous venons d'esquisser les moeurs. C'est dans les petits bois, dans les endroits oĂč existent de vieux chĂąteaux abandonnĂ©s ou des ro- 108 OISEAUX DES BOIS. chers tailladĂ©s, que la chevĂȘche Ă©tablit volontiers sa demeure; en hiver seulement elle se rapproche des lieux habitĂ©s. Prise jeune et tenue en libertĂ© relative, elle s'apprivoise aisĂ©ment et ne cherche point Ă  reprendre la clef des champs. En cet Ă©tat, elle peut rendre les plus grands services dans les granges, les fenils et les greniers, oĂč elle fait, chaque nuit, une chasse infatigable Ă  tous les rongeurs parasites, cette plaie de nos fermes. Il est incroyable que les paysans ne se soient point aperçus plus tĂŽt de l'admirable adaptation humanitaire de cet oiseau, qui ne demande qu'Ă  ĂȘtre apprivoisĂ©, qui se laisserait domestiquer sans peine et remplacerait le chat, ce faux bonhomme que nous introduisons dans nos demeures pour la satisfaction de son sybaritisme, mais non pour l'utilitĂ© de ses services. Le chat chasse Ă  l'oiseau sans relĂąche, le chat dĂ©vore autant de ces petits auxiliaires que le rapace de jour le plus dangereux; la chevĂȘche sait si peu les dĂ©vorer qu'elle a peur de leurs plumes, et, quand on lui en donne un, elle le plume soigneusement avant de s'en repaĂźtre. J'ai trouvĂ©, dit Bechstein, dans les pelotes de matiĂšres non digĂ©rĂ©es que rend la chevĂȘche comme les autres oiseaux de proie, une quantitĂ© considĂ©rable de fruits du cornouiller sanguin ; ce qui prouve qu'elle se nourrit au besoin de baies. HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 109 Abandonnons maintenant les rapaces au bec crochu, Ă  l'oeil mĂ©chant et aux griffes sanglantes, et arrĂȘtons-nous un instant pour admirer les vrais habitants des lisiĂšres, les oiseaux chanteurs. Au sourd battement des flots, l'oiseau de mer oppose ses notes aiguĂ«s ; au monotone bruissement des arbres agitĂ©s, la tourterelle et cent oiseaux donnent une douce et triste assonnance ; au rĂ©veil des campagnes, Ă  la gaĂźtĂ© des champs, l'alouette rĂ©pond par son chant ; elle po e au ciel les joies de la terre Ainsi partout, dans l'immense concert instrumental de la nature, sur ces soupirs profonds, sur les vagues sonores qui s'Ă©chappent de l'organe divin, une musique vocale Ă©clate et se dĂ©tache, celle de l'oiseau, presque toujours par notes vives, qui tranchent sur ce fond grave par d'ardents coups d'archet. » On me reprochera peut-ĂȘtre d'abuser du Michelet et de le piller sans pitiĂ© qu'y faire? Pourquoi chercherais-je mieux que ce qui est parfait ? Pourquoi essayerais-je de repeindre un tableau de maĂźtre que je puis offrir en une fois Ă  la vue de mes lecteurs? Qu'ajouterais-je Ă  la poĂ©sie enflammĂ©e de cette imagination qui a vu l'oiseau Ă  travers ellemĂȘme, qui l'a compris si merveilleusement que ce qu'elle sentait a paru Ă  tous une rĂ©vĂ©lation? Et cependant , si jamais quelque chose fut simple, c'est 110 OISEAUX DES BOIS. bien ce livre, magnifique mais incomplet, inspirĂ© mais naĂŻf quand mĂȘme, et dont l'enthousiasme, le souffle divin a rendu la lecture si attrayante et si Ă©mouvante. L'oiseau, comme chantre des bois, est surtout commun sur les lisiĂšres ; c'est lĂ  que le chanteur par excellence Ă©tablit son quartier gĂ©nĂ©ral. Est-ce pour ĂȘtre mieux entendu ? Je ne le crois pas, quoi que l'on me dise de son amour-propre. C'est tout simplement pour ĂȘtre plus Ă  portĂ©e des insectes de mille espĂšces qui pullulent aux champs voisins, et dont il vient faire sa nourriture. ' Quelle que soit, d'ailleurs, la cause vraie de la prĂ©dilection que montrent les vrais chanteurs pour les bords des grands bois, les bosquets et les taillis de peu d'Ă©tendue, le fait n'en est pas moins rĂ©el, et leur prĂ©sence est si facilement constatĂ©e par l'observateur que, s'il continue son chemin, aprĂšs avoir traversĂ© le lieu du concert, il s'Ă©tonne, en s'enfonçant peu Ă  peu dans le bois, d'arriver de plus en plus au silence. Plus de chants; quelques cris rauques, quelques susurrements — ainsi que nous l'avons expliquĂ© — plus rien que la grande voix bruissante de la forĂȘt ! HĂątons-nous donc de revenir sur nos pas, aU bord des champs, et d'y Ă©couter le glorieux concert des chantres du printemps. HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 111 Au premier rang, la grande tribu des fauvettes. Ici, les fauvettes babillardes ont Ă©tĂ© dĂ©tachĂ©es des fauvettes proprement dites, non-seulement Ă  cause de certains caractĂšres diffĂ©rentiels assez peu marquĂ©s et qui rĂ©sident principalement dans les ailes plus courtes et dans la queue plus longue, toujours blanche au bord et ronde au lieu d'ĂȘtre carrĂ©e, mais surtout par suite de moeurs bien tranchĂ©es. On reconnaĂźt d'ailleurs, dans les divisions que la science est obligĂ©e d'adopter d'adopter la constatation de ces adaptations de moules semblables Ă  des milieux diffĂ©rents, adaptations qui constituent notre thĂ©orie particuliĂšre du classement polysĂ©rial des oiseaux. C'est ainsi que les fa,uveltes proprement dites sont les moules adaptĂ©s aux buissons et aux jardins, les Fig. 27. — FAUVETTE BABILLAEDE, 112 OISEAUX DES BOIS. babillardes le mĂȘme moule adaptĂ© Ă  la vie plus accidentĂ©e, plus difficile, des bois-taillis et des lisiĂšres des forĂȘts. C'est pourquoi nous voyons celles-ci plus vives, plus alertes, plus pĂ©tulantes queles premiĂšres. Elles ont besoin de plus de mouvement, de plus de travail, pour rassembler assez de nourriture dans un milieu oĂč celle-ci est beaucoup plus rare les fruits ne sont point, lĂ , communs comme dans nos jardins ! Les fauvettes franches ne sont guĂšre habiles Ă  se cacher; les babillardes le savent si bien faire que, quand elles se faufilent sous une touffe de taillis ou dans un fourrĂ© d'Ă©pines, elles deviennent introuvables et invisibles. Leur chant, ainsi qu'il convient Ă  des sauvages pures, est moins doux et moins variĂ© que celui des fauvettes vraies, qui sont Ă  demi civilisĂ©es. La vie des champs ouvre leur coeur Ă  la fiertĂ©, mais la libertĂ© rend le caractĂšre brusque. Au reste, Ă  pauvre table, peu d'embonpoint ; la babillarde ordinaire est petite!... La babillarde orphĂ©e acquiert une taille un peu plus grande; on la-trouve en abondance dans le Midi, plus que dans les dĂ©partements du Nord. Quelques personnes la regardent comme la vraie fauvette, il n'en est rien; son chant le dit suffisamment. Elle vit, comme l'autre, dans les buissons, HABITANTS DES LISIÈRES, BOiSQUETS. 113 les haies et les taillis, construisant nĂ©gligemment son nid sur les oliviers avec des brins d'herbe, des toiles d'araignĂ©es et de la laine. La passerinette, appelĂ©e aussi babillarde subalpine ou bec-fin subalpin, a le dessus du corps cendrĂ©, avec les ailes brunes bordĂ©es de roussĂątre; la queue, brune aussi, est terminĂ©e de chaque cĂŽtĂ© Fig. 2S. — FAUVETTE ÉPEEVIÈEE. par une tache blanche. Le dessous du corps est roux plus ou moins foncĂ©, et blanchĂątre sur l'abdomen. Celle-ci est sĂ©dentaire et trĂšs-commune dans la Provence et le DauphinĂ©, oĂč elle recherche les parties un peu montueuses et couvertes de bois et de broussailles. Jamais elle ne frĂ©quente les grands bois mais le nom de bec-fin, qu'on lui donne avec raison dans 114 OISEAUX DES BOIS. le pays, indique bien un oiseau amateur de baies, de fruits sucrĂ©s, et fort disposĂ© Ă  manger les raisins dans les vignes Ă  portĂ©e des garigues il faudra donc se mĂ©fier de son voisinage VI, 15. La fauvette Ă©perviĂšre se reconnaĂźt Ă  son dos brun cendrĂ©, au blanc pur de sa gorge et Ă  ses flancs gris cendrĂ©. Son oeil est jaune brillant. Elle se tient dans les taillis en plaine, dansles haies, les bosquets avoisinant les prairies, et niche dans les buissons. La babillarde mĂšlanocĂšphale ou Ă  tĂšte noire est un habitant des parties les plus mĂ©ridionales de notre pays, et n'offre rien de remarquable dans ses moeurs tout Ă  fait semblables Ă  celles de ses congĂ©nĂšres elle nous servira de transition. La petite famille naturelle des gobe-mouches doit trouver place ici; car, sur trois espĂšces dont elle se compose, deux sont presque exclusivement habitantes des lisiĂšres des forĂȘts; une seule aime les grands arbres, et nous l'avons nommĂ©e I, 1 en temps et lieu. C'est le gobe-mouche Ă  collier. Les gobe-mouches se rapprochent beaucoup des pouillots par leurs habitudes gĂ©nĂ©rales, leur taille, mais en diffĂšrent par leur habit foncĂ© et la solitude qu'ils affectionnent. Autant nous avons trouvĂ© les petits Ă©chenilleurs de feuillage travaillant de bon coeur, et se livrant Ă  une conversation animĂ©e les uns avec les autres, autant nous voyons les becs- HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 115 figues ou gobe-mouches seuls, isolĂ©s, volant le long des avenues des bois, des haies, des lisiĂšres, des vergers, des chemins. Ces oiseaux, d'ailleurs, sont Fig. 29. — GOBE-MOUCHE NOlK OÙ COMMUN. loin d'ĂȘtre complĂštement insectivores ; ils changent de rĂ©gime Ă  l'automne, et nous reporterons aux mangeurs dĂ© raisins VI, 15 le bec-figue proprement 116 OISEAUX DES BOIS. dit, lequel gagne dans la vigne les couches de graisse parfumĂ©e qui font de sa capture une gloire pour le gourmand. On a donnĂ© Ă  ces petits chasseurs le nom de gobemouches, parce qu'ils savent prendre les insectes en s'envolant de la branche sur laquelle ils perchent, et happer au passage, par un coup d'aile, ceux qui passent Ă  portĂ©e. Cette chasse singuliĂšre est typique chez eux, et, quoique imitĂ©e par une ou deux espĂšces analogues, sert Ă  les faire distinguer et reconnaĂźtre de trĂšs-loin sur le taillis dĂ©nudĂ© par l'automne, ou dans les vignes. Le gobe-mouche noir ou bec-figue a le dessus du corps noir ; les parties infĂ©rieures, deux points sur le front et les couvertures des ailes d'un blanc pur. Les grandes plumes de la queue sont aussi bordĂ©es de cette couleur. Il aime le bord des chemins, des taillis, et se trouve beaucoup plus communĂ©ment dans le Midi que dans nos dĂ©partements septentrionaux ; cependant on le rencontre un peu partout. Sa robe noire, son ventre et ses ailes blanches en font un vrai point de mire des plus faciles Ă  viser et Ă  reconnaĂźtre de loin. Le gobe-mouche gris ou butale est gris cendrĂ© en dessus, plus foncĂ© au centre des plumes de la tĂȘte ; les grandes plumes de l'aile et de la queue sont noirĂątres. Le dessous du corps est blanchĂątre, rayĂ© HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 117 longitudinalement de noirĂątre. Il a les ailes beaucoup plus longues et le vol meilleur que le bec-figue proprement dit; aussi chasse-t-il d'une tout autre maniĂšre. Il se place sur un point culminant; on le voit sans cesse postĂ© sur les poteaux, sur les branches mortes d'un arbre, et, de lĂ , guetter les insectes qui passent Ă  portĂ©e et les saisir au vol avec une adresse admirable. Son vol est d'une lĂ©gĂšretĂ© de papillon, et, mĂȘme au repos, il agite presque sans cesse les ailes comme pour prendre son essor, ou pour ne pas perdre un seul instant l'occasion de se servir de ces prĂ©cieux organes ! C'est que d'eux dĂ©pend sa vie!... Au moment de la nidification, son cri devient plaintif et monotone. Cet oiseau est le bec-figue du nord de la France. Au demeurant, animal triste, solitaire, comme tous les travailleurs qui demandent Ă  un labeur pĂ©nible, obstinĂ©, mal rĂ©munĂ©rĂ©, la vie de chaque jour. Avec les bec-figues se termine la charmante sĂ©rie des petits oiseaux chanteurs, des becs-fins, des vrais insectivores tribu choisie et bĂ©nie, que l'homme devrait vĂ©nĂ©rer partout oĂč il la rencontre, et que chaque jour, au contraire, il anĂ©antit sans remords et sans pitiĂ© ! Ah! l'avenir se chargera d'amener le remords, quand il ne sera plus temps de rĂ©parer le mal! Pauvres ehĂ Ă»tsurs amis, lorsque vous ne serez plus ‱118 OISEAUX DES BOIS". lĂ , seulement alors on s'apercevra que vous Ă©tiez bons Ă  autre chose qu'Ă  constituer des brochettes appĂ©tissantes, dodues et grassouillettes ! Sortons maintenant de la sociĂ©tĂ© intime dans laquelle nous avons vĂ©cu jusqu'ici, et entrons dans un Pig. 00. — ItOMIEB. monde fort mĂȘlĂ© oĂč nous allons rencontre/ de trĂšsbeaux uniformes, ma foi, mais des moeurs assez justement dĂ©criĂ©es! A la tĂȘte des plus beaux oiseaux de notre pays il faut placer le rollier d'Europe, que l'on appelle HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 119 aussi quelquefois geai de Strasbourg, parce qu'on l'a rencontrĂ©, plus souvent qu'ailleurs, dans les grands bois de l'Alsace. Nous n'en dirons que quelques mots, car il est un hĂŽte trĂšs-passager de nos contrĂ©es, et cependant on affirme que quelques couples nichent dans le Midi de la France. Quoi qu'il en soit, nous ne devons pas l'oublier parce qu'il est un des oiseaux utiles, s'il en fut, en sa qualitĂ© de mangeur d'insectes. Sa maniĂšre de les chasser rappelle celle des piesgriĂšches il aime, par-dessus tout, les grillons, les sauterelles; il ne dĂ©daigne point les vers, et attaque, dit-on, les petits reptiles et mĂȘme les grenouilles. Ce dernier point nous semble hasardĂ©. Le rollier, toujours solitaire, se tient perchĂ© sur les branches mortes des arbres et des arbustes, attendant patiemment qu'une proie se prĂ©sente. Il vit le plus souvent sur la lisiĂšre du bois, mais il s'avance Ă©galement sur les coteaux secs et dans les campagnes arides ; Rien n'est plus beau que son plumage, dont nous voulons essayer de faire naĂźtre l'idĂ©e. La tĂȘte et le devant du cou sont d'un bleu d'aigue-marine Ă  reflets verts et roses, le dos fauve, les ailes bleu violet se fondant en vert changeant comme la tĂȘte, de mĂȘme la poitrine et le ventre. Ajoutez Ă  tout cela des nuances de vert, de bronze, de rose, de brun, de bleu nuançant la queue et le corps, et vous aurez un tableau 120 OISEAUX DES BOIS. fort incomplet de ce magnifique oiseau, un peu plus gros que la tourterelle ordinaire. A la suite de cet utile aide-de-eamp au justaucorps bleu de mer, plaçons un second auxiliaire Ă  la livrĂ©e jaunĂątre et bigarrĂ©e la huppe, que l'on Kg. 31. — HUPPE. trouve partout dans notre pays, mais qui n'est abondante nulle part. Elle est Ă©galement un oiseau de passage, qui-nous arrive en avril et mai, pour repartir vers septembre et octobre. Elle niche dans les HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 121 trous des arbres et des rochers, et pond 4 ou 5 oeufs oblongs de couleur trĂšs-variable. Cet oiseau, que l'on voit souvent Ă  terre fouillant les mousses pour y trouver ga nourriture, se reconnaĂźt facilement aux plumes rousses terminĂ©es de noir de sa huppe, Ă  son dos blanc pur, aux taches brunes de ses flancs, Ă  sas ailes noires barrĂ©es de blanc, son sa poitrine-de roux vineux. Quelques personnes, dit Bechstein, placent la huppe dans leurs greniers pour expulser les charançons et les araignĂ©es; elle s'en acquitte trĂšsbien; mais de lĂ  Ă  dire qu'elle mange des souris, il y a certainement une erreur la faiblesse de son bec l'en rend incapable. La huppe est un animal solitaire, peu rusĂ© et trĂšsfacile Ă  apprivoiser. Nos souvenirs d'enfance se reportent, Ă  ce sujet, sur un acte de familiaritĂ© assez curieux. Une huppe fut capturĂ©e dans un galetas oĂč elle venait de s'aventurer. Notre soin le plus empressĂ© fut de lui couper les ailes pour mieux nous en assurer la possession; nous la laissĂąmes ensuite dans une cour intĂ©rieure Ă  la charge et sous la surveillance d'une cuisiniĂšre. Les soins furent bons, sans doute, mais la surveillance incomplĂšte, car l'oiseau disparut avant d'avoir donnĂ© le moindre signe de confiance et de familiaritĂ© cependant la faim, quelquefois, peut ĂȘtre bonne conseillĂšre!... Plusieurs 122 OISEAUX DES BOIS. jours venaient de s'Ă©couler, lorsqu'un soir notre attention fut attirĂ©e par quelques petits coups frappĂ©s distinctement contre les vitrĂ©e de la salle Ă  manger oĂč nous Ă©tions tous rĂ©unis en ce moment quel fut notre Ă©tonnement en reconnaissant dans la quĂȘteuse la pauvre huppe que nous avions cru perdue ! H ne fut pas difficile de l'introduire l'instinct qui la ramenait semblait inspirer chacune de ses dĂ©marches! Elle se hĂąta de retourner Ă  la cuisine et y trouva bon accueil et bonne chĂšre ; dĂšs ce moment, elle parut avoir renoncĂ© Ă  tout projet d'escapade. La huppe est un des oiseaux connus de toute antiquitĂ© ; elle a jouĂ© un rĂŽle chez la plupart des peuples, et principalement chez les Égyptiens, oĂč elle fut l'emblĂšme de la piĂ©tĂ© filiale. Les jeunes prenaient soin, disait-on, de leurs pĂšre et mĂšre devenus vieux et caducs; ils les rĂ©chauffaient sous leurs ailes, les aidaient, dans le cas d'une mue laborieuse, Ă  quitter leurs vieilles plumes. Ils soufflaient sur leurs yeux malades, etc., etc. En un mot, ils leur rendaient tous les bons offices qu'ils en avaient reçus dans leur bas Ăąge! Nous ne songions certes pas Ă  vĂ©rifier cette rĂ©putation de vertu et encore moins Ă  la contester, lorsque le hasard s'est plu Ă  nous fournir l'Ă©tude de moeurs que voici Une huppe, avec ses petits, avait Ă©tĂ© portĂ©e au Jardin zoologique de Marseille on la mit dans une HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 123 grande voliĂšre, espĂ©rant qu'elle continuerait peutĂȘtre Ă  Ă©lever sa famille. Tout parut bien se passer' d'abord; mais on ne tarda pas Ă  remarquer que chaque jour les petits disparaissaient on voulut en reconnaĂźtre la cause et voici de quelle atrocitĂ© il fallut ĂȘtre tĂ©moin. Tous les matins, Ă  l'heure du dĂ©jeuner, aprĂšs avoir pris soin de ses petits, aprĂšs leur avoir donnĂ© avec une apparente sollicitude une copieuse alimentation, la mĂšre revenait au bord du nid, et lĂ , prenait une pose insouciante et contemplative qui, dans aucun cas, ne pouvait faire songer Ă  mal; puis au bout d'un instant, saisissant avec prĂ©caution par le cou un des siens, elle le tirait hors du nid, l'envisageait alors avec attention, on eĂ»t dit presque avec amour... Que se passait-il dans ce coeur de mĂšre? C'est ce quenous ignorons ! toujours est-il qu'aprĂšs ce minutieux examen, prompt comme l'Ă©clair, un bec en guise d'Ă©pĂ©e traversait le corps de sa victime. Le meurtre une fois accompli, toute hĂ©sitation cessait ; coupĂ© en deux ou trois morceaux, le corps Ă©tait promptement englouti par la tendre mĂšre, ' qui ne tarda pas Ă  faire ainsi de ses entrailles une tombe Ă  toute sa progĂ©niture. Les Egyptiens ont-ils jamais rien vu de pareil Ă  ce touchant exemple d'amour maternel? Il ne faut pas nous le dissimuler, nous penchons 124. OISEAUX DES BOIS. de plus en plus vers la mauvaise compagnie ! Encore un peu et nous quitterons un effrontĂ© coquin pour la sociĂ©tĂ© des pillards et des assassins ! Vifs, criards, importuns, les geais sont des ennemis que le cultivateur comme le forestier ne doivent Fig. 32. — GEAI OIUJINAIEE. point mĂ©nager. On les trouve partout, dans les taillis, sur les lisiĂšres, dans les vergers, et partout ils font du mal, pillant les fruits, et les cachant quand ils sont durs, comme ceux des forĂȘts. Le geai, avec sa huppe grise, ses plumes bleu ciel HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 125 et noires sur les ailes, sa gorge vineuse, est connu de tout le monde; nous ne nous y arrĂȘtons donc que pour signer son arrĂȘt de mort, car il dĂ©truit presque autant de petits oiseaux au nid et d'oeufs, que la pie, sa complice incorrigible. Rangeons-le surtout parmi les voleurs des jardins III, 7, afin qu'on ne lui fasse grĂące sous aucun prĂ©texte ! Son nid est plat, construit en chiendent et en racines fines. L'oiseau y pond 6 oeufs verdĂątres, et gros comme ceux de la tourterelle. Les pies-griĂšches, que nous sommes amenĂ©s Ă  ranger ici, forment une petite famille naturelle de rapaces, que l'on doit regarder comme l'adaptation du type passereau Ă  la nourriture par la chair. Toutes se nourrissent de gros insectes, mais elles y ajoutent de petits oiseaux et des mammifĂšres de faible taille. Quelles que soient cependant les aptitudes cruelles et sanguinaires de ces oiseaux, les serres leur manquent comme mains prenantes. Ils restent passereaux et emportent leurs victimes dans leur bec crochu, seul organe vĂ©ritablement transformĂ© dans ce monde remarquable!... Deux choses rapprochent cependant encore les pies-griĂšches des rapaces d'abord leurs narines rondes et latĂ©rales recouvertes d'une membrane ; puis leur nid, situĂ© Ă  la fourche d'un arbre et formĂ© extĂ©rieurement de tiges et de petites baguettes comme l'aire des oiseaux de 126 OISEAUX DES BOIS. proie, — mais en diminutif, — tandis que TintĂ©rieur est fait en mousse, — souvenir des passereaux !... „ Autant les pies-griĂšches se montrent fĂ©roces et sanguinaires vis-Ă -vis des autres petits oiseaux, autant elles sont douces et affables dans leur vie de famille, et c'est chose remarquable que l'attachement que le pĂšre montre pour ses oeufs il va jusqu'Ă  les couver, pour relayer sa compagne quand celle-ci est fatiguĂ©e. Les petits, leur Ă©ducation terminĂ©e, et dĂšs qu'ils peuvent se suffire Ă  eux-mĂȘmes, n'abandonnent pas leurs parents ainsi que le font les rapaces ; au contraire, ils demeurent, jouent et chassent avec eux, tantĂŽt sur la lisiĂšre des bois de haute futaie, tantĂŽt parmi les buissons Ă©pineux et les arbustes des marĂ©cages. Dans cette petite colonie formĂ©e d'une seule famille, rĂ©gnent la plus parfaite harmonie et Un Ă©change des soins les plus touchants. Il paraĂźt mĂȘme qu'ils Ă©migrent ensemble et qu'ils restent unis dans les pays qu'ils parcourent, jusqu'au printemps suivant, oĂč les mĂąles sont obligĂ©s d'aller au loin se choisir une compagne. Avec ces moeurs intimes charmantes,lapte'grriĂšc7te se montre d'une fĂ©rocitĂ© extraordinaire envers tout ce qui l'entoure. Les insectes, surtout les gros, les petits oiseaux sans dĂ©fense sont ses victinies ordi^ HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 127 nalres. Son ardeur sanguinaire est si grande que, mĂȘme rassasiĂ©e, elle continue Ă  chasser, Ă  tuer sans relĂąche, et, ne pouvant dĂ©vorer ses nouvelles victimes, elle les empale aux Ă©pines des buissons ! Quel instinct la pousse Ă  agir ainsi?... Est-ce prĂ©voyance?... est-ce pressentiment des mauvais jours Ă  courir? —'MystĂšre! — car la pie-griĂšche captive se comporte de la mĂȘme façon dans sa cage... Le vol de ces oiseaux est irrĂ©gulier, formĂ© d'une sĂ©rie de zigzags caractĂ©ristiques. Sans ĂȘtre capables de planer ainsi que le font les vrais rapaces, elles savent rester quelques instants suspendues dans les airs pour guetter leur proie. Leurs cris sont aigres et discordants, mais les petites espĂšces ont le talent d'imiter le chant des autres oiseaux et mĂȘme la voix des animaux qui vivent auprĂšs d'elles. Nous avons en France quatre espĂšces de piesgriĂšches, que nous allons rapidement passer en revue La pie-griĂšche grise est la plus grande des espĂšces de notre pays. Sa taille est environ de 0m,25. On la distingue facilement au dessous de son corps blanc, Ă  sa tĂȘte et Ă  son dos cendrĂ©s. Ses ailes noires sont doublement barrĂ©es de blanc ; la queue, noire aussi, est terminĂ©e et bordĂ©e par du blanc sur les pennes latĂ©rales. La femelle est plus petite, plus grise et moins blanche. Cette pie-griĂšche se nourrit de mulots, campa^ Fig. 33 Ă  33. — PIE-GIUÈCHE A TÊTE HOUSSE. PIE-GRIECHE GRISE. PIE-GRIECHE ÉCORCHEUR. HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 12Ô gnols, musaraignes et insectes; malheureusement elle attaque aussi les petits oiseaux, dont elle mange la cervelle, aprĂšs leur avoir brisĂ© la tĂȘte Ă  coups de bec. Quand elle poursuit sa proie, elle exĂ©cute un mouvement particulier pour saisir cette proie par le cĂŽtĂ©; mais elle ne rĂ©ussit pas toujours, car elle ne peut pas se servir de ses griffes, comme les oiseaux de proie, et souvent elle ne parvient qu'Ă  lui arracher une becquĂ©e de plumes. La pie-griĂšche rose, appelĂ©e aussi renĂ©gat gris, a environ 0m,21 de longueur. Elle se reconnaĂźt Ă  la couleur rosĂ©e de ses flancs et de sa poitrine. On la trouve souvent en compagnie de la pie-griĂšche grise, quoique d'habitude son lieu d'habitation soit un Ă©tage au-dessous d'elle. De passage en nos pays, comme toutes les pies-griĂšches, le renĂ©gat s'attaque aux gros insectes, aux taupes, aux musaraignes et aux petits oiseaux sortant du nid. Signe particulier, le femelle couve seule ses oeufs. La pie-griĂšche Ă  tĂȘte rousse, ou matagasse, est plus petite que les autres espĂšces, dont elle se distingue par la couleur rousse de sa tĂȘte et de son cou et la teinte noire de son dos et de ses ailes; elle a le ventre et la poitrine blancs, tandis que ses flancs sont rouges. Ses ailes noires portent une tache blanche formant miroir. La matagasse, moins grosse, avons-nous dit, 9 130 OISEAUX DES BOIS. que les deux espĂšces prĂ©cĂ©dentes, se trouve dĂ©jĂ  trop faible pour attaquer les autres oiseaux. Elle est obligĂ©e de se contenter d'insectes, lĂ©zards et grenouilles , qu'elle sait prendre avec beaucoup d'adresse. Dans cette espĂšce, la femelle couve aussi s eu le ses oeufs. La piegriĂšche Ă©corc/iewr est la plus petite de son genre en Eu" rope, mais elle se monFig. monFig. — riE-GBIÈCHE ÉCOKCHEDR. HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 131 tre en mĂȘme temps la plus fĂ©roce. C'est elle surtout qui a l'habitude d'accrocher aux Ă©pines des buissons les victimes qu'elle continue Ă  dĂ©chirer, mĂȘme quand sa haine est assouvie. Cette pie-griĂšche se distingue des autres espĂšces par le dessus de la tĂȘte et du croupion centrĂ© bleuĂątre, par les grandesplumes dĂ© l'aile noires bordĂ©es de roux, enfin par le dessous du corps blanc, teintĂ© de rose Ă  la poitrine, au ventre et aux flancs. Dans cette espĂšce le mĂąle participe Ă  l'incubation, et trĂšs-souvent chaque nid voit deux couvĂ©es par an. L'Ă©corcheur se nourrit de petits reptiles, de gril^ Ions, sauterelles, mouches et autres insectes ailĂ©s. Sa voix aigre et discordante d'habitude a la propriĂ©tĂ© d'imiter, au printemps, celle de tous les oiseaux des environs. Pourquoi? — MystĂšre!... Quoique nuisibles par la guerre incessante qu'elles font aux autres petits oiseaux, les pies-griĂšches rendent cependant d'incontestables services. Ainsi, vers 1829, une nuĂ©e de sauterelles s'abattit sur les cĂŽtes mĂ©ridionales de l'Afrique ; la contrĂ©e entiĂšre allait ĂȘtre ravagĂ©e, et l'on Ă©prouvait les plus sĂ©rieuses inquiĂ©tudes sur la vĂ©gĂ©tation, quand une espĂšce de pie-griĂšche, celle Ă  collier, survint en bandes considĂ©rables et fit si bien, du bec et des serres, qu'elle dĂ©livra le pays du flĂ©au et les habitants delĂ  famine et de la ruine. 132 OISEAUX DES BOIS. Que conclure de ceci? Faut-il accuser ou absoudre? condamner ou dĂ©fendre ? Franchement, quels que soient les services que nous rendent les pies-griĂšches en dĂ©truisant certains insectes et — peut-ĂȘtre — quelques petits mammifĂšres, nous les jugeons parfaitement nuisibles et n'Ă©prouvons aucun remords Ă  les livrer Ă  la vindicte publique ! Plus nous avons Ă©tudiĂ© les moeurs, — leur pĂąture dans les haies et taillis, — de nos diverses pies-griĂšches, plus nous avons acquis la certitude que ce type est celui d'un mangeur de petits oiseaux, surtout d'oeufs et d'oisillons naissants. Que, pendant l'Ă©tĂ©, pendant l'automne, la pie-griĂšche chasse aux gros insectes, soit ! mais elle ne nourrit sa couvĂ©e, au printemps, que du pillage des nids d'oiseaux appartenant aux espĂšces plus faibles des insectivores chanteurs. Quant aux invasions d'insectes, introduisons, acclimatons des espĂšces qui les combattent, mais sans dĂ©vorer les nichĂ©es ! De mĂȘme que la plaine, le verger, le jardin ont leur type moineau dans le moineau domestique et ses variĂ©tĂ©s de climat, Yitalien et l'espagnol voy. III, 7, de mĂȘme l'adaptation de ce type au bois, au taillis, Ă  la lisiĂšre devait produire un ou plusieurs moules analogues c'est pour cela que HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 133 nous y trouvons deux espĂšces moineau friquet et moineau soulcie ou des bois. Plus farouche que le moineau domestique, le friquet vit de prĂ©fĂ©rence dans les baies Ă©loignĂ©es, sur la lisiĂšre des taillis et boquetaux, dans les saussaies, les oseraies. En hiver, il profite de ce que les Fig. 37. — MOIKEAU FRIQUET. moineaux domestiques s'adjoignent des pinsons, des bruants jaunes et une foule d'autres fringilliens, puis gagnent la campagne oĂč les champs labourĂ©s et ensemencĂ©s leur offrent une provende assurĂ©e, pour se joindre Ă  eux et descendre ainsi dans la plaine, faisant, en passant, une revue gĂ©nĂ©rale des vignes, afin de piller les derniers grains oubliĂ©s par les 134 OISEAUX DES BOIS, vendangeurs d'abord et les pauvres grapilleurs ensuite. On reconnaĂźt le friquet Ă  sa taille plus petite que celle du moineau domestique et Ă  la tache noire qu'il porte sur l'oreille il a, d'ailleurs, deux bandes blanches sur l'aile au lieu d'une. Fig. 3S. — MOIKEAU SOULCIE OU DES BOIS. Quant au soulcie ou moineau des bois, il est encore un ami des endroits couverts eftranquilles. C'est tout au plus si on le rencontre dans les contrĂ©es boisĂ©es, au voisinage de quelque ferme isolĂ©e. Son lieu d'habitat est dans les pays montagneux et couverts, ne descendant qu'en hiver sur les plaines basses pour se rĂ©unir- en bandes Ă©normes. Son cri HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 135 de rappel, qu'il fait entendre surtout en volant, a beaucoup d'analogie avec celui du moineau friquet, mais il est plus traĂźnant, plus accentuĂ©, plus aigre, et le piaulement des jeunes encore au nid ressemble Ă  s'y mĂ©prendre Ă  celui des jeunes moineaux domestiques. Son vol est rapide et bruyant comme celui de ses congĂ©nĂšres, et lorsqu'il s'enlĂšve en compagnie un peu nombreuse, on voit tous les individus composant la bande rapprochĂ©s et formant un peloton serrĂ©. Comme les autres moineaux, il n'a pas de chant proprement dit; comme eux, au lieu de marcher, il sautille; enfin, comme eux aussi, il naĂźt complĂštement nu. Le soulcie est d'ailleurs un oiseau du Midi, qui ne dĂ©passe guĂšre la Loire et qui niche dans les vieux arbres, oĂč il fait, en plumes, laine, paille et foin, un vrai nid de moineau domestique. Ses ailes sont plus longues que celles de l'espĂšce typique ; le bout de sa queue est blanc et il a deux bandes brun foncĂ© sur la nuque le devant du cou est jaune ; d'ailleurs, l'animal est de bonne taille et de forte encolure. Les pigeons ramiers se trouvent dans toutes nos forĂȘts de France, mais ils ne sĂ©journent point au milieu des grands massifs ; ils prĂ©fĂšrent les taillis, oĂč ils se tiennent sur les arbres de rĂ©serve, les lisiĂšres et le voisinage des champs, dans lesquels deux fois .1-36 OISEAUX DES BOIS. par jour ils vont chercher leur nourriture. Ces courses ont lieu le matin et Ă  la fin de l'aprĂšs-midi de 10 heures Ă  3 heures, l'oiseau reste tranquille dans le bois, Ă  roucouler de temps Ă  autre. L'hiver, quand la vie est moins abondante, il est obligĂ© de chercher presque toute la journĂ©e, et cependant il se Fig. 39, — PIGEON RAMIER. donne toujours au moins. une heure de repos vers midi. Les repas des jeunes sont aussi bien rĂ©glĂ©s que ceux des parents ceux-ci leur donnent Ă  manger vers 9 heures du matin,- et le soir de 4 Ă  5 heures. Le ramier se nourrit de pois, de fĂšves, de haricots, de blĂ©, de navette, de glands, de faines? de HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 13'7 feuilles tendres et de bourgeons; enfin de fraises sauvages, dont on le dit trĂšs-friand. Cette Ă©numĂ©ration suffit pour faire comprendre que le ramier n'est pas moins nuisibles aux cultures que le pigeon fuyard ou domestique. On a donc raison de lui faire la chasse et de rechercher sa chair, fort bonne, en compensation des dĂ©gĂąts qu'il cause. Dans la plupart de nos dĂ©partements du Centre, le ramier se montre partout, mais isolĂ©ment; on ne le voit presque nulle part en troupes ; il n'en est pas de mĂȘme dans certains endroits du Midi, oĂč il passe en compagnies immenses lors de ses migrations. Excessivement dĂ©fiant et farouche, le ramier est fort difficile Ă  atteindre il ne faudrait point juger de ses moeurs par ceux qui pullulent dans les jardins publics de Paris et se sont parfaitement apprivoisĂ©s, puisqu'ils viennent prendre leur nourriture dans la main des promeneurs. A la campagne c'est autre chose, et leur vol sifflant Ă  travers les hautes branches vous apprend seul, le plus souvent, que le pillard ne vous a point attendu. Les jardins des fermes isolĂ©es, ceux des maisons de campagne situĂ©es Ă  proximitĂ© des bois, sont souvent dĂ©vastĂ©s par les ramiers, qui ont un goĂ»t irrĂ©sistible pour les petits pois, surtout Ă  demi germes, et qui viennent les dĂ©terrer avec acharnement. Le plumage des ramiers est d'un beau gris 138 OISEAUX DES BOIS.. bleuĂątre, et l'oiseau porte de chaque cĂŽtĂ© du cou un petit croissant blanc, tandis que le dos prĂ©sente de beaux reflets cuivreux ; pieds rouges et bec aussi. Le colombin est encore un pillard de la mĂȘme race, qui vit de la mĂȘme maniĂšre; mais plus farouche que le ramier, il s'enferme dans les endroits les plus touffus et les plus inaccessibles des forĂȘts. C'est lui qui passe dans les PyrĂ©nĂ©es par bandes innombrables Ă  l'automne. Il est trĂšs-commun dans les forĂȘts de CompiĂšgne et de Rambouillet. On le reconnaĂźt facilement au bord noir de ses ailes, aux deux taches de mĂȘme couleur qu'elles portent, et Ă  son absence de croissant au cou. Il porte le croupion cendrĂ©, tandis que le bizet, — encore une autre espĂšce, — l'a blanc. Souche de nos races domestiques, le bizet ne se trouve chez nous en libertĂ© que prĂšs des bords de la MĂ©diterranĂ©e, oĂč il niche dans les rochers. Nuisible, tout aussi bien que ses cousins et ses descendants domestiques ! Nous n'avons pas le courage de chercher noise Ă  la douce tourterelle, vĂ©ritable moule rĂ©duit du pigeon, quoique sa prĂ©sence Ă  portĂ©e des champs cultivĂ©s indique la provenance de sa nourriture. Ces oiseaux, d'ailleurs, ne marchent jamais en troupes. Il n'en est pas de mĂȘme du dernier habitant des taillis dont nous voulons parler, de la succulente HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 139 bĂ©casse. Nous serions fort embarrassĂ©, — n'Ă©tait la valeur de sa chair, —- de dire si elle est nuisible ou si elle est utile. Cependant, tout bien considĂ©rĂ©, nous la dĂ©clarons, Ă  l'unanimitĂ©, utile... au gourmand ! Avis aux chasseurs! Fig. 40. — TOURTERELLE. D'ailleurs, de passage dans nos pays, cet intĂ©ressant oiseau ne demande qu'aux vers sa nourriture il y joint les larves que son long bec lui permet de saisir en barbotant dans la vase des mares, fossĂ©s ou Ă©tangs. A ce point de vue, la bĂ©casse est donc encore utile. Utile partout, et bonne... toujours! Kisr. il. - BÉCASSE. HABITANTS DES LISIÈRES, BOSQUETS. 141 Tel doit ĂȘtre le programme du cultivateur et du forestier Ă  son Ă©gard. Quant au faisan, il est si peu français encore que je n'en veux parler que pour mĂ©moire et pour que les riverains des grandes chasses n'oublient pas de Fig. 42. — FAISAN. faire constater les dĂ©gĂąts que ces Ă©lĂ©gants oiseaux font dans leurs rĂ©coltes. Mais il y a tout lieu de croire que lesdits voisins ne les oublieront pas ! Tout au contraire des gelinottes, les faisans se plaisent dans les bois un peu humides situĂ©s en plaine; ils se nourrissent de baies, de fruits, de 142 OISEAUX DES BOIS." vĂ©gĂ©taux, d'insectes, de vers et de petits colimaçons ; ce qui ne les empĂȘche pas d'aller se rĂ©galer le plus souvent de grains dans les endroits oĂč l'on en sĂšme et trop souvent hors des limites oĂč leurs pro-. priĂ©tairçs voudraient les voir se tenir. DĂ©fiant tout Ă  la fois et maladroit, le faisan semble en effet perdre la tĂȘte Ă  certains moments et n'avoir plus conscience de ce qui peut lui ĂȘtre nuisible aussi l'espĂšce n'existe-t-elle chez nous qu'Ă  l'Ă©tat de demi-domesticitĂ©, au moins pendantlejeune ĂągĂ©.. Ce gibier, d'ailleurs, est tellement facile Ă  voir par sa taille et par ses couleurs, qu'au milieu de nos campagnes extra-civilisĂ©es il serait dĂ©truit en deux ans, si on le laissait errer en libertĂ©. ÉPLUCHEÙRS DE TRONCS. 143 CHAPITRE III. ÉPLUCHEÙRS DE TRONCS. Au premier rang des oiseaux utiles dans les bois, nous nous empresserons de placer les pics de toute espĂšce, malgrĂ© les prĂ©jugĂ©s populaires qui les accusent de percer les arbres et d'en diminuer la valeur. Les pics sont, avant tout, les Ă©plucheurs des Ă©corces ce sont eux qui ont dĂ©clarĂ© une guerre sans rĂ©mission Ă  la lĂ©gion des colĂ©optĂšres xylophages qui creusent leurs galeries dans le liber ou Ă©corce vivante, et tuent, peu Ă  peu, des milliers d'arbres Ă  la fois. Ce sont les pics qui ont Ă©galement dĂ©clarĂ© une guerre Ă  mort Ă  tous ces insectes en larves qui marchent Ă  la conquĂȘte de feuilles caduques ou persistantes suivant les espĂšces, et qui, les dĂ©truisant, font encore pĂ©rir des cantons entiers de bois dans les forĂȘts rĂ©sineuses. Dans les vergers, ce sont les pics qui viennent nettoyer l'Ă©corce de nos arbres fruitiers, combattre l'invasion des pucerons, des fourmis, happer par-ci par-lĂ  tout insecte qui grouille, et en faire leur proie. — Mais on les voit piocher de leur bec robuste 144 OISEAUX DES BOIS. dans les troncs des arbres, et y creuser des trous tellement profonds que c'est dans ces cavitĂ©s mĂȘmes qu'ils font leur nid. — Sans doute. — HĂ© bien? — Regardez attentivement l'arbre auquel s'attaque le pic, et jamais cet arbre ne sera sain au point oĂč l'oiseau le frappe deson bec. Son instinct ne le trompe pas. OĂč en est le siĂšge? Nous ne le savons point. RĂ©side-t-il dans la vue? C'est probable. L'Ă©corce qui recouvre un point cariĂ© n'est pas semblable Ă  l'Ă©corce saine adhĂ©rente au bois. Est-ce l'odorat? Cela pour= rait encore bien ĂȘtre. Quoi qu'il en soit, l'instinct des pics les guide vers les arbres dĂ©pĂ©rissants, rongĂ©s dans leur Ă©corce, leur liber et leur bois par les larves des insectes, attaquĂ©s par la carie, pourris par les infiltrations d'eau. C'est alors que nous observons ces intĂ©ressants oiseaux occupĂ©s Ă  piocher un point sur un arbre qui nous paraĂźt absolument sain et vif. Si nous Ă©tions lĂ -haut, Ă  cĂŽtĂ© du travailleur, nous verrions qu'une branche a Ă©tĂ© jadis cassĂ©e en cet endroit, un chicot est demeurĂ© saillant qui a d'abord arrĂȘtĂ© quelques gouttes d'eau, puis, se pourrissant Ă  son tour, est devenu spongieux, s'imbibant Ă  chaque ondĂ©e et laissant suinter peu Ă  peu cette humiditĂ© au-dessous de lui. Entre l'Ă©corce et le bois s'est formĂ©e une tache EPLUCHEURS DE TRONCS. 145 pourrissante qui va chaque jour s'agrandissant, les insectes sont entrĂ©s par la surface dĂ©nudĂ©e et spongieuse de la branche pourrie, et aujourd'hui cet endroit est un refuge de ravageurs, un repaire de bandits affamĂ©s de carnage. Le pic arrive, il sonde le mal d'un coup sec, commence son travail en enlevant les fibres dĂ©composĂ©s du bois, plonge dans le trou sa longue langue gluante et armĂ©e de crans tournĂ©s en arriĂšre, et en amĂšne toute cette vermine dont il fait curĂ©e. Les trous que creusent les pics sont beaucoup moins profonds que la renommĂ©e le proclame la plupart du temps ils ne vont que jusqu'Ă  l'aubier, et, dans tous les cas, ils n'empiĂštent jamais sur le bois sain, que leur bec ne saurait entamer ; mais ils suivent les veines, dĂ©jĂ  sillonnĂ©es dans tous les sens par les galeries des larves xylophages. Ces trous ne peuvent ĂȘtre approfondis assez par le pic pour y faire sa demeure et y Ă©lever ses petits que dans les troncs pourris des arbres hors de service, et encore, dans ceux-ci les consciencieux oiseaux rendent-ils au forestier d'Ă©minents services. Les insectes dangereux, en forĂȘt, peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme une tache d'huile dont la circonfĂ©rence va toujours s'Ă©largissant la multiplication appelle la multiplication, et le nombre devient lĂ©gion. Mais Ă  quelle condition ? 10 146 OISEAUX DES BOIS. A condition que ces insectes trouvent un milieu propice Ă  les recevoir. MĂȘme condition pour le mal que pour le bien, pour la destruction que pour le peuplement. L'agriculture n'est pas fondĂ©e sur un autre principe. Or, le lieu propice, c'est le bois mort, pourrissant et dĂ©pĂ©rissant. Qui le dĂ©truit? Le pic. Qui le dĂ©peuple ? Encore le pic. HĂ© ! de quoi vous plaignez-vous ? C'est en exĂ©cutant ce travail que ces oiseaux, par vous anathĂ©matisĂ©s Ă  tort, prĂ©viennent la multiplication excessive des ravageurs contre lesquels tout moyen vous manque, Ă  vous hommes, pour vous dĂ©fendre. C'est le pic qui vient dĂ©vorer sans relĂąche ces ennemis les uns Ă  la suite des autres, et qui empĂȘche que, se trouvant trop Ăą l'Ă©troit dans les arbres dĂ©pĂ©rissants, ils se jettent, par famine, sur les arbres sains et vigoureux, qu'ils attaquent Ă  dĂ©faut d'autres. — Mais l'arbre sain se dĂ©fend seul. — Certes, tout d'abord. La premiĂšre gĂ©nĂ©ration qui l'attaque meurt Ă©touffĂ©e, noyĂ©e dans les flots de la sĂšve trop abondante. Mais les mille blessures par lesquelles ce fluide nourricier s'Ă©coule affaiblissent l'arbre bien portant... DĂšs lors sa perte est assurĂ©e. Une seconde escouade arrive Ă  la rescousse. Celle-ci ne perd que la moitiĂ©, les trois quarts de EPLUCHEURS DE TRONCS. 147 son monde... L'ennemi est dans la place, on ne l'en dĂ©logera plus ! Et l'arbre vĂ©gĂšte, languit et succombe. Quand il est plein, gorgĂ© de parasites, l'Ă©migration recommence et le mal s'Ă©tend. Le pic est le modĂ©rateur naturel de ce flĂ©au. Un seul fait suffit pour confirmer ces assertions, que l'observation attentive des forestiers a mises aujourd'hui hors de doute. Il y a d'autant plus de pics dans une forĂȘt, qu'on y voit plus d'arbres morts ou dĂ©pĂ©rissants, pĂąture nĂ©cessaire de la plupart des insectes. Enlevez les uns, vous chassez les autres les pics disparaissent. Notre pays renferme huit espĂšces de ces utiles oiseaux. L'homme, d'ailleurs, en dĂ©truit peu, — heureusement pour lui, — non que l'envie manque aux porteurs de fusil ; mais pourquoi les dĂ©truire ? Ici l'intĂ©rĂȘt parle plus haut que le raisonnement. Le pic a une chair immangeable, et il est tellement farouche que son approche est toute une Ă©tude Ă  faire ; de plus, son vol est saccadĂ©, balancĂ©, par soubresauts, et rend le tir des plus difficiles. A moins d'ĂȘtre Ă  deux, il est malaisĂ© de tirer l'oiseau quand il se tient collĂ© le long d'un tronc ou d'une branche ; si vous tournez Ă  droite, le malin animal tourne Ă  gauchej et ainsi de suite, toujours sur ses gardes, aussi preste, aussi malin que le chasseur, et ne lui 148 OISEAUX DES BOIS. montrant que le bout du bec Ă  dĂ©couvert et un oeil fixe et diabolique ; jusqu'au moment oĂč, lassĂ© de cette partie de cache-cache, il prend son vol directement derriĂšre le tronc, dont l'Ă©paisseur le cache Ă  vos yeux. Malheureusement la pauvre bĂȘte a l'habitude irrĂ©flĂ©chie de pousser des cris aigus en volant. Au premier cri, vous faites un bond de cĂŽtĂ© pour dĂ©masquer le fuyard; mais son premier coup d'aile est rapide, et dĂ©jĂ  il est assez loin pour braver votre dĂ©pit. Telle est la ruse de dĂ©fense du pic en gĂ©nĂ©ral, et surtout des grandes espĂšces, car les petites sont beaucoup moins dĂ©fiantes. Malheureusement l'homme n'est pas plus bĂȘte que'le pic, au contraire. Voici donc, — qu'on me pardonne cette dĂ©lation en faveur du brevet de perfectionnement, — comment je m'y prenais dans le temps oĂč j'avais besoin de quelques-uns de ces oiseaux pour Ă©tudier leur organisation et la qualitĂ© des dĂ©tritus contenus dans leur estomac. Au moment oĂč le pic se trouvait cachĂ© par l'arbre qui nous sĂ©parait, je me dĂ©barrassais vivement de mon chapeau de paille que je plantais sur une brindille du taillis et au-dessous mon mouchoir de poche Ă©talĂ© sur les feuilles; puis, m'approchant du pied de l'arbre, je tournais autour. MaĂźtre pic, voyant deux personnes, mon chapeau et moi, s'aplatissait sur l'Ă©corce et recevait le coup fatal. ÉPLUCHEÙRS DE TRONCS. 149 Le fie-noir est un superbe habitant de nos forĂȘts en montagne et surtout des forĂȘts rĂ©sineuses ; sa tĂȘte rouge, sa huppe, ses narines couvertes de plumes raides en font un curieux spĂ©cimen de la famille. TrĂšs-farouche, il est extrĂȘmement difficile Ă  joindre. Bailly avance que, dans la Maurienne, le pic-noir fait, en automne, des provisions de semences, Ă©pluchĂ©es sur place, du pin cembro, et emporte l'amande dans des trous oĂč il sait aller la retrouver au besoin. Vieillot, d'un autre cĂŽtĂ©, affirme que ce mĂȘme pic attaque les ruches d'abeilles, —cela ne m'Ă©tonne pas, — mais se nourrit quelquefois de baies, de semences et de noix! Ici, je ne crois plus. Il y a confusion entre un corbeau quelconque et notre pic. Comment un oiseau douĂ© d'une langue vermiforme, barbelĂ©e, telle que celle du pic, pourrait-il faire pour manger des noix? Les amandes du pin cembro sont bien petites et pourraient Ă  la rigueur ĂȘtre avalĂ©es, mais... nous n'avons rien trouvĂ© de semblable dans les estomacs de tous les pics que nous avons pu Ă©tudier. Selon nous, il y a confusion. Tout aussi bien que quand on vient dire que le nic-Ă©peiche mange des noisettes. Il se suspend Ă  ces ĂŻuits, la tĂȘte en bas, comme les becs-croisĂ©s et les nĂ©sanges; M. SĂ©lys-Longchamps a raison de le dire; nais il cherche les larves de rhynchiles que le fruit Fig. 43-44. — PIC-ÉPEICHETTE. PIC-ÉPEICTIE. EPLUCHEURS DE TRONCS. 151 peut contenir, et non les amandes coriaces et dures que nous y aimons. Remarque qui devrait dominer tous ces on-dit Le pic ne sait pas mordre. Il pique, il pioche, puis il Ă©tend sa langue sur l'insecte, la darde, la retire et recommence. Or, pour manger des noix, noisettes, amandes, il faut saisir le fruit et le dĂ©pecer avec les cĂŽtĂ©s du bec... il ne sait pas le faire ! et, quand on a Ă©tudiĂ© ses moeurs, on en est parfaitement convaincu. Qu'il ait piquĂ© quelques baies dans lesquelles son flair lui indiquait des larves, c'est vrai ; mais pour la baie seule, jamais il n'eĂ»t songĂ© Ă  l'attaquer. Le pic-Ă©peiche est noir variĂ© de blanc et de rouge sur la tĂšte et au croupion. Il est moitiĂ© du pic-noir comme taille, et nous allons voir, Ă  sa suite, un moule rĂ©duit, YĂšpeichette, qui lui ressemble extrĂȘmement, si bien qu'elle n'en diffĂšre que par une taille moitiĂ© plus petite, le manque de rose sur les flancs et de rouge sur la queue. Au reste, mĂȘme habitat dans les forĂȘts de pins et de sapins, mĂȘme moeurs, mĂȘme nourriture insectes, insectes toujours ! A l'automne, ces deux petits pics viennent quelquefois nous visiter jusque prĂšs des habitations et. apporter Ă  nos vergers les bons soins de leur parcours intĂ©ressĂ©. 152 OISEAUX DES BOIS. Deux autres espĂšces analogues, mais un peu moins communes et vivant dans les mĂȘmes bois, ce sont lepic-leuconote, qui a le dos blanc et est un peu plus Tg. 45, — PIC-MAB. grand que l'Ă©peiche, dont il a le reste du plumage ; puis le pic-mar, un peu plus petit que l'Ă©peiche, mais plus grand que l'Ă©peichette trĂšs-semblable Ă  Fig. 4G. — PIC-YERT MALE et FEMELLE. 154 OISEAUX DES BOIS. tous deux, mais avec les plumes rayĂ©es de brun au lieu de noir, comme le leuconote. Le pic-mar est plus commun dans nos montagnes du Nord et de l'Est que dans celles du Midi ; on le rencontre plus volontiers parmi les chĂȘnes que les pins; c'est l'Ă©peiche des bois feuillus le moule rĂ©duit du 'pic-vert que nous verrons tout Ă  l'heure. Il a dĂ©jĂ  de commun avec lui son goĂ»t pour les fourmis. Le pic-tridactyle est trĂšs-rare en France ; il ne se montre que dans nos Alpes, et pas souvent c'est un ennemi dĂ©clarĂ© du cĂ©rambyx-hĂ©ros et de tous les bostriches. Il a, lui, la tĂȘte jaune en arriĂšre, au lieu de rouge comme les prĂ©cĂ©dents, pas de huppe et trois doigts seulement. L'ailleurs, mĂȘmes moeurs. Le pic-vert est le plus commun de nos pays. Il se tient partout, dans les forĂȘts les plus sombres, dans les taillis les plus clairs, dans les vergers, sur les routes. Il est difficile de rester quelques heures dans nos campagnes, n'importe oĂč, sans entendre son rauque glapissement quand il change de place, et sans apercevoir son vol saccadĂ©, bien facile Ă  reconnaĂźtre. Un pic ne peut pas descendre. Il s'avance sur l'Ă©corce, accrochĂ© par ses ongles, deux en avant, deux en arriĂšre, formant une main qui saisit les aspĂ©ritĂ©s. De plus , il lui fallait un siĂšge, un point d'appui pour pouvoir piocher Ă  son aise la nature le ÉPLUCHEÙRS DE TRONCS. 165 lui a fourni dans sa queue, dont les plumes raiaes et en pointe s'arc-boutent contre les fissures de l'arbre, et permettent Ă  l'oiseau, ainsi assurĂ©, dĂ©jouer du bec comme le bĂ»cheron de sa cognĂ©e. C'est le mĂȘme systĂšme que celui de l'Ă©brancheur montĂ© sur ses crampons et soutenu par sa ceinture de cuir. Il faut trois points pour ĂȘtre stable. Or, le pic ne peut demeurer la tĂȘte en bas, car sa queue, qui ne se relĂšve pas, buttant contre les Ă©corces, accĂ©lĂ©rerait sa descente et la mĂ©tamorphoserait en chute. Que fait-il? Il monte au faĂźte du tronc, rarement il dĂ©passe une grosse branche, puis il se laisse tomber sur ses ailes. Nous retrouvons un systĂšme tout semblable chez un autre petit oiseau qui monte et ne descend pas non plus le grimpereau. Tout le monde a vu le pic-vert avec sa calotte et ses moustaches rouges. La femelle a les moustaches noires. Bechstein prĂ©tend que, dans la mauvaise saison, le pic-vert va jusqu'Ă  attraper les abeilles dans leurs ruches... qui sait?... Le pic-cendrĂ©, plus rare chez nous, a le dessus de la tĂȘte cendrĂ©, et le mĂąle seul a un rouge au front ; les moustaches sont noires et petites chez les deux sexes. Tous deux sont grands amateurs de fourmis et 156 OISEAUX DES BOIS. descendent Ă  terre pour fouiller les fourmiliĂšres au moyen de leur langue gluante, qu'ils tendent sur le passage de ces insectes. Cette .friandise de fourmis nous servira de liaison pour rapprocher ici le torcol vulgaire, ce curieux oiseau aux contorsions bizarres, aux moeurs de transition. transition. torcol, en effet, est un animal toujours rare, quoique se trouvant partout sur notre territoire; il en est de lui comme de la huppe, — encore un autre mixte,— on l'entrevoit partout, on ne le rencontre nombreux nulle part. Le torcol est un pic qui n'est presque pas pic, en ce sens qu'il ne grimpe point sa queue molle, flexible, s'y oppose. Il ne sait que s'accrocher aux Ă©corces, comme le martinet aux murailles, pour enfoncer sa longue langue entre leurs brisures, sous leurs Ă©cailles, et y faire une rĂ©colte d'insectes et surtout Fig. 47. — TORCOL. ÉPLUCHEÛRS DE TRONCS. 157 de fourmis. Il aime tellement ces pauvres hymĂ©noptĂšres, qu'il va les attaquer jusque dans leurs forts, par terre, et fouiller leurs constructions, qu'il Ă©parpille avec rage. Le pic-vert, d'ailleurs, en fait autant, et combien de fois ne l'avons-nous pas surpris, presque cachĂ© sur le sol, tendant sa langue gluante sur le chemin des travailleuses ! Le torcol est beaucoup plus petit que les picsverts; sa taille est Ă  peu prĂšs celle de I'Ă©peichette ; mais il a un charmant plumage variĂ© de blanc, de gris, de noir, de roux, dont la description est presque impossible. C'est un oiseau soyeux, souple, solitaire et taciturne dans ses moeurs. Pendant l'automne, tandis que les fourmis et leurs nids lui manquent, il se contente, selon Bechstein, des baies du sureau jusqu'au temps de son dĂ©part, temps parfaitement invariable, — la premiĂšre quinzaine de septembre. — IndĂ©pendamment de la beautĂ© de son plumage, cet oiseau est trĂšs-curieux par les mouvements qui lui ont valu son nom il Ă©tend son cou et tortille sa tĂȘte de maniĂšre que le bec se trouve vis-Ă -vis du dos. Sa position normale est d'ĂȘtre tout Ă  fait droit. Les plumes de sa tĂȘte et de sa poitrine sont trĂšs-lisses ; sa queue s'Ă©tend en Ă©ventail , tout en s'abĂ issant. Quand on lui prĂ©sente sa nourriture, il s'allonge et s'aplatit doucement en avant, dressant les plumes de sa tĂȘte, tendant et 158 OISEAUX DES BOIS. tordant son cou, roulant ses yeux ; puis il abaisse et Ă©carte sa queue et glousse sourdement. En un mot, il se met dans la plus bizarre attitude et fait les plus ridicules grimaces. Les siltelles sont de charmants petits oiseaux gris bleuĂątre, Ă  ventre blanc , avec une bande rousse sur la queue; on les reconnaĂźt de loin Ă  leurs moustaches noires. Mais nous avons deux espĂšces, la sittelle d'Europe, qui frĂ©quente les grands bois, et la sittelle torchevot, qui prĂ©fĂšre les vergers et les arbres des haies e des champs. Celleci a le ventre beaucoup beaucoup marron que 1 autre. Ces oiseaux ont tout Ă  la fois les moeurs des pics et celles des mĂ©sanges ; leur bec droit leur sert Ă  fouiller les Ă©corces, auxquelles elles s'accrochent d'autant plus facilement que l'ongle de leur pouce Fig. 4S. — SITTELLE D'EUROPE. EPLUCHEURS DE TRONCS. 159 est fort et crochu. Leur queue ne. leur sert point d'appui; elle est terminĂ©e par des plumes molles. Le grimpereau, que nous allons voir venir tout Ă  l'heure, porte, au contraire, Ă  la queue des pennes ĂŻĂŻg. 49. — GRIMPEREAU FAMILIER. raides, pointues et usĂ©es , dont il se sert pour s'arcbouter contre les Ă©corces. On voit les sitteiies se suspendre, comme les mĂ©sanges, Ă  l'extrĂ©mitĂ© des brindilles flexibles, et elles rĂ©pĂštent leur cri monotone toute la journĂ©e. OISEAUX DES BOIS. Malheureusement les sittelles ne sont pas uniquement insectivores; elles se rapprochent encore par ce point des mĂ©sanges elles aiment les graines, et surtout le chĂšnevis qu'elles dĂ©vastent, et les pĂ©pins huileux des tournesols. C'est au fermier Ă  faire, dans ces circonstances, une guerre d'Ă©pouvantement pour les renvoyer aux arbres du voisinage qui ont toujours et sans relĂąche besoin de leurs services alors dĂ©sintĂ©ressĂ©s. Le grimper eau-familier se distingue des sittelles, dont il est souvent le compagnon, non-seulement par les pennes de sa queue, ainsi que nous venons de l'expliquer, mais par son bec plus grĂȘle, courbĂ© et pointu. Ce giĂŻmpereau est la vraie souris des arbres, montant Ă  leur tronc en s'aidant de sa queue, inspectant chaque pli de l'Ă©corce, entrant dans les trous des branches tombĂ©es. 11 se retourne souvent la tĂȘte en bas; il trotte de sa petite marche affairĂ©e; puis, quand il a gagnĂ© le haut d'un arbre, il tombe en volant pour gagner le bas du voisin, d'oĂč il remontera de mĂȘme pour revoler encore Ă  la tige de celui qui le suit. Il est presque muet; il n'a pas le temps de chanter; il a toute cette mousse Ă  visiter. Une petite mouche s'envole Ă  son approche; il la happe d'un coup d'aile qui le ramĂšne au point de dĂ©part sur sa branche, et il monte, il monte, tournant autour de la branche ÉPLUCHEÙRS DE TRONCS. . 161 en poussant un petit cri sifflant. On le rencontre d'habitude dans les grands massifs de forĂȘt ; il est farouche et mĂ©fiant. Celui que nous trouvons Ă  chaque instant le long de nos avenues, des grandes routes, de chaque rangĂ©e d'arbres, et qui devrait bien ĂȘtre nommĂ© le grimpereau familier, est le grimpereau aux doigts courts brachydactyle, distinguĂ© du premier parce qu'il a les ailes tachetĂ©es et que le premier ne les a pas. Ni l'un ni l'autre n'occupent jamais une position analogue Ă  celle des autres oiseaux sur les branches horizontales; mĂȘme quand ils dorment, ils le font accrochĂ©s Ă  l'Ă©corce, dans une posture verticale ou oblique. PossĂ©dant au plus haut degrĂ©, grĂące Ă  sa queue, la qualitĂ© de grimpeur, cet oisillon ne sait pas ou ne peut pas descendre. Rarement, comme la sittelle, il arpente les grosses branches ; jamais il ne s'avance sur les petites. Utile au plus haut degrĂ©. A aimer et Ă  dĂ©fendre au besoin. Le tichodrĂŽme ou grimpeur de onurailles est, comme notre grimpereau familier, un animal confiant, non farouche, et que l'on peut approcher presque Ă  le toucher sans qu'il montre beaucoup d'inquiĂ©tude. Il semble que ces utiles oiseaux ont conscience de la reconnaissance que leur devrait montrer l'homme et ne peuvent le supposer ingrat. Il 162 OISEAUX DES BOIS. HĂ©las! combien de fois sont-ils cruellement -dĂ©trompĂ©s ! L'oiseau qui nous occupe se montre assez rare dans notre pays, puisqu'il reste confinĂ© dans les Fie. 50. — ÉCHELETTE. montagnes des Alpes et dans les PyrĂ©nĂ©es, oĂč on lui donne le nom de pic-aragne, pic des araignĂ©es, parce qu'il parcourt, en papillonnant de ses ailes rouges et noires, les- parois verticales des rochers Ă  ÉPLUCHEÙRS DE TRONCS. 103 pic. Il grimpe par sauts successifs et va s'attachant Ă  la plus mince anfracluositĂ©, tandis que le battement de ses ailes le soutient en Ă©quilibre, et que de son bec trĂšs-long, grĂȘle, courbĂ©, il fouille les fissures de la roche. C'est, au reste, un charmant oiseau rouge, noir et gris, vivant solitaire. On le nomme aussi Ă©chelettĂč. Utile ! utile de loin, utile par ricochet sans doute, mais Ă  mĂ©nager. DEUXIEME PARTIE OISEAUX DES CHAMPS .166 OISEAUX DES GHAMPS. DEUXIÈME PARTIE. C*SKAUX DES CHĂąMPg. CHAP. IV. — HABITANTS DES HAIES ET DES BUISSOXi L*uottc. MOTÎO commun. T- Ă  collier. Grive litorne. Grive draine. — mauvis. TraĂźne-Buisson. Pltchou .proven çal. CHAP. y. — H0TE3 DES SILLONS ET DES PLAISES. Milan. Faucon commun. — Ă©mĂ©rillon. — cresserelle. " Venturon. Bruant proyer. Ortolan. Alouette commune. — calandrelle. — calandre. — lulu. '—- cochevis. Pivote ortolane. Pipi richard. FarlousĂȘ. Gujelier. Pipi spioncelle. — obscur. Bergeronnette printanniĂšre— printanniĂšre— LavandiĂšre. Traquet motteux. Traquet stapazin. — oreillard. Tarier. — rupicole. Babillarde grisctte. Locustelle tachetĂ©e. GuĂȘpier; Corneille commune. — mantelĂ©e. Corbeau freux. Çhouca. Chocard. Coracias. He. EtournĂšau. Pluvier guĂźgnard. RĂąle de genĂȘt Caille. Perdrix rouge. Bartavelle. Gambra. Perdrix grise. CHAP. VI. — CHASSEDES D'INSECTES AU VOL. Hirondelle rustique. — de fenĂȘtre. — de rivage. — de rocher. Martinet — des Alpca. Engoulevent. HABITANTS DES HAIES, BUISSONS. 167 " CHAPITRE IV. HABITANTS DES HAIES ET DES BUISSONS. Qui n'a pas fait fuir l'oiseau des champs, un sentier au bord de la haie? Qui n'a tressailli au brusque dĂ©part du merle partant de l'autre cĂŽtĂ© du buisson? Qui ne s'est jamais arrĂȘtĂ© au pied des aubĂ©pines en fleur pour y admirer la patience et l'adresse du rouge-gorge au pĂźastron de feu, en train d'Ă©plucher une Ă  une les brindilles Ă  peine enguirlandĂ©es de feuilles entr'ouvertes? Tous ou presque tous les habitants de ces haies, de ces bosquets, sont gracieux et charmants. Pourquoi faut-il que nous en fassions nos premiĂšres victimes? Enfants, ce sont leurs nids que nous pillons. N'y retournons plus ; ni nous ni les nĂŽtres ! Laissons en paix aimer, vivre et chanter ces amis que Dieu nous a donnĂ©s ! PrĂšs d'eux, sur le sol, parmi les mottes du labourage, au travers des prairies Ă©rt fleurs, des grandes landes nues ou semĂ©es de pĂąquerettes, nous avons Ă  connaĂźtre d'autres et nombreuses espĂšces, la plupart utiles, amies encore, Ă  soigneusement conserver. HĂ©las! leur ehair est si exquise, Ă  ces vĂ©rita- 168 OISEAUX DES CHAMPS. bles hĂŽtes des sillons, qu'on leur dĂ©clare une guerre acharnĂ©e ! La gourmandise est une passion insensĂ©e quand elle mange, en une bouchĂ©e, le petit ami qui aurait Ă©conomisĂ© plusieurs boisseaux de grains pour le pauvre ou l'ouvrier... Nous ne rĂ©flĂ©chissons pas assez, tous tant que nous sommes, Ă  la solidaritĂ© humaine.... Mais parler en ce sens, c'est prĂȘcher dans le dĂ©sert ou sembler un illuminĂ© ! Que dire des Chasseurs de nos insectes au vol ? sinon qu'ils sont, en France, assez bien respectĂ©s, mais qu'en Italie et ailleurs, on en fait des hĂ©catombes dĂ©plorables dont nous, comme les autres peuples du continent, payons les frais. Tout se tient, et si l'hirondelle qui venait dĂ©fendre mon modeste jardin est dĂ©vorĂ©e prĂšs des lacs du PiĂ©mont par les gourmands du pays, c'est moi, en dĂ©finitive, qui rĂ©gale, ce sont eux qui m'ont volĂ©. Parmi les charmants chanteurs de haies, nous commencerons par la linotte. RĂ©pandue l'Ă©tĂ© un peu partout pour faire son nid sous les buissons, elle se rassemble Ă  l'automne en nombre prodigieux dans la campagne. Ces bandes volent trĂšs-serrĂ©es , s'Ă©levant ou s'abattant en mĂȘme temps, et leur vol ne s'exĂ©cute pas par Ă©lans comme celui du moineav. Ces oiseaux, charmants individuellement, sont des dĂ©vastateurs redoutables; essentiellement granivores, HABITANTS DES HAIES, BUISSONS. 169. ils s'abattent sur les champs de millet, de lin, de rabelte, de chĂšnevis, et y exercent un vĂ©ritable pillage. Tout le monde connaĂźt ce petit chanteur Ă  tĂšte rouge carmin, Ă  poitrine de mĂȘme couleur, teinte qui ternit et disparaĂźt quand il est en cage. Cet oiseau est trĂšs-recherchĂ© Ă  cause de son chant. Fig. 51. — LINOTTE. Il fait preuve d'une rĂ©elle aptitude pour apprendre les airs qu'on lui rĂ©pĂšte, et il retient mĂȘme les mĂ©lodies des autres oiseaux. Les femelles ne chantent pas. Le nid de la linotte est formĂ©, Ă  l'extĂ©rieur, d'un peu de mousse et de radicelles tissĂ©es. L'intĂ©rieur 170 OISEAUX DES CHAMPS. est composĂ© de mousse adroitement tassĂ©e, et l'oiseau y pond "cinq oeufs verdĂątres tachĂ©s de brique au gros bout. Nous plaçons le merle parmi les habitants des haies, quoiqu'il se tienne aussi souvent le long des lisiĂšres des forĂȘts — ce qui l'eĂ»t fait rentrer dans la division I, 2 — et qu'on le rencontre dans les buissons et les bosquets. Mais c'est que, dans tous ces endroits, le merle est indiffĂ©rent Ă  l'homme, et ne lui serait qu'utile si l'on considĂ©rait seulement sa chair de trĂšs-bonne qualitĂ©, tandis que dans les jardins son action est tout autre. De mĂȘme dans les vignes voy. "VI, 15 et surtout parmi les treilles. Dans les bois et les haies, les merles sont surtout vermivores; ils descendent volontiers Ă  terre pour y chercher leur nourriture ; ils y marchent avec facilitĂ©, imprimant Ă  leur queue des hochements plus ou moins vifs et brusques. Ils aiment les larves et font la guerre Ă  celles qui viennent ou sont rejetĂ©es Ă  la surface. Sous ce rapport encore, ils rendent quelques services en se glissant sournoisement et silencieusement sous les feuilles basses des branches du jardin anglais ; mais oĂč ils deviennent insupportables, c'est quand, en vertu de leurs propensions baccivores et frugivores, ils dĂ©vastent les cerisiers, les mĂ»riers, les treilles, les figuiers, en un mot tous les fruits doux et tendres qui leur tombent sous le bec ! HABITANTS DES HAIES, BUISSONS. 171 En ce sens-lĂ , ils ne sont pas difficiles tout leur est bon, et leur goĂ»t omnivore s'accommode Ă©galement bien des morceaux de pain qu'ils rencontrent et des vers ou insectes qu'ils dĂ©terrent. En automne, une certaine partie des habitants de nos haies se rĂ©unissent en petites bandes et gagnent les pĂąturages, cherchant une nourriture plus facile et abondante, alors que la gelĂ©e a dĂ©garni les haies de leurs fruits. Le merle, qui niche prĂšs des habitations, est cependant un oiseau dĂ©fiant, interrompant sa chanson et se cachant dans les branches d'un buisson dĂšs qu'il entend un pas approcher. MalgrĂ© cela, lorsqu'on a soin de ne pas l'inquiĂ©ter, il finit par perdre un peu de sa sauvagerie V. Fig. 1, en face du titre. Cet oiseau, dit J. Franklin, est un hĂŽte frĂ©quent et bien venu des districts cultivĂ©s. Il se multiplie en raison de l'accroissement que prend le travail des champs. Dans les endroits oĂč les lĂ©gumes et les fruits croissent en abondance, afin de pourvoir aux besoins de quelque ville voisine, vous ĂȘtes sĂ»r de trouver aussi les merles en abondance. Si le jardinier Ă©tudie ses propres intĂ©rĂȘts, il encouragera ces oiseaux au lieu de les chasser ou de les exterminer, car ils nettoient le terrain en dĂ©truisant un nombre Ă©norme de colimaçons et de limaces. Beaucoup de 172 OISEAUX DES CHAMPS. plantes de choix se trouvent ainsi sauvĂ©es de leurs vĂ©ritables ennemis par l'intervention des merles. Cette vĂ©ritĂ© d'histoire naturelle commence Ă  ĂȘtre admise par les agriculteurs. » Cependant, diront ceux-ci, les merles ne dĂ©daignent pas les baies et les fruits, dont ils font une assez grande consommation ; donc ils nous sont nuisibles, du moins dans ce cas. Soit. Reste Ă  savoir si le bien que les merles nous font l'emporte sur le dommage qu'ils nous causent. Or l'hĂ©sitation n'est pas possible si l'on rĂ©flĂ©chit que ces oiseaux ont deux et mĂȘme trois couvĂ©es dans la belle saison, que les petits sont de grands mangeurs et que, pour nourrir cette quantitĂ© de becs toujours affamĂ©s, les parents sont obligĂ©s de faire une chasse perpĂ©tuelle aux limaces, aux colimaçons et autres insectes nuisibles aux cultures de l'homme. Au sortir du nid, les jeunes se sĂ©parent et continuent l'oeuvre de nettoiement ; ce n'est qu'un peu plus tard, pour varier leur rĂ©gime , qu'ils se jettent sur les fruits, et, franchement, ce serait de l'ingratitude de notre part que vouloir leur disputer le modeste salaire qu'ils rĂ©clament pour leurs peines. Nous venons de dire que le merle a deux ou trois couvĂ©es par an ; cependant, quand les chaleurs sont tardives, il peut n'en avoir qu'une; dans le premier cas, il chante tout l'Ă©tĂ©; dans le second, il ne com- HABITANTS DES HAIES, BUISSONS. 173 mence Ă  faire entendre sa voix que quand la saison est trĂšs-avancĂ©e. Le chant cesse vers l'automne, Ă©poque de l'Ă©migration. Tous les merles ne nous quittent pas lorsque les Fig. 52. — LITOKNE. froids arrivent un certain nombre d'entre eux passent l'hiver dans nos jardins, oĂč ils se nourrissent d'escargots et de limaces. Quand les froids sont rudes, ils se mĂȘlent aux troupes de moineaux et de rouges-gorges et viennent dans les cours des fermes 174 . OISEAUX DES CHAMPS. chercher leur nourriture. Lorsqu'enfin le froid est excessif, les pauvres merles pĂ©rissent... Mais il faut des hivers bien rudes pour produire cet effet, ces oiseaux ayant la vie trĂšs-dure. Tout le monde connaĂźt le merle noir — ceux qui ont le bec jaune sont des mĂąles, la femelle adulte a le bec brun — mais on connaĂźt moins le merle Ă  plastron, merle Ă  collier ou merle de montagne, car il a tous ces noms Ă  cause de sa gorge grise et blanche au printemps. Il vit au milieu des rochers et le plus haut possible sur les montagnes ou les collines. AprĂšs les merles, les grives. Pillards et Compagnie, telle peut ĂȘtre l'enseigne de cette grande famille, composĂ©e de deux branches. La litorne est une des plus grosses de nos grives, et, en automne, les bandes Ă©migrantes qui nous arrivent sont quelquefois composĂ©es d'un nombre considĂ©rable d'individus. La draine ou grive de gui est prĂ©posĂ©e Ă  la propagation de ce parasite cĂ©lĂšbre de nos arbres forestiers et fruitiers elle le sĂšme partout, mais plus rarement sur le chĂȘne qu'ailleurs. Nous l'avons vu. ce parasite, non-seulement sur les pommiers et poiriers, sur les peupliers-tremble et d'Italie , sur les tilleuls et sur l'acacia, mais encore sur l'Ă©pine blanche. Les graines du gui sont de petits fruits blancs HABITANTS DES HAIES, BUISSONS. 175 composĂ©s d'une enveloppe et d'un noyau. Ce dernier ne se digĂšre point dans l'estomac de la draine, qui le rend avec ses dĂ©jections partout oĂč elle se trouve, c'est-Ă -dire sur tous les arbres. Le hasard fait le reste. Flg. 53. — DEAIKE OU GEIYE DE GUI. Cette grive descend en outre dans les prairies Ă  l'abri des baies pour y manger des vers et des insectes. Tout balancĂ©, elle est indiffĂ©rente, le mal qu'elle fait pouvant ĂȘtre compensĂ© par sa qualitĂ© de mangeur de larves. Elle arrive en petites bandes et une des premiĂšres, avant la mauvis et la grive çhan- 176 OISEAUX DES CHAMPS. teuse. C'est la plus grosse de nos grives. On la reconnaĂźt Ă  ses taches en fer de lance Ă  la gorge, Ă  ses joues cendrĂ©es, Ă  son bec jaunĂątre Ă  la base et Ă  son oeil noisette. La mauvis est un oiseau sociable, qui nous arrive en troisiĂšme lieu, si nous consultons l'ordre d'apparition des grives de diverses espĂšces draine, grive ordinaire, mauvis, litorne. La mauvis arrive en bandes considĂ©rables et au vol rapide ; elle se reconnaĂźt Ă  ses taches, qui s'Ă©tendent sans interruption du menton Ă  l'abdomen; Le ventre est blanc pur comme fond et les flancs roux ardent. Pendant l'Ă©tĂ©, la mauvis est une amie des lisiĂšres et mĂȘme des petits bois, oĂč elle cherche, pour nicher, les sorbiers, les aunes, les sureaux. Pendant l'hiver, elle vient facilement Ă  la graine du sorbier des oiseleurs, Ă  laquelle on a donnĂ© le nom de graine de grives. Elle se cantonne alors dans les vergers et les jardins anglais. Nous sommes obligĂ© de porter la grive musicienne ou grive commune au chapitre des ennemis de la vigne VI, 15, quoique nous pussions motiver sa prĂ©sence ici par les dĂ©gĂąts qu'elle fait dans les cerisiers; mais elle est mieux Ă  sa place dans l'autre chapitre, parce qu'elle se montre plus souvent encore commensal de la vigne et qu'elle en tire son nom. C'est la grive de vigne du chasseur. HABITANTS DES HAIES, BUISSONS. 177 La gorge-bleue est un de ces moules rĂ©duits que le naturaliste est obligĂ© de classer auprĂšs du rougegorge, Ă  la suite des merles et des grives voy. IV, 11. Pauvre petit traĂźne-buisson! charmant chanteur, mĂ©lancolique voix qui nous touche comme la plainte Kg. 54. — GOBOE-BiEUE. de la brise et le murmure du ruisseau ! Pourquoi l'enfant dĂ©soeuvrĂ© te poursuit-il jamais? Pourquoi le collĂ©gien impatient de faire ses preuves te prend-il trop souvent pour but de ses premiers coups de fusil! HĂ©las! par suite de ta familiaritĂ© excessive. Tu es lĂ , sautillant Ă  terre auprĂšs de la haie, cherchant de ton bec gracieux quelque ver, quelque larve, 12 178 OISEAUX DES CHAMPS. tournant vers l'homme qui te regarde ton oeil brun si intelligent, et la mort arrive, imprĂ©vue, foudroyante, comme celle que le sage souhaite pour lui au milieu des siens ! Le traĂźne-buisson du peuple porte lenomdemowchet chanteur ou acccnteur mouchet, car il est un Fig. 55. — TEAIHE-BtrlSSON. des accenteurs de notre de France. Il est l'Ăąceenteur des vallons, des vergers, des jardins, des baies, en un mot, des broussailles, tandis que l'autre accenteur, le pĂ©got, est l'hĂŽte assidu des Alpes et des PyrĂ©nĂ©es. S'il descend l'hiver dans la plaine, c'est que la neige l'a chassĂ© devant elle en Ă©tendant son blanc manteau sur la montagne. Ce HABITANTS DES HAIES, BUISSONS. 179 brave pĂ©got est si peu farouche, si confiant, qu'on peut l'approcher Ă  1 ou 2 mĂštres sans qu'il s'en Ă©tonne ; il vous regarde de son grand oeil noisette, tourne sa petite tĂȘte grise, fait des mines, sautille et semble dire Qui es-tu? et que veux-tu? Puis, tout Ă  coup, de la pierre ou du rocher sur lequel il est perchĂ©, il s'Ă©lance tout droit en l'air et papillonne comme le fait la fauvette griselte, soit pour saisir un insecte au vol, soit simplement en signe de gaĂźtĂ©. Le mouchet traĂźne-buisson n'est pas plus farouche que son reprĂ©sentant de la montagne; il place son nid composĂ© de mousses et de feuilles sĂšches, de brins d'herbe et de menues racines avec quelques crins Ă  l'intĂ©rieur, dans les haies, sur les buissons. Avis aux dĂ©nicheurs! Qu'ils veuillent bien l'Ă©pargner ; c'est un infatigable Ă©chenilleur, c'est un ami de tous les instants; laissez-le croĂźtre et multiplier. C'est dĂ©jĂ  bien assez qu'il ait pour parasite le coucou qui, presque toujours, choisit le nid du courageux traĂźne-buisson pour lui confier sa progĂ©niture... bien entendu en dĂ©truisant celle du" confiant oiseau. Tous les enfants connaissent ces petits oeufs bleu cĂ©leste; le coucou les jette dehors. Au point de vue oĂč nous nous plaçons dans cette Ă©tude, c'est-Ă -dire au point de vue de l'utilitĂ© de l'oiseau pour l'homme et ses divers travaux cullu- 180. OISEAUX DES CHAMPS. raux, nous ne pouvons voir grand mal Ă  cette substitution. En effet, insectivore pour insectivore, le bienfait est le mĂȘme l'un dĂ©fend les forĂȘts, l'autre eĂ»t dĂ©fendu les rĂ©coltes. LĂšs uns et les autres importent au bien-ĂȘtre de l'humanitĂ©. Mais au point de la justice naturelle, c'est autre chose. Parmi les habitants des haies et des buissons, mais relĂ©guĂ©s sur les coteaux incultes, nous trouvons le pitchou provençal. Non-seulement il aime le Midi, mais il est sĂ©dentaire en Bretagne, oĂč on le voit sur les landes arides couvertes de bruyĂšres et d'ajoncs. Ce petit oiseau, vif, pĂ©tulant, toujours en mouvement, est facilement reconnaissable Ă  sa longue queue relevĂ©e, soit Ă  terre, soit sur les buissons. Son vol est bas et s'exĂ©cute par soubresauts. Principalement insectivore, .n'approchant jamais desmaisons, et rĂ©duit aux baies sauvages des endroits incultes qu'il habite, le pitchou ne doit donc ĂȘtre considĂ©rĂ© que comme un ami participant, autant qu'il dĂ©pend de lui, Ă  la grande croisade contre les dĂ©vastateurs de toute sorte qui fourmillent dans la campagne. Son nid doit donc ĂȘtre mĂ©nagĂ©, et il le fait prĂšs de terre, sous les haies, dans la mĂȘme forme et avec les mĂȘmes matĂ©riaux que les autres fauvettes. Il est d'ailleurs toujours cachĂ© au plus profond, des buissons qu'il frĂ©quente. HOTES DES SILLONS, PLAINES. .184 CHAPITRE V. HOTES DES SILLONS ET DES PLAINES. Parmi les oiseaux de proie qui planent constamment au-dessus des plaines pour y chercher leur Fig. 56. — MILAN EOYAL. proie, nous citerons le milan, mais il est rare dans le Nord. Dans le Midi, il est un peu plus Commun; 182 OISEAUX DES CHAMPS. ses dĂ©gĂąts sont Ă  peu prĂšs nuls, car il aime les bords de l'eau ; aussi nous n'en parlerons point ; nous avons hĂąte d'arriver aux ennemis terribles du cultivateur, aux faucons, que nous reconnaĂźtrons tous Ă  la tache noire triangulaire qu'ils portent de chaque cĂŽtĂ© du bec. Fig. 57. — FAUCON COMMUN. Le faucon commun se rencontre dans le Midi surtout, ce qui ne l'empĂȘche pas de se trouver un peu partout et d'Ă©tablir ses chasses aux environs des grandes forĂȘts. L'essentiel est qu'il y ait abondance de nourriture; aussi le rencontre-t-on tou- HOTES DES SILLONS, 183 jours aux alentours des parcs et rĂ©serves de faisans. Son audace est extrĂȘme, et M. Gerbe en cite un exemple curieux. Il y a quelques annĂ©es, dit-il, un faucon pĂšlerin Ă©tait venu s'Ă©tablir, en septembre, sur les tours de la cathĂ©drale de Paris. Pendant plus d'un mois qu'il y demeura, il faisait tous les jours capture de quelques-uns de ces pigeons que l'on voit voltiger çà et lĂ  au-dessus des maisons. Lorsqu'il apercevait une bande de ces oiseaux, il quittait son observatoire, rasait les toits, ou gagnait le haut des airs, puis fondait sur la bande et s'attachait Ă  un seul individu qu'il poursuivait, avec une audace inouĂŻe, quelquefois Ă  travers les rues des quartiers les plus populeux. Rarement il retournait Ă  son poste sans emporter dans ses serres une proie qu'il dĂ©peçait tranquillement et sans paraĂźtre affectĂ© des cils que poussaient contre lui les enfants. Il chassait le plus habituellement le soir, entre 4 et 5 heures, quelquefois dans la matinĂ©e; tout le reste de la journĂ©e il se tenait tranquille. Les amateurs aux dĂ©pens de qui vivait ce faucon finirent par ne plus laisser sortir leurs pigeons, ce qui probablement contribua Ă  l'Ă©loigner d'un lieu oĂč la vie Ă©tait pour lui si facile. » A mort ! sans rĂ©mission ! par tous les moyens possibles feu, fer, poison, piĂšges au haut des poteaux, etc. 184 OISEAUX DES CHAMPS. - Comme moule rĂ©duit, citons l'Ă©mĂ©rillon, le bourreau des petits oiseaux, reconnaissable Ă  son dos cendrĂ© bleu ou roux, son ventre roux Ă  taches en long et ses pieds jaunes. Quoique l'un des plus petits parmi les oiseaux de proie, il est eourageux Fig. 58. — ËMÉItlLLCS. et bien armĂ© on l'a vu tuer une perdrix d'un coup de bec. Son vol est bas et rapide, et on le trouve d'habitude au bord des baies, oĂč il recherche sa proie. Le faucon cresserelle, un peu. plus grand, a le HOTES DES SIL1LONS, PLAINES. 185 dos brun tachĂ© de noir; le reste ressemble Ă  l'Ă©mĂ©rillon, mais les taches des plumes sont rondes ou ovales. Celui-ci est, sans contredit, l'oiseau de proie le plus commun de la France ; c'est encore un ennemi nĂ© des petits oiseaux des bois et surtout des haies et des sillons. A chaque pas, dans la campagne, on le voit planer au-dessus d'une malheureuse alouette qu'il fascine et qu'il enlĂšve. Il exĂ©cute d'ailleurs la mĂȘme manoeuvre au-dessus du mulot qu'il surveille. Mais, malgrĂ© la grande destruction qu'il peut faire de ces dangereux rongeurs, je suis persuadĂ© qu'on trouve Ă  son actif plus de mal que de bien. Je le condamne donc sans misĂ©ricorde, quoique l'on puisse ajouter encore, pour sa dĂ©fense, qu'on l'a vu, pendant les soirs d'Ă©tĂ©, s'abattre sur les hannetons. AprĂšs les mangeurs, les mangĂ©s, et d'abord remarquons qu'il faut regarder les gallinacĂ©s — poules, perdrix, cailles, etc. — comme le vĂ©ritable type des hĂŽtes des sillons. Cette adaptation naturelle est admirablement dĂ©finie par les formes, le plumage, les moeurs de ces oiseaux. Mais ils ne sont pas les seuls destinĂ©s par la nature au peuplement de nos plaines. Toutes les grandes familles, celle des passereaux, entre autres, ont dans leur sein un certain nombre d'adaptations de leur type Ă  ce. 486 OISEAUX DES CHAMPS. mĂȘme milieu. C'est ainsi que l'alouette esĂŻ pour Fig. 59. — YENTUEON. nous le moule gallinacĂ© adaptĂ© aux passereaux. Fig. 00. — BKUAKT rEOĂŻEE. HOTES DES SILLONS, PLAINES. ' 187 Nous pourrions multiplier les exemples; mais celui-ci nous semble suffisant, parce qu'il est frappant. Outre ces adaptations tranchĂ©es, un certain nombre d'autres demeurent mixtes ou, pour ainsi dire, indĂ©cises entre notre division V, et celle qui la prĂ©cĂšde, IV. De ce nombre est le venturon, un cousin de la linotte, et un habitant exclusif du Midi de la France. Doux, timide, peu farouche, il frĂ©quente en hiver les plaines en friche, le haut des coteaux, et dĂ©vaste les plantations de lavande. En Ă©tĂ©, il fuit sur les hautes montagnes. TrĂšs-recherchĂ© en certains endroits Ă  cause de son chant, on est parvenu Ă  le faire reproduire avec le canari. Le bruant proyer, qui se reconnaĂźt Ă  la couleur brune de son dos et aux taches roussĂątres qui s'Ă©talent sur le fond blanc du dessous de son corps, recherche les plaines dĂ©couvertes et se rassemble, seulement Ă  l'automne, en bandes serrĂ©es sur les buissons. Il niche Ă  terre dans les genĂȘts, les grains ou mĂȘme les prĂ©s, et, comme les autres bruants si nombreux, se nourrit de graines farineuses, de baies et d'insectes pendant la jeunesse de ses petits. En hiver, tous se rassemblent, se mĂȘlent Ă  des moineaux, Ă  des pinsons, et viennent jusque dans les cours des fermes. Tels sont le bruant jaune, le zizi, le fou. U'ortolan, au contraire, ne s'attroupe jamais. 188 OISEAUX DES CHAMPS. C'est d'ailleurs un ami du soleil, un habitant du Centre et du Midi de la France. Le cendrillard a les mĂȘmes moeurs et les mĂȘmes allures. On ne le trouve en petites familles que pendant quelques jours Ă  Fig. 61. — l'automne, avant que chacun des jeunes ait tirĂ© de son cĂŽtĂ©. L'organisation des alouettes est spĂ©cialement adaptĂ©e aux hĂŽtes des sillons essentiellement mar- HOTES DES SILLONS, PLAINES. 189 cheuses, la prĂ©sence au pouce d'un ongle excessivement dĂ©veloppĂ© semble avoir pour but de donner Ă  l'animal plus d'assiette sur la terre dĂ©trempĂ©e par les pluies. Ceci n'est cependant qu'une hypothĂšse, rien de plus ! Quoi qu'il en soit, les alouettes perchent peu cet ongle les en empĂȘche, et elles ne le font guĂšre que sur de larges surfaces. De moeurs soFig. soFig. — ALOUETTE COMMUNE. ciables, elles passent en troupes la plus grande partie de l'annĂ©e, et leur rĂ©gime semble mi-partie vĂ©gĂ©tal et animal. On leur a beaucoup reprochĂ© la consommation de blĂ© qu'elles font, sans songer qu'elles y joignent une quantitĂ© de graines de plantes nuisibles, ou au moins embarrassantes pour nos cultures, et, trĂšs-probable- 490 OISEAUX DES CHAMPS. ment, une forte partie de chenilles, vers, larves, insectes, pendant le premier Ă©levage de leurs petits. Il est Ă  remarquer que chez presque tous les oiseaux granivores, la premiĂšre enfance a besoin d'une nourriture plus succulente et que les parents la trouvent dans les animaux rĂ©pandus autour d'eux. Telles sont lĂšs moeurs de Yalouette des champs Fig. 63. — CALANDHE. ou alouette commune que tout le monde connaĂźt; de la calandrelle, une des espĂšces du Midi; de la calandre, sa compagne ; tandis que l'alouette lulu, sĂ©dentaire aussi dans notre pays, perche quelquefois sur les arbres. On donne Ă  cette derniĂšre le nom de petite alouette huppĂ©e, qui la caractĂ©rise bien, et, au lieu de se rĂ©unir en grandes troupes HOTES DES SILLONS, PLAINES. 191 comme les autres espĂšces, elle marche par familles de 10 Ă  15 individus, plutĂŽt sur les coteaux que dans les plaines, et surtout lĂ  oĂč croissent le thym et autres plantes aromatiques. La calandre, comme la calandrelle, se nourrit en Ă©tĂ© de blĂ© et d'avoine, en hiver d'herbes et de vers. Le mal est-il couvert par le bien? Je ne sais. Les cochevis diffĂšrent beaucoup par leurs moeurs et leurs habitudes des autres al ou ettes. Moins voyageuses , plus familiĂšres des lieux habitĂ©s par l'homme, elles ne se rĂ©unissent jamais en troupes, mais vivent isolĂ©ment, plus ou moins rapprochĂ©es selon l'abondance de l'espĂšce. Leur huppe est remarquable et leur taille plus considĂ©rable que celle des autres espĂšces. Au reste, granivores comme elles et aimant Ă  cher cher 1 es grains ramollis dans la fi ente des chevaux. On rencontre cet oiseau, mais rarement, perchĂ© sur les arbres Ă  l'entrĂ©e des bois il se pose quelqueFig. quelqueFig. — ALOUETTE LUIiU. 192 OISEAUX DES CHAMPS. fois sur les toits et les murs de clĂŽture. Le ciiant des mĂąles, trĂšs-Ă©levĂ©, mais en mĂȘme temps d'une douceur incroyable, les fait quelquefois rechercher comme oiseaux de voliĂšre. Malheureusement ils ne se conservent pas ils estiment la libertĂ© comme le premier de tous les biens et meurent quand ils l'ont perdue. Fig. 65. — ALOUETTE COCHEVIS. La femelle fait son nid Ă  terre, dans le voisinage des grands chemins. Elle couve assez nĂ©gligemment les 4 ou 5 oeufs qu'elle pond; mais, une fois que les petits sont Ă©clos, elle les soigne avec un dĂ©vouement sans bornes jusqu'Ă  ce qu'ils soient assez forts pour prendre leur volĂ©e. HOTES DES SILLONS, PLAINES. 493 Au milieu des petites familles de calandrelies, sur les coteaux et les beux arides du Midi, parmi les bruyĂšres et le thym, on trouve un petit oiseau voisin, c'est la pivote ortolane ou la fiste de Provence. Sans ĂȘtre une alouette vĂ©ritable, ce petit animal agrodrome champĂȘtre s'en rapproche beaucoup, Fig. G6. — nri RICHARD. et sa queue, quand il marche, se balance comme celle des bergeronnettes. Ce charmant oiseau Ă  livrĂ©e d'alouette, — moins l'ongle du pouce et plus une moustache brune, —est un oiseau utile, car il se nourrit presque exclusivement de sauterelles et de criquets, hĂ©las ! trop abondants dans ces parages. Dans les mĂȘmes endroits, signalons aussi le pipi 13 494 OISEAUX DES CHAMPS. richard corydalle, un trĂšs-proche parent, qui ne vit que de fourmis. Nous arrivons ainsi Ă  la farlouse ou pipi des arbres, que l'on pourrait appeler l'alouette des buissons et des taillis, et que nous devrions placer dans la division I, 2 des habitants des lisiĂšres de nos bois. Elle aime Ă©galement les vignes, oĂč elle passe l'Ă©tĂ©, mais ne va jamais par bandes VI, 16. A l'automne, elle rejoint dans les prairies humides le cujelier ou pipi des prĂ©s, qui ne quitte guĂšre, lui, cette abondante mine d'insectes, sinon dans les jours les plus chauds, oĂč il se rĂ©pand par la campagne et monte jusque sur les plateaux arides des plus hautes montagnes. Le cujelier a les pieds jaune roux; la farlouse les a verdĂątres. Quoique mangeur d'insectes, le cujelier ne dĂ©daigne pas les Fig. 67. — FARLOUSE. HOTES DÉS SILLONS, PLAINES. 195 graines Ă  certaines Ă©poques. Ainsi, Ă  l'automne, il se nourrit de navette, de millet, de graminĂ©es et d'avoine; au printemps, il se contente des jeunes pousses d'herbes, du cresson, et, Ă  leur apparition, des bourgeons du noisetier. De ces aptitudes diverses rĂ©sulte que le type Fig. GS. — CUJELIEE OU PIPI DES PEÉS. alouette, plus ou moins modifiĂ©, remplit toutes les adaptations nĂ©cessaires de la nature autour de lui. Nous avons vu l'alouette des champs, des plaines cultivĂ©es, puis celle des buissons et des taillis, celle des arbres, celle des prairies, celle des lieux arides; voici venir celle des rivages, dans le pipi spioncelle! 496 OISEAUX DES CHAMPS. Pendant l'hiver, celui-ci demeure au bord des eaux; pendant l'Ă©tĂ©, il escalade les montagnes comme le cujelier, dont le distinguent tout de suite ses pieds brun marron et son bec noir, tandis que celui des autres est brun et roux. Ce n'est pas tout il nous faut encore l'adaptation du mĂȘme type aux bords de la mer. La voici dans le pipi obscur, qui ne se plaĂźt que sur les grĂšves et parmi les rochers que la mer couvre et dĂ©couvre alternativement. Celui-lĂ  ne peut trouver en ces beux aucune baie, aucune graine ; nous sommes donc bien certains qu'il est absolument insectivore. Effectivement, il passe sa vie Ă  poursuivre les mouches, les insectes et les milliers de petits crustacĂ©s qui pullulent en ces endroits IV, 11. Admirable confirmation de notre prĂ©somption, que plus le type s'Ă©loignait de l'alouette franche, moins il restait garnivore, ce qui nous a fait Ă©crire que les pipis Ă©taient insectivores IV, 16. Nous rencontrons le pipi obscur sur nos cĂŽtes, depuis Dunkerque jusqu'Ă  Bayonne; on le reconnaĂźt Ă  son manteau plus sombre que celui du spioncelle et Ă  son ventre blanchĂątre lavĂ© de chamois. Mais peu Ă  peu la queue s'allonge, le bĂ©e s'effile, les pattes se haussent, le type bergeronnette se produit et nous arrivons, par cette voie, Ă  ces gracieux et utiles habitants des sillons. En mĂȘme temps, la HOTES DES SILLONS, PLAINES. 197 coloration change et les habitudes deviennent encore plus aquatiques que chez les derniers types. Quoi qu'il en soit, les endroits de prĂ©dilection de ces charmants oiseaux sont les pays de plaines, les chaumes, les terres en labour, les prairies de toute espĂšce, surtout quand elles sont dĂ©barrassĂ©es de leur toison, car la bergeronnette a besoin, pour marcher, debalanFlg. debalanFlg. — BERGERONNETTE PRINTANIERE. cer sa longue queue. Elle ne le pourrait faire dans l'herbe; aussi ne s'y aventure-t-elle point. Elle arme Ă©galement Ă  vivre dans le voisinage des troupeaux, lĂ  oĂč les mouches se rassemblent en abondance; elle les prend habilement, et s'Ă©lance en tourbillonnant Ă  quelques mĂštres de terre pour y rĂ©ussir. Nous reconnaissons, parmi ces aides gracieux, 198 OISEAUX DES CHAMPS. dĂ©truisant mouches, cousins et le reste, la bergeronnette printaniĂšre, puis la bergeronnette jaune, celle-ci moins jaune que la premiĂšre. Toutes deux ont les mĂȘmes moeurs que nous venons de dĂ©crire. Quant Ă  la bergeronnette grise ou lavandiĂšre, elle est plus aquatique que les autres et craint davanFig. davanFig. — BERGERONNETTE LAVANDIERE. tage l'herbe, dans laquelle elle n'aime pas Ă  entrer. Aussi choisit-elle de prĂ©fĂ©rence, Ă  l'automne, les toits des maisons pour s'y rassembler en troupe et y jouer, tandis qu'elle happe au passage les mouches rĂ©veillĂ©es naguĂšre par le soleil de midi et alourdies bientĂŽt par la fraĂźcheur du soir. On donne Ă  ce charmant auxiliaire le nom de hoche-queue, qui HOTES DES SILLONS, PLAINES'. 199 s'explique de lui-mĂȘme, et l'on doit remarquer que son vol saccadĂ©, oscillant, est accompagnĂ© d'un petit cri rĂ©pĂ©tĂ© qu'il lance continuellement. La lavandiĂšre quitte quelquefois le bord de l'eau pour les terres labourĂ©es, mĂȘme les terres hautes. Une autre espĂšce, le hoche-queue boarule, propre Fig. 71. — TRAQUET MOTTEUX. au Midi, n'abandonne jamais l'eau, et nous devons le reporter absolument aux oiseaux de rivages IV, 16. Voici venir un hĂŽte vĂ©ritable des campagnes dĂ©nudĂ©es. Il ne se plaĂźt que dans les lieux dĂ©couverts moins ils sont fertiles, plus le traquet motteux, ou cul-blanc, s'y trouvera Ă  son aise, perchĂ© sur un caillou, sur une motte de terre, balançant sa queue 200 ' OISEAUX DES CHAMPS. et montrant au loin sa poitrine rousse, sa moustache noire et son ventre blanc. Jamais onn'avuletraquet dans le bois; quelquefois il se hasarde Ă  percher sur lĂ  plus haute branche d'un buisson de la haie, mais c'est tout. D'ailleurs, son vol peu Ă©levĂ© est irrĂ©gulier et le porte par bonds d'une pierre Ă  l'autre le long du champ qu'il explore. Toujours seul, il fuit ses pareils, etse nourrit surtout de vers et d'insectes. Sur les montagnes du Midi, le motteux est remplacĂ© par un autre traquet, le stapazin Ă  tĂȘte blanchĂątre et qui passe sa vie Ă  prendre les insectes au vol ou Ă  la course. Il est aidĂ© dans les mĂȘmes endroits par l'oreillard, Ă  la tĂȘte tout Ă  fait blanche avec les cĂŽtĂ©s noirs. On dit que ces deux derniers traquets ont le don particulier de contrefaire le chant des autres oiseaux. Cela ne nous Ă©tonnerait point, car, mĂȘme dans notre pays, un certain nombre d'oiseaux fort diffĂ©rents ont Ă©galement cette facultĂ© entre autres une pie-griĂšche et une fauvette des roseaux. Les gentils traquets ne sont point les seuls amis de nos plaines ; ils s'y montrent — surtout dans le Centre et le Nord — accompagnĂ©s en grand nombre par les iariers, comme eux mangeurs d'insectes et utiles au cultivateur avant tous les autres oiseaux. Que n'est-on parvenu Ă  multiplier ces aides toujours Ă  la besogne dans nos campagnes ! Mais hĂ©las! le nid HOTES DES SILLONS, PLAINES. 204 du motteux est Ă  portĂ©e de la main, sous les fagots, dans un tas de bois, de pierres, dans un trou de la vieille muraille du jardin, de la grange ou du pont, quelquefois sous l'abri des voitures; un gamin passe.... et fait le reste ! La couvĂ©e meurt dispersĂ©e ou Ă©touffĂ©e sans pitiĂ© pour jouer! Et l'Ă©tĂ© suivant, les taupins envahissent les blĂ©s et Fig. 72. — TARIER RUPICOLE. les sauterelles mangent l'herbe, et mille autres apportent leur contingent de dĂ©vastation. Alors le fermier se dĂ©sole. Ah ! malheureux ! n'Ăąs-tu pas fait — toi ou les tiens — ce qu'il fallait pour cela! Ne t'en prends qu'Ă  toi-mĂȘme et apprends Ă  devenir sage, sinon par raison, du moins par intĂ©rĂȘt. Les tariers ont la poitrine rousse, le cou blanc, une tache blanche sur l'aile et le manteau brun noi- 202 OISEAUX DES CHAMPS. rĂątre. Ils frĂ©quentent les prairies, les pĂąturages, les coteaux couverts de bruyĂšres, d'arbres nains, les bords des chemins, et se perchent volontiers sur la plus haute cime des arbres, des arbustes e' des plantes. S'ils approchent d'une vigne, ils se planteront sur le plus haut Ă©chalas. Ils aiment les champs de colza, mais Honni soit qui mal y pense! ils sont insectivores, partant utiles lĂ  comme, partout, car il n'y manque malheureusement pas de chenilles Ă  dĂ©vorer. Cet oiseau est aidĂ© dans son ministĂšre par une seconde espĂšce trĂšs-semblable, le tarier rupicole ou traquet, dont la tĂȘte toute noire, la poitrine rousse et le croupion blanc sont faciles Ă  reconnaĂźtre. Tout le monde a vu le traquet dans les champs. Respectons ses oeufs verdĂątres, tachĂ©s finement de roux, qu'il pose un peu partout parmi les pierres et les rochers. . Nous avons dĂ» sĂ©parer les fauvettes partie dans les jardins III, 8 et partie dans les bois I, 2. Il nous, reste pour hĂŽte des champs la babillarde grisette, l'une des plus jolies espĂšces, Ă  laquelle on donne le plus souvent le nom de fauvette grise. Cet oiseau n'est rare nulle part il niche dans les taillis, les buissons, les broussailles, les champs de pois, de fĂšves et de colza, oĂč il cherche sa nourriture. Fig. 73. — FAUVETTE GBISE. 204 OISEAUX DES CHAMPS. On le voit sans cesse s'Ă©lever perpendiculairement, pirouetter en chantant, retomber sur le buisscn ou parmi les herbes d'oĂč il est sorti et s'y enfoncer en continuant son ramage. Quel est le but de cette gymnastique? On ne le sait pas. Cherche-t-il des insectes au vol? Dans le Midi de la France, la grisette se nourrissant presque exclusivement, vers la fin de l'Ă©tĂ©, de figues et des fruits du pistachier tĂ©rĂ©binthe, sa chair acquiert un excellent goĂ»t. . Faut-il voir dans ces moeurs un ami? Nous ne le pensons pas. Si elle mange la figue, elle ne doit pas Ă©pargner le raisin ni les cerises en leur temps. Nous passons maintenant Ă  une autre famille d'oiseaux, insectivores exclusivement ce sont les fauvettes de roseaux ou grimpeuses les calamoheryes, parmi lesquelles nous trouvons un organisme qui nous reprĂ©sente si bien le type alouette que Buffon l'avait nommĂ© alouette locustelie; aujourd'hui elle est dĂ©venue la locustelle tachetĂ©e. C'est une amie des pĂąturages, des haies, des ajoncs et des bruyĂšres sĂšches ou humides. Similitude singuliĂšre, la locustelle marche et ne saute pas rarement elle grimpe, par consĂ©quent le type calamoherpe s'y efface presque entiĂšrement et — analogie frappante ! — le plumage est grivelĂ© de HOTES DES SILLONS, PLAINES. 205 taches oblongues, la queue est barrĂ©e de raies transversales, qu'on voit au faux jour. Ces oiseaux — moule de transition Ă©vident — nichent prĂšs dĂ©terre; leur chant est strident et non plus modulĂ©; leur vol est lourd et si peu soutenu que, quand elles sont grasses, Ă  la fin de l'Ă©tĂ©, en les relevant deux ou trois fois, on les prend Ă  la main. Elles se nourrissent d'insectes et de vers, et sont" communes en Bretagne. Le nid est fait sans soin — ‱ un paquet d'herbes sĂšches! Cet oiseau, d'aprĂšs M. Hardy, est timide et. dĂ©fiant, vivant toujours prĂšs de terre, dans l'Ă©paisseur du fourrĂ©, fuyant Ă  travers les cĂ©pĂ©es, ou courant prestement et en relevant sa queue longue et Ă©panouie. Il Ă©chappe aisĂ©ment aux poursuites du chasseur, qu'il sait dĂ©router en se cachant de telle sorte que celui-ci ne peut ni l'apercevoir ni le dĂ©terminer Ă  sortir du buisson qui le rĂ©vĂšle. Ces moeurs cachĂ©es rendent fort difficile la dĂ©couverte de son nid. Sa vie se passe donc plutĂŽt Ă  terre que sur les arbres ou les arbustes. Sa dĂ©marche est lente, gracieuse et mesurĂ©e comme celle des pipis des arbres et des prĂ©s ; en marchant, elle a un petit tremblement de tout le corps, comme si ses jambes ne pouvaient la soutenir, et lorsque quelque chose l'affecte, elle dĂ©veloppe sa queue en Ă©ventail, par de petits mouvements brusques. 206 ‱ OISEAUX DES CHAMPS. . . Le chant de la locustelle tachetĂ©e ; a beaucoup de rapport avec le bruit que le grain produit soĂ»s la meule. Elle pousse parfois un cri trĂšs-prolongĂ©, qui lui a valu, dans le. dĂ©partement de Maine-et-Loire, aux environs de BeauprĂ©au, le nom de longue-haleine, et sur quelques points de l'arrondissement de Dieppe, celui de crĂ©celle, Ă  cause de la ressemblance de ce cri avec le bruit des petites crĂ©celles dont on amuse les enfants. ». "-; C'est, dit encore M. Hardy, en se tenant immobile sur le bout d'une branche, le cou tendu et le bec ouvert, que le mĂąle fait entendre, surtout aprĂšs le coucher du soleil et de grand matin, ce cri monotone auquel, par une facultĂ© de ventriloquie, il semble donner, Ă  volontĂ©, plus ou moins d'extension, de maniĂšre Ă  tromper souvent sur la distance, qui le sĂ©pare de la personne qui l'Ă©coute; ce chant d'amour s'Ă©teint, en Ă©tĂ©, avec la vivacitĂ© des dĂ©sirs dont il Ă©tait l'expression.» Ici nous quittons ce que l'on peut appeler les petits oiseaux, pour en aborder d'une taille un peu plus forte, lesquels nous amĂšneront aux corbeaux et autres ejusdem farinoe. Le premier qui se prĂ©sente est ie guĂȘpier, un passager denos campagnĂ©set l'un des mieux habillĂ©s parmi nos hĂŽtes de rencontre. Le rollier seul voy. I, 2 peut lui disputer la palme de la beautĂ©. HOTES DÉS SILLONS, PLAINES. 207 La Provence voit tous les ans quelques-uns de ces beaux oiseaux s'arrĂȘter et nicher sous son climat favorisĂ©. Ils aiment les falaises terreuses, les plaines et les coteaux sablonneux. Ils y font'la chasse aux hymĂ©noptĂšres, surtout aux genres bourdons et guĂȘpes, qu'ils cherchent et dont les individus sont trĂšs-nomFig. trĂšs-nomFig. — GUÊPIER. breux dans les endroits dont il s'agit, parce qu'euxmĂȘmes viennent y creuser des nids pour leur progĂ©niture. Ce serait une erreur de croire que, sous les noms de bourdons et guĂȘpes, les naturalistes — et le guĂȘpier avec eux — ne comprennent que la guĂȘpe qui nous pique et le gros bourdon noir que nous 208 OISEAUX DES CHAMPS. voyons, au printemps, parcourir les bords du chemin. Ces deux genres et quelques-uns voisins renferment . une trĂšs-grande quantitĂ© d'espĂšces, dont le guĂȘpier fait son profit avec une impartialitĂ© qui, je le crains, ne met mĂȘme pas l'utile abeille en dehors du festin ! Ce mangeur d'insectes est brun marron nuancĂ© de verdĂątre; la gorge est d'un beau jaune d'or, ainsi que le croupion; collier noir, poitrine et ventre bleu vert changeant; moustaches noires, ailes rousses bordĂ©es de celte mĂȘme couleur tranchante. OEil rouge, fixe, un peu hagard—l'oeil d'un animal qui voit un point volant Ă  l'horizon. Nous voici maintenant arrivĂ©s aux plus gros habitants des champs, Ă  ces corneilles qui, par troupes immenses, en parcourent lentement toutes les parties, et sur l'utilitĂ© ou l'inutilitĂ© desquelles les avis sont encore partagĂ©s. Nos champs sont envahis par un certain nombre de corneilles diffĂ©rentes, mais faisant fort bon mĂ©nage ensemble et constituant les bataillons que nous voyons, le soir, gagner les grands bois pour chercher, sur les vieux arbres, un perchoir en famille. Un seul arbre porte quelquefois cinquante et plus de ces corneilles et, le soir, les gardes viennent, surtout aux environs de Paris oĂč elles vivent en quantitĂ©s immenses, en faire des hĂ©catombes considĂ©rables. Nous avons dĂ©crit, dans le chapitre des Oiseaux HOTES DES SILLONS, PLAINES. 209 des grands massifs 1,1, les moeurs du grand corbeau; nous n'aurons presque rien Ă  ajouter ici pour prĂ©senter celles de la corneille, son moule rĂ©duit. Ce n'est cependant pas sans un certain sentiment de regret que je m'inscris contre l'utilitĂ© des corbeaux en i ig. 75.— CORNEILLE NOIRE. gĂ©nĂ©ral ; en effet, il me semble impossible que la nature se soit donnĂ© la peine de crĂ©er deux types semblables et plusieurs tout Ă  fait rapprochĂ©s, pour remplir une adaptation naturelle qui ne fĂ»t pas utile. Il y a lĂ  une erreur ou un malentendu. 210 OISEAUX DES CHAMPS. Les deux types semblables, dont l'un rĂ©duit, Ă©peiche et Ă©peichette, indiquent la haute importance de l'adaptation naturelle au nettoiement des Ă©corces . dans les forĂȘts rĂ©sineuses ; les deux types semblables, dont l'un rĂ©duit, corbeau, corneille, indiquent certainement une adaptation naturelle- analogue d'une haute importance. Sans aucun doute, ce doivent ĂȘtre des nettoyeurs d'une espĂšce spĂ©ciale, et il n'est pas hors de raison de penser que les larves des hannetons divers peuvent ĂȘtre l'objectif de leur adaptation. Malheureusement ces oiseaux portent la peine de toute fonction incomplĂštement remplie. Leur omnivoritĂ© leur nuit. Si, comme les pics Ă©peiches et Ă©peicheltes, ils savaient ne dĂ©vorer que la proie qui leur est dĂ©volue par leur organisme, toutirait bien. Mais nos corbeaux mangent de tout ; ils sont pillards, et, par ce fait, ils deviennent nuisibles dans nos pays civilisĂ©s. C'est pour cela que nous avons osĂ© Ă©crire I, 1, en pailant du chef de famille le corbeau est aussi nuisible qu'utile.» Et nous ajoutons ici, Ă  propos des diverses espĂšces de corneilles C'est au cultivateur sensĂ© Ă  peser le pour et le contre ; suivant ce qui peut lui rapporter le plus dans ses terres ou ses bois, il sera leur ami ou leur ennemi. » La corneille, comme le grand corbeau, est noire entiĂšrement} Ă  reflets irisĂ©s c'est le moule rĂ©duit de HOTES DES SILLONS, PLAINES. 211 l'autre. Comme son type, elle aime les charognes et les poissons vivants ou morts. On voit des bandes considĂ©rables de ces oiseaux, en hiver, frĂ©quenter les bords de la mer et s'y repaĂźtre avidement de tout ce que les eaux laissent en se retirant. Au mois d'octobre 1866, je remarquai, sur le Rhin, de nombreuses corneilles noires se UvrantĂ une pĂȘche assidue. Ces oiseaux ne se posaient pas sur l'eau, mais planaient au-dessus et y trempaient leurs pattes et leur bec pour saisir les poissons vivants ou peut-ĂȘtre les gros insectes et dĂ©tritus quelconques que charriait le fleuve. Je ne pus m'approcher assez pour les tirer et vĂ©rifier le contenu de leur estomac; mais je fus vivement frappĂ© de ces nouvelles mouettes noires attaquant une proie que je ne les supposais pas capables de s'approprier. Au mois de novembre, les corneilles descendent de la forĂȘt au petit jour, avant sept heures du matin, et se rĂ©pandent un peu partout; dans le Centre de la France, en Nivernais par exemple, elles prĂ©fĂšrent les prairies au bord des riviĂšres et les plaines dans la mĂȘme position. Le soir, elles remontent en forĂȘt Ă  trois heures et demie, et leur direction gĂ©^ nĂ©rale est du Sud au Nord le matin et du Nord au Sud le soir. La corneille, dit J. Franklin, se lĂšve de trĂšsbonne heure et se couche tard. Longtemps avant 212 OISEAUX DES CHAMPS. que le chouca soit Ă©veillĂ©, elle annonce l'approche du matin, avec son croassement creux et sonore, du haut du chĂȘne sur lequel elle s'est logĂ©e durant la nuit. A la fin de la journĂ©e, elle se relire plus tard que le chouca pour prendre sa part du som- " meil universel. » La corneille est un oiseau universellement haĂŻ et persĂ©cutĂ©. Les paysans l'accusent, avec juste raison, de manger les plus belles de leurs cerises et de leurs noix, de dĂ©truire le gibier sans dĂ©fense et les petits Ă©lĂšves des basses-cours. Cependant, si nous rĂ©flĂ©chissons que, pendant dix mois de l'annĂ©e, la corneille ne vit presque exclusivement que d'insectes et de larves nuisibles, nous serons amenĂ©s Ă  conclure que, somme toute, c'est un oiseau utile ou tout au moins un mixte dont les dĂ©gĂąts sont compensĂ©s par les services qu'il nous rend. Ajoutons que, malgrĂ© le prĂ©jugĂ© populaire, sa ehair est d'une grande dĂ©licatesse, et que les pĂątĂ©s de corneilles ne le cĂšdent en rien aux pĂątĂ©s de pigeons. M'Ă©tant plusieurs fois dĂ©lectĂ© moi-mĂȘme, dit encore M. J. Franklin, avec la chair dĂ©licate des jeunes corneilles, je fis un jour servir un pĂątĂ© de ces oiseaux Ă  deux amis convalescents, dont l'estomac se fĂ»t, sans doute, rĂ©voltĂ© .s'ils avaient connu la nature du plat. J'eus la satisfaction de les voir manger de bon coeur ce qu'ils considĂ©raient HOTES DES SILLONS, PLAINES. 213 comme un pĂątĂ© de pigeons et trouver la chose excellente. » La corneille mantelĂ©e est la compagne ordinaire de la corneille ordinaire. Cependant, plus septentrionale que la prĂ©cĂ©dente, elle n'habite pas la France entiĂšre. Elle ne se montre que trĂšs-rarement dans Fig. 76. — CORNEILLE MARTELÉE, le Languedoc, la Provence et le DaupbinĂ©. Je ne ‱ crois pas l'avoir vue dans la Bretagne et les autres pays boçagers de l'Ouest. Mais, en revanche, elle est trĂšs-commune dans les plaines du Nord et des environs de Paris. On la trouve aussi en immenses troupes sur les rivages de la Manche. Les moeurs, 2i4 OISEAUX DES CHAMPS. .. la nourriture, la taille, tout est semblable chez les deux corneilles. La mantelĂ©e ne se distingue que par ce qu'elle a seulement la tĂȘte, les ailes et la queue noires; le reste du corps est gris cendrĂ©. Vient ensuite le corbeau-freux, un peu plus petit que la corneille mantelĂ©e et tout noir, mais avec Fig. 77. — CORBEAU-FSEUX. la base du bec dĂ©nudĂ©e de plumes, parce qu'il passe sa vie Ă  fouir et enfouir dans la terre. ' De 'tous les oiseaux sauvages, les freux sont les plus sociables ; leurs immenses troupes ne se sĂ©parent jamais. Ils font leurs nids en commun, ils dorment en commun; de plus, leur vie est d'une rĂ©gularitĂ© parfaite; chaque matin, depuis l'automne jusqu'Ă  une semaine environ avant l'Ă©quinoxe du !" HOTES DES SILLONS, PLAINES. 215 I printemps, lĂšs freux, milliers par milliers, passent " sur la vallĂ©e que j'habite, dit M. J. Franklin, en suivant la direction de l'Ouest ; puis ils s'en retournent en nombre Ă©gal vers l'Est, une heure Ă  peu prĂšs avant la tombĂ©e de la nuit. Us hĂ©sitent dans, l'air pendant un moment, dĂ©crivant lentement des cercles, puis ils s'avancent tous ensemble vers les bois qui leur servent de chambre Ă  coucher. Soir et matin, leur vol — bas ou haut — semble rĂ©glĂ© par l'Ă©tat du temps. Quand souffle une forte bise, ils descendent la vallĂ©e avec une' rapiditĂ© Ă©tonnante, et effleurent les sommets des montagnes ainsi que la cĂźme des arbres. Mais, lorsque le temps est clair et calme, ils passent Ă  travers l'air, Ă  une grande hauteur, d'un vol rĂ©gulier et facile. Les freux sont des oiseaux nuisibles au moment des semailles, car ils savent trĂšs-bien dĂ©terrer et dĂ©vorer les semences dĂ©posĂ©es dans les sillons. Mais, le reste de l'annĂ©e, ils rendent d'incontestables services en dĂ©truisant une Ă©norme quantitĂ© de larves et d'insectes nuisibles Ă  l'homme. J. Franklin nous donne une preuve sans rĂ©plique de l'utilitĂ© des freux. Le fait, dit-il, se passa dans mon voisinage il y a quelques annĂ©es. Une nuĂ©e de sauterelles visita la localitĂ© ; elles Ă©taient assez nombreuses pour provoquer une grande inquiĂ©tude parmi les agriculteurs de ce district. Mais les agriculteurs furent 216 OISEAUX DES CHAMPS. bientĂŽt dĂ©livrĂ©s de leurs alarmes, car les freux accoururent par grandes bandes de tous les environs, et dĂ©vorĂšrent si avidement les sauterelles que ces insectes furent dĂ©truits en trĂšs-peu de temps. VoilĂ  pourtant l'oiseau contre lequel tant de personnes conservent encore des prĂ©jugĂ©s; ces prĂ©jugĂ©s sont mĂȘme si rĂ©pandus que je connais des gens qui offrent une rĂ©compense Ă  quiconque tuera un freux sur leurs terres. » Il nous reste Ă  dire quelques mots du chouca ou corneille des clochers. Celui-ci, le plus petit de tous, vit en troupes Ă©normes non-seulement dans les villes, mais dans les vieilles tours et les clochers de la campagne. On le trouve aussi sur les rochers et mĂȘme sur les arbres. Pendant l'hiver, il se mĂȘle aux troupes de corneilles ou de freux, et vit avec elles aux dĂ©pens des grains confiĂ©s Ă  la terre. Il ne dĂ©daigne point, non plus, les fruits. Aussi, Ă  ces deux titres, il est nuisible aux cultivateurs. On le distingue assez facilement au derriĂšre de son cou de couleur grise et Ă  l'iris de ses yeux, qui est blanc. Le reste du corps est noir, Ă  reflets verdĂ tres plus ou moins vifs. Comme le freux, le chouca recueille des insectes dans son bec pour nourrir ses petits. Un fait remarquable dans les moeurs de cet oiseau, c'est qu'il semble rester accouplĂ© pendant toute l'annĂ©e. En HOTES DES SILLONS, PLAINES. 217 effet, on les voit toujours venir, aller se percher par paires sur les branches dĂ©pouillĂ©es. De nouvelles observations sont Ă  dĂ©sirer Ă  ce sujet. Quoi qu'il en soit, le chouca, Ă  cĂŽtĂ© de quelques dĂ©gĂąts qu'il commet, nous rend assez de services pour que nous le laissions vivre en paix. Fig. 7S. — CORACIAS ou CRAVE, Nous passerons rapidement sur notre corbeau de montagne, le chocard, que l'on rencontre, en Ă©tĂ©, dans les Alpes et les PyrĂ©nĂ©es, tandis que l'hiver il descend aussi dans les plaines pour y commettre les mĂȘmes dĂ©gĂąts que les autres espĂšces. Celui-ci se 218 OISEAUX DES CHAMPS. distingue des corbeaux proprement dits par un bec plus long et plus mince, rappelant la forme de celui du merle. Ce bec est jaune, les pattes rouges ou noires. Le coracias ou crave est encore un corbeau de montagne ; mais celui-ci a le bec long et arquĂ©, rouge, ainsi que les pattes. Son plumage est noir, Ă  reflets bleus et pourpres magnifiques. Il fait son nid dans les fentes des rochers les plus escarpĂ©s, dans le Midi, sur les tours des Ă©glises ou des chĂąteaux, et vit en petites sociĂ©tĂ©s. L'hiver, on les voit descendre dans les plaines, oĂč ils prennent les moeurs des autres corbeaux, et recherchent surtout, le long des chemins, les grains ramollis et Ă  demi digĂ©rĂ©s qui se trouvent dans le crottin des bĂȘtes de somme. La pie est un ennemi au premier chef, dont on ne saurait trop encourager la destruction. C'est un dĂ©plorable spectacle, de voir, dans nos campagnes, ce pillard effrontĂ© aussi multipliĂ© qu'il est, et personne ne s'oecupant de mettre un frein Ă  l'envahissement de l'espĂšce. .Nous. ne ferons point Ă  nos lecteurs l'injure de leur dĂ©crire le plumage mi-partie noir et blanc de Margot; tout le monde le connaĂźt. Mais ce que tout le monde ne pense pas Ă  remarquer, c'est que, malgrĂ© les rapports nombreux qui rattachent la pie aux corbeaux, de frappantes dissemblances peuvent ĂȘtre HOTES DES SILLONS, PLAINES. 219 constatĂ©es. D'abord, la queue Ă©norme de la pie est caractĂ©ristique ; elle forme un contre-poids naturel au corps pesant de l'oiseau, muni d'ailes courtes et obuses. C'est pour se maintenir en Ă©quilibre et ne point tomber le bec en terre qu'elle fait osciller de bas en haut son balancier, quand elle se pose sur le Fig. 79. — PIE. sol. La pie ne marche pas posĂ©ment comme le corbeau ; elle avance par une sĂ©rie de sauts obliques. D'un naturel excessivement dĂ©fiant et farouche, elle fuit Ă  de grandes distances tout objet qui lui paraĂźt suspect. En plaine, elle est toujours muette; au bois, elle jacasse souvent et pousse ses cris discordants quand un objet quelconque excite sa curiositĂ© ou sa 220 OISEAUX DES CHAMPS. dĂ©fiance. Elle attaque les rapaces avec audace et les chasse de son voisinage, non en plaine, mais parmi les arbres. Voleuse et cachotiĂšre, elle cĂšle non-seulement ce qui reste de sa nourriture, mais encore des objets dont elle n'a nul besoin. On dit qu'elle sait retrouver ses cachettes ; nous en doutons dans le plus grand nombre des cas, et nous en avons eu des preuves au moins en captivitĂ©. Tous les observateurs sont d'accord sur l'intelligence et la malice dont cet oiseau donne des preuves, non-seuiement quand il s'agit de sa gourmandise, mais encore de la dĂ©fense de sa couvĂ©e. Quatre ou cinq couples de pies, dit Nordmann, nichent depuis plusieurs annĂ©es dans le Jardin botanique d'Odessa, oĂč j'ai ma demeure. Ces oiseaux me connaissent trĂšsbien, moi et mon fusil, et quoiqu'ils n'aient jamais Ă©tĂ© l'objet d'aucune poursuite, ils mettent en pratique toutes sortes de moyens pour donner le change Ă  l'observateur. Non loin des habitations se trouve un petit -bois de vieux frĂȘnes, dans les branches desquels les pies Ă©tablissent leur nid. Plus prĂšs .de la maison, entre cette derniĂšre et le petit bois, sont plantĂ©s quelques grands ormeaux et quelques robiniers; dans ces arbres, les rusĂ©s oiseaux Ă©tablissent des nids postiches, dont chaque couple fait au moins trois ou quatre, et dont la construction les. occupe HOTES DES SILLONS, PLAINES. 221 jusqu'au mois de mars. Pendant la journĂ©e, surtout quand ils s'aperçoivent qu'on les observe, ils y travaillent avec beaucoup d'ardeur, et si quelqu'un vient par hasard les dĂ©ranger, ils volent autour des arbres, s'agitent et font entendre des cris inquiets; mais tout cela n'est que ruse et fiction, car tout en faisant ces dĂ©monstrations de trouble et de sollicitude pour ces nids postiches, ils avancent insensiblement la construction du nid destinĂ© Ă  recevoir les oeufs, en y travaillant dans le plus grand silence, et pour ainsi dire en cachette, durant les premiĂšres heures de la matinĂ©e et vers le soir. Si parfois quelque indiscret vient les y surprendre, soudain ils revolent, sans faire entendre un son, vers leurs autres nids, et se remettent Ă  l'oeuvre comme, si de rien n'Ă©tait, en montrant toujours le mĂȘme embarras et la mĂȘme inquiĂ©tude, afin de dĂ©tourner Tattention et de dĂ©jouer la poursuite. » Parmi les diffĂ©rentes idĂ©es que la nĂ©cessitĂ© fait acquĂ©rir aux animaux, on ne doit point oublier celle des nombres, et il paraĂźt certain que la pie, en particulier, saitcompter jusqu'Ă  trois. Dans les pays oĂč l'on conserve avec soin le gibier, dit G. Leroy, on fait la guerre aux pies, parce qu'elles enlĂšvent les oeufs et dĂ©truisent l'espĂ©rance de la ponte. On remarque donc assidĂ»ment les nids de ces oiseaux destructeurs, et, pour anĂ©antir d'un coup la famille 222 OISEAUX DES CHAMPS. carnassiĂšre, on tĂąche de tuer la mĂšre pendant qu'elle couve. Entre ces mĂšres, il en est d'inquiĂštes, qui dĂ©sertent leur nid dĂšs qu'on approche. Alors on est contraint de faire un affĂ»t bien couvert au pied de l'arbre sur lequel est le nid, et un homme se place dans l'affĂ»t pour attendre le retour de la couveuse ; mais il attend en vain, si la pie qu'il veut surprendre a quelquefois Ă©tĂ© manquĂ©e en pareil cas. Elle sait que la foudre doit sortir de cet abri oĂč elle a vu entrer un homme. Pendant que la tendresse maternelle lui tient la vue attachĂ©e sur son nid, la frayeur l'en Ă©loigne jusqu'Ă  ce que la nuit puisse la dĂ©rober au chasseur. Pour tromper cet oiseau inquiet, on s'est avisĂ© d'envoyer Ă  l'affĂ»t deux hommes, dont l'un s'y plaçait et l'autre passait; mais la pie compte et se tient toujours Ă©loignĂ©e. Le lendemain, trois y vont, et elle voit encore que deux seulement se retirent. Enfin il est nĂ©cessaire que cinq ou six hommes, en allant Ă  l'affĂ»t, mettent son calcul en dĂ©faut. La pie, qui croit que cette collection d'hommes n'a fait que passer, ne tarde pas Ă  revenir. » IndĂ©pendamment des petits oiseaux et des oeufs qu'elle dĂ©vaste, la pie s'attaque encore aux fruits et pille les vergers. C'est donc un animal Ă  poursuivre Ă  outrance partout oĂč on le rencontrera, et pourtant, comme nous l'avons dĂ©jĂ  dit plusieurs fois, les forces de la nature sont si bien Ă©quilibrĂ©es quej HOTES DES SILLONS, PLAINES. 223 mĂȘme au point de vue de l'homme et de ses intĂ©rĂȘts, il n'y a point d'oiseau absolument nuisible dans toute l'acception du terme. Ainsi la pie, qui peut ĂȘtre regardĂ©e comme l'un de nos plus grands ennemis, trouve encore moyen de nous rendre quelques services. Tout le monde, en effet, a vu cet oiseau, au moment des labourages, suivre pied Ă  pied le laboureur laboureur creusant sillons et dĂ©truire les insectes et les larves qu'il meta nu. Mais hĂ©las ! ces services sont bien loin de compenser les ravages qu'elle exerce dans les vergers et parmi les couvĂ©es des petits oiseaux insectivores. Sus donc! traquez les pies et dĂ©truisez-les par tous les moyens possibles ! Le geai ne vaut pas mieux que la pie, mais nous reportons son histoire au chapitre des bois, oĂč il se tient toujours voy. I, 2. Les Ă©tourneaux sont les compagnons des corneilles, aux bandes desquelles ils se joignent frĂ©Fig. frĂ©Fig. — É T O U E K E A U. 224 OISEAUX DES CHAMPS. quemment pendant l'hiver ; mais loin d'ĂȘtre nuisibles comme elles, leur bec long, effilĂ©, pointu, est bien un bec d'insectivore, et si ces oiseaux mangent quelques graines et quelques baies, ce sont celles d'arbres sauvages qui ne servent point au cultivateur. Dans les pays d'olives, cependant, on se plaint avec raison de la grande consommation que les Ă©tourneaux font de ces fruits. MM. J. B. Tauberl et BarthĂ©lĂ©my Lapommeraye nous fournissent mĂȘme une curieuse remarque Ă  ce sujet. Dans un petit pays, dont le nom m'Ă©chappe en ce moment, les Ă©tourneaux, traquĂ©s par les cultivateurs dont ils font le dĂ©sespoir, ont pris l'habitude de s'emparer furtivement du bien qu'on leur dispute. C'est au point du jour et jusqu'au lever du soleil qu'ils descendent par nuĂ©es dans les champs d'oliviers, s'emparent en toute hĂąte de quelques fruits, ordinairement deux ou trois, un dans chaque patte et un autre dans le bec, et s'envolent vers une base de rochers rangĂ©s en esplanade, qui domine la ville. C'est lĂ  qu'ils les posent prĂ©cipitamment pour s'en retourner faire au moins deux ou trois voyages. Le fait est tellement connu quel'administration municipale met annuellement aux enchĂšres l'exploitation de ces rochers, dont le prix varie suivant que la rĂ©colte, d'aprĂšs le nombre des Ă©tourneaux, paraĂźt devoir ĂȘtre plus ou HOTES DES SILLONS, PLAINES. 225 moins bonne ; c'est Ă  celui Ă  qui reste l'adjudication qu'appartient la cueillette. Chaque jour un homme est mis en observation pour suivre la manoeuvre des Ă©tourneaux; aussitĂŽt qu'il s'aperçoit que ceux-ci, aprĂšs quelques voyages, s'apprĂȘtent Ă  commencer le feslin, un signal est donnĂ©. C'est ordinairement un coup de feu destinĂ© Ă  mettre en fuite toute la troupe. On monte alors avec des corbeilles, que l'on remplit en quelques minutes. L'Ă©tourneau porte un admirable plumage noir Ă  taches blanches, Ă  reflets violets et verts ; les pieds sont roses, l'oeil brun clair. Il ne faut pas prendre cet animal pour un ĂȘtre sans courage; il se dĂ©fend admirablement quandil se voit pris, et son bec aigu, pointu comme une aiguille, n'est pas une arme Ă  dĂ©daigner. Pendant l'hiver il vient jusque dans les villes percher sur les grand arbres ou sur quelque tour, et se livrer, vers le soir, Ă  d'interminables Ă©volutions dans les airs. Rien n'est plus curieux que ces pirouettes, ces changements de front, ces girandoles que toute la troupe exĂ©cute comme un seul oiseau, avec un ordre tel que Ton croirait qu'un commandement les guide. A Paris mĂȘme, une Ă©norme troupe a longtemps Ă©tabli son domicile dans lĂ©s environs de la Chambre des dĂ©putĂ©s, avant que l'ouverture des nouvelles voies eĂ»t transformĂ© ce quartier. 15 226 OISEAUX DES CHAMPS. Dans la campagne, l'Ă©tourneau aime les prairies et les lieux humides entre les bois ; il se plaĂźt parmi le bĂ©tail en Ă©tĂ©, soit qu'il trouve dans la fiente les vers et insectes qu'il recherche, soit qu'il se perche sur le dos des moutons et des boeufs pour les dĂ©barrasser de la vermine et des mouchĂ©s qui les assiĂšgent. Dans certaines contrĂ©es, l'Ă©tourneau est encore une victime de l'ignorance des paysans. Écoutez les fermiers, ils vous diront que l'Ă©tourneau suce les oeufs de leurs pigeons, car ils l'ont souvent trouvĂ© dans leur colombier Ă  cĂŽtĂ© des coquilles brisĂ©es et autres dĂ©bris accusateurs. HĂ©las! hĂ©las! il y a confusion. L'innocent est accusĂ© parce que, n'ayant rien Ă  se reprocher, il ne craint pas de se montrer Ă  tous les yeux, tandis que le vrai coupable reste dans l'ombre. Les oeufs sucĂ©s sont le fait des rongeurs, tels que rats et belettes, et le pauvre Ă©tourneau, loin de s'introduire dans les pigeonniers avec des intentions dĂ©vastatrices, y vient chercher aide et protection. D'ailleurs, s'il mangeait les oeufs des pigeons, il mangerait tout aussi bien et mĂȘme mieux ceux des autres oiseaux Ă  cĂŽtĂ© desquels il niche. Or quel est le naturaliste, le chasseur ou le paysan qui a vu un Ă©tourneau dĂ©truire un nid? HĂ©las! c'est presque toujours ainsi que se font les mauvaises rĂ©putations et que, trompĂ©s par des observations mal faites. HOTES DES SILLONS, PLAINES. 227 nous nous privons volontairement des services de nos amis les plus utiles. Traçons ici l'oraison funĂšbre d'un dĂ©licieux gibier qui s'en va. N'oublions pas, en mĂȘme temps, de signaler que le pluvier guignard fut un animal, sinon utile, au moins indiffĂ©rent, mais dans tous Fig. 81. — PLUVIER GUIGNAKD. les cas un gibier fin de premier choix. Le guignard nous vient du Nord et se rĂ©pand, pour nicher, dans nos plaines les plus arides et les plus nues. D'aprĂšs les renseignements de M. Ray, le guignard nichait autrefois dans les grandes plaines de l'Aube, avant les plantations de sapins et l'extension de la culture, en compagnie de YoedicnĂšme criard, cet autre 228 OISEAUX DES CHAMPS. . oiseausi rare que je n'ai pas osĂ© en parler parmi les Oiseaux utiles ou nuisibles de la France. Autrefois aussi — il y a quarante ans encore, — le guignard Ă©tait un gibier abondant dans les immenses plaines de la Beauce. C'est lui — et non la perdrix — qui fut le fondement des cĂ©lĂšbres pĂątĂ©s de Chartres de pantagruĂ©lique renommĂ©e. HĂ©las ! les perdrix font comme les guignards elles disparaissent. Autrefois le pluvier passait en grandes troupes; aujourd'hui c'est Ă  peine si, Ă  l'ouverture de la chasse, on entend les cris de quelques petites familles vagabondes, de quelques dizaines qui volent au-dessus de votre tĂȘte. C'est toujours un oiseau facile Ă  tirer, et il suffit d'en blesser un pour que toute la bande s'abatte avec lui et tournoie prĂšs de son corps, comme pour l'aider Ă  se ranimer. Pendant ce temps, Te fusil fait merveille ! Le guignard a bien la forme des pluviers sa tĂšte porte uH calotte; noire bordĂ©e de blanc; la mĂȘme disposition sur la poitrine, le ventre blanc et noir, le dessus roux. Le rĂąle de genĂȘt ou rĂąle des prĂ©s est encore un habitant de la plaine et plus souvent dĂ©s herbes hautes, quoiqu'il aime aussi les blĂ©s, les genĂȘts, les ajoncs, les bruyĂšres, les haies, en un mot tous les endroits oĂč il espĂšre se cacher et, au besoin, Ă©viter, par ses ruses et ses circuits, les poursuites du HOTES DES SILLONS, PLAINES. 229 chasseur et dĂ© son chien. Ce rĂąle, que l'on nomme souvent roi de caille, parce qu'il arrive en mĂȘme temps qu'elles, est un animal inoffensif, plus utile que nuisible aux rĂ©coltes, puisqu'il est insectivore. De la caille et de la perdrix, nous avons autre chose Ă  dire. Ce sont deux types extrĂȘmement voisins parmi les habitants de la plaine. Cependant il ne faut Fi . Si. — RALE DE GENÊT. pas se dissimuler que le type seul perdrix possĂšde parfaitement les deux adaptations de la plaine et de la montagne dans la perdrix grise et la perdrix rouge avec ses variĂ©tĂ©s. Cette diffĂ©rence d'habitat, de moeurs, jointe aux divergences organiques, a suffi au prince Bonaparte pour distraire, du genre perdrix ancien, l'espĂšce de la grise et en faire un genre nou- 230 OISEAUX DES CHAMPS. veau sous le nom de starne grise. DĂ©sormais restent donc dans le genre perdrix la bartavelle ou perdrix grecque, h. perdrix rouge et la perdrix de roches ou gambra. Ce que nous allons dire de la perdrix en gĂ©nĂ©ral s'applique parfaitement Ă  la caille, dont une seule Fig. 83. — PERDRIX GRISE. espĂšce voyageuse arrive en France pour passer l'Ă©tĂ© et produire sa couvĂ©e. On peut regarder ces oiseaux comme les types des gallinacĂ©s sauvages, quoiqu'ils portent une physionomie toute particuliĂšre qui les caractĂ©rise et les distingue facilement de toutes les autres familles. Ils ont le corps arrondi, la queue courte et pendante, la tĂȘte petite. Leur HOTES DES SILLONS, PLAINES. 231 plumage n'est point dĂ©nuĂ© de grĂące, et les couleurs vives y sont par plaques ou mouchetures rĂ©guliĂšres. Au point de vue utilitaire, les opinions ont Ă©tĂ© et sont encore trĂšs-partagĂ©es sur la valeur de ces oiseaux» Il ne faut pas se dissimuler que leur nourriture se Fig. 84. — BARTAVELLE. compose de grains de toutes sortes, de fĂšves, de haricots, de glands, de jeunes feuilles d'arbres et d'arbustes, de mĂ»res, de raisins, de baies, d'insectes, de petits colimaçons et de vers. Somme toute, dans nos pays, leur vie se passe Ă  manger les insectes et quelques graines mĂ»res pendant l'Ă©tĂ©; au printemps, Ă  lever une dĂźme pendant quelques jours 232 OISEAUX DES CHAMPS. sur les grains semĂ©s et germant, puis Ă  tondre du bec quelques-unes des jeunes pousses — ce qui ne peut faire que du bien ! — enfin, Ă  l'automne, Ă  glaner dans les sillons les grains tombĂ©s de la gerbe, grains sans emploi pour l'homme et qu'il ne peut rĂ©colter, Quel est donc, dans tout cela, le mal que peut faire la perdrix ? Alors que les blĂ©s sont sur pied, qu'y peut-elle prĂ©tendre, sinon de rĂ©colter les insectes de toute espĂšce qui pullulent entre les pailles et grimpent au pied des tuyaux? Se figure-t-on la lourde perdrix voulant monter aux Ă©pis pour en Ă©plucher les grains mĂ»rs ? Et comment le ferait-elle? Qu'elle profite dans quelques cas de l'aubaine d'un blĂ© plus ou moins couchĂ©, plus ou moins foulĂ©, c'est possible. Mais qu'est-ce cela en comparaison de la masse de la moisson! N'a-t^-elle pas mille fois payĂ© la valeur de quelques Ă©pis, par les insectes qu'elle a dĂ©vorĂ©s ? D'ailleurs^ ces quelques Ă©pis tombĂ©s ne lui suffiraient point pour subsister, si elle n'y joignait la rĂ©colte d'une grande quantitĂ© de' graines d'autres plantes, indiffĂ©rentes pour l'homme ou flĂ©au de ses cultures. La perdrix ne vient au raisin que dans l'arriĂšre-saison ; lĂ  elle pourrait causer quelques dĂ©gĂąts; mais hĂ©las ! elle n'est jamais en assez grand HOTES DES SILLONS, PLAINES. 233 nombre pour faire beaucoup de mal! Le fusil du chasseur y met, pendant tout l'hiver, un sĂ©rieux obstacle, en dĂ©cimant ses rangs, et d'aiĂźleurs, il se paie ainsi du dĂ©gĂąt supposĂ© qu'il peut avoir Ă©prouvĂ© VI, 16. Dans la vigne, la perdrix mange plus d'insectes que d'autres choses. Ce qui le prouve surabondamment Ă  nos yeux, c'est que, Ă  la mĂȘme Ă©poque oĂč elle frĂ©quente les vignes, elle recherche Ă©galement les bois; or, pour elle, la vigne est un taillis d'espĂšce particuliĂšre, oĂč elle trouve les feuilles mortes Ă  retourner, au lieu de grandes herbes Ă  Ă©plucher. VoilĂ  tout. Les perdrix rouges aiment les endroits les plus accidentĂ©s; les bartavelles mĂȘme ne quittent jamais les hauts plateaux, les pentes des gorges, des vallĂ©es couvertes d'arbrisseaux, de bruyĂšres, de vignes. Les collines boisĂ©es leur plaisent Ă©galement, ainsi que les montagnes rocailleuses et arides. La perdrix de roche ou ganibra aies mĂȘmes goĂ»ts et les mĂȘmes moeurs. La perdrix rouge seule se permet de descendre dans les plaines, et consent Ă  se contenter des modestes collines du centre de la France. Les vĂ©ritables habitants de la plaine sont la starne grise et la caille. Elles seules devraient porter le poids des accusations rĂ©pĂ©tĂ©es contre toute la famille, et nous croyons avoir suffisamment dĂ©montrĂ© que 234 OISEAUX DES CHAMPS. les charges accumulĂ©es se rĂ©duisent Ă  bien peu de chose, et que l'accusation a Ă©tĂ©, le plus souvent, formulĂ©e par des hommes qui ne connaissaient pas suffisamment les moeurs de ces oiseaux. Nous terminerons donc en disant que, quand mĂȘme la prĂ©sence de quelques compagnies de perdrix serait apprĂ©ciable sur une terre de quelque Ă©tendue, la valeur de Ces animaux cantonnĂ©s au mĂȘme endroit compense, et bien au delĂ , le dĂ©gĂąt qu'ils ont pu commettre. Je dirai plus en certains lieux arides, montagneux et pierreux, la perdrix est peutĂȘtre le seul revenu qu'il sera jamais permis d'espĂ©rer. RĂ©flĂ©chissons donc avant de parler, et surtout avant d'Ă©crire l CHASSEURS D INSECTES AU VOL. 2db CHAPITRE VI. CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. L'arrivĂ©e des hirondelles est saluĂ©e avec joie par les habitants des villes et des campagnes. Elle annonce le rĂ©veil de la nature, elle est l'avant-courriĂšre des beaux jours. . Comme les poĂštes, les navigateurs, les philosophes, dit. J. Franklin, l'hirondelle poursuit toujours quelque chose; mais, plus heureuse qu'eux, elle atteint ce qu'elle poursuit. Les petits insectes qu'elle choisit pour en faire sa proie, sont poĂ©tiques, beaux, et vivent un jour. GrĂące Ă  elle, les Ă©phĂ©mĂšres Ă©chappent Ă  la mort lente et languissante qui les attend vers le soir; ils sont tuĂ©s en un moment, lorsqu'ils n'ont connu de la vie que le plaisir. La poĂ©tique beautĂ© de l'hirondelle, qui traverse le ciel avec la vitesse du dĂ©sir et de la pensĂ©e, l'association de cet oiseau avec le printemps, cette jeunesse de l'annĂ©e, avec l'amour, cette jeunesse du coeur, les souffrances de sa couvĂ©e, lorsque le pĂšre ou la mĂšre se trouve dĂ©truit, tout doit exciter notre sympathie, notre humanitĂ© ; tout demande grĂące pour cette innocente et douce crĂ©ature. Je me fais donc son avocat auprĂšs 236 OISEAUX DES CHAMPS. des jeunes chasseurs ; je les supplie d'Ă©pargner celle qui ne demande Ă  l'homme qu'un coin de nos demeures pour y poser son nid, qu'un peu de boue pour le construire, qu'un peu de soleil et de ciel bleu pour ĂȘtre heureuse. Pour l'amour de Dieu, ne tuez point les hirondelles ! Il y a deux hommes dont l'hirondelle n'a rien Ă  craindre, deux hommes auprĂšs desquels il est inutile de plaider la cause de cet oiseau c'est le prisonnier et l'exilĂ©. Au prisonnier, l'hirondelle dit LibertĂ© ! Ă  l'exilĂ© elle dit Patrie ! » L'hirondelle prĂ©sente un exemple, entre mille, de la maniĂšre dont s'Ă©tablissent les croyances populaires, qui sont presque toujours un composĂ© d'erreurs et de vĂ©ritĂ©s. Observations erronĂ©es d'une part, et vĂ©ritĂ©s constatĂ©es avec une grande sagacitĂ© de l'autre, tel est le fond de la plupart des dictons si souvent rĂ©pĂ©tĂ©s. Parmi les chasseurs d'insectes au vol, nous en trouvons qui cherchent leur nourriture le jour, d'autres au crĂ©puscule. Cette sĂ©paration est toute naturelle, puisque, parmi les insectes, les uns sont diurnes, les autres nocturnes ou crĂ©pusculaires. Il Ă©tait donc indispensable que le moule du chasseur fĂ»t modifiĂ© selon ces adaptations inĂ©vitables. Les hirondelles sont prĂ©posĂ©es Ă  la modĂ©ration des insectes ailĂ©s du jour ; le martinet Ă  celle du CHASSEURS D'.INSECTES AU VOL. 237 soir, et Y engoulevent Ă  celle de la nuit ; ce qui n'empĂȘche pas le martinet de doubler l'hirondelle pendant la plus grande partie de la journĂ©e; mais on remarque entre ces deux types analogues une certaine antipathie qui fait que, lĂ  oĂč le martinet rĂšgne, l'hirondelle ne passe que timidement, et, rĂ©ciproquement, dans les endroits adoptĂ©s par l'hirondelle, le martinet ne se montre qu'isolĂ© et Ă  d'assez rares intervalles. Cependant l'hirondelle chasse toute la journĂ©e, tandis que le martinet, surtout par les jours trĂšs-chauds et de grand soleil, ne vole ardemment que le matin et le soir pendant le jour, il se retire dans son trou. L'hirondelle est un oiseau sociable au dernier degrĂ©. Non-seulement elle fait son nid auprĂšs de ses compagnes, mais elle l'attache quelquefois Ă  ceux dĂ©jĂ  faits; de plus, elle aimĂ© Ă  se rĂ©unir en troupes sur les branches d'un arbre Ă©levĂ©, d'un pignon de tourelle, et lĂ , Ă  gazouiller des heures entiĂšres. On dirait qu'une amicale conversation s'engage entre ces charmants oiseaux, qu'une demande n'attend pas l'autre, et que, dans certains moments, tout le monde parle Ă  la fois. Rien n'est plus intĂ©ressant que ces conciliabules, qui deviennent d'autant plus frĂ©quents et d'autant plus nombreux que l'Ă©poque du dĂ©part approche. C'est au mois d'aoĂ»t que ces rĂ©unions sont dans 238 OISEAUX DES toute leur vigueur. Un grand noyer Ă©tend ses branches arrondies prĂšs la porte de la cour son dĂŽme est plus Ă©levĂ© que les pointes des arbres verts voisins; il domine les toits environnants, et, comme tous ses pareils, semble touffu par ses larges feuilles, quoique, en rĂ©alitĂ©, son feuillage soit rare et l'accĂšs de ses branches facile. C'est sans doute pour cela que les hirondelles en ont fait leur quartier gĂ©nĂ©ral. Leur grandes ailes passent facilement entre les feuilles clair-semĂ©es, et la grosseur des brindilles extrĂȘmes — beaucoup plus fortes dans le noyer que dans tout autre arbre —- convient Ă  leurs petites mains. DĂšs le lever du soleil la bande entiĂšre gazouille il se passe lĂ  une sĂ©rie de conversations particuliĂšres du plus haut intĂ©rĂȘt; il est-possible mĂȘme que l'on y discute des affaires d'État; tout le jour la tribune reste ouverte, et chaque nouvelle arrivante y vient chercher, Ă  son tour, un perchoir de repos et une occasion de caquetage amical. Vers, six heures, toute la bande s'Ă©lance — ou, pour mieux dire, se laisse tomber — dans les airs. Elle s'Ă©parpille, chacune tirant de son cĂŽtĂ©; le ciel se peuple en un clin d'oeil, puis tout cela disparaĂźt au loin, semblable Ă  une poignĂ©e de paille dispersĂ©e par le vent. Quelques-unes demeurent en retard qui jouent pu se poursuivent deux Ă  deux... puis, peu Ă  CHASSEURS D^INS-ECTES AU VOL. 239 peu, elles s'Ă©vanouissent comme le reste, et le grand noyer demeure silencieux. Aux chauds rayons de midi, le conciliabule recommence , mais la rĂ©union est formĂ©e d'allants et de venants. On fait un tour d'ailes, on revient tailler une bavette prĂšs d'un ami, on change de place pour dire quelque bonne parole Ă  un frĂšre ou Ă  un cousin, on repart planer un peu lĂ -bas, au-dessus des peupliers tremblant sous la brise, et l'on revient s'asseoir au salon de conversation pour savoir le fin mot du jour. Pendant l'Ă©tĂ©, les soins de la maternitĂ© retiennent chaque mĂšre attentive Ă  sa couvĂ©e ; le pĂšre partage ces soins touchants et montre, avec la mĂšre, Ă  ses enfants, l'usage des ailes gigantesques dont la nature les a douĂ©s. C'est en volant, en effet, que l'hirondelle cherche sa nourriture, l'atteint dans ses crochets les plus fantastiques; c'est en volant qu'elle boit et se baigne en rasant la surface des eaux tranquilles; c'est en volant qu'elle construit son nid, berceau merveilleux, auquel elle apporte des soins toujours attendrissants. Ce serait une erreur de croire l'hirondelle timide. Sous ce petit manteau de plumes blanches et fauves bat un coeur audacieux. Qui ne l'a vue, affrontant les oiseaux rapaces, les forcer, Ă  coups de bec, Ă  240 OISEAUX DES CHAMPS. quitter un pays oĂč leurs ravages seraient l'occasion du deuil pour les pauvres mĂšres ? EnvisagĂ©es au point de vue qui nous occupe, les hirondelles sont des amies de premier ordre tout doit donc ĂȘtre tentĂ© pour les protĂ©ger et les dĂ©fendre au besoin contre leurs ennemis. Quant Ă  l'Ă©tendue des services qu'elles sont appelĂ©es Ă  rendre Ă  l'agriculture, il faut distinguer et ne pas leur en imputer qu'elles sont incapables de rendre. Les hirondelles, comme les martinets, appartiennent Ă  une famille trĂšs-naturelle, qu'on dĂ©signe sous le nom de fissirostres, nom parfaitement trouvĂ©, puisqu'il rappelle que le bec de ces petits oiseaux est fendu jusqu'aux yeux et mĂȘme au delĂ  chez les martinets. Les fissirostres, par la forme mĂȘme de leur bec, faible et court, mais trĂšs-ouvert, se nourrissent exclusivement, nous l'avons dit, d'insectes qu'ils saisissent au vol. Et c'est ici prĂ©cisĂ©ment le point dĂ©licat. Nombre d'autres oiseaux, parmi ceux armĂ©s plus fortement, tels que les fauvettes vraies et grimpantes, parmi les passereaux mĂȘme, rossignols, rouge-gorges, pouillots, tariers, linottes, bergeronnettes etc., se nourrissent aussi d'insectes; mais, grĂące Ă  leur large bec conique et fort, ils peuvent les attraper au vol comme au repos, en Tair comme sur les plantes. Dans lĂ© premier cas, ces animaux ont un dĂ©savantage marquĂ© sur l'hirondelle, parce CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. 241 que leur vol n'est pas leur bec trĂšsfendu; mais, au repos, ils peuvent dĂ©pecer et dĂ©vorer les chenilles, les colĂ©optĂšres, que les fissirostres ne sauraient prendre au moyen de leur bec court et faible. Ces derniers; d'ailleurs, se perchent difficilement, et, quand ils le font, ce n'est que sur un point Ă©levĂ©, qui leur permet, pour repartir, de prendre assez d'air sous leurs grandes ailes. On a donc raison de dire que les conirostres et tĂ©nuirostres mĂȘme, dont font partie les oiseaux que nous citions, rendent plus de services Ă  l'agriculture en dĂ©truisant les insectes nuisibles Ă  la vĂ©gĂ©tation, que les fissirostres, qui font une guerre continuelle Ă  une foule d'espĂšces ailĂ©es telles que les hymĂ©noptĂšres et diptĂšres, qui sont parasites, et dont une partie nous rendent de grands services. En effet, les femelles de ces hymĂ©noptĂšres, les ichneumonides ou pupivores par exemple, pondent leurs oeufs dans le corps mĂȘme des chenilles ou de leurs chrysalides. Il sort de ces oeufs des larves vivant aux dĂ©pens de l'individu qui les contient, jusqu'Ă  ce qu'ayant pris tout leur accroissement, elles le tuent. Tels sont les alliĂ©s naturels que l'hirondelle dĂ©vore par milliers sous nos yeux. Ce n'est pas tout encore sa taille et son bec sont trop petits pour qu'elle puisse attaquer avec succĂšs les papillons; dont la plupart ont une stature assez 10 242 OISEAUX DES CHAMPS. forte, tandis que d'un coup de bec les autres les abattent et les dĂ©pĂšcent Ă  leurs petits. Au lieu de cela, l'hirondelle est obligĂ©e de s'en tenir aux trĂšspetites espĂšces, aux teignes, aux mouches surtout. Il ne faut pas cependant aller trop loin dans les reproches que nous voulons faire Ă  la charmante Kg. S5. — HIRONDELLE EBSTIQUE. messagĂšre du printemps ; elle est plus utile que nuisible et nous devons l'aimer; car, si elle mange quelques insectes de nos amis, elle fait aussi une guerre incessante Ă  plusieurs ennemis particuliers de l'homme, les cousins et les mouches. Parmi les espĂšces d'hirondelles qui peuplent la CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. 243 France, deux sont trĂšs-familiĂšres Ă  nos populations, parce qu'elles frĂ©quentent les villes et les habitations ; deux autres sont exclusivement amies de l'espace et de la campagne ; elles sont, par lĂ  mĂȘme, beaucoup moins connues. L'hirondelle rustique on hirondelle de cheminĂ©e, celle qui porte un collier noir, la gorge et le ventre roux, se -distingue aisĂ©ment de l'hirondelle de fenĂȘtre Ă  ventre blanc, non-seulement par ses couleurs , mais parce qu'elle a les tarses nus, tandis que la seconde les a cmplumĂ©s, ainsi que les doigts, de petites plumes blanches assez rares. C'est l'hirondelle rustique qui niche sous les corniches, contre les cheminĂ©es, sous les hangars, dans les Ă©curies, les embrasures de fenĂȘtre, les .chambres inhabitĂ©es. L'hirondelle de fenĂȘtre, au . contraire, fait toujours son nid Ă  l'extĂ©rieur des ha? Fig. S6. — DE FEKËTIiE. 244 OISEAUX DES CHAMPS; bitations, dans l'encoignure des fenĂȘtres, sous les grandes portes cochĂšres, contre les rochers coupĂ©s Ă  pic. Toutes deux savent construire ces nids en terre gĂąchĂ©e, vraie maçonnerie de pisĂ© que tout le monde a. admirĂ©e. A moins qu'elle ne rencontre la mort dans son long voyage — et malheureusement c'est le sort de beaucoup d'entre elles—l'hirondelle retrouve le chemin de sa maison et revient Ă  son nid. Les exemples de cette fidĂ©litĂ© Ă  ses pĂ©nates abondent dans tous les auteurs qui se sont occupĂ©s de cet oiseau. Frisch a prouvĂ©, il y a longtemps, par des expĂ©riences, que l'hirondelle revient pondre au nid qu'elle a construit. D'aprĂšs GĂ©rardin, dans un chĂąteau prĂšs d'Épinal, en Lorraine, oĂč se trouvait retenue prisonniĂšre une des victimes de la RĂ©volution, des hirondelles de cheminĂ©e avaient Ă©tabli leur nid dans une chambre dont les vitres cassĂ©es leur permettaient facilement l'accĂšs. Le prisonnier eut l'idĂ©e d'attacher un anneau de laiton au pied d'un de ces oiseaux. Il remarqua, pendant les trois annĂ©es de sa captivitĂ©, que la mĂȘme hirondelle revint, exactement et vers la mĂȘme Ă©poque, dans l'appartement oĂč se trouvait son nid. Moquin-Tandon cite les faits suivants En 1838, dans une chambre du second Ă©tage de mon habitation, au Jardin-des-Plantes de Toulouse, un couple CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. 245 d'hirondelles de cheminĂ©e construisit son nid contre une poutre. Cette chambre Ă©tait Ă©clairĂ©e par une vieille fenĂȘtre constamment ouverte. Le 21 mai 1839, j'attachai un morceau de drap rouge Ă  la patte droite du mĂąle et un autre morceau Ă  la patte gauche de la femelle. C'Ă©tait cinq jours aprĂšs l'Ă©closion des oeufs, et les hirondelles continuĂšrent l'Ă©ducation de leurs petits. L'annĂ©e suivante je vis le mĂȘme couple, seulement le drap des pattes s'Ă©tait un peu dĂ©colorĂ©. Ces petits oiseaux sont venus pondre dans le mĂȘme nid jusqu'en 1845, c'est-Ă -dire pendant sept ans. La derniĂšre annĂ©e, le petit morceau de drap Ă©tait devenu d'un rose sale. » Les hirondelles sont, au reste, trĂšs-habiles Ă  maçonner; elles rĂ©parent leur premiĂšre demeure avec une adresse et une rapiditĂ© incroyables. Que l'on enlĂšve un morceau de leur ancien nid, en deux ou trois jours, quelquefois en moins de temps, le dĂ©gĂąt sera rĂ©parĂ©. L'hirondelle de fenĂȘtre surtout aime, c'est Ă©vident, le voisinage de l'homme, et se tient de prĂ©fĂ©rence dans les petites villes, dans les bourgs, quelquefois mĂȘme dans les grands centres de population. Partout oĂč elle se montre, elle est respectĂ©e, non-seulement comme amie du foyer, mais aussi comme bienfaitrice, Ă  cause de la guerre incessante qu'elle livre aux petits insectes, ces ennemis invisi- 246 OISEAUX DES CHAMPS. bles de l'homme et de tout ce qu'il possĂšde. Les vallĂ©es humides, dit J, B. Jaubert, les lieux ombragĂ©s sont ordinairement, pendant l'Ă©tĂ©, infestĂ©s de moustiques, de cousins grands et petits; les environs des bains de GrĂ©oulx n'Ă©chappent pas Ă  celte rĂšgle ! et cependant il n'est personne qui ne fassse, chaque annĂ©e, la remarque de l'impunitĂ© avec laquelle on peut rester le soir hors de l'Ă©tablissement, ou bien ouvrir les fenĂȘtres des chambres, tandis qu'on serait littĂ©ralement dĂ©vorĂ© Ă  quelques pas de lĂ . La premiĂšre pensĂ©e, la mauvaise, est que la vapeur des eaux ou les Ă©manations thermales Ă©loignent, sans doute, ces incommodes voisins, et personne ne songe Ă  remercier d'un pareil bienfait les nuĂ©es d'hirondelles qui, de temps immĂ©morial, se sont appropriĂ© l'Ă©difice, sur toutes les façades, comme centre . d'opĂ©ration, contre ces brigands ailĂ©s. Que de fois, sous le prĂ©texte spĂ©cieux qu'elles dĂ©gradent les murs et rompent l'harmonie des lignes, hĂ©las! ne les a-t-on pas pourchassĂ©es, en dĂ©truisant leurs nids au fur et Ă  mesure qu'elles les construisaient? Mais que de fois, lassĂ© de la lutte, touchĂ© peut-ĂȘtre, l'homme n'a-t-il pas abandonnĂ© aux hirondelles cette part du foyer conquis sur son coeur? Voyageuses, elles aussi, pourquoi les expulser? N'ont-elles pas leurs droits Ă  l'assistance? Ne paient-elles pas largement une hospitalitĂ© de quelques jours par leurs CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. 247 grĂąces et leur babil, sinon par de plus Ă©clatants services ? » La loi, en n'autorisant la chasse aux hirondelles qu'Ă  partir du milieu de septembre, protĂšge l'Ă©migration qui, Ă  cette Ă©poque, est en partie effectuĂ©e; mais de lĂ  Ă  une immunitĂ© complĂšte il y a loin, puisqu'on en dĂ©trait encore des milliers, tant Ă  l'aide du plomb meurtrier qu'au moyen de divers genres de filets. C'est mĂȘme un revenu pour quelques localitĂ©s, l'Italie et les bords du RhĂŽne. Cependant leur chair est mĂ©diocre ; elle est Ă  peine mangeable quand l'oiseau est jeune et vient d'ĂȘtre tuĂ©, ce qui n'excuse nullement ces horribles hĂ©catombes Ă  une Ă©poque oĂč tant d'autres espĂšces viennent se livrer aux coups du chasseur. Nous signalons, en passant, un fait assez remarquable et trĂšs-difficile Ă  expliquer. L'hirondelle de fenĂȘtre arrive chez nous huit ou dix jours aprĂšs l'hirondelle de cheminĂ©e cela peut se comprendre, si elle vient de plus loin dans le Midi de l'Afrique et de l'Asie. Mais elle nous quitte Ă©galement plus tai'd; ainsi, lorsque la saison est tempĂ©rĂ©e, on en voit aux environs de Lille jusqu'au 15 dĂ©cembre. Nous ne les avons pas vues si tard; mais en 1866, sur le Rhin, nous avons vu l'hirondelle de rivage volant en troupes nombreuses dans le brouillard du matin, le 12 octobre. Cependant cette hirondelle passe pour par- 248 OISEAUX DES CHAMPS. tir plus tĂŽt que les deux autres. PrĂšs de Paris, dans l'Ăźle de Soisy, nous avons vu des hirondelles rustiques en quantitĂ© considĂ©rable le 20 octobre 1868, alors que la tempĂ©rature sur la Seine Ă©tait loin d'ĂȘtre clĂ©mente. Or, si les unes nous quittent vers les premiers jours d'octobre, parce que sans doute la nourriture leur manque ou parce que le froid les chasse, comment les autres trouvent-elles encore Ă  vivre et comment sont-elles insensibles Ă  la tempĂ©rature? Que le passage gĂ©nĂ©ral d'une espĂšce dure plusieurs jours, cela n'a rien que de naturel il faut bien que nous voyions passer celles qui habitaient plus au Nord que nous. Mais qu'une espĂšce reste aprĂšs l'autre, cela est infiniment plus difficile Ă  expliquer. L'hirondelle de rivage se distingue des deux espĂšces familiĂšres de nos demeures par ses narines saillantes; elle porte quelques plumes en arriĂšre seulement de la jambe, et sa queue est trĂšs-peu fourchue. Elle a d'ailleurs aussi le ventre blanc. D'un naturel farouche, elle s'Ă©loigne des lieux habitĂ©s, et non-seulement remarquable par son agilitĂ© au mĂȘme titre que les autres hirondelles, elle l'est encore davantage par ses moeurs ; car c'est le plus curieux exemple que nous possĂ©dions, dans nos climats, d'oiseaux fouilleurs, et certes , aprĂšs avoir examinĂ© le bec dĂ©licat, les faibles pattes de cet oiseau, pas CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. 249 un observateur n'oserait assurer que c'est au moyen d'outils si misĂ©rables que notre joli petit oiseau creuse ses galeries dans les roches sablonneuses qui bordent nos rivages. Et cependant il y rĂ©ussit; il creuse ses galeries dans des sables assez compactes pour Ă©mousser le tranchant d'un couteau. Ce serait une erreur cependant de croire que l'oiseau choisit, de prĂ©fĂ©rence, les roches les plus dures; le contraire est vrai il ne s'attaque Ă  celles-ci qu'Ă  dĂ©faut de celles-lĂ . Mais il a toujours soin de faire choix d'un terrain assez rĂ©sistant pour que les parois de ses excavations ne s'Ă©boulent point et ne compromettentjamais la sĂ©curitĂ© de sa jeune famille, car c'est l'amour maternel qui le pousse Ă  l'accomplissement de ses travaux herculĂ©ens, et lui fait faire un miracle Ă  ajouter Ă  la liste dĂ©jĂ  si longue et si variĂ©e de ceux que l'on doit Ă  ce sentiment. Quelquefois mĂȘme la petite hirondelle de rivage fait preuve d'un vĂ©ritable esprit de discernement, quand elle choisit, pour emplacement de son travail, les interstices sablonneux et friables qui sĂ©parent les couches de certaines roches. LĂ  elle se dĂ©barrasse de tout souci, et, pour ĂȘtre Ă  couvert et en sĂ»retĂ©, il lui suffit de gratter un sable mobile et de le rejeter au dehors. Malheureusement ces bonnes aubaines sont rares il faut cependant fouir. Comment faire? Alors l'hi- 250 OISEAUX DES CHAMPS. rondelle procĂšde Ă  une recherche mĂ©thodique, essayant successivement chaque place du bec, furetant, tĂątant, jusqu'Ă  ce que son instinct et son expĂ©rience, mis d'accord, lui rĂ©vĂšlent un endroit convenable. A ce moment le merveilleux apparaĂźt. Qui a montrĂ© Ă  la bestiole Ă  procĂ©der en cercle, Ă  se servir de ses pattes comme de pivots, et Ă  force de tourner, de tourner encore, toujours, becquetant sans relĂąche, Ă  mesure qu'elle avance, qui lui a montrĂ© Ă  dĂ©couper l'ouverture circulaire de sa demeure? Qui? Le mĂȘme qui a appris Ă  la mĂ©sange penduline Ă  tisser son nid, Ă  l'hirondelle de fenĂȘtre Ă  maçonner le sien, Ă  l'aigle brun Ă  charpenter son aire! Mais le travail du petit architecte se poursuit sans relĂąche; le tunnel se forme, se creuse, le sable roule grain Ă  grain dans l'espace oĂč le vent l'emporte; chaque coup de bec marque sa place, chaque minute voit l'oiseau disparaĂźtre de plus en plus au fond du trou noir oĂč l'oeil n'aperçoit bientĂŽt plus qu'un petit nuage de poussiĂšre. Telle est la forme rĂ©guliĂšre, mais primitive, de ce travail merveilleux ; mais aprĂšs que l'oiseau a, pendant quelque temps, habitĂ© son terrier, la forme de l'entrĂ©e se modifie, le sable s'Ă©boule toujours un peu, quelque compacte qu'il soit, sous l'incessant passage du pĂšre et de la mĂšre, et son entrĂ©e s'Ă©largit. CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. 251 Dans tous les cas, le plan gĂ©nĂ©ral se relĂšve un peu vers le fond, de maniĂšre Ă  empĂȘcher tout amas de l'eau dans l'intĂ©rieur ; quant Ă  la profondeur, elle est variable, mais la moyenne ne peut pas ĂȘtre Ă©valuĂ©e Ă  moins de 80 centimĂštres! six fois la longueur du petit ouvrier! Combien mettrions-nous de temps, nous, les dominateurs de la terre, pour creuser avec nos ongles, dans ce mĂȘme sable compacte, une demeure six fois aussi longue que notre corps ? Qui oserait entreprendre ce tunnel de plus de 10 mĂštres? Le plus souvent, la direction du souterrain est en ligne droite, mais quelquefois elle dĂ©crit une courbe ou forme un coude sensible c'est quand un obstacle s'est rencontrĂ©, une pierre, une racine, qui a forcĂ© l'oiseau Ă  modifier son tracĂ©. Si la pierre qu'il rencontre est trĂšs-grosse, l'architecte abandonne ordinairement son trou et va reprendre ses travaux en un autre point oĂč il espĂšre ĂȘtre plus heureux; si elle est petite, mais trop forte encore pour qu'il puisse la dĂ©raciner, il passe Ă  cĂŽtĂ© et sa galerie se ressent de cette gĂȘne. Aussi dans les lieux oĂč la pierre est mĂ©langĂ©e au sable, on remarque un grand nombre de trous commencĂ©s et abandonnĂ©s. A l'extrĂ©mitĂ© la plus reculĂ©e du corridor, l'hirondelle creuse une chambre dans laquelle elle place son nid. Ce nid est d'une structure trĂšs-simple, formĂ© d'une masse d'herbes sĂšches revĂȘtues de plumes 252 OISEAUX DES CHAMPS. douces, pressĂ©es par le corps de l'oiseau et sur lesquelles il dĂ©pose les oeufs au nombre de 5 ou 6, trĂšspetits et d'une blancheur dĂ©licatement teintĂ©e de couleur chair. Pieste l'hirondelle de rocher, qui se distingue de celles de rivage par ses jambes nues, sa queue Ă©gale, non fourchue ; qui se montre encore plus farouche et ne quitte point les lieux montueux et solitaires, les vallĂ©es profondes et les gorges des montagnes. Quoique son vol semble plus lourd que celui des espĂšces prĂ©cĂ©dentes, elle se soutient gĂ©nĂ©ralement dans les airs Ă  une grande hauteur. C'est surtout dans le Midi, au milieu des Alpes et des PyrĂ©nĂ©es, qu'on la trouve; dans le Centre de la France, elle n'est que de passage accidentel. . A moins qu'une tempĂȘte ne la force de descendre dans la plaine. pour y chercher sa nourriture, on voit presque toujours l'hirondelle de rocher dĂ©crire ses ondulations au-dessus des rochers qu'elle habite et parmi lesquels elle choisit les plus inaccessibles pour bĂątir son nid, d'ailleurs semblable Ă  celui des autres espĂšces et cachĂ© dans des anfractuositĂ©s ou des cavernes. Elle arrive avant toutes les autres espĂšces et repart la derniĂšre ; il est mĂȘme probable qu'un certain nombre d'individus hivernent dans ces contrĂ©es, car on en voit en dĂ©cembre et janvier, quand les hivers CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. 253 sont chauds, voltiger Ă  Nice et au-dessus de l'embouchure du Var. Son plumage est gris en dessus et blanc un peu roux Ă  la gorge ; la queue est garnie de plumes qui portent une tache blanche. Au premier coup d'oeil, les martinets ressemblent Ă  une hirondelle noire; mais, pour l'observateur un U!„ B7. — ÎIAETINET DES LÎUEAILLE3. peu attentif, de graves diffĂ©rences ne tardent pointa se remarquer. Sans parler des caractĂšres en quelque sorte internes que nous allons indiquer tout Ă  l'heure, le martinet, douĂ© d'ailes bien plus longues, a un vol plus Ă©tendu et plus rapide que l'hirondelle ; moins gracieux, moins oscillant peut-ĂȘtre. Jamais il ne se 254 OISEAUX DES CHAMPS. pose, et, si par accident il tombe Ă  terre, il lui est impossible de reprendre son essor. C'est que ses jambes sont tellement courtes qu'elles ne dĂ©passent pas les plumes de son ventre. De plus —organisation singuliĂšre! — ses pattes sont de vĂ©ritables serres, aux ongles acĂ©rĂ©s, crochus, mais dont tous les doigts sont dirigĂ©s en avant. De sorte que le pauvre oiseau peut s'accrocher par les ongles Ă  une surface verticale, ou se poser sur le ventre Ă  l'extrĂ©mitĂ© d'un pignon ou d'une roche, mais il ne peut percher nulle part. L'hirondelle, au contraire, per‱ che et se pose sur le sol, d'oĂč elle s'enlĂšve facilement. Les martinets ont cependant une assez grande caractĂšres communs avec ceux des hirondelles bec petit, large Ă  la base, aplati horizontalement et fendu profondĂ©ment jusqu'au-dessous des yeux. L'anatomie devait trouver chez le martinet, destinĂ© Ă  voler sans relĂąche, une grande ressemblance d'organes avec d'autres oiseaux adonnĂ©s au mĂȘme genre de vie, et en effet l'appareil sternal, source de la puissance du vol, est trĂšs-semblable entre les oiseaux-mouches et les martinets. Chez tous les deux, les muscles moteurs des ailes sont non-seulement trĂšs-puissants, mais encore la forme des os du ster, num servant d'attache Ă  ces inusçles est modifiĂ©e, en CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. 255 largeur et en Ă©tendue, de maniĂšre Ă  produire un dĂ©veloppement de force Ă©norme. Pendant la grande chaleur du jour, les. martinets s'y soustraient en demeurant blottis dans des trous de murs et plus souvent de clochers, de tours, ou dans les crevasses au sommet des rochers inaccessibles. LĂ , ils demeurent accroupis sur le ventre, car leurs pattes sont trop courtes pour les soutenir, et ils se tiennent le plus prĂšs possible du bord, afin de n'avoir qu'Ă  se prĂ©cipiter dans l'espace pour trouver assez d'air sous leurs grandes ailes. Hors ce temps qu'il passent dans l'inaction, les martinets volent constamment, le jour comme la nuit. Le fait des courses nocturnes du martinet est certainement un fait curieux dans les moeurs de cet oiseau. Les martinets se retirent de trĂšs-bonne heure de notre pays au 1er aoĂ»t, tous les ans, ils disparaissent, sans qu'on puisse citer un seul traĂźnard en arriĂšre. Les matĂ©riaux de leur nid, toujours construit dans la pierre, les vieux murs ou les rochers, sont fort divers c'est de la paille, de l'herbe sĂšche, de la mousse, du chanvre, de la plume d'oiseaux dĂŽmes- , tiques et autres ; en un mot, tous les objets que l'on peut rencontrer autour des habitations de l'homme. On a prĂ©tendu que les martinets enlĂšvent ces matĂ©riaux en rasant la surface de la terre; mais,, outre 256 OISEAUX DES CHAMPS. que l'on ne voit jamais les martinets dans cette position, il rĂ©sulte d'observations oculaires que le martinet a Ă©tĂ© aperçu trĂšs-souvent sortant des nids d'hirondelles et de moineaux emportant des matĂ©riaux pour lui-mĂȘme. J'ai vu un martinet venir saisir une loque pendante d'un nid de moineau dans un mur vertical. Chose remarquable! C'est en se renversant en arriĂšre et au moyen de ses petites serres, qu'il saisit et emporte ses matĂ©riaux, et non avec le bec ! Ces matĂ©riaux sont placĂ©s les uns sur les autres dans le trou choisi. Il faut alors les agglutiner pour qu'ils ne s'Ă©boulent pas dans les mouvements des parents. Le martinet y parvient en les collant au moyen d'une humeur visqueuse et Ă©lastique qu'il dĂ©gorge Ă  l'Ă©poque des amours, et qui, dans tous les autres moments de l'annĂ©e, tapisse l'intĂ©rieur de son bec et y englue les insectes qui le touchent. Les martinets laissent rarement leur vol descendre aussi prĂšs de terre que celui des hirondelles. Quel que soit l'Ă©tat hygromĂ©trique de l'atmosphĂšre, on ne les voit pas raser le sol Ă  la poursuite des insectes aux ailes humides. Ils sont plus farouches et vivent Ă  de plus grandes distances de l'homme. Cependant, quand ils font leurs grandes Ă©volutions du soir, en poussant leurs cris assourdissants, ils passent quelquefois Ă  la portĂ©e de la main, et n'ont pas CHASSEURS D'INSECTES AU VOL 257 l'air de s'en occuper ; ils semblent faire une course au clocher Ă  qui volera le plus vite. Des oiseaux douĂ©s d'un vol aussi rapide doivent avoir une vue extrĂȘmement perçante, et un fait dont a Ă©tĂ© tĂ©moin Spallanzani lui a dĂ©montrĂ© que ces oiseaux aperçoivent distinctement une fourmi ailĂ©e Ă  plus de 100 mĂštres de distance. Une autre espĂšce de martinet, celui des Alpes, Ă  ventre blanc, se montre dans le DauphinĂ©, l'IsĂšre, la Savoie et les PyrĂ©nĂ©es. On dit qu'il aime les marais et les Ă©tangs, et ne vient dans la montagne que pendant l'Ă©tĂ©. Dans la sĂ©rie des hirundinĂ©s, les engoulevents reprĂ©sentent, avons-nous dit, les oiseaux de proie nocturnes. Ils en ont les yeux grands, les oreilles larges, les plumes molles et flexibles, le plumage brun et jaunĂątre mouchetĂ©, brisĂ© de macules plus brunes. Leur pouce est presque rudimentaire et leurs tarses sont emplumĂ©s comme chez les martinets ; seulement leurs ongles ne sont pas rĂ©tractiles comme chez ces derniers, mais celui du doigt du milieu est large et dentelĂ© comme un peigne. L'engoulevent est trĂšs-connu dans nos campagnes, oĂč les noms ne lui manquent pas plus que les superstitions Ă  son Ă©gard. Il s'appelle, suivant les lieux tette-chĂšvre, crapaud-volant, que sais-je? 11 participe beaucoup Ă  la rĂ©pulsion que les paysans Ă©prou17 Ă©prou17 Fig. SS, — ENGOULEVENT. CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. 259 vent pour tous les oiseaux de nuit, hĂ©las ! leurs plus prĂ©cieux amis ! Lorsqu'il vole, le soir ou la nuit au clair de lune, autour des arbres oĂč s'agitent les gros insectes et les lourds papillons dont il compose sa nourriture, il fait entendre un sourd et faible bourdonnement, qui plonge dans la terreur les passants attardĂ©s, lesquels, n'entendant pas le bruit du vol silencieux de l'oiseau, n'en ont que plus grande frayeur. Autre bizarrerie qu'il partage avec le scopsV. 14 lorsqu'il se perche sur une branche, il ne s'y met jamais en travei's, mais bien en long ; aussi les gens de la campagne lui ont-ils donnĂ© le n*m significatif de chauche-branche. L'engoulevent, qui nous arrive d'Afrique vers le milieu de mai et qui repart vers la fin d'aoĂ»t, se plaĂźt dans les marĂ©cages et les terrains vagues couverts de buissons et de fougĂšres. Tout, dans cet oiseau remarquable, est merveilleusement combinĂ© pour le rĂŽle qu'il est destinĂ© Ă  remplir. Son bec Ă©norme, vĂ©ritable gouffre bĂ©ant oĂč les insectes viennent s'engloutir, est entourĂ© d'une frange de poils raides qui remplissent l'office dĂ© vĂ©ritable filet Ă  papillons; puis, comme nous l'avons dit tout Ă  l'heure, l'orteil du milieu est trĂšs-long, l'ongle aplati et dilatĂ©, et le bord divisĂ© de maniĂšre Ă  former un peigne de sept ou huit dents. A quel 260 .;-". OISEAUX DES CHAMPS. - \ usagĂ© la nature a-t-elle destinĂ© cet ongle bizarre? Les uns disent que c'est un outil naturel dont les engoulevents se servent pour peigner les poils raides qui garnissent leur bec, ou pour en dĂ©barrasser la commissure et les contours des mandibules, des crochets et des pattes des insectes. Quelques auteurs prĂ©tendent que c'est une arme offensive pour attaquer et embrocher leur proie; ceux-lĂ , que c'est une sorte de main-dont l'oiseau se sert pour transporter ses oeufs d'un lieu dans un autre... La vĂ©ritĂ©, c'est que l'utilitĂ© de cet ongle dentĂ© est encore un secret pour les ornithologistes. Il est, donc il sert Ă  quelque chose; mais Ă  quoi? — L'avenir nous le dira. Une autre particularitĂ© de l'engoulevent, c'est la liqueur que sĂ©crĂšte la partie supĂ©rieure du bec. Ce liquide est assez visqueux pour engluer les insectes et les retenir attachĂ©s. Chose singuliĂšre! les papillons et autres animalcules de l'air, ainsi engloutis / restent encore vivants ! J, Franknn dit qu'un chasseur, ayant tuĂ© un engoulevent j vit sortir du beC de l'oiseau un papillon qui prit sa volĂ©e; ouvrant le. jabot, le lendemain matin, il dĂ©couvrit que cet estomac contenait plusieurs autres papillons qui .avaient vĂ©cu toute la nuit dans cette prison Ă©trange, et qui, remis en libertĂ©, coururent çà et. lĂ  sur la table en agitant leurs ailes. . CHASSEURS D'INSECTES AU VOL. 261 Si nous ajoutons Ă  la grandeur dĂ©mesurĂ©e du bec de cet oiseau et Ă  ce liquide visqueux qu'il sĂ©crĂšte, son vol rapide et silencieux, nous comprendrons toute l'importance de ses services par l'immense quantitĂ© d'insectes qu'il doit dĂ©truire. TROISIÈME PARTIE OISEAUX DES JARDINS 264 OISEAUX DES JARDINS, TROISIEME PARTIE. OISEAUX DES JAÏtEB^Ăą, CIÏÀF. TII. — MARGEURS DE FKUIT3. Loriot. Fauvette Ă  tĂȘte noire. — des jardins. MĂ©sange Ă  longue queue Geai. Moineau domestique. Moineau cisalpin. — espagnol. — Criquet. Bouvreuil. Gros-Bec. Sizerin. CHAI». VIII. — YOEEriĂŻS DE GEAIK3. Verdi cr. Pinson. Ăź Chardonneret. CIIAr. IX — CHERCHEURS D'JXSECTES. Rouge-Gorge. Rossignol. Rouge-Queue. tithys. PĂ©trocĂŻncle de roche merle. — bleu merle. Hyr/olaĂŻs icturine. CIIAP. X. — CHASSEURS DE KVIT. ChevĂȘche commune. Surnie chevĂȘchetio. riTraie. MANGEURS DE FRUITS. 265 CHAPITRE VII MANGEURS DE FRUITS. Tout le monde a entendu, vers le printemps, aprĂšs le chant du coucou, la monotone roulade du loriot, qu'il continue jusqu'Ă  l'automne. Nous auFig. auFig. — LOEIOT. rions peu de chose Ă  dire de lui, s'il n'Ă©tait, en somme, plus nuisible qu'utile, malgrĂ© sa qualitĂ© de mangeur d'insectes. Malheureusement, il annule une 266 OISEAUX DES JARDINS. bonne partie de cette vertu en montrant un goĂ»t beaucoup trop dĂ©cidĂ© pour les cerises et autres fruits -mĂ»rs et en dĂ©valisant quelquefois les parties reculĂ©es des vergers. En tous cas, c'est un oiseau farouche, aimant les bosquets et les taillis, parce qu'il lui faut des branches flexibles et fourchues pour suspendre son nid, qui pend comme un petit bĂ©nitier dans leur bifurcation. Malheur aux figuiers et aux mĂ»riers qui mĂ»rissent dans son voisinage ! Farouche, ami de la libertĂ©, courageux, — on a vu plusieurs loriots attaquer un Ă©mouchet et le mettre en fuite, — cet oiseau succombe presque toujours en captivitĂ©, et c'est dommage, car sa robe est l'une des plus belles de notre pays, composĂ©e qu'elle est de -jaune d'or et d'une chape de noir profond. Bec brun, oeil rouge vif. Nous arrivons maintenant au charmant groupe des chanteurs de l'Ă©tĂ©, aux sylviens. Pourquoi les comprendre parmi les commensaux du jardin? Ne conviendrait-il pas autant de les ranger parmi les habitants de la lisiĂšre des bois? On le pourrait, car ils frĂ©quentent tous ces endroits; mais il me semnie que la fauvette chante mieux et plus volontiers dans le voisinage de l'habitation de l'homme. Est-ce vĂ©ritĂ©, est-ce illusion? Sa voix ne m'a jamais semblĂ© si agrĂ©able en plein taillis que parmi les -bosquets du jardin anglais, et je MANGEURS DE FRUITS. .'‱ 267 me figure que la coquette chanteuse vient prĂšs de nous dans l'espoir d'ĂȘtre admirĂ©e, appréçiĂ©e; et ap-5 plaudie ! Combien d'oiseaux, mĂȘme dĂ©gradĂ©s par la domesticitĂ©, recherchent, soĂŻt pour leur chant-, soit pour leur beautĂ©, l'approbation tacite ou Ă©noncĂ©e de l'homme! Le rossignol — ce voisin des fauvettes — ne chante jamais mieux que quand il se sait Ă©coutĂ©! C'est alors qu'il se surpasse, qu'il exĂ©cute ses trilles insensĂ©s, ses fusĂ©es inimitables.,.. Éloignez-vous, il vous entendra partir, et sa voix baissera d'expression. Avons-nous Ă©galement raison de placer les suivies parmi les mangeurs de fruits? HĂ©las! nous y sommes forcĂ©s pour ne point compliquer de catĂ©gories ambiguĂ«s notre classification si simple et si claire. Quoi qu'il en soit, nous rendrons hommage Ă  la vĂ©ritĂ© en dĂ©clarant ici que les sylviens sont tout Ă  la fois utiles et nuisibles ; sont, suivant la saison, des amis ou des ennemis et que, s'ils savent chercher et saisir les insectes, ils sont surtout friands de fruits sucrĂ©s. Les figues, les mĂ»res, les raisins, les groseilles, les cerises, les baies de sureau les attirent en grande hĂąte, et, Ă  l'Ă©poque oĂč les fruits abondent, ils font de ceux-ci leur nourriture Ă  peu prĂšs exclusive. Il nous faut donc, pour les laisser ici, suivre plutĂŽt l'habitude que la raison et avertir nos lecteurs — ce que nous avons fait ! '- 268 OISEAUX DES JARDINS. Il nous reste Ă  remarquer que, dans la grande division des sylviens, nous trouvons des types se transformant peu Ă  peu et s'Ă©cartant, par cela mĂȘme, d'autant plus des turdiens que nous avons dĂ©nombrĂ©s. A mesure que nous nous Ă©loignerons, nous tendrons Ă  quitter les jardins, les haies et les bosquets rĂ©duits, pour gagner d'abord les taillis et les lisiĂšres, puis enfin le coeur des grands bois. Ce sera donc dans les divisions I, 2 et I, 1 que l'on retrouvera les sylviens qui ne seront'points dĂ©crits ici. Les fauvettes, en gĂ©nĂ©ral, ne se font pas remarquer par leur plumage, dont les eouleufssĂŽnt ternes, peu Ă©clatantes, appropriĂ©es au milieu dans lequel elles doivent vivre; grises pour'celles qui demeurent parmi des tiges, des arbustes et qui se confondent avec elles; jaunes ou vertes pour lĂ©s espĂšces qui passent-leur vie au milieu du feuillage des arbres lĂšs plus Ă©levĂ©s ou des roseaux, et y disparaissent complĂštement par assimilation de nuances. Tous ces oiseaux sautent et ne marchent point. Us ne descendent que rarement Ă  terre et cherchent Jeur nourriture sur les arbres et le long des tiges, ce qui Ă©loigne beaucoup les fauvettes des rossignols, d'autant plus que leur chant manque de sons flĂ»tes. Toujours en mouvement ;dans le milieu qu'elles se sont choisi, les sylvies ont un signe pour exprimer la crainte ou l'Ă©tonnement d'un objet FiÂŁ. 00.— FÀuVUÏIE A SÉIE KOIBE. 270 OISEAUX DES JARDINS. qu'elles ne connaissent pas; elles gonflent le cou et dressent les plumes de la tĂȘte. -.._,_ D'un naturel doux, familier mĂȘme, ces charmants petits oiseaux ne craignent point l'homme, pas assez mĂȘme quand il veut les chasser de ses vergers. Leur vol est bas, sautillant, irrĂ©gulier et produit par de brusques battements d'ailes de peu d'Ă©tendue et d'autant plus courts que les fauvettes sont plus grasses. Les sylvies ne voyagent que le matin et le soir, quelques heures avant et aprĂšs le coucher ou le lever du soleil; elles Ă©migrent isolĂ©ment et jamais en bandes ni mĂȘme par familles. La fauvette Ă  tĂȘte noire est trĂšs-commune dans notre pays, et elle y passe l'Ă©tĂ©, pour prendre ensuite ses quartiers d'hiver dans le Midi. Elle ne dĂ©daigne pas les baies du lierre en hiver quand elle n'a rien de mieux, ainsi que les autres petites baies des haies; mais elle prĂ©fĂšre les fruits sucrĂ©s que l'homme cultive... et ne s'en prive pas. Cette fauvette a deux chants parfaitement caractĂ©risĂ©s d'abord, sa grande chanson Ă  toute voix, qui se compose de phrases trĂšs-courtes ou de la chanson entiĂšre; puis un lĂ©ger gazouillement excessivement doux et qui ressemble Ă  un chant de fauvette entendu de trĂšs-loin. Si l'on imite ce gazouillement en sifflant au-dessous de l'arbre touffu oĂč elle se tient, elle rĂ©pĂšte son petit bruissement aprĂšs vous. MANGEURS DE FRUITS. 271 La fauvette d,es jardins ou petite fauveita a les mĂȘmesçmoeurs que la prĂ©cĂ©dente; elle est facile Ă  reconnaĂźtre, Ă  son cou blanc roux et au tour de ses yeux blanc pur. EJle est tout aussi amie des fruits que la prĂ©cĂ©dente voy. VI, 15. ' Les babillardes, grande et petite, la passerinette ou bec-fin subalpin, VĂ©perviĂšre, Kg. 91. — FAUVETTE DBS JARDIHS. toutes ces espĂšces sont habitantes des taillis et des lisiĂšres; nous les y trouverons donc mieux Ă  leur place voy. I, 2, tandis que la grisetle ira prendre rang parmi les hĂŽtes des champs voy. II, 5. La mĂ©sange Ă  longue queue fig. 13 se distingue facilement des autres "espĂšces par sa queue plus longue que le corps entier. Le dessous du ventre et la tĂšte sont blancs, teintĂ©s de roux avec des taches ;272 OISEAUX DES JARDINS. brunes sur la poitrine; le clos et le milieu des ailes sont complĂštement noirs. D'un naturel vif et Ă©tourdi, ce petit animal ne prend pas un instant de repos suspendu aux branches, passant d'un arbre Ă  l'autre, Kg. 92. — A LOXCUE QUEUE. il marche ainsi par familles et par petites bandes qui ne se sĂ©parent jamais, car on ne rencontre pas d'individus isolĂ©s. Tous se rappellent constamment par un lĂ©ger cri rĂ©pĂ©tĂ© sans cesse ti...ti...ti..., et le chef de la bande possĂšde en outre un ton d'avertis- MANGEURS DE FRUITS. 273 sĂšment diffĂ©rent et plus perçant, pour prĂ©venir les individus Ă©cartĂ©s du danger commun Ă  ce cri, tous disparaissent en se cachant entre les branches et se tiennent coi et immobiles. Ces mĂ©sanges aiment d'ailleurs les arbres de haute taille et frĂ©quentent les cimes des futaies. Quelquefois, - Ă  l'automne, on les voit se rapprocher des lieux habitĂ©s et y rejoindre les autres oiseaux' de leur famille dans les vergers et les grands jardins. , '..;' Le nid de;cette mĂ©sange, trĂšs-industrieusement construit, est collĂ© Ă  2 mĂštres de hauteur contre le tronc d'un chĂȘne, d'un tremble, d'un peuplier, quelquefois d'un arbuste, quand les arbres manquent. Ce nid est d'ailleurs trĂšs-variable, tantĂŽt ovale, tantĂŽt en boule, suivant qu'il est fait par un jeune ou par un oiseau adulte ; tantĂŽt11 n'a qu'une ouverture, tantĂŽt il en a deux, selon les besoins de la couvĂ©e. Mais, dans ce dernier cas, les parents s'empressent de boucher l'une des deux ouvertures dĂšs qu'elle leur devient inutile. Ce nid est tapissĂ©, en dehors, d'un revĂȘtement de mousse fine et de lichens dĂ©coupĂ©s, et matelassĂ©, en dedans, de plumes et de duvet. Il a 0m,12 Ă  0m,20 de hauteur sur 0ra,8 Ă  0>,10 de diamĂštre. Il est fermĂ© en dessus et en dessous. La femelle y pond de 6 Ă  12 oeufs, rarement 15 et plus rarement 18. Ces oeufs sont d'un blanc lĂ©gĂšrement rosĂ© quand ils viennent d'ĂȘtre 18 274 ÔISÉÀÙX DES JARDINS. pondus, et pur quand ils sont vides. On y observe de trĂšs-petites mouchetures couleur de brique pĂąle, plus nombreuses au gros bout. N'oublions pas un ennemi dĂ©clarĂ©, le geai voy. I, 2, et arrivons au moineau, ce parasite de l'homme et de ses cultures, sur lequel tant de choses ont Ă©tĂ© dites, sans qu'une conclusion puisse ĂȘtre formulĂ©e d'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale. En effet, l'utilitĂ© ou la nuisance d'un oiseau est chose relative. Telle espĂšce peut ĂȘtre indiffĂ©rente dans tel pays et avec tel mode de culture, qui devient des plus dangereuses un peu plus loin, parce que les plantes cultivĂ©es ou les arbres recherchĂ©s par elle sont diffĂ©rents. Tout d'abord, Ă©tablissons une distinction nĂ©cessaire et que nous devons Ă  0. des Murs. Qn a longtemps fait du moineau le type du fringille; c'est une grave erreur. Le moineau est un voisin du tisserin, cet oiseau charmant du pays d'Afrique, qui sait composer un nid si merveilleux au moyen de brins, de filaments quelconques, entrelacĂ©s ensemble. Non-seulement les moineaux ont dĂ©s couleurs 'analogues Ă  celles dĂšs tisserins,' des moeurs semblables, Un mode de nidification presque identique, mais ils pondent encore les mĂȘmes oeufs. 11 ne faut -pas juger le nid du moineau par les bottes"'dĂ«"foin cou de paille, de plumes et de chiffons, que nous lui MANGEURS DE FRUITS. -. 275 voyons empiler derriĂšre une persienne ou Ă©chafauder sur une corniche. Le vĂ©ritable nid du moineau est fait par lui dans les arbres, et alors c'est un vĂ©ritable chef-d'oeuvre d'architecture tressĂ©e. Tout cela ne ressemble en rien au nid du pinson, coupe Ă©largie, du chardonneret, du tarier ou de dix autres vrais fringilliens. De plus, les jeunes naissent absolument nus. Les moineaux ont, en gĂ©nĂ©ral, des formes massives et une livrĂ©e triste, brune et grise. Tous vivent de graines, de fruits ; au printemps, ils nourrissent leurs petits d'insectes et surtout de chenilles, dont ils font alors un grand carnage. En hiver, ils mangent tout ce qu'ils trouvent, et, en gĂ©nĂ©ral, ils se font, en cette saison, les parasites de l'homme et les commensaux de ses demeures. . MalgrĂ© les services incontestables qu'ils rendent Ă  l'agriculture et au jardinage en dĂ©truisant des chenilles, des hannetons-, des insectes divers et quantitĂ© de semences inutiles ou nuisibles, ils font une si grande consommation de certaines graines cultivĂ©es et de certains fruits que, suivant les lieuXj ils doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme nuisibles ou comme utiles. Par consĂ©quent, c'est avec raison qu'il ne faut point affirmer une maniĂšre d'ĂȘtre plutĂŽt qu'une autre vis-Ă -vis de ces oiseaux et de presque tous les fringilliens ; la conduite de l'agriculteur est la rĂ©i 276 OISEAUX DES JARDINS. sultan te des actions qui se produisent autour de lui. Si, par exemple, il ensemence de grands espaces en millet, en chanvre, en colza, les moineaux deviendront immĂ©diatement des ennemis acharnĂ©s, qu sauront bien se rĂ©unir en nombre immense dans ses champs ou chĂ©neviĂšres, attirĂ©s en quelque sorte par la renommĂ©e de celte contrĂ©e. Entre parenthĂšse, comment cette notion d'un endroit plus abondant en nourriture se propage-t-elle de proche en proche parmi le peuple moineau? Auraient-ils , comme nous le pensons sans trop l'affirmer, un moyen d'exprimer leurs pensĂ©es? Mais alors le raisonnement suit. Si les animaux raisonnent... Nous allons bien loin, en ce moment, pour un livre de vulgarisation absolue!... Les consĂ©quences de nos prĂ©misses sont telles, qu'il nous semble plus sage de nous abstenir. Quoi qu'il en soit, le rassemblement sur un point favorable de tous les moineaux d'un'canton est un fait avĂ©rĂ©; le cultivateur trouvera donc un abus dans ce conciliabule non autorisĂ© et fera bien de fermer la sĂ©ance en fusillant sans misĂ©ricorde les orateurs et. les piailleurs les plus acharnĂ©s. Il en sera de mĂȘme chez le jardinier qui voudra se livrer Ă  la culture des cerisiers, des groseilliers, framboisiers et, en gĂ©nĂ©ral, de tous les fruits qui MANGEURS DE FRUITS. 277 ont une si grande valeur auprĂšs des villes. Pour lui, le moineau est un ennemi. Le vigneron en treilles et celui en vignes le craignent au mĂȘme degrĂ©; chez l'un comme chez l'autre, le moineau est un pillard effrontĂ©, que l'on a grand'peine Ă  faire fuir, sinon Ă  dĂ©truire. Dans les treilles, ce dernier moyen n'est pas toujours commode, parce que le coup de fusil fait autant de mal aux grappes que l'oiseau qu'il doit atteindre voy. VI, 15. Au contraire, dans une ferme oĂč toute la surface du terrain sera emblavĂ©e de cĂ©rĂ©ales ou couverte de prairies artificielles, oĂč les fruits Ă  cidre formeront la rĂ©colte des arbres, le moineau sera, par nous, considĂ©rĂ© comme un ami et un coadjuleur prĂ©cieux. Quoique l'on ait dit que cet oiseau — et les autres fringilles — sont essentiellement granivores, je demeure persuadĂ© que la plupart des insectes Ă  durs Ă©lytres, par consĂ©quent tous les charançons, les hannetons, les taupins et dix autres, en gĂ©nĂ©ral tous les colĂ©optĂšres, leur sont beaucoup plus agrĂ©ables, tant qu'ils peuvent les trouver, que les grains qu'ils viennent picorer l'hiver Ă  la porte des granges, ou prĂ©lever impudemment sur la provende des poules et des pigeons. Tout le monde sait que, l'hiver, les moineaux aiment Ă  se rĂ©unir en grandes bandes et que cette 278 OISEAUX DES JARDINS. rĂ©union est, pour les campagnards, un indice assurĂ© des premiers froids. Il est probable que dans cette association ils ont pour but, en se rapprochant pendant la nuit et durant les journĂ©es de bise sur les mĂȘmes branches, de se rĂ©chauffer mutuellement. Ce qu'il y a de certain, c'est que ces oiseaux montrent une vĂ©ritable sagacitĂ© dans le choix de leur lieu de retraite ils savent trĂšs-bien apprĂ©cier les endroits abritĂ©s, oĂč, frileux, ils reçoivent jusqu'au dernier rayon oblique du soleil d'hiver. Si vous connaissez une grande haie dont le pied, bien garni de broussailles, soit tournĂ© au couchant ou au midi, allez-y pendant la dure saison ; c'est de lĂ  que vous ferez partir une bande de moineaux qui s'y blottissait en perrotant. En gĂ©nĂ©ral, tous les fringilles aiment ces -rĂ©unions, fort hospitaliĂšres d'ailleurs, car les moineaux y reçoivent toutes les espĂšces qui veulent en faire partie ; aussi on y remarque des pinsons, soulcies, bruants , etc. Leurs cils sont assez importuns, surtout vers le soir, au moment oĂč ils vont se livrer au sommeil tous ensemble, et ils forment un trop long concert. Leur vol est rapide, court et rarement Ă©levĂ© ; leurs ailes font d'ailleurs beaucoup de bruit pour leur grandeur. A terre, le moineau ne marche pas, il saute. Le lecteur n'attend pas que nous lui fassions la description du moineau; qu'il veuille bien se mettre , MANGEURS .DE FRUITS 279 Ă  sa fenĂȘtre, et, en quelque lieu qu'il soit, il en verra, car l'espĂšce commune existe partout en Eu-" rope. Dans le Midi, le moineau domestique est remplacĂ©, en partie, par un moineau italien que l'on nomme le cisalpin, dont les moeurs sont les mĂȘmes, la voix et les couleurs semblables. Seulement il se distingue par les raies noires qu'il porte sur le dos et le cou plus nettes et par le ventre plus blanc que chez l'autre espĂšce. Le moineau espagnol, aux flancs mouchetĂ©s de noir avec une bande blanche et noire sur l'aile, est encore un voisin des pays mĂ©ridionaux, qui, lĂ -bas, vient se mĂȘler aux bandes de cisalpins et de domestiques. Ses moeurs sont les mĂȘmes que celles des deux prĂ©cĂ©dentes espĂšces lui-mĂȘme, comme le cisalpin, ne me semble qu'une variĂ©tĂ© de climat de notre moineau domestique. Le friquet est un tout autre moineau. C'est pourquoi nous devons nous transporter avec lui dans la rĂ©gion des taillis et des boquetaux aimĂ©s des chanteurs volants voy. I, 2. Nous ne voulons pas omettre de rapporter ici une observation intĂ©ressante du Dr Sace, qui va nous rĂ©vĂ©ler un fait curieux dans l'histoire du moineau, la fĂ©conditĂ© des femelles. Le travail de M. Moquin-Tandon, dit-il, m'intĂ©resse beaucoup, et l'observation qu'il rapporte sur 280 OISEAUX DES JARDINS. le grand nombre d' par le moineau femelle de Mme GuĂ©rin-MĂ©neville me rappelle que, Ă©tant enfant encore, j'avais rĂ©solu de dĂ©couvrir combien un de ces oiseaux pondrait d'oeufs en une saison, si on les lui enlevait Ă  mesure qu'il les pondrait. DĂšs que, dans un nid placĂ© sous le toit d'un poulailler, le 5° oeuf fut pondu, j'en enlevai 4; puis chaque jour 1, jusqu'au 35°, oĂč, ayant effarouchĂ© la pondeuse, je la vis quitter le nid pour n'y plus revenir. VoilĂ  donc la preuve que, Ă  l'Ă©tat sauvage, un moineau peut pondre, sans interruption, 35 oeufs en autant de jours, si on les lui soustrait Ă  mesure qu'il les dĂ©pose. C'est lĂ  le secret de l'Ă©norme multiplication de ces oiseaux, qui rebĂątissent leur nid dĂšs qu'on le leur a enlevĂ©, en sorte que leurs couvĂ©es peuvent se continuer pendant toute la belle saison. Je crois du reste aussi que chaque paire fait plusieurs pontes par an; car parmi ceux qui se nourrissent dans ma basse-cour, par centaines, j'ai vu souvent, en Ă©tĂ©, des jeunes de plusieurs Ăąges, et cela de juin jusqu'en septembre. » A cĂŽtĂ© du moineau, nous sommes disposĂ©s Ă  placer le bouvreuil vulgaire, encore un granivore et un frugivore dĂ©terminĂ©; encore un pillard, plus paresseux et moins alerte il est vrai, mais qui rachĂšte largement cette qualitĂ© par la destruction des bourgeons qu'il pratique Ă  l'automne. MANGEURS DE FRUITS. 281. . L'entrĂ©e d'une bande d'enfants affamĂ©s vaudrait. dix fois mieux dans un verger .que la venue d'une bande de bouvreuils. DerriĂšre les premiers. reste l'espoir de la rĂ©colte prochaine; aprĂšs les seconds, Fig. 83. — BOUVREUIL COIIMUS. il ne reste plus rien pour l'avenir! Aussi les gens de la campagne redoutent-ils les Ă«bourgeonneurs, comme ils les appellent, et ne nĂ©gligent-ils rien pour les dĂ©truire. Cerisiers, pruniers, abricotiers, amandiers sont surtout ravagĂ©s par ces gros et lourds, vi- 282 OISEAUX DES JARDINS. siteurs. La seule consolation de l'homme est de s'en emparer et de les rĂ©duire en captivitĂ©, oĂč ils vivent bien et apprennent Ă  siffler. Nous n'avons pas grand chose Ă  dire du plumage du bouvreuil, qui nous a toujours semblĂ© triste et Fig. 94 — GROS-BEC COMMUN. terne, malgrĂ© lĂ© ton rougeĂątre de la poitrine. Chez cet oiseau le bec est gros, court, conique, bĂȘte, l'oeil est bĂȘte, la dĂ©marche est bĂȘte... tout est bĂȘte, stupide, mĂȘme le chant! Son nid est plat, nĂ©gligĂ©, formĂ© de chiendent et MANGEURS DE FRUITS. 283 de radicelles ; l'oiseau y pond 4 oeufs bleuĂątres, tachĂ©s de rouge noir au gros bout. Le gros-bec est tout simplement un bouvreuil Ă  sa seconde puissance, comme dĂ©gĂąt et comme stupiditĂ©. Cet oiseau n'a point de chant, il n'a qu'un bec, un bec semblable Ă  un casque, lui emboĂźtant le devant de la tĂȘte. Pour se servir de cette Ă©norme mĂąchoire, il lui faut un long travail et beaucoup d'atFig. d'atFig. — SIZERÏN BORÉAL. tention aussi est-il silencieux et solitaire. Quand il arrive dans les jardins et les vergers, adieu bourgeons, baies, fruits, mĂȘme ceux Ă  noyau, adieu raisins ! Tout y passe ! Son Ă©norme bec est blanchĂątre et son plumage 284 OISEAUX DES JARDINS. n'offre rien d'attrayant. TĂȘte marron et noire; en somme une livrĂ©e brune, noire et blanche; un peu de rougeĂątre devant le cou. Cet oiseau n'est pas difficile sur le choix de sa nourriture ; il mange un peu de tout fruits du hĂȘtre, de l'orme, du frĂȘne, de l'Ă©rable, baies du genĂ©vrier, du cormier, de l'Ă©pine blanche, cerises, prunes, dont il casse les noyaux avec la plus grande aisance pour manger les amandes; chĂšnevis, choux, radis, laitues et toutes graines semblables. Le sizerin frĂ©quente les lieux plantĂ©s d'aunes, de bouleaux, de peupliers, dont il mange les graines et les bourgeons. Comme les mĂ©sanges, il se suspend aux petites branches et les parcourt avec une agilitĂ© surprenante, ce qui indique un Ă©chenilleur. Il est probable que ses dĂ©gĂąts sont ainsi compensĂ©s par ses services. VOLEURS DE GRAINES. ÂŁ85 CHAPITRE VIIL VOLEURS DE GRAINES. Le verdier ordinaire est sĂ©dentaire dans la plupart de nos dĂ©partements et se fait craindre par K-s dĂ©gĂąts qu'il commet dans les cbĂ©neviĂšres et les liFig. liFig. — VERDIER OEDIKAIEE. niĂšres du pays. Toutes les graines lui conviennent; il mange mĂȘme celles du lithymale rĂ©veille-matin que tous les autres oiseaux abandonnent; Ă  ce titre 286 . OISEAUX DES JARDINS. il est encore un ennemi des jardins, et. en mĂȘme temps un des plus redoutĂ©s de la vigne voy. VI, 15. Au nombre des mangeurs de graines, nous ne pouvons omettre de citer le pinson ordinaire, que Fig. 97. — PISSON - tout le mGnde connaĂźt, et auquel des campagnards accordent une sorte de protection dans quelques localitĂ©s. Quoique nuisible pendant une grande partie de l'annĂ©e, cet oiseau rend cependant quelques VOLEURS DE GRAINES. 2§7 services, parce que, de mĂȘme que lĂ  plupart des oiseaux granivores, il nourrit ses petits de chenilles et d'insectes, dont il dĂ©truit ainsi une grande quantitĂ©.. Adulte, il vit presque exclusivement dĂ© graines; aussi le voit-on toujours posĂ© ou courant Ă  terre Ă  lĂ  recherchĂ© de sa nourriture. Dans certaines localitĂ©s du Nord, les pinsons sont trĂšs-recherchĂ©s pour leur chant. Les amateurs organisent mĂȘme des concours oĂč des prix sont dĂ©cernĂ©s aux vainqueurs, et ils poussent la barbarie jusqu'Ă  crever les yeux de ces pauvres oiseaux, afin que ceux-ci, n'Ă©tant plus distraits par les objets extĂ©rieurs, fassent entendre plus souvent leur voix. Chose singuliĂšre ! Le chant de ces oiseaux varie presque autant que les diverses contrĂ©es qu'ils habitent. Le nid du pinson, oĂč la femelle fait deux pontes par an de 3 Ă  5 oeufs, est des plus artistement construit. Il est si bien arrondi qu'il semblĂ© fait au tour. L'oiseau l'attache solidement sur une branche et le recouvre de lichens, ce qui le rend trĂšs-difficile Ă  apercevoir, mĂȘme de prĂšs. Quand on attaque ce nid, l'oiseau plane dessus en criant. Le pinson est gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme un , oiseau pernicieux et on le traite en consĂ©quence. Il dĂ©truit peut-ĂȘtre quelques semences ; mais il nous . dĂ©livre aussi d'une grande quantitĂ© d'insectes nui- 288 OISEAUX DES JARDISS, sibles, et cette circonstance doit plaider en sa faveur. Le chardonneret est encore un mangeur de graines qui visite nos jardins en compagnie des pinsons et Fig. 9S. — CHARDONNERET. des autres fringilles. Il niche dans les vergers, sur les pommiers, poiriers, ormes, chĂȘnes verts, et se construit son nid avec beaucoup d'art. TrĂšs-fĂ©cond, il rachĂšte les dĂ©gĂąts qu'il fait parmi les graines de chardons, de pavots et de chicorĂ©e, par la quantitĂ© de VOLEURS DE GRAINES. 289 vers et de chenilles qu'il dĂ©truit pour nourrir ses petits. Ajoutons que son plumage en fait un des plus Ă©lĂ©gants oiseaux de nos pays, et que son chant, est fort goĂ»tĂ© des amateurs d'oiseaux. Doux, sociable et trĂšsdocile, le chardonneret vit longtemps en captivitĂ©; il s'accouple avec la femelle dĂ» serin, produisant ainsi des mĂ©tis qui sont fort recherchĂ©s pour la beautĂ© de leur chant plutĂŽt que pour l'Ă©clat de leur plumage. 19 290 OISEAUX-DES JARDINS. CHAPITRE IX. .. CHERCHEURS D'INSECTES, Nous rangeons, un le rougegorge familier au nombre des auxiliaires de l'homme nous, nous laissons peut-ĂȘtre aller avec, excĂšs, nous devons l'avouer, Ă  la sĂ©duction que ses maniĂšres confiantes et familiĂšres exercent sur nous, car il n'a droit d'ĂȘtre comptĂ© que comme un indiffĂ©rent, ni plus ni moins. S'il est insectivore en Ă©tĂ©, il n'en ^recherche pas moins, tant qu'il peut, les cerises et autres fruits mĂ»rs, et, Ă  l'arriĂšre-saison, toutes les baies lui sont bonnes; le raisin lui-mĂȘme ne pas! bien que ses admirateurs, ^- et surtout ses admiratrices, car il esf^l'hĂŽte aimĂ© 4 des dames, —nous soutiendront-q3^e-s'il va dans les treilles ou dans les vignes, .c'est jĂŽffl^y' faire la chasse des mouches et des insectes qu'attife la maturitĂ© du fruit sucrĂ©. Je l'accorde; mais bĂȘlas!;jĂš ..suis obligĂ© dĂ©porter Ă  son dĂ©bet queie mĂȘme fruit sucrĂ© l'attire tout autant, que les mouches! Le rouge-gorgea Ă©tĂ© placĂ©, — depuis ces derniĂšres! annĂ©es, par les naturalistes modernes,— Ă  la suite'*" des grives, et l'on a eu raison. Plus on regarde ce Fig. 99. — ROUGE-GORGE. 292 OISEAUX DES JARDINS. petit oiseau, plus on y voit un type rĂ©duit du moule merle. Par ses moeurs, ses habitudes, son genre de vie, sa maniĂšre de voler, de marcher, sa vivacitĂ©, enfin par ses caractĂšres gĂ©nĂ©raux et surtout par la forme de ses ailes, il faut en convenir, le rougegorge familier, l'hĂŽte des maisons et des chaumiĂšres, est un petit merle. Et, si son noir cousin ne vient pas jusque dans nos maisons, c'est qu'il ne l'ose pas; car on le voit, quand la neige couvre la "terre, venir jusqu'aux buissons qui en ombragent la porte, piller la soupe du chien ou celle des canards... et fuir Ă  tire d'ailes au premier mouvement. C'est un poltron ! VoilĂ  toute la diffĂ©rence entre lui et l'oiseau du bon Dieu. Quoi qu'il en soit, et tout' bien considĂ©rĂ©, nous n'hĂ©sitons pas Ă  ranger le. rouge-gorge parmi les oiseaux utiles. Le rouge-gorge est un oiseau remarquable par l'affection qu'il a pour ses petits. Citons-en un exemple charmant Un gentleman de mon voisinage, dit Franklin, avait fait prĂ©parer dans une voiture des paniers d'emballage et des caisses qu'il voulait envoyer Ă  Worthing. Son voyage fut diffĂ©rĂ© de quelques jours, puis de quelques semaines; il fit placer le chariot chargĂ© sous un hangar dans la cour. Pendant ce temps, un couple de rouges-gorges fit son nid entre la paille CHERCHEURS D'iNSECTES. 293 et les objets d'emballage, et couva ses oeufs avant que le chariot se mĂźt en route. La mĂšre, nullement effrayĂ©e par le mouvement de la voiture, quittait seulement son nid de temps en temps pour voler Fig. 100. — ROSSIGNOL ORDINAIRE. sur la haie voisine, oĂč elle cherchait Ă  manger pour ses petits, leur apportant ainsi, tour Ă  tour, la chaleur et la nourriture. Le chariot et le nid arrivĂšrent Ă  Worthing; la mĂšre et les petits retournĂšrent sains et saufs Ă  Wallon Heath, d'oĂč ils Ă©taient partis. » 294 'OISEAUX DES JARDINAS. Les rossignols, il faut le reconnaĂźtre aussi, ont beaucoup plus de rapports, par leur physionomie gĂ©nĂ©rale, leurs habitudes, leurs allures, avec les mĂ©fies qu'avec les fauvettes. Au premier abord, - 'fette -proposition Ă©tonne on se reproche de n'avoir pas plus tĂŽt discernĂ© ces moules rĂ©duits du merle et de la grive; mais un peu plus d'attention dĂ©montre que la sagacitĂ© des observateurs n'a pas Ă©tĂ© mise en dĂ©faut, et qu'il vaut mieux rassembler en familles naturelles les oiseaux par des caractĂšres d'ensemble, de moeurs, de conformation, que d'aprĂšs de vagues ressemblances de teinte ou de plumage, .mieux encore par des similitudes d'habitat. TrĂšs-rapprochĂ©s des rouges-gorges et, par consĂ©quent, appartenant vraisemblablement Ă  la sĂ©rie des merles, les rossignols marchent et ne sautent point. Ils descendent souvent Ă  terre pour chercher, sous les feuilles/sous la mousse, les vers, les insectes dont ils font leur nourriture exclusive. Ce sont des oiseaux vifs, gloutons, inquiets, fuyĂąnrtoute sociĂ©tĂ©, mĂȘme — surtout, dirait-on! — celle de leurs semblables. Les rouges-gorges ou rubiettes sont-aussi peu so-, ciables, et toute rencontre est un combat. Tous deux choisissent, quand ils le peuvent, pour demeurer, les lieux sombres, ombragĂ©s et frais, de vĂ©ritables fabriques naturelles de vers et de larves ; tous deux aiment les charmilles, les bosquets et le CHERCHEURS D'INSECTES. 295 voisinage de quelque cours d'eau.' Dans leurs migrations, ils sont toujours, tous les deux, solitaires; ils paraissent avoir des routes rĂ©guliĂšres, dont ils s'Ă©cartent peu, et, tous les ans, reviennent Ă  l'endroit adoptĂ© une premiĂšre fois. ... Le nid durossignol est composĂ©, Ă  l'extĂ©rieur, de feuilles placĂ©es comme les pĂ©tales d'une rose, reliĂ©es par quelques herbes fines; l'intĂ©rieur est fait en longues et fines laniĂšres d'herbes tournĂ©es en rond. La femelle y pond trois oeufs couleur feuille morte et brillants comme s'ils Ă©taient vernis. Nous n'avons rien Ă  dire ici du chant merveilleux de cet oiseau, et il importe peu au sujet spĂ©cial de cet Essai; mais nous devons faire remarquer que la Fig. 101, —. ROUGE-GORGE DE MURAILLES 296 OISEAUX DES JARDINS. chanson mĂ©lancolique du rouge-gorge ne manquĂ© ni de douceur ni d'harmonie. Le rossignol de muraille ou rouge-queue est encore un charmant petit oiseau, voisin des prĂ©cĂ©dents par ses moeurs. Plus haut sur pattes, le front blanc au milieu d'une tĂšte noire, la queue rouge, hochant comme celle des bergeronnettes, le rossignol de muraille a une tournure tout Ă  fait Ă  lui, qui le fait reconnaĂźtre de loin. Il niche volontiers dans les kiosques des jardins .anglais, aussi dans lĂ©s trous de murailles, et ne craint pas beaucoup l'homme. Son bonheur est de se planter en vedette sur un tuteur, sur un objet Ă©levĂ© d'oĂč il domine les alentours ; il fait la mĂȘme chose sur les rochers, les arbres, sur tout ce. qui se dresse. LĂ , il balance sa queue comme pour se tenir en Ă©quilibre, et s'Ă©lance, en tourbillonnant, au vol sur les insectes qui passent Ă  sa portĂ©e, imitant en cela les vrais gobe-mouches. D'autres fois, il fond brusquement sur le ver 1 ou l'insecte qu'il a aperçu sur le sol. Ces oiseaux sont mĂ©lancoliques, solitaires ; leur chant est trĂšs-doux, harmonieux comme un son de harpe Ă©olienne. On les entend chanter sans les voir remuer, sans que leur bec ou leur tĂȘte participe Ă  ces mouvements gracieux habituels aux granivores. A propos de cet animal, nous citerons un fait qui CHERCHEURS D'iNSECTES. '297 prouve que les oiseaux ne sont pas aussi dĂ©nuĂ©s d'intelligence qu'on le supposerait. Je dĂ©couvris un jour, dans un trou de mur de mon jardin, un couple de rouges-queues dont le mĂąle se tenait constamment perchĂ© sur un arbre prĂšs de l'endroit oĂč Ă©tait le nid, et faisait entendre son chant plaintif et bavard lorsqu'il voyait un objet capable d'Ă©veiller ses alarmes. La femelle Ă©tait en train de couver. Un jour, le pĂšre fut tuĂ© d'un coup de pierre ; le lendemain, un autre mĂąle avait .pris sa place et aidait la mĂšre Ă  Ă©lever la petite famille... Ce trait de moeurs est remarquable. Le rouge-queue iithys a les mĂȘmes habitudes et se reconnaĂźt Ă  ce que son front manque de la couronne blanche. C'est surtout un ami des maisons et des Ă©difices, surtout des murs en ruines, oĂč il Ă©tablit son nid. DĂšs l'aube du jour, posĂ© sur une cheminĂ©e ou sur le pignon d'une maison, il fait entendre des cris d'appel ou son chant d'amour. Tous les ans, il revient Ă  l'endroit choisi par lui; niais si on l'inquiĂšte, si on lui dĂ©robe ses oeufs ou ses petits, il part et ne revient plus ! Rien n'est plus touchant que la confiance de cet oiseau dans l'homme, et l'abandon avec lequel il confie sa famille Ă , son voisinage. C'est un couple de tithys qui, en Allemagne, dit le prince Ch. Bonaparte, avait construit son nid et Ă©levĂ© sa couvĂ©e dans 298 OISEAUX DES JARDINS. une locomotive de chemin de fer fonctionnant trĂšsfrĂ©quemment ! C'est encore le tithys qui niche dans les chalets et les cabanes abandonnĂ©s/de nos Alpes françaises, et qui va, prĂšs des neiges Ă©ternelles, tenir compagnie Ă  Vaccenteur et Ă  la niverolle, ces trois amis Ă©tant Hg. 102. — BOUGE- QUEUE TITHYS. seuls, bien seuls, les trois uniques habitants de ces Ă©normes solitudes. Dans nos pays du Nord, il prĂ©fĂšre se confiner dans les jardins. Dans le Midi seulement, nous trouvons un charmant petit oiseau trĂšs-voisin, Ă  la tĂȘte bleue, au dos noir mouchetĂ© de blanc, Ă  la poitrine rouge c'est le CHERCHEURS D'INSECTES. 299 pĂ©trocincle des roches et son cousin le pĂ©trocincle bleu. Ces oiseaux se tiennent presque constamment sur les montagnes les,plus arides et les plus nues, au milieu des rochers ils'aiment aussi les masures et les chĂąteaux en ruines. D'un naturel solitaire, on les connaĂźt dans les PyrĂ©nĂ©es, dans le DauphinĂ©, la Franche-ComtĂ© mĂȘme, sous le nom de merle de roche et merle bleu. Souvent on les voit perchĂ©s Fig. 103. — PÉTROCINCLE DES ROCHES. immobiles sur la plus haute branche d'un arbre mort; mais cette station n'est qu'accidentelle; leur position normale est sur les rochers escarpĂ©s, sur les vieilles tours isolĂ©es, les Ă©difices en ruines. Us s'avancent quelquefois, malgrĂ© leur sauvagerie, jusqu'au milieu des villes. 300 OISEAUX DES JARDINS. Insectivores, ils recherchent cependant les baies, et, Ă  l'automne, ils se nourrissent de celles du pistachier lentisque, yjoignentdes figues, et deviennent trĂšs-gras. Utiles comme destructeurs d'insectes. Nous devons compter au nombre des chercheurs d'insectes, mais mitigĂ©s, les sylviens, que cependant nous renfermons en grande partie dans la catĂ©gorie prĂ©cĂ©dente III, 7 des mangeurs de fruits. Ils participent en effet des deux natures frugivores tant qu'ils trouvent Ă  picorer une baie sucrĂ©e, insectivores Ă  leur tour quand la froide saison approche ou tandis que l'Ă©tĂ© n'a point rougi les fruits nouveaux. A la suite des sylviens, mais beaucoup plus insectivores qu'eux, il convient de placer les fauvettes grimpantes calamoherpes, qui abandonnent les bords de l'eau IV, 11, lieu de prĂ©dilection de leur famille, pour venir dans les bosquets et. les jardins, mĂȘme ceux des villes, faire la chasse aux insectes et, le cas Ă©chĂ©ant, manger quelques fruits. Les hypolaĂŻs sont des oiseaux querelleurs, hargneux et sans-cesse en mouvement. Elles saisissent trĂšs-ordinairement au vol tous les insectes ailĂ©s qui passent Ă  leur portĂ©e, et — facultĂ© inexplicable comme utilitĂ© ! — savent contrefaire, dans leur chant variĂ©, la voix et le ramage des autres oiseaux. Dans quel but? Quel rapport peut avoir cette contrefaçon avec leur besoin de vivre ? CHERCHEURS D'iNSECTES. 301 Au nombre de ces jardiniĂšres, il faut citer d'abord YhypolaĂŻs iciĂ©rine, que Buffon appelait Ă " tort la fauvette des roseaux, et qui prĂ©fĂšre nicher sur les arbustes, souvent sur les lilas, parmi les bosquets et les vergers. Dans le dĂ©partement du Nord, oĂč elle est trĂšs-commune, l'ictĂ©rine se tient indistinctement dans les bosquets humides, dans les vergers et les Fig. 104. — HTPOLAI8 ICTÉRINE FAUVETTE DES ROSEAUX, de Buffoil, jardins Ă©levĂ©s et secs. Elle y arrive vers la premiĂšre quinzaine de mai et en repart vers la fin d'aoĂ»t. DĂšs son arrivĂ©e, le mĂąle fait entendre, du haut- d'un arbre ou de la branche d'un buisson, un chant trĂšsvariĂ© et fort, en imitant celui de plusieurs autres oiseaux; aussi n'est-il connu, dans les pays qu'il hante, que sous le nom de contrefaisant. Il se 302 OISEAUX DES JARDINS. montre d'un caractĂšre vif, folĂątre et jaloux ; jamais on n'en voit deux dans le mĂȘme jardin. Au moment de son arrivĂ©e, il se cantonne, et l'on n'entend d'autre chant que le sien. Si on le tue, il est, un jour ou deux aprĂšs, remplacĂ© par un semblable. ,l?Ig. — VAKHE AU. A la suite delouslesĂ©chenilleurs que nous venons de passer en revue, il convient d'indiquer les destructeurs de mollusques limaçons et limaces, d'insectes coureurs et de larves, que l'homme peut s'adjoindre pour purger son jardin de ces dĂ©prĂ©dateurs toujours CHERCHEURS D'INSECTES. 303 acharnĂ©s, et pour dĂ©fendre, par eux, ses fruits, ses fleurs et ses lĂ©gumes. C'est dans la division IV, des Oiseaux de riviĂšres, que nous donnerons la liste intĂ©ressante de ces utiles animaux. Tous, ou presque tous, appartiennent aux diverses familles des Ă©chassiers, oiseaux de marais et de rivages 10 et 11. Quelques-uns, compris dans Figi 106. — PLUVIER, la section 12 des oiseaux de grande eau, ne sont point non plus Ă  dĂ©daigner; nous y avons donc condensĂ© les renseignements utiles, tout en regrettant que ces appropriations civilisĂ©es ne soient pas mieux Ă©tudiĂ©es. N'est-il pas fĂącheux de yoir quĂȘtant d'animaux 304 OISEAUX DES JARDINS. ne demandent pas mieux que de nous aider — bien mieux ! de nous supplĂ©er — dans une besogne fastidieuse et que nous faisons mal sans que nous daignions prendre la peine de favoriser ces penchants! Qui croirait que nous pourrions domestiquer facilement une douzaine d'espĂšces d'oiseaux de notre pays, oiseaux Fig. 107. — CHEVALIER. qui nous paieraient au centuple les soins que nous leur aurions donnĂ©s, et que nous ne le faisons pas? Ah ! les Chinois sont plus forts que nous ! Ils ont su, du moins, dresser et domestiquer le pĂ©lican. Nous, nous ne savons mĂȘme pas domestiquer les vanneaux, pluviers, chevaliers et tutti quanti qui ne demandent qu'Ă  nous ĂȘtre utiles ! CHASSEURS DE NUIT. 305 CHAPITRE X. CHASSEURS DE NUIT. Nous ne pouvons nous empĂȘcher de placer ici trois amis qui veulent bien vivre autour de nous, dans nos jardins et mĂȘme dans nos demeures, et que, malgrĂ© leurs services, nos paysans persĂ©cutent sans pitiĂ©, uniquement parce qu'ils appartiennent Ă  la grande tribu des rapaces nocturnes ce sont la chevĂȘche, la surnie chevĂȘchette et l'effraie. La chevĂȘche fixe sa demeure dans les clochers, les ruines, les hautes cheminĂ©es des vieilles maisons, ne craignant pas, surtout en automne, de s'approcher des habitations de l'homme, oĂč elle trouve abondamment les mammifĂšres ron20 ron20 Fig. 108. — CHEVÊCHE COMMUNE. 306 OISEAUX*ES JARDINS. geĂčrs dont elle fait sa nourriture. Elle niche volontiers dans les trous des murs des granges, oĂč elle trouve Ă  la fois le vivre et le couvert. La sumie chevĂȘchette est une petite chouette grosse Ă  peine comme une pie-griĂšche. Elle a bien les moeurs de la famille et son manteau brun pointillĂ© de blanc ; mais ses flancs rayĂ©s, son ventre blanc lui donnent une physionomie particuliĂšre. On la rencontre sur les arbres fruitiers des champs et elle a la singuliĂšre habitude de faire route avec le voyageur, volant Ă  quelques pas en avant de lui, le long des chemins, et l'appelant d'arbre en arbre par un cri plaintif. On dirait qu'elle veut l'amener dans un endroit inconnu, qu'ellel'engage Ă  prendre courage; et j'ai connu plus d'un piĂ©ton qui, au bout de dix minutes de ce manĂšge, prenait la fuite, effarĂ©, hors de lui, au grand Ă©tonnement et effroi de la petite bĂȘte, qui, poussant un cri d'adieu, disparaissait Ă  son tour dans la haie ou parmi les branches basses d'un r»iromier... CHEVECHETTE. 307 L'effraie commune n'a pas d!aigrettes, et la collerette de son disque est si complĂšte qu'elle se rejoint sous le bec. Au lieu de fuir, comme la nyctale, les habitations de l'homme pour les grands bois retirĂ©s, celle-ci aime les maisons, les tours, les villages et Fig. 110. — EFFRAIE COMMUNE. ne va au bois que trĂšs-accidentellement. C'est une des espĂšces lĂ©s plus communes elle vit dans les tours, les clochers, les grands greniers. Elle a une tĂȘte Ă©norme et une figure toute spĂ©ciale, l'oeil brun, Je dos roux glacĂ© de gris, avec un pointillĂ© noir et. 338 OISEAUX DES JARDINS. blanc. Le ventre, au contraire, est blanc ou fauve tachetĂ© de brun. Commune partout, l'effraie, avec son cri triste, rauque, voilĂ© comme une voix qui s'enroue, est considĂ©rĂ© par le vulgaire, ainsi que tous les oiseaux de nuit, comme du plus mauvais augure. Si elle se perche sur une maison, c'est signe de mort ou de maladie pour un de ses habitants; en tout cas c'est pronostic de malheur ! Quand un malade est en danger, l'oiseau fatal vient heurter de l'aile Ă  sa croisĂ©e ou, perchĂ© sur le rebord, pousser ses gĂ©missements funĂšbres. —Jamais, ajoutent les bonnes femmes, au grand jamais, nous n'avions vu, avant cette nuit terrible, d'effraie dans le pays ! » Jamais, Ă  vrai dire, elles ne l'avaient remarquĂ©e, car de tous nos rapaces nocturnes c'est celui qui se cantonne le mieux si elle est ici aujourd'hui, elle y Ă©tait hier et le jour d'avant. Mais allez donc faire comprendre cela aux gens affolĂ©s > Le paysan sort, arme son vieux fusil, la pauvre effraie tombe morte, et demain, on la clouera sur la porte de la grange! Cela la punira d'avoir prĂ©dit que grand'pĂšre est mort... HĂ©las! hĂ©las! l'effraie — bien innocente des sinistres pronostics qu'on lui impute — est peut-ĂȘtre CHASSEURS DE NUIT. 309 de tous les rapaces nocturnes le plus utile Ă  l'homme, par la raison qu'il est familier et purge les champs, les jardins et le voisinage des habitations d'une foule de petits mammifĂšres parasites dont il fait sa principale nourriture. M. Giebel prĂ©tend que celui qui tue une effraie devrait ĂȘtre condamnĂ© Ă  donner 1 thaler par semaine pour les pauvres pendant toute l'annĂ©e, et cela ne compenserait pas la consommation en grain par lĂšs souris. Il est certain que l'effraie mange les rats et souris des maisons, et quelquefois les rats d'eau, de prĂ©fĂ©rence Ă  toute autre chose. Il n'est besoin que de la mettre en cage avec ces animaux nuisibles ou la musaraigne si utile, et on verra qu'elle mange les premiers et Ă©pargne la derniĂšre, Ă  moins qu'elle ne soit poussĂ©e par une grande faim. Comme l'effraie recherche, en thĂšse gĂ©nĂ©rale, le voisinage de l'homme parce qu'elle y trouve plus abondamment les animaux dont elle se nourrit, il n'est besoin que de ne pas la dĂ©truire ni la tourmenter, pour obtenir qu'elle nous serve de tout son pouvoir. QUATRIÈME PARTIE OISEAUX DES RI„IÈRES 312 OISEAUX DE RIVIÈRES. QUATRIÈME PARTIE. OISEAUX DES RIVIÈRES, CIIAP. XI. — OISEAUX DE MAIÎAIS. BĂ©cassine. ÎSizerin borĂ©al. j MĂ©sange nonnette. — remis. CHAT. XII. — OISEAUX DES 1UVACE3. Verdier. Tarin. Bruant des roseaux. Bergeronnette prin taniĂšre. Hoche-Queue grise. — boarule. Cincle. Gorge-Bleue. Rousserolle turdoĂŻde. — effarvate. Verderolle. Lusciniole. Bouscarle cetti Phragmite des joncs ou grasset. — aquatique. Troglodyte. Martin-PĂ©cheur. Corbeau. Casse-Noix. Pluvier dorĂ©. Vanneau huppĂ©. Huitricr pie. Tourne-Pierre. Barge commune. Chevalier gambette. Poule d'eau, lĂŻĂąle d'eau. Grue cendrĂ©e. Cigogne. HĂ©ron. CHAP. XIII. — OISEAUX DES GEiXDES EAUX. Pygargue. Balbuzard fluviatile. Aigle de mer. Oie sauvage. -— rieuse. Bernache cravant. Cygne sauvage. Canard souchct. Canard sauvage. — eider. GrĂšbe. GoĂ©land Ă  manteau noir ou goĂ©land marin. — Ă  manteau bleu. — cendrĂ©. Monette rieuse. OISEAUX DE MARAIS. 313 CHAPITRE XI. OISEAUX DE MARAIS. Par oiseaux de marais, nous ne voulons pas entendre les espĂšces spĂ©ciales, Ă  longues jambes ou Ă  pieds palmĂ©s, qui constituent, pour le plus grand nombre des observateurs, les seuls oiseaux d'eau. Nous y rĂ©unissons nombre d'autres espĂšces appartenant Ă  des genres bien diffĂ©rents, mais qui recherchent les endroits humides, couverts d'eau, remplis de joncs, de saules et de roseaux, et s'y nourrissent, non-seulement sur l'eau, mais autour d'elle, sur les plantes voisines, ou sur les terres simplement humides. Notre classification, nous le savons, ne jouit d'aucune rigueur savante, mais elle est suffisante pour que le lecteur non naturaliste s'y reconnaisse. A ce point de vue elle nous satisfait. Si notre lecteur bĂ©nĂ©vole veut apprendre quel service il peut attendre, quel mĂ©fait il doit craindre des hĂŽtes de ces prairies humides ou des bords de sa riviĂšre et de son Ă©tang, il saura bien comprendre pourquoi nous les avons rĂ©unis dans la prĂ©sente division, et ne confondra point les uns avec les autres. 314 OISEAUX DE RIVIÈRES. Le sizerin, ami des saules et des mottes de gazon humide, ne lui semblera pas confondu avec le hĂ©ron qui s'envole, tout auprĂšs, du milieu des roseaux, parce qu'ils sont rapprochĂ©s, par leur habitat, les uns des autres... c'est ce qu'il nous faut ! Les vĂ©ritables oiseaux de marais, — ainsi que ceux que l'on peut ranger sous le titre d'oiseaux de vivage voy. 11, — sont presque entiĂšrement compris dans l'ordre des Ă©chassiers, ces curieux animaux qui, malgrĂ© la diversitĂ© de proportions de leurs membres Suivant les espĂšces,.portent cependant un cachet spĂ©cial, Une sorte de physionomie typique qui les fait aisĂ©ment reconnaĂźtre. On pourrait peut-ĂȘtre lĂ  dĂ©finir en remarquant que chez ces intĂ©ressants* oiseaux la longueur du cou et du bec est proportionnĂ©e Ă  celle des jambes,- de façon qu'ils puissent recueillijr^sĂčrJe sol, dans lĂ  .terre ou sous la vase, les substances dont ils se nourrissent, sans flĂ©chir leurs jambes. Tel-est le vrai caractĂšre physiologique dĂ©-cet ordre. , .; Parmi ces oiseaux, les uns sont organisĂ©s pour courir et voler rapidement, les autres pour la course seule, ceux-ci pour un et soutenu, ges derniers pour la nage...En un mot, peu d'ensembles sont plus homogĂšnes et cependant aussi diversifiĂ©s. "La plupart des Ă©chassiers habitent les bords des eaux, les plaines basses et marĂ©cageuses ; mais un OISEAUX DE MARAIS. 315 certain nombre se plaisent, — par une heureuse et Ă©vidente adaptation naturelle du type Ă©chĂąssier Ă  toutes les circonstances extĂ©rieures — sur les terrains les plus arides, les plus secs ou les plus improductifs. Il est certain que, de mĂȘme que le type Ă©chĂąssier doit contenir tous les autres types adaptĂ©s Fig. 111. — BÉCASSINE. Ă  lui, le type granivore, le type-nageur, etc., de mĂȘme, dans tous les autres groupes naturels, le type Ă©chĂąssier doit ĂȘtre reprĂ©sentĂ© un parmi les grimpeurs, un parmi les palmipĂšdes, etc.; c'est ce qui a lieu. En gĂ©nĂ©ral, les insectes, les vers, les mollusques, rarement les grains, fond de la nourriture 316 OISEAUX DE RIVIÈRES. de tous les Ă©chassiers. A ce point de vue, ils sont utiles aux cultivateurs en gĂ©nĂ©ral, et aux jardiniers en premier lieu par les applications en domesticitĂ© que celui-ci peut en faire. Utile par sa nourriture composĂ©e de larves et de vers, recherchĂ©e pour sa chair dĂ©licate, labĂ©cossme et ses variĂ©tĂ©s est certainement l'un des ornements de nos marais. Elle n'a qu'un dĂ©faut, celui de donner du fil Ă  retordre au chasseur. Avant de passer en revue ces privilĂ©giĂ©s, disons quelques mots des oiseaux, d'ordres diffĂ©rents, cependant amis des eaux ou de leurs bords. Parmi les oiseax de proie voy. V, nous verrons plus loin un certain nombres d'espĂšces vouĂ©es Ă  la destruction des oiseaux d'eau, des poissons et des batraciens. On peut dire, au point de vue gĂ©nĂ©ral des besoins de l'homme, que ces oiseaux sont de vĂ©ritables ennemis, pillant effrontĂ©ment les rĂ©serves de poissons et dĂ©cimant les bandes de palmipĂšdes utiles. Il en sera de mĂȘme des martins-pĂȘcheurs, ennemis les plus terribles des Ă©tablissements de pisciculture, oĂč ils dĂ©vastent les rĂ©serves de jeunes alevins salmonidĂ©s. Nous trouvons, dans les endroits humides, peu de corvidĂ©s les corbeaux, corneilles, pies, geais, n'aiment pas cette terre fangeuse les pies- griĂšches OISEAUX DE MARAIS. 317 ne viennent dans les saules que pour y donner la chasse Ă  la tribu aimable des fauvettes ce sont encore des ennemis; mais, Ă  leur suite, nous rencontrerons les Ă©toumeaux, qui recherchent les prairies humides et y poursuivent ieur office de mangeurs de verset d'insectes. A ce titre, ceux-ci se montrent Fig. 112. — SIZEItIN BORÉAL, les utiles auxiliaires, dont nous avons dĂ©jĂ  parle II, 5 parmi les hĂŽtes des sillons dans les Oiseaux des champs. Les passereaux nous offrent l'intĂ©ressant exemple d'un jpetit oiseau particuliĂšrement ami des endroits humides. C'est le sizerin borĂ©al, un trĂšs-proche parent du cabaret, ce joli petit chanteur que tant de 318 . OISEAUX DE RIVIÈRES. personnes se rĂ©jouissent de garder en cage. Le borĂ©al,, lui, est un habitant dĂ©cidĂ© des vallĂ©es humides et des endroits marĂ©cageux; mais il n'y arrive que par migrations espacĂ©es et irrĂ©guliĂšres. Le cabaret descend chez nous tous les ans, Ă  l'automne, venant des contrĂ©es du cercle arctique, oĂč il retourne chaque printemps ; le borĂ©al, au contraire, quitte les mĂȘmes lieux "tous les quatre, cinq ou six ans, tantĂŽt en grand nombre, tantĂŽt en petites troupes. Pourquoi? Nul ne le sait. Il a le front rouge sang, le croupion blanc, nuancĂ© de rose tendre, deux bandes obliques blanches sur les ailes, le dos brun, le ventre mouchetĂ© "et la gorge noire. Au demeurant, un charmant petit oiseau Ă  bec brun, Ă  oeil brun, et Ă  pieds noirs. La nonnette, ou mĂ©sange des marais j est trĂšscommune en France et se distingue de la mĂ©sange petite charbonniĂšre, dont elle a Ă  peu prĂšs la robe, par le petit capuchon noir qui couvre sa tĂȘte et qui lui a valu son nom; elle frĂ©quente les bords des riviĂšres couverts de saules et les taillis humides qui entourent les Ă©tangs et les marais. Sa vie et ses habitudes sont semblables Ă  celles des autres mĂ©sanges, mais son nid est diffĂ©rent. Il a la forme d'une coupe et est composĂ© presque exclusivement de poils. L'oiseau le place, d'ailleurs, Ă  terre et souvent sous une racine d'arbre. OISEAUX DE MARAIS. 319 La mĂ©sange rĂ©miz ou penduline, rare dans le Nord, mais commune dans le Midi de la France, est un petit oiseau qui n'a rien de remarquable comme plumage; son bec mince, effilĂ©, aigu, rappelle celui du troglodyte, et sa queue longue, peu Ă©chancrĂ©e, a quelque chose de celle de la lavandiĂšre. La tĂšte et le cou sont blancs, avec l'espace entre l'oeil et le bec noir, ainsi que le collier. Le dos est roux, plus foncĂ© que le ventre; les ailes sont noires, bordĂ©es de jaunĂątre. OEil jaune, pieds gris rouge, bec presque noir. La femelle est un oiseau roussĂątre qui frappe encore moins les regards, car toutes ses couleurs sont plus ternes; les jeunes n'ont pas de noir au front. La mĂ©sange rĂ©miz est presque un oiseau d'Italie, et c'est lĂ  surtout qu'elle construit son remarquable nid avec les matĂ©riaux qui lui conviennent de tout point. On la trouve, en Ă©tĂ©, en assez grand nombre dans l'HĂ©rault, et elle est de passage en Provence. On ne la rencontre que trĂšs-accidentellement dans nos autres dĂ©partements, surtout au nord de la Loire. Le dĂ©partement de la DrĂŽme paraĂźt ĂȘtre-le- seul 01^ elle se reproduise aisĂ©ment. Elle habite le long .des Ă©tangs, au bord des fleuves comme le RhĂŽne,; dans, les parties couvertes d'osier, de saules, de roseaux. C'est Ă  ces arbres, ainsi qu'aux branches du peuplier ou de l'orme, qu'elle suspend son nid, certainement l'une des merveilles de nos oiseaux d'Europe. 320 OISEAUX DE RIVIÈRES. Ce nid, formĂ© de la bourre de la massette aquatique, des duvets des fruits du saule, du peuplier, du tremble, des aigrettes de chardons, en un mot, de duvet vĂ©gĂ©tal, est tissĂ© au moyen d'une espĂšce d'herbe jaune trĂšs-fine Italie, ou au moyen de la filasse du chanvre et de l'ortie France. Ce tissu est si remarquablement rĂ©gulier qu'il ressemble Ă  certaines Ă©toffes ou canevas en gros fil, garnis d'un feutre de l'autre cĂŽtĂ©. Sa forme est celle d'une cornemuse, d'une besace. L'intĂ©rieur du nid, fort gros, car il a bien 15 centimĂštres de long sur 20 centimĂštres de haut, est rempli de duvet vĂ©gĂ©tal en boules et de quelques plumes. La femelle y pond quatre ou six oeufs blancs, tachetĂ©s de roux suivant les uns, blancs d'ivoire selon les autres. Nous avons vu un nid de penduline Ă  deux ouvertures, formant une espĂšce de berceau en bourse, fixĂ© le long d'une branche flexible, et prĂ©sentant ainsi l'aspect d'un panier suspendu. Le tissu de ce nid le rend tellement reconnaissable qu'il n'y a pas Ă  douter de sa provenance ; mais pourquoi la rĂ©miz lui avait-elle donnĂ© cette forme anormale? C'est ce qu'il n'est pas facile de savoir. D'aprĂšs M. de Tarragnon, ce serait le nid d'un jeune, et cela ne nous semble pas improbable. La penduline est trop dĂ©fiante et trop rusĂ©e pour se laisser prendre au piĂšge aussi ne sait-on pas si OISEAUX DES MARAIS. 321 elle vivrait en captivitĂ©. Cela n'est pas probable, car la forme de son bec indique un oiseau absolument insectivore. On dit cependant qu'elle ne dĂ©daigne point certaines graines aquat. Diquese nouvelles observations seraient fort dĂ©sirables sur cet ingĂ©nieux petit architecte. 21 322 OISEAUX DE RIVIERES. CHAPITRE XII. OISEAUX DE RIVAGES. N'est-il pas naturel de compter, au premier rang des oiseaux de rivage, toute cette phalange charmante de chanteurs qui peuplent les branches des saules, des aulnes et qui parcourent les longues tiges des joncs que balance la brise? Nous ne pouvons dire qu'un mot de ces sylvies, de ces fauvettes si gaies, si remuantes, picorant les moucherons, chassant les insectes, chantant Ă  gorge dĂ©ployĂ©e et construisant ces nids merveilleux dont l'architecture confond l'imagination. . Le verdier, que nous avons vu I, 2 sur la lisiĂšre des taillis, recherche, pendant l'Ă©tĂ©, les lieux bas et humides, les bords ombragĂ©s des riviĂšres. Nous signalons ses dĂ©gĂąts III, 8. Le tarin, lui, vit volontiers dans les aulnes, dont il mange les bourgeons durant la saison rigoureuse. Quant au bruant des roseaux, on peut le nommer l'ortolan du rivage, car sa chair ne le cĂšde en rien Ă  celle du vĂ©ritable bijou des gourmets. Insectivore surtout, ce bruant vit au milieu des roseaux et y fait son nid ; mais Ă  l'automne il se rĂ©unit en OISEAUX DE RIVAGES. 323 petites bandes, probablement composĂ©es d'une ou deux familles, va picorer dans les champs et se rassemble le soir sur les roseaux de l'Ă©tang ou des marais voisins. LĂ , aprĂšs avoir caquetĂ© quelque temps, comme les moineaux avant de dormir, il se gĂźte d'un seul coup dans les herbes Ă©paisses du sol, parmi les roseaux et mĂȘme sous leurs racines. Fig. 113. — TAKIN. Une espĂšce voisine de celle-ci pousse un cri qui imite parfaitement le coassement de la grenouille. Ce n'est pas tout encore, car le type alouette se rencontre Ă©galement au bord des eaux douces et salĂ©es pour les premiĂšres , c'est le pipi spioncelle, et pour les secondes, le pipi obscur voy. II, 5. Nous serions incomplet si nous ne portions pas ici le nom des bergeronnettes printaniĂšre et jaune, qui se promĂšnent quelquefois sur les rivages; puis 324 OISEAUX DE RIVIÈRES. celui de la hoche-queue grise, qui ne quitte guĂšre le bord de l'eau, et surtout celui de la hoche-queue boarule, qui ne s'en Ă©loigne jamais voy. 11,-5. Ce dernier petit oiseau au manteau gris olive, au croupion jaune verdĂątre,. avec la gorge noire et la poitrine jaune vif, est aussi peu sociable que la hochequeue grise l'est beancoup. Les bergeronnettes grises aiment Ă  s'assembler par troupes, le soir, surtout Ă  l'automne, et Ă  jaser Fig. 114. — PIPI, comme les hirondelles, comme les bruants et les moineaux. La boarule vit seule. La rencontre de deux individus est l'occasion d'un combat acharnĂ©. Tous ces oiseaux sont exclusivement adonnĂ©s Ă  la recherche des insectes de toute nature, des vers et ;des larves ; aussi devons-nous les considĂ©rer comme OISEAUX DE RIVAGES. 325 des auxiliaires bĂ©nis, que nous serions sages de dĂ©fendre, de conserver, au lieu d'en laisser faire des massacres, ainsi qu'on le pratique chaque mois de novembre, non-seulement avec les filets dans les environs de Lille, mais — depuis que la loi sur la chasse le dĂ©fend — dans toute la Belgique. Maigre rĂŽti, au demeurant ! ! Eig. 115. — BOAKTJLE. Ici doit se placer l'un des plus curieux oiseaux de notre pays, le cincle ou merle d'eau, l'aguassiĂšre de certains endroits, cet animal qui entre dans l'eau en marchant, sans discontinuitĂ©, du bord sur le fond de la riviĂšre, absolument comme s'il ne .changeait pas d'Ă©lĂ©ment ! C'est pour chercher sa nourri- 326 OISEAUX DE RIVIÈRES. ture quelecinclĂš descend ainsi dans l'eau et marche au fond, les ailes un peu Ă©cartĂ©es du corps, en remontant le plus souvent le fil de l'eau et restant submergĂ© pendant une minute ! Doux, timide, ami des solitudes de lĂ  montagne et des torrents Ă  eau claire et Ă  fond graveleux, le Fig. 116. — GOUGE-BLEUE SUÉDOISE. petit cincle, au plumage noir et brun, n'est ni utile, ni nuisible Ă  l'homme. Il n'est qu'intĂ©ressant. C'est surtout dans les terrains marĂ©cageux, dans les prĂ©s humides, le long des cours d'eau couverts de broussailles, d'oseraies et de roseaux, que nous rencontrerons la gorge-bleue, encore un de ces moules rĂ©duits du type merle que nous sommes OISEAUX DE RIVAGES. 327 obligĂ©s de placer Ă  cĂŽtĂ© du rouge-gorge et du rougequeue. Tous ces oiseaux-lĂ  ne sont point des fauvettes ! Leur bec, leurs pattes, leur dĂ©marche Ă  terre, laquelle ne se compose point de sauts, mais de pas, leur habitude de descendre sur le sol pour chercher au pied des buissons et des herbes les insectes et les vers dont ils font leur nourriture, tout rapproche les gorge-bleues des rouge-gorges. Comme ces derniers, ils voyagent isolĂ©ment, jamais en groupes ni en familles. Ils ont aussi peu crainte de l'homme que Jean Rouge-gorge. On les reconnaĂźt facilement Ă  leur Cou bleu avec une tache blanche au milieu de cette belle nuance. Il nous faut maintenant dĂ©crire les membres de cette nombreuse phalange de petits insectivores, habitants des roseaux et passant leur vie Ă  en escalader adroitement les tiges flexibles et les feuilles ondoyantes. On les a, dĂšs longtemps, appelĂ©s fauvettes des roseaux, Ă  cause de leur forme gĂ©nĂ©rale et surtout de leurs chants, qui ne sont cependant d'habitude ni aussi doux, ni aussi cadencĂ©s que ceux des vrais sylviens. En gĂ©nĂ©ral, on les reconnaĂźt Ă  leur tĂȘte dĂ©primĂ©e, comme aplatie en dessus, Ă  leur bec fort et surtout Ă  leur ongle du pouce grand et robuste, tel qu'il Ă©tait utile Ă  des animaux gymnastisant toute la journĂ©e et devant possĂ©der une bonne poigne pour embrasser solidement 328 OISEAUX DE RIVIÈRES. les tiges glissantes et flexibles sur lesquelles ils chassent. La nourriture des oiseaux dont nous parlons est exclusivement animale et composĂ©e d'insectes Ă  Fig. 117. — BOUSSEBOLLE TTJRDOÏDE. Ă©lytres, de mouches, de vers, de tipules et de trĂšspetits mollusques, qu'ils cherchent au bord de l'eau ou parmi les racines dĂ©chaussĂ©es des joncs. Rarement ils attaquent quelques baies. La rousserole turdoide se distingue de Veffar- OISEAUX DE RIVAGES. 329 vatte, — autre rousserolle dont nous parlerons tout Ă  l'heure, — par son croupion blanc jaunĂątre en dessous. C'est vers le milieu d'avril qu'elle arrive dans le nord de la France pour repartir Ă  la fin d'aoĂ»t, et, pendant tout son sĂ©jour, elle se tient, dans les marais et aux bords boisĂ©s des eaux. Son nid, artistement construit et profond, est fixĂ© Ă  plusieurs tiges au moyen de liens formĂ©s par des herbes de marais. Pendant la saison des amours, le mĂąle, accrochĂ© Ă  une tige de jonc et de roseau, chante tout le jour il est alors peu farouche ou se laisse approcher. Si on l'effraie, il disparaĂźt au milieu des plantes et reparaĂźt presque aussitĂŽt au sommet d'une tige d'herbe ou d'une quenouille de roseau pour rĂ©pĂ©ter sa chanson Cri, cri, cra, cra, car a, car a! AprĂšs la nichĂ©e, il devient muet. L'effarvatte ressemble beaucoup Ă la turdoĂŻde, tant par la forme et la couleur que par les habitudes. Elle arrive au mĂȘme moment, repart avec elle. Son nid est aussi admirable et elle l'Ă©tablit aux mĂȘmes endroits. On la trouve sur les bords des riviĂšres, des marais couverts de joncs et de roseaux, dans les jardins. Elle se montre rarement Ă  dĂ©couvert, et se tient presque toujours cachĂ©e parmi les herbes, les grands roseaux, au pied desquels elle cherche sa nourriture. DĂšs son arrivĂ©e, le mĂąle fait entendre soutenant, qui consiste dans les syllabes tron, tron, 330 OISEAUX DE RIVIERES. irui, trui, kiri, kin, haups, haups, rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  des intervalles Ă  peu prĂšs Ă©gaux, mais avec des modulations diffĂ©rentes. La verderolle est encore une rousserolle des Fig. 118. — HOESGEBOLLE EFPiKVATTE. mĂȘmes parages et qui ressemble beaucoup aux deux prĂ©cĂ©dentes. Elle niche sur les bords des riviĂšres, sur les branches basses des saules, des ormes, des buissons ou dans les hautes herbes des prairies, dans les seigles, les cheneviĂšres. Son nid, artistement OISEAUX DE RIVAGES. 331 construit et profond, n'est composĂ©, Ă  l'extĂ©rieur comme Ă  l'intĂ©rieur, que de brins d'herbes sĂšches bien souples. IndĂ©pendamment de son chant naturel, la verderolle a la facultĂ© de s'approprier celui des autres oiseaux et d'en composer un ramage des plus variĂ©s et des plus agrĂ©ables. D'aprĂšs l'abbĂ© Caire, cette espĂšce chante admirablement elle contrefait, Ă  s'y mĂ©prendre, le chardonneret, le pinson, le merle, et gĂ©nĂ©ralement tous les oiseaux qui frĂ©quentent les mĂȘmes lieux qu'elle. Son chant est plus riche en reprises que celui du rossignol, et il est si variĂ© qu'on l'Ă©couterait, sans languir, du matin au soir. La verderolle ne frĂ©quente pas exclusivement les endroits marĂ©cageux; on la trouve Ă©galement le long des champs ensemencĂ©s situĂ©s loin des eaux. Dans les Alpes suisses et françaises, elle frĂ©quente les prairies Ă©levĂ©es et ne niche jamais, d'aprĂšs l'abbĂ© Caire, que sur les plantes Ă  0m,15 ou 0m,20 du sol. Toutes les fauvettes de roseaux sont paresseuses Ă  prendre leur vol, ce qui tient au peu de dĂ©veloppement relatif de leurs ailes et probablement aussi Ă  l'habitude qu'elles ont de grimper plutĂŽt que de voler. Il faut faire les mĂȘmes remarques Ă  propos de la lusciniole, encore une espĂšce de la France, mais plus particuliĂšrement du midi. 332 OISEAUX DÉ RIVIÈRES. Cet oiseau, plus gros que les pouillots, a la gorge dilatable comme le rossignol ; quand il chante il la gonfle, et son chant est plus harmonieux que le sifflement des Il forme Ă©videmment le passage — comme taille, port, bec plus gros — entre les fauvettes des roseaux et les pipis. Son nid, en coupe profonde, formĂ© de feuilles et d'herbes sĂšches, est attachĂ© Ă  0m,50 de terre. La lusciniole aime les marais et cours d'eau dont les bords sont couverts de joncs, de roseaux, de hautes herbes, de tamaris et de saules. Elle grimpe avec une grande agilitĂ©, n'a pas un vol bien Ă©tendu et ne monte jamais haut dans les 'arbres. Elle relĂšve constamment la queue en en Ă©cartant les pennes, comme la bouscarle cetti. Elle est aussi, comme cette espĂšce, si peu farouche et tellement paresseuse Ă  voler, qu'on a quelquefois de la difficultĂ© Ă  la faire partir du buisson ou du massif de roseaux qui la recĂšle. Les chiens surtout ne paraissent pas lui inspirer beaucoup de crainte. Sa nourriture, qu'elle cherche au pied des roseaux et des arbustes, consiste en insectes, vers et petits mollusques fluviatiles. Les bouscarles vivent sur les bords trĂšs-boisĂ©s des riviĂšres, des lacs, ou sur ceux grandement couverts de roseaux, au milieu desquels elles se tiennent presque constamment cachĂ©es. Elles grimpent habituellement le long des tiges des arbustes ou des OISEAUX DE RIVAGES. 333 plantes aquatiques, volent trĂšs-mal, sont paresseuses Ă  prendre leur essor, se nourrissent d'insectes et de petits colimaçons qu'elles cherchent au pied des buissons, des roseaux ou des herbes aquatiques. Parmi elles, la cetti est trĂšs-commune, surtout en hiver, dans nos provinces mĂ©ridionales. Elle vit, Fig. 119. — BODSCAilLE CETTI. comme toutes les grosses fauvettes dont nous venons de parler, dans le voisinage des eaux. Presque constamment, dit M. Z. Gerbe, elle demeure cachĂ©e dans l'Ă©paisseur des buissons, les parcourt en divers sens, grimpe le long des tiges, y est, en un mot, dans une activitĂ© continuelle. Si elle se met en Ă©vidence, ce n'est, on peut le dire, que passagĂšre- 334 OISEAUX DE RIVIÈRES. ment, et lorsque surtout elle va abandonner une touffe pour se porter dans une autre. Son chant est doux, sonore, Ă©clatant, saccadĂ©, brisĂ©, de peu d'Ă©tendue et fort peu variĂ©. Elle le fait entendre durant toute l'annĂ©e. Sa nourriture consiste en divers insectes ailĂ©s, en vers et en larves qu'elle rencontre dans le voisinage des eaux. Elle a l'habitude, en grimpant ou sautant de branche en branche ou sur le sol, de relever brusquement la queue, qui s'Ă©tale alors un peu, et de dĂ©tendre un peu les ailes. » Suivant La Marmora, Savi et le prince Ch. Bonaparte, elle serait sĂ©dentaire. Nous avons la certitude, au contraire, qu'elle Ă©migrĂ© et qu'elle suit successivement le cours des fleuves; qu'Ă  certaines Ă©poques de l'annĂ©e, principalement en novembre et dĂ©cembre, elle se montre lĂ  oĂč, soit en avant, soit aprĂšs ces Ă©poques, on la chercherait .en vain, et qu'alors aussi elle se trouve en plus grand nombre dans les lieux qu'elle habite ordinairement. A la suite, nous placerons les phragmites, encore une dĂ©gĂ©nĂ©rescence du type fauvette dont nous nous Ă©loignons de plus en plus. A notre point de vue utilitaire, ces petits oiseaux demeurent aussi prĂ©cieux que les prĂ©cĂ©dents; quoique moins exclusivement insectivores, ils se nourrissent de temps en temps de graines des plantes aquatiques. Or ces graines ne prĂ©sentant aucune importance pour nous, nous n'a- OISEAUX DE RIVAGES. 335 yons aucun intĂ©rĂȘt Ă  leur en disputer la paisible possession. . Ces derniers petits oiseaux ne suspendent dĂ©jĂ  plus leur nid aux roseaux, pas plus qu'aux tiges flexibles des osiers ils l'Ă©tablissent sur une large base, sur une touffe d'herbe, une souche d'arbre, au haut d'un tĂȘtard ; il est peu profond et mal fait. Le phragmite des joncs s'appelle grasset dans le midi, et, Ă  l'automne, on le trouve si gras qu'il peut Ă  peine voler dans les prairies, les luzernes ou les champs de pommes de terre. C'est un dĂ©bcieux manger, mais il vaut mieux lĂ© laisser vivre, car l'agriculture a plus besoin d?aides et de dĂ©fenseurs que l'agriculteur de chair pour se nourrir. De plus gros animaux doivent lui en fournir une plus Ă©conomique de toutes les façons. On reconnaĂźt le phragmite des joncs Ă  ses sourr cils blancs, Ă  sa calotte noirĂątre, tandis que le phragmite aquatique, son cousin germain, porte deux raies sur la tĂȘte et des sourcils jaunĂątres. De plus, il a le croupion tachĂ© de foncĂ©. Tous deux ont la mĂȘme maniĂšre de vivre au bord de l'eau. Que dire du petit troglodyte? Qu'il est un ami ; laissez-le passer ! Au bord d'un chemin Ă©cartĂ© s'Ă©lĂšve une mettle de sarments de vigne, un noyer verdoyant l'ombrage; Ă  lm,30, un nid de troglodyte est attachĂ© entre les Fig. 120. — TROGLODYTE. OISEAUX DE RIVAGES. 337 brins de sarments. L'ouverture est tournĂ©e un peu obliquement vers la route ; le nid est fait de feuilles minces et plates, d'herbes fanĂ©es entrelacĂ©es aux ramilles sĂšches. Le tout paraĂźt gros comme le poing, pas plus; l'ouverture est Ă  mi-hauteur du nid, qui est un peu ovale dans le sens perpendiculaire. Le pĂšre arrive tenant un ver au bec; il se pose sur une perche de chĂątaignier d'un atelier de cercles voisin, et lĂ , me regardant, il entonne sa grande chanson, se dandinant au soleil qui dore son dos et sa petite queue relevĂ©e, tandis que, pendant ses trilles, son bec vibre et brille en l'air. Quel est ce trait d'azur et de feu qui passe ! C'est le martin-pĂȘcheur. Triste, solitaire, morose, comme il convient au hĂ©ron des passereaux, le martin demeure des heures entiĂšres perchĂ© sur sa branche morte oĂč sur le pieu qui Ă©merge de l'eau. On rencontre peu d'oiseaux aussi mal faits, et tous les marlins le sont Ă©galement; tous ont un faciĂšs hĂ©ronien qui ne les fait jamais confondre avec d'autres oiseaux. EnFrancenous nepossĂ©dons que lĂ© martinpĂȘcheur vulgaire, mais les autres pays en renferment beaucoup d'autres, tel que le martin-chasseur, le martin-triste, cet utile oiseau, mangeur dĂ©terminĂ© de sauterelles et que le gouvernement fait tous ses efforts pour acclimater en AlgĂ©rie, afin de venir en 22 338 OISEAUX D'E RIVIÈRES. aide aux malheureuses populations affamĂ©es par ce redoutable flĂ©au. Chez le martin-pĂȘcheur la tĂȘte est grosse, le bec fort Ă  quatre facettes, le corps Ă©pais et ramassĂ©, la queue trop courte, les pattes trop basses, et, malgrĂ© cela, son plumage est chargĂ© de si belles couleurs Fig. 121. — MAKTIN-PÊ CHEQUE. qu'on le regarde passer comme un bijou qui roule sous le souffle du vent. Il est bleu d'azur sur le dos; il a la gorge blanche, la gorge rouille, le bec rouge et brun. Son vol bas est brusque et rapide, son chant un cri aigu. Il ne frĂ©quente pas seulement les bords des eaux douces OISEAUX DE RIVAGES. 339 de notre pays, on le trouve aussi sur le bord nu de la mer. Je l'ai vu, sur les cĂŽtes de Bretagne, perchĂ© sur les roches couvertes de goĂ©mons;il volaitjusque sur les roches isolĂ©es et y poursuivait ses pareils en poussant des cris aigus. Je l'ai retrouvĂ© Ă©galement dans la riviĂšre de Quimper, qui est de l'eau de mer remontante. Il pĂȘche d'ailleurs aussi bien en eau salĂ©e qu'en eau douce. En somme, ce bel oiseau est un ennemi ! Un ennemi des repeuplements de l'eau par l'homme; un flĂ©au pour les pisciculteurs, un rapace des petits poissons et surtout des meilleures espĂšces, qu'il ose — car il est hardi comme un rat ! — aller voler jusque dans les endroits fermĂ©s. L'annĂ©e derniĂšre, dans un Ă©tablissement modĂšle de pisciculture, dirigĂ© Ă  Chantilly, sur mes indications, par M. l'inspecteur des forĂȘts ClavĂ©, les martins-pĂȘ^ cheurs vinrent dĂ©cimer nos truites jusque sous le toit de genĂȘt qui protĂ©geait le fossĂ© d'Ă©closion. Quelques fenĂȘtres avaient Ă©tĂ© mĂ©nagĂ©es entre le clayonnage ; ils entraient par lĂ  comme des flĂšches, et, une fois dans la place, dĂ©cimaient ses habitants Ă  loisir. La quantitĂ© de poissons consommĂ©s par un seul de ces oiseaux est presque incroyable. Nous penserions, aprĂšs vĂ©rification, qu'elle n'est pas de moins de 180 grammes par jour; il ne peuvent vivre vingt-quatre 340 OISEAUX DE RIVIÈRES. heures sans nourriture, tant ils digĂšrent vite. Ce doit ĂȘtre la seule raison qui fait Ă©migrer les martins vers la mer Ă  l'approche de la mauvaise saison, esclave qu'ils sont de leur voracitĂ©. A mort donc, le martin-pĂȘcheur ! Malheureusement il est difficile Ă  joindre, difficile Ă  tuer et vit presque toujours isolĂ©. Les corbeaux, dont nous avons parlĂ© aux oiseaux des champs voy. II, 5, ne dĂ©daignent pas de frĂ©quenter les eaux douces et salĂ©es pour y chercher leur nourriture. Au mois d'aoĂ»t 1866, nous les avons vus, sur les cĂŽtes de Bretagne, planer et s'arrĂȘter sur les roches isolĂ©es de la plage. En octobre de la mĂȘme annĂ©e, nous en avons aperçu plusieurs planant et pĂ©chant dans le Rhin. Ils ne se posent pas sur l'eau, ils ne font que d'y tremper leurs pattes, sans doute pour ramasser de petits poissons morts ou des insectes... Quittons un instant les arbustes et les vĂ©gĂ©taux Ă©levĂ©s, baissons les yeux vers le fouillis si vert, si frais, des plantes aquatiques submergĂ©es ; nous verrons Ă  leur surface courir la poule d'eau, le rĂąle d'eau et ses nombreuses variĂ©tĂ©s jusqu'au petit bĂąillon mouchetĂ©, qui n'est pas plus gros qu'une alouette. Le pluvier dorĂ© vit trĂšs-bien dans les jardins il cherche les vers et les limaçons et, par consĂ©quent, OISEAUX DE RIVAGES. 341 est un des plus jolis oiseaux que le jardinier puisse apprivoiser pour s'en faire un aide assidu. Pendant l'hiver, on le nourrit de vin, de pain et de petits morceaux de viande cuite. Le vanneau huppĂ©, se comporte de la mĂȘme maniĂšre et rend les mĂȘmes services rien n'est joli Fig. 122. — PLUVIER DOUÉ. comme la dĂ©marche gracieuse, lĂ©gĂšre de cet oiseau quand il arpente les CarrĂ©s d'un jardin et retourne les feuilles des lĂ©gumes pour y trouver les limaces et les vers dont il est trĂšs-friand. Le vanneau est un bel oiseau Ă  manteau vert et Ă  plastron noir ainsi que la tĂȘte, avec le ventre blanc 342 OISEAUX DE RIVIÈRES. et une tache de mĂȘme couleur sur le coude de chaque aile. Le cri habituel du vanneau peut se reprĂ©senter par crrĂź, crĂȘ, crĂȘ, crĂȘĂȘĂȘ. Quand ces oiseaux se battent, ils prennent la position du combattant, bec Ă  bec, la tĂȘte basse et se Fig. 123. — VANKEAU HUPPÉ. piquent du bec au cou et sur la tĂȘte. Us font entendre alors le cri crii, Ăź, Ăź, bĂȘ. L'huĂźtrier-pie est encore un Ă©chĂąssier coureur, dont les jardiniers auraient tort de nĂ©gliger les services. Remarquable par sa robe blanche et noire, OISEAUX DE RIVAGES. 343 ses yeux et ses pieds rouges, par son robuste bec de mĂȘme couleur, il ne l'est pas moins par l'ardeur infatigable qu'il met Ă  courir sus aux ennemis des jardins. En captivitĂ©, avec les plumes d'une aile arrachĂ©es, il devient promptement assez familier pour prendre le pain dans la main de la personne qui le nourrit. Sa dĂ©marche est tantĂŽt compassĂ©e, tantĂŽt remplacĂ©e par une course Ă  trĂšs-grande vitesse, et son seul dĂ©faut consiste dans les cris retentissants Fig. !24. — HUITEIER-PIEi qu'il n'est que trop disposĂ© Ă  faire entendre. Sa taille est celle du vanneau, c'est-Ă -dire Ă  peu prĂšs celle de la pie. N'oublions pas, dans cette intĂ©ressante famille, le tourne-pierres, un chercheur assidu de limaçons 344 OISEAUX DE RIVIÈRES. et de tous autres animaux analogues il vit Ă©galement bien dans les jardins et s'y rend vite privĂ© au dernier point. Sa robe n'est pas moins originale que celle de l'huĂźtrier. Sa tĂȘte et son cou sont blancs, son front rayĂ© de noir; son dos est roux et, sous la poitrine, il porte un large plastron noir surmontĂ© Fig. 125. — TOURNE-PÏERRES. d'un collier blanc. MontĂ© sur ses pieds jaunes, il secoue sa queue blanche et pioche de son bec cornĂ© toutes les pierres qu'il rencontre pour les retourner et faire, dessous, sa moisson. Nous recommanderions bien encore la barge commune avec son grand bec si convenable pour fouiller le dessous des feuilles et la terre humide ; mais OISEAUX DE RIVAGES. 345 toutes celles que l'on prend meurent Ă  l'hiver parce que l'on ne connaĂźt pas encore la nourriture qui leur est convenable pendant la dure saison. Cependant,les jardiniers de Douai et de Cambrai en mettent dans leurs jardins, parce qu'on capture tous les ans un assez grand nombre de ces oiseaux dans les environs. On a soin de leur couper une aile au-dessus Fig. 126. — CHEVALIER GAMBETTE. du fouet, et on les garde aisĂ©ment toute la belle saison. En compagnie des combattants, des vanneaux et des pluviers dorĂ©s, on peu trĂšs-bien garder dans les jardins uni autre Ă©chĂąssier coureur qui y rend les mĂȘmes services et qui tranche au milieu d'eux par son plumage roiissĂątfe. Il a les pieds, ainsi 346 OISEAUX DE RIVIÈRES. que le bout du bec, rouges, le ventre blanc tachetĂ© de brun et les ailes rayĂ©es de blanc et de noir. Comme tous ses congĂ©nĂšres, le chevalier gambette se nourrit de vermisseaux, d'insectes et de petit3 crustacĂ©s il est l'un des moins dĂ©fiants et l'un des plus sociaux, vivant avec toutes les autres espĂšces en bonne intelligence et aimant mĂȘme Ă  les appeler par un sifflement. On tient tous ces oiseaux renfermĂ©s pendant l'hiver, nourris comme nous l'avons indiquĂ© plus haut et ayant soin de leur donner beaucoup d'eau, parce qu'ils boivent souvent et aiment Ă  se baigner; ce traitement les maintient en bonne santĂ©. M. le Dr SauvĂ© nous signale un fait trĂšs-remarquable de l'Ă©quilibre que la prĂ©sence des oiseaux peut maintenir dans les rĂ©coltes les plus rustiques de l'homme. Pendant l'hiver 1869, les prĂ©s salĂ©s et toutes les prairies de la baie de l'Aiguillon — 40 lieues carrĂ©es de terre d'alluvion — sont dĂ©vorĂ©s par les larves des tipules s'attaquant de prĂ©fĂ©rence aux lĂ©gumineuses. L'habile observateur a constatĂ© qu'autrefois la chasse des oiseaux de rivage avait Heu d*unemaniĂšreraisonnable,mais qu'aujourd'hui elle a lieu en tout temps, de toutes maniĂšres; on les pĂȘche au filet, on les tue au fusil... .et les larves dĂ©vorent tout, car ces utiles oiseaux ne vivaient que de ces proies.. On dĂ©truit mĂȘme ces pauvres animaux OISEAUX DE RIVAGES. 347. pendant qu'ils couvent, en se promenant — en mars — dans les prĂ©s avec un chien; hĂ©las! ils ne se sauvent point et veulent dĂ©fendre leur progĂ©niture... l'homme, alors, les fusille Ă  son aise! Ainsi les Ă©toumeaux, les vanneaux — les meilleurs destructeurs de tous —. les pluviers, les mouettes, les chevaliers de toute espĂšce, les canards, etc., seront bientĂŽt un mythe dans ce pays qui Ă©tait leur terre de promission. Nous pouvons encore emprunter un aide Ă  une famille toute voisine de la prĂ©cĂ©dente, celle des Ă©chassiers Ă  longs doigts ou macrodactyles, c'est a poule d'eau commune. Tout le monde connaĂźt son plumage noir mat, chaque plume semblant teinte avec de l'encre; son bec surmontĂ© d'une plaque cornĂ©e au milieu du front, avec la pointe rouge et la base jaune. Ses pieds sont verdĂątres avec un cercle rouge au haut delajambe, l'oeil est Ă©galement rouge; sa dĂ©marche est celle d'une jeune poulette. La nourriture de cet oiseau consiste en insectes, vers, herbes et graines aquatiques; cependant il vit trĂšsbien, avec l'aileron amputĂ©, dans les jardins clos de murs, et se contente de tout ce qu'on lui donne, pain, blĂ©, poisson, viande. Seulement il grimpe avec une telle facilitĂ© et volĂ© te si adroitement qu'il sait souvent s'Ă©chapper. S'il y a des arbres adossĂ©s aux murs, y faire attention. Son nid est plat, formĂ© 348 OISEAUX DE RIVIERES. de roseaux, lĂąche et mal fait. Il mesure 0ℱ,2ĂŽ de largeur. Nousajouterons encore un oiseau des mĂȘmes moeurs, le rĂąle d'eau. Passons maintenant aux Ă©chassiers de grande taille; nous trouverons d'abord la grue cendrĂ©e, que l'on peut apprivoiser aisĂ©ment quand elle est prise jeune, et qui, alors, s'accommode s'accommode tout ce qu'en lui donne Ă  manger. En libertĂ©, elle reehercheles insectes, les graines et les herbes. Aussi, malgrĂ© sa haute taille, sa dĂ©marche dĂ©gagĂ©e, grave et mesurĂ©e, malgrĂ© ses attitudes majestueuses , rend - elle moins de services que les petits' Ă©chassiers Fig. 127. — RALE D'EAU. Fig. 128. — CIGOGKE BLANCHE. tont nous avons parlĂ© plus haut. OISEAUX DE RIVAGES. 349 Vient ensuite la cigogne blanche, l'amie des clochers et des fermes d'Alsace. Elle vit trĂšs-bien dans les parcs et les jardins et s'y apprivoise en trĂšs-peu Fig. 129. — HÉEON CENDItlS. de temps. En captivitĂ©, elle mange tous les dĂ©bris d'animaux qu'on lui jette; elle se tient continuellement sur une patte; sa dĂ©marche est grave et lente; elle reste en arrĂȘt sur le ver qu'elle devine prĂȘt Ă  350 OISEAUX DE RIVIÈRES. sortir de terre et l'enlĂšve d'un coup de bec. Com - ment est-elle avertie de ce fait? Est-ce vue perçante ou odorat subtil? Lorsqu'on l'approche, elle fait entendre souvent un claquement en frappant les mandibules de son bec l'une contre l'autre et en renversant son cou en arriĂšre. Nous ne recommanderons point les hĂ©rons en gĂ©nĂ©ral, pas plus le cendrĂ© que le bihoreau et le butor. Tous sont d'un naturel colĂšre, farouche, hardi et querelleur ; tous se lancent sur les hommes et les animaux qui leur font peur, et, dans ces agressions, leur formidable bec peut faire de sĂ©rieuses blessures, d'autant plus que ces stupides animaux visent toujours l'oeil de leur ennemi. Il y a donc lĂ  un vĂ©ritable danger pour les enfants et mĂȘme pour les chiens, qu'ils ne craignent nullement. D'ailleurs le hĂ©ron est un mangeur de poissons , qu'il guette avec une patience extrĂȘme et qu'il sait attraper avec beaucoup d'habiletĂ©. OISEAUX DE GRANDES EAUX. 351 CHAPITRE XIII. OISEAUX DE GRANDES EAUX. Les adaptations naturelles du type rapace diurne doivent nous faire pressentir que nous trouverons un ou plusieurs moules destinĂ©s Ă  vivre de la mer et des eaux douces, tout comme nous avons vu passer sous nos yeux les moules destinĂ©s Ă  vivre des animaux de la montagne et de la plaine. C'est ce qui arrive, et quelques-uns de ces oiseaux sont de grands consommateurs de poissons. On a calculĂ© que chacun d'eux en peut manger, parfois, la va-eur d'un seau. De plus, quand la pĂšche est incertaine ou qu'ils ont une famille Ă  nourrir, ils savent parfaitement faire des provisions. Le plus grand moule correspondant Ă  l'aigle royal est le pygargue ordinaire, le grand aigle de mer. Heureusement il est rare dans nos pays, et ne se montre qu'accidentellement dans le Nord, oĂč il pĂȘche et s'abat au besoin sur les charognes. Le caractĂšre s'avilit avec des armes moins sĂ»res, et le pygargue est infĂ©rieur en force au grand aigle. Mais le moule rĂ©duit qui vient Ă  sa suite — de mĂȘme que nous avons vu en sa place l'aigle bottĂ© — est celui 352 OISEAUX DE RIVIÈRES. du balbuzard fluviatile, qui vit seulement de poissons et d'oiseaux aquatiques. Ici se remarque une admirable modification chez un animal destinĂ© Ă  vivre de poissons. Les ongles de la serre des rapaces que nous avons passĂ©s en revue sont non-seulement aigus et robustes, mais encore cannelĂ©s en dessous, tels qu'il les faut pour entrer parmi les poils et dĂ©chirer Ja chair ; les doigts sont courts et Ă©pais. Qu'eĂ»t fait le balbuzard de semblables serres pour retenir la proie Ă©cailleuse et glissante dont il doit se nourrir? Il a donc Ă©tĂ© pourvu de doigts libres, longs, munis en dessous de pelottes rugueuses et garnies de petites Ă©pines, puis armĂ© d'ongles longs, grands, contournĂ©s en demi-cercle, arrondis en dessous de maniĂšre Ă  ce que la pointe seule s'accroche entre les Ă©cailles de la victime. De mĂȘme que nous avons vu l'aire d'action du petit aigle augmenter Ă  mesure que diminuait la force du type, de mĂȘme nous voyons l'aire d'action du petit aigle de mer suivre la mĂȘme proportion. Le balbuzard se trouve presque partout en France, du nord au midi, et y dĂ©truit des quantitĂ©s de poisson prodigieuses. A mort, sans pitiĂ© ! Il ne nous rĂ©serve aucune compensation Ă  ses mĂ©faits que — peut-ĂȘtre ! — quelques couleuvres et grenouilles enlevĂ©es, par temps de famine, dans les marais. OISEAUX DE GRANDES EAUX. 353 Les oiseaux de grande eau, les 'palmipĂšdes ou oiseaux Ă  pattes palmĂ©es, nous offrent, eux-mĂȘmes, quelques espĂšces dont les services peuvent ĂȘtre utilisĂ©s, et certaines autres dont les dĂ©gĂąts, en quelques endroits, ne sont pas sans importance. Nul ĂȘtre dans la nature, mĂȘme celui qui semble le mieux spĂ©cialisĂ©, n'est donc complĂštement indiffĂ©rent au point de vue qui nous occupe. Tout se tient, touts'enchaĂźne, etl'oiseau que les membranes de ses doigts semblent attacher Ă jamais au royaume des eaux, fait lui-mĂȘme des excursions dans les domaines voisins pour y trouver, soit une nourriture favorite et habituelle, soit un supplĂ©ment de victuaille dans certaines circonstances donnĂ©es. C'est ainsi que nous voyons les oies suavages quitter, sur le soir, les eaux tranquilles sur lesquelles elles aiment Ă  s'Ă©battre, et venir, par bandes Ă©normes, se rĂ©pandre dans les champs emblavĂ©s, 23 Fig. ISO. — OIE SABÏilii 354 OISEAUX DE RIVIÈRES. .qu'elles pillent et dĂ©valisent Ă  outrance. C'est ainsi que les troupes qui se rĂ©pandent, en hiver, dans nos dĂ©partements du nord font de grands dĂ©gĂąts dans les champs de colza. On dit gĂ©nĂ©ralement bĂȘte comme une oie, et l'on a tort ces animaux sont, au contraire, fort rusĂ©s et trĂšs-intelligents ; leur maniĂšre de voler seule le prouverait. Quand la bande est peu nombreuse, tous les membres se placent sur une seule ligne oblique ; mais quand il y a un nombre d'individus suffisant, la colonne affecte la forme d'un triangle dont la pointe est tournĂ©e contre le vent. L'oie qui est au sommet du triangle fend l'air pour toute la bande, et quand elle est fatiguĂ©e, elle se retire au dernier rang, tandis qu'une autre prend sa place. Ces bandes d'oies s'abattent, vers le soir, dans les Ă©tangs, oĂč elles passent la nuit en sĂ»retĂ©. Du reste, elles ont toujours soin, soit pendant le sommeil, soit pendant le repos, de placer une sentinelle chargĂ©e de veiller sur le salut de tous, soin dont cet oiseau s'acquitte Ă  merveille, au grand dĂ©sespoir des chasseurs. L'ote rieuse, appelĂ©e aussi oie Ă  front blanc, se rend coupable des mĂȘmes ravages dans l'Anjou, la Lorraine et jusque dans les Basses-PyrĂ©nĂ©es. La bernache cravant se reconnaĂźt Ă  son bec, ses pieds, sa tĂȘte et son cou noir avec une tache cendrĂ©e sur les cĂŽtĂ©s du cou. Gomme toutes les berna- OISEAUX DE GRANDES EAUX. 355 ches, elle est bien plus franchement aquatique que les oies ordinaires et nage des journĂ©es entiĂšres, ce que ne font point les autres, qui sortent souvent pour paĂźtre la pointe des herbes et des rĂ©coltes, et, comme nos oies domestiques, arrachent l'herbe partout oĂč elles passent et font le plus grand tort aux Fig. 131. — BEBSACHE GRAVANT. prairies. Les bernaches s'apprivoisent cependant aisĂ©ment, vivent bien en domesticitĂ© et mĂȘme s'y reproduisent. Les cygnes saw&ĂźĂȘefes se plient facilement Ă  la domesticitĂ©, pourvu qu'on ait, dans les premiers temps de leur captivitĂ©, le soin de leur amputer l'extrĂ©mitĂ© d'une aile. Ils deviennent trĂšs-doux et se 356 OISEAUX DE RIVIÈRES. tiennent souvent hors de l'eau, paraissant surtout se nourrir d'herbes. Ils marchent d'ailleurs avec beaucoup plus d'aisance que le cygne domestique, mais se reproduisent difficilement. C'est dommage, car on fait d'excellents pĂątĂ©s avec la chair du jeune Fig. 182. — CANARD SAUVAGE. cygne sauvage, et, question d'ornement Ă  part, c'est le seul usage pour lequel l'homme peut en tirer parti. Quant aux canards, leurs services consistent Ă  nous fournir une chaire succulente dans certaines espĂšces dĂšs longtemps domestiquĂ©es, et auxquelles avec un peu de soin on pourrait en ajouter, encore OISEAUX DE GRANDES EAUX. 357 aujourd'hui, un bon nombre; et dans d'autres, un objet d'ornement pour nos piĂšces d'eau. Mauvais marcheur, en gĂ©nĂ©ral, le type canard quitte peu l'eau qui le porte; il paĂźt rarement et pas longtemps ; sa nourriture est animale et consiste en mollusques, insectes et poissons. Cependant, Fig. 1S3. — CANARD TADORNE. comme il aime beaucoup les premiers, il se dĂ©cide Ă  les chercher, en trĂ©buchant, parmi les lĂ©gumes de nos jardins et parvient ainsi Ă  rendre quelques services. Toutes les espĂšces qui vivent Ă  l'Ă©tat sauvage dans nos pays peuvent ĂȘtre facilement domestiquĂ©es, mĂȘme celles qui, comme le tadorne, recherchent plus volontiers les eaux salĂ©es et le bord de la mer. 358 OISEAUX DE RIVIERES. Quelques-uns, tels que le souchet par exemple, prĂ©sentent une chair beaucoup plus savoureuse que celle du canard, sauvage, type de nos races communes domestiques; et l'on s'Ă©tonne, Ă  bon droit, de Fig. 134. — CANARD EIDER. ne pas les voir, depuis des siĂšcles, acclimatĂ©s dans nos basses-cours. Qu'il nous soit permis de dĂ©plorer, puisque l'occasion s'en prĂ©sente, que nos Ă©leveurs ne cherchent pas Ă  rĂ©duire, sinon en domestication absolue, du moins en demi-domesticitĂ©, les eiders, ces fameux OISEAUX DE GRANDES EAUX. 359 canards dont le duvet vaut plus que son poids d'or. 'Les eiders sont des animaux marins, se nourrissant surtout de coquilles bivalves; mais ces conditions ne sont point inconciliables avec une demi-domesticitĂ©, et nos riverains de la mer auraient bientĂŽt ‱—- surtout si on les y encourageait! — trouvĂ© le moyen d'Ă©lever et de conserver de nombreux troupeaux ‱ d'Ă©dredons sur nos cĂŽtes. H est inutile de faire voir combien la production de l'Ă©dredon augmenterait, combien l'emploi de ce prĂ©cieux duvet se gĂ©nĂ©raliserait et — considĂ©ration d'un autre ordre — combien il importe toujours Ă  un pays comme la France de se suffire Ă  lui-mĂȘme et de s'exonĂ©rer des tributs qu'il paie aux peuples Ă©trangers. Nous bĂ©nĂ©ficierions ainsi des quelques millions que nous portons chaque annĂ©e aux nations du Nord. N'en pourrait-il ĂȘtre de mĂȘme des grĂšbes, ces palmipĂšdes presque sans ailes qui se reproduisent seuls dans plusieurs de nos dĂ©partements et vivent sur nos marais? Il semble cependant que la charmante et recherchĂ©e que constitue leur peau emplumĂ©e serait un appĂąt suffisant pour en tenter la domestication plus ou moins complĂšte. Point! On laisse aller, on laisse agir la nature. Les marais se dessĂšchent devant'les progrĂšs de l'agriculture , les Ă©tangs disparaissent pour faire place Ă  des prairies, et le dernier des grĂšbes s'enfuira vers 360 OISEAUX DE RIVIÈRES. le Nord avant que nous ayons pensĂ© qu'il y avait mieux Ă  faire que de le laisser s'en aller ! A propos du grĂšbe, nous ne pouvons omettre de dire quelques mots de son nid. Ce nid, composĂ© de roseaux et de plantes aquatiques, est flottant Ă  la surface des eaux; et ce qu'il y a de remarquable, c'est que si on vient Ă  importuner la femelle pendant qu'elle couve ses oeufs ou qu'elle rĂ©chauffe ses petits, on la voit plonger une patte dans l'eau et s'en servir comme d'une rame pour transporter sa demeure au loin oĂč bon lui semble. Souvent le nid, entraĂźnant une grande nappe de plantes aquatiques, semble une petite Ăźle flottante emportĂ©e par le labeur du grĂšbe, qui s'agite au centre d'un amas de verdure. Parmi les palmipĂšdes dont l'homme peut utiliser les services Ă  son profit, nous n'en trouverons aucun qu'il ait pu appliquer en grand Ă  l'agriculture, mais un certain nombre d'entre eux lui rendent des services particuliers, localisĂ©s, analogues Ă  ceux qu'il a obtenus des quelques petits Ă©chassiers dont nous avons parlĂ©. Voici le goĂ©land Ă  manteau noir, ou goĂ©land marin, celui que, dans certains endroits et surtout quand il est jeune, on appelle le grisard. Outre sa parure, mi-partie blanche et noire, on le reconnaĂźt aisĂ©ment Ă  son bec livide, jaune en dessus., rouge Ă  OISEAUX DE GRANDES EAUX. 361 la base, Ă  ses paupiĂšres rouges, ses ongles noirs et Ă  la membrane de ses doigts Ă  rĂ©seau violet Ă  la surface. TrĂšs-commun sur les cĂŽtes nord de la France, on le dĂ©niche souvent au milieu des rochers, et il vit trĂšs-bien en domesticitĂ© dans les basses-cours, les jardins et les parcs ; il s'y contente de dĂ©bris de poisFig. poisFig. — GOELAND A MANTEAU NOIR. sons, de chair, de blĂ©, de pain, et sait y ajouter, de lui-mĂȘme, un supplĂ©ment de mollusques et de ver? qu'il va chercher parmi les lĂ©gumes. Le go'Ă«land Ă  manteau bleu ou argentĂ© remplacera, pour les cĂŽtes de Bretagne et de l'Ouest, le prĂ©cĂ©dent, car il niche en abondance dans les roches 362 OISEAUX DE RIVIÈRES. du FinistĂšre et accepte aussi aisĂ©ment la captivitĂ©. Il lui faut seulement beaucoup d'eau, ainsi qu'au goĂ©land cendrĂ© ou grande mouette, qui s'accommode Ă©galement bien de la vie domestique. Cette mouette est trĂšs-commune ; elle a le dos cendrĂ© pĂąle et le reste du corps blanc pur ; le bec est jaune et Fig. 13G. — MOUETTE RIEUSE. orange au bord, les paupiĂšres couleur vermillon, les pieds couleur chair avec un peu de bleu, et l'oĂ©il brun foncĂ©. Ajoutons-y la mouette rieuse ou goĂ©land rieur, abondante sur toutes les cĂŽtes de France, et l'espĂšce qui, de toutes, paraĂźt s'accommoder le mieux de OISEAUX DE GRANDES EAUX. 363 l'Ă©tat de domesticitĂ©. Dans quelques jardins mĂȘme, les mouettes vont faire un tour au loin, demeurent quelques jours absentes au milieu de leurs compagnes et reviennent fidĂšlement Ă  leur jardin. La mouette rieuse est facile Ă  reconnaĂźtre Ă  sa tĂȘte et Ă  son cou roux ; une teinte de rose est rĂ©pandue sur la poitrine et le ventre, le bec et les pieds sont rouge corail. Quand la mouette cherche sa proie, elle parcourt d'un vol lent et rĂ©gulier l'espace de mer qu'elle destine Ă  sa chasse ; le plus souvent ce lieu est proche des rochers. Elle remonte alors dans le vent, ouvrant Ă  l'air ses grandes ailes arquĂ©es, puis elle se laisse emporter par le vent en revenant sur ses pas; elle se trouve ainsi disposĂ©e Ă  faire la culbute par laquelle elle se prĂ©cipite sur le poisson qu'elle aperçoit proche de la surface. Les ailes relevĂ©es en arriĂšre, elle se laisse tomber ; plongeant dans la mer jusqu'Ă  deux minutes, elle saisit les poissons de 0m,20 de longueur, et toujours les prend par les yeux, puis elle s'envole, les laissant pendre Ă  son bec, mais quelquefois une derniĂšre convulsion les lui fait lĂącher et l'on voit la victime retomber Ă  la mer. Au lieu de gagner les rochers pour manger sa proie, ainsi que le fait le cormoran, qui emporte la sienne sur la pointe ou sur la balise oĂč il Ă©lit domi- 364 OISEAUX DERIVIÈRES. cile, la mouette retrousse ses grandes ailes et se pose sur l'eau Ă  l'endroit mĂȘme oĂč elle vient de faire sa capture, et lĂ , dĂ©vore son captif en le secouant dans l'eau. Puis elle s'envole et reprend sa battue en remontant au vent, revient sur ses pas en arriĂšre et continue sa chasse. CINQUIEME PARTIE OISEAUX DE VIGNES 3CG OISEAUX DE VIGNES, CINQUIÈME PARTIE. OISEAUXDE VIGIVES. CHAP. XIV. — MANGEUKS DE RAISINS. VerdĂźer. CiiiĂŻ. Linotte. Farlouse. Grive commune. — maii vis. — litoriie. Fauvette des jardins. — Ă  tĂȘte noire. PasserĂźnette "babillarde. Grisette. Corbeau freux. Moineau. CHAP. XV. — MANGEUKS D'INSECTES. Farlouse. HypolaĂŻs polyglotte. Ißùße de genĂȘt. Perdrix. MANGEURS DE RAISINS. .367 CHAPITRE XIV. MANGEURS DE RAISINS. Le verdier est un mangeur de raisins les pe- . pins sont par lui recherchĂ©s Ă  l'instar de toutes les graines ; etil est aussi dĂ©prĂ©dateur sur les coteaux que Kg, 137. — TEEDIBEi dans les champs et les jardins III, 8. Il est aidĂ© dans ses dĂ©prĂ©dations sur cette plante cultivĂ©e par le cini ou serin mĂ©ridional, qui, comme lui, se 368 OISEAUX DE VIGNES. . nourrit exclusivement de petites graines et a les mĂȘmes moeurs. Le cini est semblable au serin vert de nos cages. N'oublions pas que la linotte vulgaire porte aussi, dans Buffon, le nom de -petite et grande linotte des vignes, selon qu'elle est en costume d'automne ou d'Ă©tĂ©. Nous en avons parlĂ© au chapitre des voleurs de graines III, 8 ; nous pouvons l'ajouter Ă  celui des m angeurs de raisins. Voyez aussi la farlouse II, 5. Presque toutes les grives de petite taille, la mauvis, \&Mtome et surtout la grive commune, frĂ©quentent les vignes et viennent s'y gorger de raisin. Cette derniĂšre attaque non-seulement le fruit de la vigne. Fig. 188- — CI XI. MANGEURS DE RAISINS. 369 mais encore ceux du figuier, du genĂ©vrier et les vergers d'oliviers du midi. En mars, Ă  son premier passage, elle envahit les cerisiers ; mais elle marche par couples ; ce n'est qu'Ă  l'automne qu'on les voit, par petites familles d'une dizaine d'individus, s'abattre sur les coteaux. Elle aime aussi les champs de Fig. 139. — LIXOTTE. choux prĂšs des taillis, elle vient encore dans les treilles des jardins. En somme, elle est d'autant moins farouche qu'elle trouve plus de nourriture et que, devenant plus grasse et plus lourde, elleĂ©prouve plus de difficultĂ© Ă  s'envoler. Le suave rossignol des .Écossais, dit Raspail, 24 370 OISEAUX DE VIGNES. n'est, sur la route de l'exil, que la grive des vignes. Parlez aux chasseurs du centre de la France de la voix mĂ©lodieuse de la grive, et dites-leur qu'en Ecosse son chant inspire l'imagination des bardes du pays, ils seront tentĂ©s de rire de votre crĂ©dulitĂ© et des Fig. 140. — GEIVE COMMUNE ou MUSICIENNE. oreilles des Écossais ; et quand vous ajouterez que Marie-Stuart chantait comme une grive, au dire de ses historiens, ils auront une triste idĂ©e du timbre enchanteur de cette reine de beautĂ©, dont la hache seule du bourreau put rompre la magie, mĂȘme aprĂšs dix-huit ans de la plus dure captivitĂ©. Pour eux, tout le rĂ©pertoire de la grive des vignes est dans les deux coups de l'appeau. MANGEURS DE RAISINS. 371 Cependant le chasseur a tort il n'entend Ă  son passage que le cri de rappel; la grive, ainsi que tous les oiseaux, ne chante que lĂ  oĂč elle aime, c'est-Ă dire dans le pays natal; mais lĂ , son chant a un charme particulier et les intonations les plus variĂ©es. » Les figuiers se trouvent en gĂ©nĂ©ral dans les Fig. 141. — FAUVETTE DES JAEDINS. vignes; nous renfermerons donc dans la mĂȘme division les oiseaux qui dĂ©valisent les uns et les autres. De ce nombre est la fauvette des. jardins ou petite fauvette. A l'automne elle prend beaucoup dĂ©graisse quand elle a pillĂ© tous les fruits de nos vergers, et sous le rapport de la dĂ©licatesse de sa chair elle peut rivaliser avec Y ortolan. A ce moment, les gourmets du midi la nomment bec-figue, et ce nom lui convient FiÂŁ. 00.— FAUVETTE A TÊTE KOIEE. MANGEURS DE RAISINS. ,373 d'autant mieux, dit V. Darracq, qu'elle a un goĂ»t dĂ©cidĂ© pour ce fruit dont elle se nourrit presque exclusivement Ă  cette Ă©poque de l'annĂ©e. La fauvette Ă  tĂȘte noire est, comme elle ', une commensale des vignes, et lĂšve une dĂźme sĂ©rieuse' sur les raisins et autres fruits sucrĂ©s des treilles et Fig. 143. — COEBEAU-FEEUX. des vergers. Il en est de mĂȘme de la passerinette babillarde du midi I, 2 et de la grisette I, 5. N'oublions pas de mentionner comme un mangeur de raisins et, par suite, un animal nuisible aux vignes, comme il l'est aux champs, le corbeau freux II, 5. En citant le nom du moineau en gĂ©nĂ©ral, nous rappelons Ă  l'horticulteur et au vigneron un ennemi 374 OISEAUX DE VIGNES. sans cessĂ© acharnĂ© au carnage. DĂ©jĂ  III, 7 nous avons dit quelques mots des ravages que peuvent faire dans les treilles, et mĂȘme parmi les vignes en cordons et en Ă©chalas, ces effrontĂ©s pillards que les coups de fusil n'Ă©cartent pas; un de tuĂ©, dix qui Fig. 144. —- MOINEAU FKIQUET. s'envolent et, une demi-heure aprĂšs, vingt qui reviennent. Tous les moyens sont bons, en prĂ©sence de leurs dĂ©gĂąts, pour les faire pĂ©rir, si l'on ne rĂ©ussit pas Ă  les Ă©loigner; mais cette derniĂšre condition n'est rien moins que facile Ă  obtenir. Quoique peu farouches, ils sont dĂ©fiants et rusĂ©s. D'abord effrayĂ©s, peu Ă  peu ils reviennent et semblent se rendre compte que, MANGEURS DÉ RAISINS. 375 tant que cela ne touche point Ă  leur corps mĂȘme, cela n'a, aucune valeur sĂ©rieuse. C'est ainsi qu'au bout de huit jours ils viennent faire leur nid dans le chapeau du bonhomme destinĂ© Ă  les Ă©loigner des cerisiers que l'on veut dĂ©fendre. Nous avons indiquĂ© dans un petit ouvrage, intitulĂ© Amis et Ennemis de VHorticulteur, l'emploi qu'on peut faire contre les moineaux des fils colorĂ©s, entortillĂ©s au. tour des arbres. Nombre de moyens existent qui rĂ©ussissent encore pendant les premiers jours c'est au vigneron qui veut se dĂ©fendre Ă  les varier successivement. Cependant, puisque l'occasion s'en prĂ©sente, nous allons dĂ©crire rapidement un moyen simple et peu Fig. 145. ÉPOUVANTAI!. A MOINEAUX. 376 OISEAUX DE VIGNES. coĂ»teux que nous avons vu employer et que nous avons — nous-mĂȘme— mis en usage pour dĂ©fendre nos treilles et nos espaliers menacĂ©s de fringilles de toutes les espĂšces. V V sont deux morceaux de verre suspendus Ă  deux ficelles sĂ©parĂ©es par un petit bois B. Le tout peut, par un Ă©chalas E au devant du treillage T, ĂȘtre placĂ© sur le mur M. Le soleil fait briller ses Ă©clats sur les verres, le vent les fait tinter l'un contre l'autre et les oiseaux fuient. MANGEURS D INSECTES. 377 CHAPITRE XV. MANGEURS D'INSECTES. J'incline Ă  penser, en raison de leurs moeurs, que les alouettes percheuses, ou pipis, sont plus franchement franchement insectivores les alouettes franches ou marcheuses. La farlouse, ou pipi des arbres, n'habite pas tout l'Ă©tĂ© les vignes pour autre chose que pour y recueillir les insectes 1e rai sinn'y est pas mĂ»r. Elle les quitte avant l'automne pour aller s'Ă©tablir dans les prairies naturelles et artificielles. artificielles. II, 5. Évidemment ce ne peut ĂȘtre que pour y continuer sa chasse aux insectes ; les praiFig. praiFig. — FARLOUSE. 378 OISEAUX DE VIGNES. ries en question ne contenant ni baies ni fruits attaquables par un pareil oiseau. L'hypoldis lusciniole ou polyglotte est une des fauvettes insectivores grimpantes dont nous _ avons dĂ©crit les moeurs gĂ©nĂ©rales III, 7 et dont une partie habitent les bords de l'eau IV, il. Fig. 147. — HYPOLAIS LUSCISIO LE Celle-ci, au contraire, est commune dans toute la France, et surtout dans le midi, oĂč elle Ă©tablit son nid sur les vignes, les amandiers, les branches basses du chĂȘne blanc. Ce nid, artistement construit en coupe profonde, est composĂ©, au dehors, d'herbes sĂšches, de toiles d'araignĂ©e et de laine ; en dedans, du duvet cotonneux de certaines plantes, de coques MANGEURS D'iNSECTES. 379 de chrysalides, d'herbes fines et de quelques crins. Dans le nord, elle niche dans les bois, les taillis, sur les arbustes, les grandes plantes et dans les haies. Elle est trĂšs-querelleuse, acariĂątre, farouche et se laisse trĂšs-difficilement approcher. Son cri d'inquiĂ©tude a, suivant M. Hardy, du rapport avec celui de la mĂ©sange, c C'est du fond des buissons, ou sur leurs branches les plus Ă©levĂ©es, et quelquefois sur un arbre voisin, dit M. Millet, que le mĂąle, depuis son arrivĂ©e jusqu'Ă  la fin de juin, se plaĂźt Ă  faire entendre son cbant, qui ne manque pas d'agrĂ©ment, et qui peut, il nous a semblĂ©, ĂȘtre Ă©noncĂ© ainsi ptivo,ptiroux,ptiro, ptiro, ptiroux; ces diffĂ©rentes syllabes longuement rĂ©pĂ©tĂ©es et vivement exprimĂ©es sur des tons diffĂ©rents, sont prĂ©cĂ©dĂ©es de deux ou trois sons flĂ»tes treĂ», treĂč, treĂč, ou bien de ceuxci trĂči, trĂ»i; trĂči. Outre ce chant, qui est celui d'allĂ©gresse, on lui connaĂźt encore un petit bruissement ou murmure bre, re, re, re, qui, quoique moins prolongĂ©, ressemble beaucoup Ă  celui du moineau, bruissement qu'il ne fait entendre que lorsqu'il est agitĂ© de quelque crainte. BientĂŽt aprĂšs l'avoir profĂ©rĂ©, le mĂąle monte Ă  l'extrĂ©mitĂ© du huisson qui le cachait, ou bien sur un petit arbre voisin, afin de mieux reconnaĂźtre le danger, et fuit ensuite avec sa femelle. » 380 OISEAUX DE VIGNES. Parmi les oiseaux habitant souvent les vignes dans le Midi, nous n'omettrons pas de signaler le roi des cailles ou rĂŽle de genĂȘt. Pourquoiy vient-il? lui, un insectivore? La question est encore pendante. Estce pour les insectes que les coteaux renferment abondamment Ă  l'automne? Est-ce pour cueillir Fig. 14S. — RALE DE GENÊT. quelques grains sucrĂ©s du raisin? L'histoire ne le dit pas; mais il y a peut-ĂȘtre un peu de cela! En somme utile probablement, indiffĂ©rent Ă  coup sĂ»r. Les perdrix, et surtout la rouge, sont des mangeurs dĂ©terminĂ©s de raisin, dit-on. Il y aurait certainement Ă  distinguer. Nous ne nions pas absolument que la perdrix , passant Ă  cĂŽtĂ© d'un grapillon MANGEURS D'iNSECTES. 381 qui pend, n'y mette le bec — tant d'autres, mĂȘme les hommes, en feraient tout autant! — mais nous sommes persuadĂ© que si ces oiseaux se retirent si volontiers dans les vignes en automne, les raisĂŽiis qui les y attirent sont d'une autre nature. Fig. 149. — PEKDKIX EOUGE. A cette Ă©poque, la campagne est dĂ©jĂ  dĂ©pouillĂ©e de ses moissons; les prairies artificielles, ellesmĂȘmes, attendent, rasĂ©es, les pluies bienfaisantes pour pousser leur dernier regain les prĂ©s naturels sont dans le mĂȘme cas. Seules, les vignes sont verdoyantes, impĂ©nĂ©trables. VoilĂ  une premiĂšre raison pour s'y remiser. Autre motif. 382 OISEAUX DE VIGNES. Tant que la feuille dure, la perdrix est sĂ»re de trouver, Ă  son abri, refuge contre les chaleurs et moisson de mouches et d'insectes de toute espĂšce — hĂ©las! toujours trop nombreux au grĂ© du vigneron! — la feuille est-elle tombĂ©e, la vendange est-elle au cellier la perdrix trouve encore pendant la froide saison qui arrive une petite provence pour se rĂ©chauffer, Ă  bonne exposition, aux rayons obliques et affaiblis du soleil. Elle rencontre, de plus, sous la litiĂšre des larges feuilles mouillĂ©es par les pluies et les rosĂ©es, une abondante rĂ©colte de vers. Que lui faut-il de plus pour aimer la vigne? Avouons qu'elle peut y trouver Bon souper, bon gĂźte... et le reste! Elle serait bien sotte de n'en point profiter. Ainsi donc, malgrĂ© les graves accusations qui se sont Ă©levĂ©es contre elle, .la perdrix est, pour nous, plus insectivore que baccivore quand elle se dĂ©cide Ă . chercher un refuge dans les vignes. Quant Ă  sa vie ordinaire dans les champs, il est bien facile de lui dĂ©livrer^fn^justĂšTjr-evet d'innocuitĂ©. Voy. II, 5. TABLiy^pB^RETIQUE A y* \ *' Figures. \ > TH._ Accentenr ... . N"^/p}8 " Accenteur mouchet. iW,]298 AguassiĂšre ‱. . . . » 325" AgrodrĂŽme champĂȘtre. . 193 Aigle ....... 45 Aigle Ă  queue "barrĂ©e. . 53 Aigle "bottĂ© ..... 53 3 Aigle commua . . .. 46, 53 Aigle grand de mer. . 351 Aigle impĂ©rial .... 53 Alouette calandrelle . . 190 65 Alouette cochevis . . . 192 62 Alouette commune. . . 190 Alouette des cliamps . . 190 Alouette huppĂ©e. . . . 190 Alouette locustelle. . . 204 Alouette. longue-haleine. 206 64 Alouette lulu. ..... 190 Archibuse. . . i . . 107 5 Autour .ordinaire . i 55/56 B Babillarde Ă  tĂȘte noire . 114 Babillarde grisette., . .' 202 Babillarde mĂ©lanocĂ©pbale 114 Babillarde orphĂ©e . . . 113 Babillarde subalpine . . 114 52 Balbuzard. .... 55,352 Barge commune. . . . 844 84 Bartavelle 230 41 BĂ©casse 35,139 111 BĂ©cassine 315 22 Bec-croisĂ©.. 97 Bec-croisĂ© perroqnet. . 98 Bec figue 22, 36, 85,116, 371 ! '?*' \ i ‱ ‱' " Zl Figures. * *- / Pau». .-; '\Bec4h subalpin 23,113,271 viU^Bkj
pourles hirondelles et martinets, Ă©galement. Dans tous les cas, sachez que la Ligue de protection des oiseaux (LPO) est prĂ©sente dans tous les dĂ©partement français et peut vous aider. De mĂȘme il existe des centre de soins. La LPO vous transmettra volontiers l'adresse du centre le plus proche de chez vous.
"On le confond souvent avec" esempi e traduzioni in contesto On me confond souvent avec mon frÚre. I am often confused with my brother. Il confond ainsi Pierre avec son frÚre Jean de Lestage, qui, à titre d'homme d'affaires de Québec, et non comme notaire, représentait souvent les hommes d'affaires de Montréal dans des poursuites. In this he confuses Pierre with his brother Jean de Lestage, who in his capacity as Quebec businessman, and not as a notary, frequently represented Montreal businessmen in suits. Tu me confonds avec mon frÚre. You're confusing me with my brother. Tu me confonds avec mon frÚre. You're thinking of my brother. Aujourd'hui, on confond souvent les idées. Concepts are often mixed up these days. Néanmoins, on la confond souvent avec Gwenllian ferch Llywelyn, qui vécut environ deux siÚcles aprÚs. She is sometimes confused with Gwenllian ferch Llywelyn, who lived two centuries later. Controlla com'Ú stato tradotto "On le confond souvent avec" nella combinazione Francese-Inglese visualizzando un numero maggiore di esempi in contesto
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Ô petite hirondelle Qui bats de l'aile, Et viens contre mon mur, Comme abri sĂ»r, BĂątir d'un bec agile Un nid fragile, Dis-moi, pour vivre ainsi Sans nul souci, Comment fait l'hirondelle Qui bat de l'aile ? Moi, sous le mĂȘme toit, je trouve tour Ă  tour Trop prompt, trop long, le temps que peut durer un jour. J'ai l'heure des regrets et l'heure du sourire, J'ai des rĂȘves divers que je ne puis redire ; Et, roseau qui se courbe aux caprices du vent, L'esprit calme ou troublĂ©, je marche en hĂ©sitant. Mais, du chemin je prends moins la fleur que l'Ă©pine, Mon front se lĂšve moins, hĂ©las ! qu'il ne s'incline ; Mon cƓur, pesant la vie Ă  des poids diffĂ©rents, Souffre plus des hivers qu'il ne rit des printemps. Ô petite hirondelle Qui bats de l'aile, Et viens contre mon mur, Comme abri sĂ»r, BĂątir d'un bec agile Un nid fragile, Dis-moi, pour vivre ainsi Sans nul souci, Comment fait l'hirondelle Qui bat de l'aile ? J'Ă©voque du passĂ© le lointain souvenir ; Aux jours qui ne sont plus je voudrais revenir. De mes bonheurs enfuis, il me semble au jeune agi N'avoir pas Ă  loisir savourĂ© le passage, Car la jeunesse croit qu'elle est un long trĂ©sor, Et, si l'on a reçu, l'on attend plus encor. L'avenir nous parait l'espĂ©rance Ă©ternelle, Promettant, et restant aux promesses fidĂšle ; On gaspille des biens que l'on rĂȘve sans fin... Mais, qu'on voudrait, le soir, revenir au matin ! Ô petite hirondelle Qui bats de l'aile, Et viens contre mon mur, Comme abri sĂ»r, BĂątir d'un bec agile Un nid fragile, Dis-moi, pour vivre ainsi Sans nul souci, Comment fait l'hirondelle Qui bat de l'aile ? De mes jours les plus doux je crains le lendemain, Je pose sur mes yeux une tremblante main. L'avenir est pour nous un mensonge, un mystĂšre ; N'y jetons pas trop tĂŽt un regard tĂ©mĂ©raire. Quand le soleil est pur, sur les Ă©pis fauchĂ©s Dormons, et reposons longtemps nos fronts penchĂ©s ; Et ne demandons pas si les moissons futures Auront des champs fĂ©conds, des gerbes aussi mĂ»res. Bornons notre horizon.... Mais l'esprit insoumis Repousse et rompt le frein que lui-mĂȘme avait mis. Ô petite hirondelle Qui bats de l'aile, Et viens contre mon mur, Comme abri sĂ»r, BĂątir d'un bec agile Un nid fragile, Dis-moi, pour vivre ainsi Sans nul souci, Comment fait l'hirondelle Qui bat de l'aile ? Souvent de mes amis j'imagine l'oubli C'est le soir, au printemps, quand le jour affaibli Jette l'ombre en mon cƓur ainsi que sur la terre ; Emportant avec lui l'espoir et la lumiĂšre ; RĂȘveuse, je me dis Pourquoi m'aimeraient-ils ? De nos affections les invisibles fils Se brisent chaque jour au moindre vent qui passe, Comme on voit que la brise enlĂšve au loin et casse Ces fils blancs de la Vierge, errants au sein des cieux ; Tout amour sur la terre est incertain comme eux ! » Ô petite hirondelle Qui bats de l'aile, Et viens contre mon mur, Comme abri sĂ»r, BĂątir d'un bec agile Un nid fragile, Dis-moi, pour vivre ainsi Sans nul souci, Comment fait l'hirondelle Qui bat de l'aile ? C'est que, petit oiseau, tu voles loin de nous ; L'air qu'on respire au ciel est plus pur et plus doux. Ce n'est qu'avec regret que ton aile lĂ©gĂšre, Lorsque les cieux sont noirs, vient effleurer la terre. Ah ! que ne pouvons-nous, te suivant dans ton vol, Oubliant que nos pieds sont attachĂ©s au sol, Élever notre cƓur vers la voĂ»te Ă©ternelle, Y chercher le printemps comme fait l'hirondelle, DĂ©tourner nos regards d'un monde malheureux, Et, vivant ici-bas, donner notre Ăąme aux cieux ! Ô petite hirondelle Qui bats de l'aile, Et viens contre mon mur, Comme abri sĂ»r, BĂątir d'un bec agile Un nid fragile, Dis-moi, pour vivre ainsi Sans nul souci, Comment fait l'hirondelle Qui bat de l'aile ? Sophie d'Arbouville Fables et Comptines pour Enfants
Quelmot désigne à la fois un petit fouet et un oiseau souvent confondu avec une hirondelle ? martinet De quel pays les "coptes" sont-ils les habitants chrétiens ?
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Étymologie CHEVAL, AUX, subst. masc. Étymol. et Hist. A. Début xiie s. désigne l'animal Lois G. le Conquérant, éd. J. E. Matzke, § 5 ; ca 1100 Roland, éd. J. Bédier, 890 ; spéc. ca 1195 cheval désigne le mùle Ambroise, Guerre sainte, 8296 ds ive ; 1873 désigne la viande Dumas ; 1. ca 1100 as chevals  montés sur des chevaux » Roland, 1095 ; d'oÃÂč ca 1100 interj. as chevals ! ordre de monter à cheval Roland, 2986 ; av. 1661 à cheval  à califourchon » St Amand ds Fur. à cheval sur des coquesigruÃs ; 1835 fig. ÃÂȘtre à cheval sur  ÃÂȘtre trÚs strict, ferme sur » Ac. ; a 1160-70 gent a cheval  soldat à cheval » Wace, Rou, III, 2651 ds Keller, p. 262a ñˆ’ 1668, MoliÚre, Amphitryon, I, 1 ; av. 1511 hommes de cheval  cavaliers » Comm., IV, 1 ds Littré ; chevaux  soldats à cheval », v. chevau-légers ; b 1690  équitation » Fur. ; av. 1866 monde du cheval L. Reybaud ds Lar. 19e ; 2. a fin xiiie s. ÃÂȘtre a cheval  ÃÂȘtre insolent » DeuxiÚme coll. anglo-norm. des Mir. de la Ste Vierge, éd. H. Kjellman, 48, 179 ; p. ext. av. 1622 mettre son opinion a cheval  la faire prévaloir » F. de Sal., Aut. de ms. Chigi, fo96a ds Gdf. Compl. ; b 1579 estre mal a cheval  ÃÂȘtre mal à l'aise » Lariv., les Ecol., V, 3, ibid. ; c av. 1592 monter sur ses grands chevaulx  s'emporter » Mont., iv, 193 ds Littré ; 3. 1539 medecine pour les chevaulx Est. ; d'oÃÂč fig. 1690 médecine de cheval Fur. ; 1690 travail de cheval ibid. ; 1798 fiÚvre de cheval Ac. ; 4. 1690 fig. cheval de bataille Fur. ; 5. emplois fig. s'appliquant à une pers. 1670 cheval de carosse  homme grossier ou brutal » MoliÚre, Le Bourgeois gentilhomme, II, 2 ; 1828 arg. cheval de retour  récidiviste » Vidocq, Mém. ds Esn. ; 1829 Hugo, Le Dernier jour d'un condamné, 667 ñˆ’ Ollendorff ñˆ’ ds Quem.. B. jeux au chevau fondu Gringore, Sottie contre Jules II, 109 ds Recueil de Sotties, Paris, éd. E. Picot, 1904, t. 2, p. 139 ; 1556 cheval de bois Argenterie de la reine, fos1 et 13 ds Gay ; 1680 fortif. cheval de frise Rich. ; 1768 technol. cheval  support » Encyclop. t. 27, ardoiserie d'Anjou, p. 12a ; 1891 petits chevaux désigne un jeu de hasard H. Bauer, au Soleil, Echo de Paris ds Guérin2 ; 1946 cheval d'arçon AmbriÚre, Les Grandes vacances, p. 310 ; 2. 1611 cheval marin  hippocampe » Cotgr.. Du lat. caballus d'abord  mauvais cheval » Lucilius ds TLL 3, 67, puis  cheval hongre » et  cheval de travail » terme pop., dÚs Varron est le substitut du lat. class. equus qu'il supplante ulté également la définition.*Expressions populaires Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille Éditions Balland, 2001 nous éclaire sur le sens d'expressions populaires bien connues Mettre le pied à l'étrier Zoologie Selon Matt Pagett, auteur de Le petit livre de merde titre original What shat that ?, Quick Publishing, 2007 ; édition française Chiflet & Cie, 2008 "Le cheval est un ongulé rassurez-vous, ce n'est pas une insulte !. On sait que cet animal a toujours été l'un des meilleurs auxiliaires de l'homme transports, agriculture, etc.. Il faut aussi de nos jours partie du paysage sportif pas de tiercé ou de polo sans lui. C'est donc un animal polyvalent, et il est normal que ses excréments le soient aussi. Description Des crottes assez grosses, brunes et arrondies. L'animal les dépose en tas. Quand elles sont fraÃches, leur odeur est vraiment forte. On peut y déceler le foin et l'herbe qui n'ont pas été digérés. un cheval produit en moyenne une quinzaine de crottes par jour. Crottin chaud Lorsqu'il y avait ni gaz ni électricité, on utilisait le crottin de cheval pour se chauffer, en le brûlant. Cette coutume est encore en vigueur dans certains pas. La seule fermentation du crottin produit de la chaleur. Au Moyen Âge, les alchimistes se livraient à des manipulations ésotériques, parmi lesquelles la "digestion", consistant à chauffer une substance pendant plusieurs semaines pour la décomposer en la plongeant dans une masse de crottin qui se consumait à chaleur constante. Autre usage plus utile le crottin de cheval mÃÂȘlé à la terre permet à certaines plantes de pays froids de pousser. C'est ce qu'on appelle le compost, formé de plusieurs couches de crottin, de feuilles, d'épluchures de légumes, d'herbe coupée et d'autres végétaux. On bùche le tout, et on le maintient humide. Comme le crottin en léger et fibreux, la chaleur générée circule, et l'air aussi. Cigarettes Depuis toujours on trouve au Mexique des cigarettes à la merde de cheval qui, d'aprÚs les fumeurs, pourraient rappeler le goût des fameuses Lucky Strike. On ne sait pas ce qu'en pensait le cow-boy Malboro..."**Croyances populaires Paul Sébillot, auteur de Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne Éditeur Lafolye, janv. 1892 relÚve des croyances liées aux cycles de la vie et de la nature La Mi-CarÃÂȘme passe à cheval par les routes, et elle a une hotte toute remplie de rubans. Si l'on veut avoir de ceux qu'elle distribue, il faut mettre une botte de foin prÚs d'une croix ; lorsque le cheval a goûté du foin, elle laisse des rubans. Cette coutume s'appelle  chercher les rubans de la Mi-CarÃÂȘme. » Selon GraĂ…ÂŒyna Mosio et Beata SkoczeÅ„-Marchewka, auteurs de l'article "La symbolique des animaux dans la culture populaire polonaise, De lĂąâ‚Źâ„ąĂƒÂ©table à la forÃÂȘt" 17 Mars 2009 Les chevaux, qui ont remplacé dans les villages les ñ€Ɠsaintsñ€ bÅ“ufs en tant quñ€ℱanimaux de trait, nñ€ℱont pas réussi à recueillir la symbolique décidément positive qui permettait de les situer à la limite du monde terrestre et céleste, et de remplir la fonction de médiateur entre lñ€ℱhomme et Dieu. Dans de nombreuses cultures le cheval était un animal ambivalent lié au royaume des morts et des divinités lunaires, il apparaÃt aussi comme un attribut des divinités solaires Kowalski 1998 236-237. Dans les croyances populaires son rÎle était tout au moins aussi ambigu. Il était souvent estimé ÃÂȘtre un animal impur, ayant de proches rapports avec les forces du mal MoszyÅ„ski 1967 559. On croyait quñ€ℱil était dirigé par Satan lui-mÃÂȘme Tomicki 1981 34. Il pouvait prÃÂȘter son apparence à des démons divers et mÃÂȘme au diable PeÅ‚ka 1987 50. Ce dernier, figurant dans de nombreuses légendes populaires sous lñ€ℱaspect dñ€ℱun homme, pouvait cacher le sabot du cheval à la place du pied humain. Du fait des rapports du cheval avec les ÃÂȘtres démoniaques, tout contact avec lui pouvait sñ€ℱavérer dangereux. Dans la région de Lublin on croyait que ñ€Ɠlà oÃÂč se vautre le cheval, on ne peut passer par cet endroit ..., parce que cet homme pourrait attraper des douleurs dñ€ℱestomac affreuses, ou bien des verrues sur les pieds et les mainsñ€ Kolberg 1962b 129. Tout à la fois le cheval lui-mÃÂȘme était exposé à la forte activité des démons. Il pouvait en ÃÂȘtre protégé par divers moyens apotropaïques, tels que les plaquettes de laiton et les janissaires, les rubans rouges ou les chiffons suspendus à son harnais, qui par les sons émis ou leur couleur effarouchaient les puissances nocives. Les relations du cheval avec lñ€ℱau-delà avaient pour conséquence quñ€ℱil pouvait lui-mÃÂȘme effrayer les forces du mal et ÃÂȘtre de grande aide dans les pratiques médicales. Cñ€ℱest pourquoi encore dans les années quarante du XIXe siÚcle dans la région de Cracovie il était dñ€ℱusage de placer des crùnes de cheval sur les barriÚres ou dans lĂąâ‚Źâ„ąĂƒÂ©table au-dessus de la mangeoire Kolberg 1962a 106. Situés à la limite de la clÎture, ils devaient protéger tous les habitants des mauvaises forces et des épidémies. On croyait aussi quñ€ℱils avaient la puissance secrÚte de protéger contre les voleurs Biegieleisen 1929a 531. Les chevaux pouvaient servir à faire des présages. On observait leur comportement pendant les rites de passage, surtout pendant les noces et les funérailles. Les ébrouements des chevaux pouvaient présager la prospérité des jeunes époux, tout comme la rencontre dñ€ℱun poulain. Le trébuchement du cheval ou le renversement de la charrette qui menait le jeune couple à son mariage pouvait par contre présager la mort de lñ€ℱun des époux Kowalski 1998 240. Le fait que les chevaux transportant un défunt sñ€ℱarrÃÂȘtaient devant une maison présageait la mort proche de lñ€ℱun des habitants. Le cheval pouvait voir ce qui était invisible pour les autres mortels. Le piaffement du cheval attelé à un chariot funéraire signifiait quñ€ℱà cet endroit la mort sĂąâ‚Źâ„ąĂƒÂ©tait arrÃÂȘtée et que quelquñ€ℱun mourrait sous peu dans le village ZadroĂ…ÂŒyÅ„ska 1988 123-125. Le cheval apparaÃt aussi dans la culture populaire en tant que symbole de la fécondité et de lñ€ℱabondance. Dñ€ℱoÃÂč sa présence pendant les rites qui ont pour but de stimuler la nature à la vie et de libérer les forces de prolifération. Ce rÎle était rempli par les groupes de chanteurs de noÃls déambulant dans les villages dans la période des fÃÂȘtes hivernales et par les personnages déguisés rendant visite aux habitants pendant le carnaval. Parmi les nombreuses figures animales souvent il y avait aussi celle du cheval. Ils chantaient ñ€Là oÃÂč le cheval passe, Là le seigle pousseñ€ Dworakowski 1964 55. Dans le sud de la Pologne on faisait mÃÂȘme entrer un animal vivant dans la maison Klimaszewska 1981 135. De mÃÂȘme pendant les noces, jusquñ€ℱà la 1Úre guerre mondiale sur le territoire de DobrzyÅ„ le garçon dñ€ℱhonneur entrait dans la maison à cheval, ou bien lñ€ℱy conduisait pour assurer la fécondité et la prospérité Karwicka 1979 169. Le cheval personnifiait la sensualité et la volupté érotique. De nombreuses chansons et refrains populaires en font foi, oÃÂč il trouve place dans le contexte des démarches des prétendants et de lñ€ℱamour physique. Ils parlent de lñ€ℱamant qui vient chez la jeune fille sur un cheval blanc, ñ€Ɠdñ€ℱabreuver le chevalñ€ ou ñ€Ɠde faire paÃtre le chevalñ€. Ce motif figurait souvent dans les refrains chantés pendant les noces."**Symbolisme Dans le Dictionnaire des symboles 1969, édition revue et corrigée 1982 de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que "Une croyance, qui paraÃt ancrée dans la mémoire de tous les peuples, associe originellement le cheval aux ténÚbres du monde chtonien, qu'il surgisse, galopant comme le sang dans les veines, des entrailles de la terre ou des abysses de la mer. Fils de la nuit et du mystÚre, ce cheval archétypal est porteur à la fois de mort et de vie, liée au feu, destructeur et triomphateur, et à l'eau, nourriciÚre et asphyxiante. La multiplicité de ses acceptions symboliques découle de cette signification complexe des grandes figures lunaires, oÃÂč l'imagination associe par analogie la terre dans son rÎle de MÚre, son luminaire la lune, les eaux et la sexualité, le rÃÂȘve et la divination, la végétation et son renouvellement périodique. Aussi les psychanalystes ont-ils fait du cheval le symbole du psychisme inconscient ou de la psyché non-humaine., archétype voisin de celui de la MÚre, mémoire du monde, ou bien de celui du temps, puisqu'il est relié aux grandes horloges naturelles ou encore de celui de l'impétuosité du désir. Mais la nuit conduit au jour et il arrive que le cheval, suivant ce processus, quitte ses sombres origines pour s'élever jusqu'aux cieux, en pleine lumiÚre. VÃÂȘtu d'une blanche robe de majesté, il cesse alors d'ÃÂȘtre lunaire et chtonien et devient ouranien ou solaire, au pays des dieux bons et des héros ce qui élargit encore l'éventail de ses acceptions symboliques. Ce blanc cheval céleste représente l'instinct contrÎlé, maÃtrisé, sublimé, il est, selon l'éthique nouvelle, la plus noble conquÃÂȘte de l'homme. Mais il n'y a pas de conquÃÂȘte éternelle, et en dépit de cette claire image, le cheval ténébreux poursuit toujours au fond de nous sa course infernale il est tantÎt bénéfique, tantÎt maléfique. Car le cheval n'est pas un animal comme les autres. Il est la monture, le véhicule, le vaisseau, et son destin est donc inséparable de celui de l'homme. Entre eux deux intervient une dialectique particuliÚre, source de paix ou de conflit, qui est celle du psychique et du mental. En plein midi, entraÃné par la puissance de sa course, le cheval galope à l'aveugle, et le cavalier, les yeux grands ouverts, prévient ses paniques, et le dirige vers le but qu'il s'est assigné ; mais la nuit, quand le cavalier à son tour devient aveugle, le cheval peut se faire voyant et guide ; c'est lui alors qui commande, car lui seul peut franchir impunément les portes du mystÚre inaccessible à la raison. Qu'il y ait entre eux conflit et la course entreprise peut mener à la folie et à la mort ; qu'il y ait accord, et elle se fait triomphale. Les traditions, les rites, le mythes, contes et poÚmes qui évoquent le cheval ne font qu'exprimer les mille et une possibilités de ce jeu des ténÚbres et des pouvoirs magiques La steppe d'Asie centrale, pays de cavaliers et de chamans, a conservé dans ses traditions et sa littérature l'image du cheval chtonien, dont les pouvoirs mystérieux sont un supplément à ceux de l'homme, là oÃÂč sñ€ℱarrÃÂȘtent ceux-ci, au seuil de la mort. Clairvoyant, familier des ténÚbres, il exerce des fonctions de guide et d'intercesseur, en un mot de psychopompe. L'épopée Kirghiz d'Er-TöshtĂƒÂŒk est à cet égard significative. Pour retrouver son ùme ravie par un magicien, TöshtĂƒÂŒk, tout héros qu'il soit, doit en quelque sorte abdiquer sa propre personnalité pour se fier aux pouvoirs supranormaux du cheval magique Tchal-Kouirouk, qui lui permettra d'accéder au monde du dessous et d'en déjouer les embûches. Tchal-Kouirouk, ce Bayard asiatique, entend et parle, lui aussi, comme un homme ; dÚs le début de cette chevauchée fantastique, il avertit son maÃtre du renversement de pouvoirs qui doit s'opérer. Ta poitrine est large, mais ton esprit est étroit ; tu ne réfléchis à rien. Tu ne vois pas ce que je vois, tu ne sais pas ce que je sais... Tu as le courage, mais tu n'as pas l'intelligence. Et d'ajouter enfin, ce qui résume admirablement ses pouvoirs Je puis marcher dans les eaux profondes. Mais Tchal-Kouirouk, qui participe à la fois des deux mondes, ne peut passer de l'un à lñ€ℱautre qu'au prix des plus cruels supplices, et lui-mÃÂȘme, chaque fois que la situation l'exige, demande à son cavalier de lui arracher à coups de fouet des morceaux de chair gros comme des moutons pour rendre ses vertus efficaces ; l'image est significative à chaque fois s'opÚre un processus initiatique. Il n'est que de lire cette épopée pour pénétrer le sens profond de certaines traditions chamaniques. Ainsi, chez la plupart des Altaïques, la selle et le cheval du mort sont-ils déposés prÚs du cadavre, afin d'assurer au défunt son dernier voyage. Chez les Bouriates, le cheval d'un malade - censé avoir momentanément perdu son ùme - est attaché prÚs de la couche de son maÃtre pour qu'il signale le retour de l'ùme, qu'il manifeste en se mettant à trembler. Si un chaman vient à mourir, on le dépose sur son tapis de selle, la selle elle-mÃÂȘme servant d'oreiller, on lui met en mains les rÃÂȘnes, un arc et des flÚches. Chez les Beltir, le cheval du mort est sacrifié, afin que son ùme guide celle de l'homme, et il est significatif que sa chair soit ensuite partagée entre les chiens et les oiseaux, eux aussi psychopompes, habitués des deux mondes transcendants du dessous et du dessus. Ce sacrifice du cheval au maÃtre défunt est si courant qu'on l'a mÃÂȘme considéré comme un des éléments constitutifs auxquels on reconnaÃt les civilisations primitives de l'Asie. Il est attesté chez de nombreux peuples indo-européens et jusque chez les Anciens méditerranéens dans l'Iliade, Achille sacrifie quatre cavales sur le bûcher funéraire de Patrocle, son ami sans reproches elles conduiront le défunt au royaume d'HadÚs. Le cheval, de par son pouvoir de clairvoyance, et sa connaissance de l'autre monde, joue également un trÚs grand rÎle dans les cérémonies chamaniques. L'esprit bénéfique du chaman altaïque qui accompagne celui-ci dans ses voyages divinatoires, possÚde des yeux de cheval qui lui permettent de voir à trente jours de voyage ; il veille sur la vie des hommes et en informe le Dieu suprÃÂȘme. La plupart des accessoires de la transe chamanique sont en rapport avec le cheval. Ainsi le tambour rituel, dont le battement rythmique provoque et entretient la crise, est-il tendu le plus souvent de peau de cheval ou de cerf ; les Yakoutes et d'autres peuples le nomment expressément le cheval du chaman. Enfin, pour se rendre dans lñ€ℱautre monde, les chamans utilisent souvent une canne coudée en tÃÂȘte de cheval, dite canne-chevaline dont ils usent comme d'un cheval vivant ce qui n'est pas sans rappeler le manche à balai de nos sorciÚ métamorphosé en cheval le possédé et l'initié La place éminente occupée par le cheval dans les rites extatiques des chamans nous amÚne à considérer le rÎle de cet animal dans les pratiques dionysiaques et, plus généralement, dans les rites de possession et dñ€ℱinitiation. Et d'emblée, une constatation s'impose dans le Vaudou haïtien et africain, dans le Zar abyssin comme dans les anciens mystÚres d'Asie Mineure, le renversement des rÎles entre cheval et cavalier, ci-dessus esquissé, se poursuit pour atteindre ses plus extrÃÂȘmes conséquences. Dans toutes ces traditions, l'homme, c'est-à -dire le possédé, devient lui-mÃÂȘme cheval, pour ÃÂȘtre monté par un esprit. Les possédés du Vaudou sont nommés expressément, en Haïti comme au Brésil et en Afrique, les chevaux de leurs Loa ; mÃÂȘme chose en Abyssinie oÃÂč, au moment de la Wadaja danse collective des possédés, le possédé s'identifie à son Zar, n'étant plus que son cheval, qui obéit comme un cadavre aux caprices que l'esprit lui commande. Le mÃÂȘme rituel, avec les mÃÂȘmes termes, était encore pratiqué en Égypte au début de ce siÚcle, selon Jeanmaire. Les pratiques dionysiaques d'Asie Mineure ne font pas exception à ce qui apparaÃt là comme une rÚgle. On disait des adeptes des mystÚres qu'ils étaient chevauchés par les dieux. Les figures hippomorphes abondent dans l'entourage de Dionysos, le Grand-MaÃtre des pratiques extatiques ainsi les SilÚnes et les Satyres, compagnons des Ménades dans le cortÚge dionysiaque, sont des hommes-chevaux, tout comme les Centaures, que ce dieu enivra, provoquant ainsi leur lutte avec HéraclÚs. Les héroïnes des traditions légendaires relatives à l'orgiasme bacchique, précise Jeanmaire, portent des noms dans la composition desquels entre avec une fréquence remarquable le composant hippé.. ou des épithÚtes qui éveillent également l'idée de qualités chevalines. Sans doute peut-on comprendre par là pourquoi, dans les anciennes traditions chinoises, les néophytes étaient appelés jeunes chevaux, lors de leur initiation. Les initiateurs, eux, ou les propagateurs de nouvelles doctrines, étaient appelés marchands de chevaux. Tenir une réunion initiatique, plus ou moins secrÚte, se traduisait par lùcher les chevaux. Si le cheval symbolise les composantes animales de l'homme, il doit surtout à la qualité de son instinct qui le fait apparaÃtre comme doué de clairvoyance. Coursier et cavalier sont intimement unis. Le cheval instruit l'homme, c'est-à -dire que l'intuition éclaire la raison. Le cheval enseigne les secrets, il se dirige d'une façon juste. Dans la mesure oÃÂč la main du cavalier le conduit dans une fausse voie, il découvre les ombres, les fantÎmes ; mais il risque de devenir un allié du démon L'initiation chevaleresque de l'Occident médiéval n'est pas sans analogie avec la symbolique du cheval, monture privilégiée de la quÃÂȘte spirituelle. Son prototype est en quelque sorte le combat contre la chimÚre mené par Bellérophon chevauchant Pé donc, aprÚs avoir été considéré comme psychopompe et voyant, le cheval devient le Possédé, adepte des divins mystÚres, qui abdique sa propre personnalité pour que celle d'un Esprit supérieur se manifeste à travers lui, fonction passive qui est indiquée dans le double sens du mot chevaucher et ÃÂȘtre chevauché. Il est alors à remarquer que les habitants du panthéon vaudou - les Loa - qui viennent chevaucher leurs possédés ne sont pas tous des esprits infernaux ; nombre de Loa, parmi les plus importants, sont des Loas blancs, des esprits célestes, ouraniens. Le cheval, symbole chtonien, accÚde donc ainsi à sa plus extrÃÂȘme valorisation positive, oÃÂč les deux plans du dessus et du dessous se manifestent indifféremment par son truchement, c'est-à -dire que sa signification devient cosmique. On rejoint par là le symbolisme du sacrifice védique du cheval, l'Açvamedha, rituel d'un caractÚre essentiellement cosmogonique, comme le souligne Mircea Eliade Le cheval est alors identifié au Cosmos et son sacrifice symbolise - c'est-à -dire reproduit - l'acte de la création. Certaines figures de la mythologie grecque, dont celle de Pégase, représentent, elles, non la fusion des deux plans du dessus et du dessous, mais le passage, la sublimation de l'un à l'autre Pégase porte sa foudre à Zeus ; il est un cheval céleste ; son origine est pourtant chtonienne puisqu'il est né, soit des amours de Poséidon et de la Gorgone, soit de la Terre fécondée par le sang de la Gorgone. On peut donc dire qu'il représente la sublimation de l'instinct, et non plus le magicien ou le possédé, mais le Sage initié.Les chevaux de la mort La valorisation négative du symbole chtonien fait, elle, du cheval, une cratophanie infernale, une manifestation de la mort, analogue à la faucheuse de notre folklore. En Irlande, le héros Conal I Cernach possÚde un cheval à tÃÂȘte de chien, le Rouge de Rosée, qui déchire le flanc de ses ennemis. Les chevaux de CÃÂčchulainn, le Gris de Macha c'est le roi des chevaux d'Irlande et le Sabot Noir, ont une intelligence humaine le Gris refuse de se laisser atteler au char du héros qui se prépare pour son dernier combat, et il verse des larmes de sang ; un peu plus tard, il guidera le vengeur Conal I Cernach, vers les corps de son maÃtre ; le Noir, lui, va se noyer de désespoir. Les chevaux de la mort, ou présages de mort, abondent, de l'Antiquité grecque au Moyen Âge, et s'étendent à tout le folklore européen. Chez les HéllÚnes déjà , dans l'antique version de la clef des songes qu'est l'ouvrage d'Artémidore, rÃÂȘver d'un cheval est signe de mort pour un malade. Déméter d'Arcadie, souvent représentée avec une tÃÂȘte de cheval, est identifiée à l'une des Érinyes, ces terribles exécutrices de la justice infernale. Elle enfante, également de Poséidon, un autre cheval, Aréion, monture d'HéraclÚs. Les Harpies, démons de la tempÃÂȘte, de la dévastation et de la mort, sont représentées comme des figures ambiguÃs, à la fois femmes-oiseaux et juments ; l'une d'elle est la mÚre des chevaux d'Achille, une autre celle des coursiers qu'offre HermÚs aux Dioscures. Ahriman, le diable du Zoroastrisme, se présente souvent sous la forme d'un cheval, pour tuer ou enlever ses victimes. La plupart des chevaux de la mort sont noirs, tel Charos, dieu de la mort des Grecs modernes. Noirs sont aussi le plus souvent ces coursiers de la mort, dont la chevauchée infernale poursuivit longtemps les voyageurs égarés, en France comme dans toute la Chrétienté Un soir vers la minuit ...Tout seul oultre le Loir et passant un détourJoignant une Grande Croix, dedans un carrefourJñ€ℱouïs, ce me semble, une aboyante chasseDe chiens qui me suivaient pas à pas à la vis auprÚs de moi sure un grand cheval noirUn homme qui n'avait que les os, à le voir,Me tendant une main pour me monter en croupe...Une tremblante peur me courut par les os...Ronsard, Hymne aux démons Mais il en est aussi de pùles, de blÃÂȘmes, que l'on confond souvent avec le cheval blanc ouranien, dont la signification est exactement contraire. Si ces chevaux blÃÂȘmes sont parfois dits blancs, il faut entendre par là la blancheur nocturne, lunaire, froide, faite de vide, d'absence de couleurs, tandis que la blancheur diurne, solaire, chaude, est, elle, pleine, faite de la somme des couleurs. Le cheval blÃÂȘme est blanc comme un suaire ou un fantÎme. Sa blancheur est voisine de l'acception la plus courante du noir c'est la blancheur du deuil, telle que l'entend le langage commun, lorsqu'on parle de nuits blanches ou de blancheur cadavérique. C'est le cheval pùle de l'Apocalypse, le cheval blanc, présage de mort dans les croyances allemandes et anglaises. Ce sont tous les chevaux néfastes, complices des eaux tourbillonnantes, que l'on rencontre dans le folklore franco-allemand, depuis le Schimmel Reiter qui détruit les digues pendant la tempÃÂȘte, la Blanque Jument du Pas-de-Calais et le Bian Cheval de Celles-sur-Plaine, jusqu'au Drac, beau cheval blanc qui saisit les voyageurs pour les noyer dans le Doubs. Au Moyen Âge, la civiÚre s'appelait cheval de Saint-Michel ; le cheval symbolisait l'arbre de mort. Ces derniers exemples illustrent la valorisation négative du cheval lunaire, associé à l'élément eau ; nous examinerons plus loin sa valorisation positive. C'est, pour finir, le lourd et inquiétant cheval au regard fixe, qui hante l'imagination d'Albrecht DĂƒÂŒrer. Sémantiquement, Krappe voit ce cheval sinistre, qu'il soit noir ou blÃÂȘme, à l'origine mÃÂȘme du français cauchemar ou de l'anglais nightmare la mahrt allemande jument est un démon chtonien, comme le mot l'indique comparer vieux slavon mora sorciÚre ; russe mora spectre ; polonais mora, tchÚque mura cauchemar ; latin mors, mortis, vieil irlandais marah mort épidémie ; lituanien maras mort, peste ; lettonien meris peste et la sinistre Morrigain irlandaise. Les chevaux de mort ou de cauchemar hantent le folklore celtique le March-Malaen Malaen, latin Malignus est un des trois fléaux de l'Ãle de Bretagne ; les Kelpies d'Ecosse sont des chevaux-démons et le folklore breton est rempli d'anecdotes ou de contes relatifs à des chevaux diaboliques, qui égarent les voyageurs ou les précipitent dans des fondriÚres ou des marais. Les chevaux noirs, dans ce folklore, sont le plus souvent soit le diable, soit un démon, soit un damné, ou une ùme en peine ; ou bien ils sont la monture d'un héros de ces chasses maudites, tout à lñ€ℱheure évoquées par Ronsard, et dont le plus célÚbre est sans doute le roi Arthur, condamné à poursuivre dans une course sans fin un gibier inaccessible. Il est significatif, au passage, de remarquer que dans ses plus anciennes versions, la chasse Arthur est accompagnée d'une meute de chiens blancs et poursuit un liÚvre, animal typiquement lunaire. Dontenville voit dans ce roi Arthur un homologue celtique du Wotan germanique. Une légende voisine, celle de la Dame Blanche est à examiner, car elle renverse la polarisation du symbole en lui donnant une signification sexuelle, en mÃÂȘme temps que le coursier de cette nouvelle chevauchée fantastique devient d'une blancheur éclatante dans le Jura comme dans le Périgord, la Dame à la robe blanche passe par-dessus les bois agités et l'on entend ses chevaux, ses lévriers, les piqueurs et sa trompe aux sons harmonieux. Cette musique, d'abord guerriÚre, puis apaisée, doit ouvrir les portes embrasées de la volupté. Coursier d'une blancheur éclatante, musique guerriÚre puis voluptueuse, voilà que s'amorce l'ascension du symbole cheval, du domaine chtonien à l' sacrifice du cheval L'enchaÃnement symbolique Terre-MÚre, Lune-Eau, Sexualité-Fertilité, Végétation-Renouveau périodique permet de découvrir d'autres aspects de ce symbole. Bien des auteurs ont expliqué le processus par lequel les divinités chtoniennes deviennent, dans les civilisations de cultivateurs, des divinités agraires. Le cheval, dans ses métamorphoses symboliques, ne fait point exception à cette rÚgle. Frazer en donne de multiples exemples. A Rome, les chevaux destinés à la cavalerie sont consacrés à Mars du 27 février au 14 mars, les Equinies c'est le début des expéditions militaires. Quand elles prennent fin, six mois plus tard, on sacrifie, une fois l'an, le 15 octobre, au lendemain des récoltes, un cheval dédié à Mars. Sa tÃÂȘte est garnie de grains en remerciement de la moisson engrangée ; car Mars défend la collectivité, aussi bien contre les fléaux des cultures que contre les ennemis des hommes. La queue de l'animal était portée à la maison du roi avec une grande célérité, afin que le sang coulùt sur le foyer de sa maison... Il semble en outre que l'on recueillait le sang du cheval et qu'on le gardait jusqu'au vingt et un avril ; les vestales le mÃÂȘlaient alors au sang des veaux non encore nés que l'on avait sacrifiés six jours auparavant ; on distribuait le mélange aux bergers, qui, avec d'autres ingrédients, le brûlaient et s'en servaient pour fumiger leurs troupeaux. Ce sacrifice du cheval constituerait, suivant une expression de Dumézil, une sorte de capitalisation royale de la victoire. L'usage de couper la queue, remarque Frazer, ressemble à la coutume africaine Guinée, Grand Bassam qui consiste à couper la queue des bÅ“ufs et à l'offrir en sacrifice pour avoir une bonne récolte. Dans la coutume romaine comme dans l'africaine, l'animal représente apparemment l'esprit du blé, et son pouvoir fertilisant passe pour résider en particulier dans sa queue. Par la rapidité de sa course, qui l'associe au temps et donc à la continuité de celui-ci, le cheval, qui, d'autre part, traverse indemne les pays de la mort, et du froid, donc l'hiver, le cheval, porteur de l'esprit du blé, de l'automne au printemps, comble la faille hivernale et assure l'indispensable renouveau. Ce mÃÂȘme rÎle d'esprit du blé - ou de toute autre céréale - lui est attesté dans de nombreuses autres traditions. Ainsi était-il coutumier, en France et en Allemagne, qu'à l'époque des moissons le plus jeune cheval du village fût fÃÂȘté et entouré de soins particuliers, car c'était à travers lui que devait ÃÂȘtre assurée la nouvelle germination ; jusqu'aux prochaines semailles, on disait qu'il portait en lui l'esprit du blé. En Irlande, selon le récit d'un témoin oculaire, également rapporté par Frazer, au cours d'une cérémonie des feux de la Saint-Jean, aprÚs que tous les paysans eurent sauté par-dessus les braises, on vit apparaÃtre une grande construction en bois d'environ huit pieds de longueur, munie à l'une de ses extrémités d'une tÃÂȘte de cheval, et recouverte d'un drap blanc qui cachait l'homme qui la portait. On l'accueillit par des grands cris Le Cheval Blanc ! Le Cheval Blanc ! Le masque sauta par-dessus le feu, puis se lança à la poursuite des spectateurs. Quand je demandai ce que représentait le cheval, conclut le narrateur, on me répondit tout le bétail. D'esprit du blé, le cheval est donc devenu le symbole de toute abondance, ce qu'expliquent son dynamisme et sa force impulsive et généreuse. Le détail d'autres cérémonies agraires souligne cette interprétation. Ainsi, en Assam, chez les Garo, pour célébrer la fin des moissons, un cheval en effigie, de couleur blanche, et assez semblable à celui de la Saint-Jean d'Irlande, est jeté à la riviÚre aprÚs une danse au cours de laquelle on le bombarde avec des Å“ufs. On sait que les esprits des eaux font partie du cycle lunaire et qu'ils régissent la germination et la croissance des plantes. L'association cheval-Å“ufs renforce les pouvoirs de cet esprit du riz. La tÃÂȘte du masque, noter Frazer, est conservée jusqu'à l'année suivante, de mÃÂȘme qu'à Rome la tÃÂȘte du cheval sacrifié était conservée, clouée sur la porte d'une citadelle. L'affinité du cheval et des eaux courantes est clairement soulignée par cette ancienne tradition des pÃÂȘcheurs du fleuve Oka affluent de la Volga qui voulait qu'au début du printemps, le 15 avril, date à laquelle fondaient les derniÚres glaces, les pÃÂȘcheurs volent un cheval pour l'offrir en le noyant au Grand-PÚre des eaux, qui s'éveillait ce jour-là - Tiens, Grand-PÚre, disaient les pÃÂȘcheurs, accepte ce cadeau et protÚge notre famille c'est-à -dire notre tribu. Ce sacrifice du cheval par immersion dans les eaux d'un fleuve semble avoir été pratiqué par d'autres peuples indo-européens, dont les premiers Grecs, soi l'on en croit cette imprécation d'Achille aux meurtriers de Patrocle Iliade, 21 Le beau fleuve aux tourbillons d'argent ne vous défendra pas. Vous aurez beau lui immoler force taureau et jeter tout vivants dans ses tourbillons des chevaux aux sabots massifs ; vous n'en périrez pas moins d'une mort divinité des eaux. Participant du secret des eaux fertilisantes, le cheval connaÃt leur cheminement souterrain ; c'est ce qui explique que, depuis l'Europe jusqu'en ExtrÃÂȘme-Orient, il passe pour avoir le don de faire jaillir des sources du choc de son sabot. Ce sont, en France, les sources ou fontaines Bayard, qui jalonnent, dans le Massif central, le périple des quatre fils Aymon, portés par le célÚbre cheval magique. Pégase lui-mÃÂȘme inaugure cette tradition en créant la source HippocrÚne - Source du cheval - non loin du bois sacré des Muses ; les Muses s'y réunissaient pour chanter et danser, son eau passait pour favoriser l'inspiration poétique. Le cheval, ici, éveille l'imaginaire, comme il éveillait précédemment la nature, au moment du renouveau. On comprendra dÚs lors que le cheval puisse également ÃÂȘtre considéré comme un avatar, ou un auxiliaire, des divinités de la pluie. En Afrique, chez les Ewe, le dieu de la pluie sillonne le ciel sur une étoile filante, qui est son cheval. Chez les Bambara du Mali, les initiés de la société Kwore, dans leurs rites pour appeler la pluie, enfourchent des chevaux de bois, qui représentent les chevaux ailés, sur lesquels les génies qu'ils évoquent mÚnent leurs batailles célestes contre ceux qui veulent empÃÂȘcher la chute des eaux fécondantes. Plus généralement parlant, le symbole du cheval chez les Bambara, selon Zahan, englobe les notions de vitesse, d'imagination, d'immortalité il est donc trÚs voisin de Pégase. Analogiquement, ce cheval des Bambara correspond à l'enfant et à la parole, ce qui explique que la mÃÂȘme plante le koro qui évoque l'énergie du discours et l'abondance des paroles soit utilisée indifféremment pour fortifier les enfants débiles et pour rendre fécondables les juments sté exemple ajoute aux images déjà mentionnées celle de l'enfant qui, comme la source, manifeste l'éveil des forces impulsives et du désir. Mais, que l'on passe le seuil de la puberté et c'est alors que le cheval devient pleinement, selon le mot de Paul Diel, le symbole de l'impétuosité du désir, de la Jeunesse de l'homme, avec tout ce qu'elle contient d'ardeur, de fécondité, de générosité. Le Rig-Véda l'évoque en ces termes, dans L'Hymne à Agni Comme une abondance agréable, comme une riche demeure,Comme une montagne avec ses puissances, comme un flot salutaire,Comme un cheval qui se précipite d'un élan sur la route, Comme une riviÚre avec ses flots, qui pourrait t'arrÃÂȘter ! Il est significatif que dans ces vers les notions d'eau courante et de feu Agni soient associés. Symbole de force, de puissance créatrice, de jeunesse, prenant une valorisation sexuelle autant que spirituelle, le cheval participe dÚs lors symboliquement des deux plans chtonien et ouranien. Cela nous conduit à évoquer le cheval blanc, dans son acception solaire, lumineuse. Il est intéressant, au passage, de noter qu'il y a aussi deux acceptions symboliques du cheval noir ; dans la poésie populaire russe, en effet, celui que nous avions jusqu'alors exclusivement considéré comme le coursier de la mort devient le symbole de la jeunesse et de la vitalité triomphante. Le cheval noir court, la terre tremble, et de ses naseaux, la flamme sort, de ses oreilles la fumée, sous ses sabots jaillissent des étincelles. Ce sont ces chevaux noirs que l'on attelle, dans les contes de fées, au carrosse du mariage ; ce sont donc bien les chevaux du désir libéré ; ce sont eux encore qu'évoque avec nostalgie une chanson populaire toute récente Ohé mes jeunes années !Ohé mes chevaux noirs ! Et la mÃÂȘme image est reprise en 1964, dans la Desna enchantée par le cinéaste soviétique Alexandre Dovjenko Mes années ont passé, mon jour décline, je ne vole plus ; je regrette le passé et j'ai tant envie de seller mes chevaux noirs... OÃÂč ÃÂȘtes vous, oÃÂč ÃÂȘtes-vous ! A l'extrÃÂȘme, les mots de cheval et de poulain, ou de jument et de pouliche, prennent une signification érotique revÃÂȘtant la mÃÂȘme ambiguïté que le mot chevaucher. Plus d'un poÚte s'en est inspiré ; Lorca, par exemple, dans la célÚbre Romance à la femme infidÚle Cette nuit-là j'ai courula plus belle de mes routesmonté sur une pouliche de nacresans bride et sans étriers.trad. F. Gattegno, in Romancero Gitan, Charlot, Alger, 1942. Cette métaphore d'un poÚte moderne puise aux sources du symbolisme indo-européen. De mÃÂȘme que le cheval a représenté la force fécondante, l'instinct et par sublimation l'esprit, il est arrivé que la jument incarne le rÎle de la Terre-MÚre dans la hiérogamie fondamentale Terre-Ciel, qui préside aux croyances des peuples d'agriculteurs. Nous avons cité la Démeter à tÃÂȘte de cheval, déesse de la fertilité. Il est dit qu'elle s'unit à un mortel - le plus beau Jason - dans les sillons d'un champ fraÃchement labouré. Ce théùtre dionysiaque ne faut pas seulement mythique. Dans les rites d'intronisation des rois d'Irlande, au XIIÚ siÚcle, tels qu'ils sont rapportés par Schröder, le futur roi, au cours d'une cérémonie solennelle, devait s'unir à une jument blanche. Celle-ci était ensuite sacrifiée et sa chair, bouillie, partagée dans un festin rituel, auquel le roi seul ne prenait point part. Mais il lui fallait ensuite se baigner dans le chaudron contenant le bouillon de l'animal. L'analyse de ce rite est éloquente. Il apparaÃt en effet que, par leur accouplement, l'homme et la jument reproduisent le mariage ourano-chtonien ; le futur roi se substitue à la divinité céleste pour féconder la Terre représentée par la bÃÂȘte. Mais, dans la derniÚre épreuve de ce rituel, celle du bain de bouillon, il opÚre un véritable regressus ad uterum le chaudron représente le ventre de la Terre-MÚre et le bouillon les eaux placentaires. De ce bain, au caractÚre typiquement initiatique, le futur roi renaÃt, ayant reçu, comme au cours d'une seconde gestation, communication des pouvoirs les plus subtils, les plus secrets, de la Terre-MÚre qu'il avait éveillée sous la forme de la jument. Il quitte par cette double opération la condition humaine pour se hisser au niveau du sacré, inséparable de la condition royale. Le coursier solaire. Chtonien à l'origine le cheval devient peu à peu solaire et ouranien. Il est frappant, aprÚs l'exemple précédent, de constater que les Ouralo-Altaïques représentent, eux, la hiérogamie Terre-Ciel par le couple Cheval Blanc-BÅ“uf Cendré. Le cheval, - mùle bien entendu - est ici une épiphanie céleste. Les chevaux tirent le char du soleil et lui sont consacrés. Le cheval est l'attribut d'Apollon, en sa qualité de conducteur du char solaire. N'oublions pas que, dans le folklore, les chevaux voient et entendent. Dans une miniature de l'Hortus deliciarum d'Herrade de Landsberg, le char du soleil est tiré par deux ou quatre chevaux, et celui de la lune par des bÅ“ufs. Il s'agit de la reprise d'un thÚme antique. DÚs les temps préhistoriques, le soleil est représenté sur un char pour signifier son déplacement. Ce char deviendra celui d'Apollon. Elie, tel Mithra remontant au ciel dans le char du soleil, s'élÚve sur un char de feu traÃné par des chevaux. Dans la Bible II, Rois, 23, 11, il est fait allusion au char du soleil. On voit aussi le char du Pharaon englouti par la mer Rouge, sur une fresque de Saint-Savin. Tel est aussi le cheval indien asha, qui signifie littéralement le pénétrant ; sa pénétration est celle de la lumiÚre. Les Ashvins à tÃÂȘte de cheval, qui sont en rapport avec le cycle quotidien du jour et de la nuit, sont fils d'un cheval et d'une jument - tous deux symboles solaires - qui incarnent le Dharma la loi et la Connaissance. L'isomorphisme des Ashvins et des Dioscures a été souligné par Mircea Eliade. EmblÚme tantrique du Boddhisattva Avalokiteshvara, le cheval symbolise la puissance de sa grùce, diffusée aux quatre orients. Dans le Bardo ThÎdol, Ratnassambhava, Bouddha du Sud et symbole solaire, est assis sur un trÎne fait de chevaux. C'est aussi, assure-t-on, un symbole de sagacité et de beauté formelle. Paul Valéry l'a décrit sous les traits d'une aérienne danseuse Le réalisme et le style, l'élégance et la rigueur sñ€ℱaccordent dans l'ÃÂȘtre luxueusement pur de la bÃÂȘte de race. Le cheval marche sur les pointes. Quatre ongles le portent. Nul animal ne tient de la premiÚre danseuse, de l'étoile du corps de ballet comme un pur-sang en parfait équilibre, que la main de celui qui le monte semble tenir suspendu et qui s'avance au petit pas en plein soleil. Dans les textes bouddhiques aussi bien que dans ceux de l'Inde et mÃÂȘme de la GrÚce platonisante, les chevaux sont surtout les symboles des sens attelés au char de l'esprit, l'entraÃnant ici et là , s'ils ne sont guidés par le Soi, qui est le maÃtre du char. D'une maniÚre analogue, l'enseignement du Bardo est dit ÃÂȘtre semblable au contrÎle de la bouche du cheval par les brides. Tout cela n'est pas sans rappeler le symbolisme de Pégase. Ici apparaissent, non seulement tous les chevaux ailés, mais aussi les associations cheval-oiseau, dont mythologies et traditions nous offrent d'innombrables exemples, toujours associés à un contexte ourano-solaire ainsi dans le Rig-Veda, le soleil est-il étalon ou oiseau. Poussant plus loin cet enchaÃnement d'analogies, la vivacité du cheval en fait souvent, dans son acception ouranienne, une épiphanie du vent quatre chevaux, dans les contes arabes, représentent les quatre vents, et, en Chine, il est la monture de Vùyu, divinité du vent. Borée, son homologue de la mythologie grecque, se fait cheval pour séduire les cavales d'Erichtonios, qui engendreront ainsi douze poulains si légers que, lorsqu'ils couraient sur un champ de blé, ils ne courbaient pas les épis sous leur poids, et quand ils couraient sur la surface de la mer, ils ne la ridaient pas. Mais le mÃÂȘme Borée engendre également des chevaux d'une Érinye, puis d'une Harpie cette fois le cheval naÃt donc d'un mariage chtono-ouranien, porteur de violence. Dans ce mécanisme ascensionnel qui - comme on le voit par cet exemple - ne le coupe pas de ses origines, le cheval devient peu à peu un symbole guerrier, et mÃÂȘme l'animal de guerre, par excellence. On a vu que le cheval sacrifié annuellement à Rome était consacré à Mars. Le Guerrier, en effet, participe des deux plans ouranien et chtonien ; semeur de mort, infernal dans sa lutte, il s'élÚve aux cieux, par son triomphe ou pas son sacrifice. Ce cheval-guerrier est omniprésent dans les épopées celtiques. Il est souvent caractérisé par sa robe alezane, couleur de feu. On a retrouvé dans un trésor celtique, à Neuvy-en-Sullias Loiret un cheval votif accompagné d'une inscription à Rudiobus Le Rouge c'est le cheval roux de l'Apocalypse, annonciateur de guerre et d'effusion de sang. Dans la tradition védique, le cheval sacrifié symbolise le Cosmos. Le char du Soleil, dans le Rig-Veda, est tiré par un ou par sept chevaux. Le cheval participe du double symbolisme solaire et de sa double valence force féconde quand il brille, force meurtriÚre quand il sombre dans la nuit. Les chevaux sont attelés aussi aux chars funé cheval de majesté. Solaire, attelé au char de l'astre, le cheval blanc devient l'image de la beauté accomplie, par le rÚgne de l'esprit le MaÃtre du Char sur les sens. Blanc, mais d'une blancheur éclatante, le cheval est le symbole de la majesté. Il est le plus souvent monté par celui qui est nommé FidÚle et Véritable Apocalypse, 19, 11, c'est-à -dire par le Christ. Suivant le texte de l'Apocalypse, les armées célestes qui l'accompagnent chevauchent des coursiers blancs. C'est pourquoi l'on verra dans les miniatures des anges sur des chevaux. Dans la cathédrale d'Auxerre, une fresque partagée par une croix grecque présente dans son centre le Christ sur un cheval blanc. De la main droite, il tient un bùton noir qui figure le sceptre royal signifiant son pouvoir sur les nations. Dans les quatre anges, des anges, les ailes déployées et montés à cheval, lui font escorte. Un cheval blanc porte un nimbe croisé et remplace l'agneau à l'autel souterrain de Notre Dame de Montmorillon. Au terme de cette ascension, domine la figure symbolique du blanc cheval de majesté, monture des Héros, des Saints et des conquérants spirituels. Toutes les grandes figures messianiques montent de tels coursiers. Ainsi en Inde Kalki, l'avatar futur, cheval lui-mÃÂȘme, reviendra cheval blanc. C'est encore sur un cheval blanc qu'est attendu le prophÚte Mohammed, à son nouvel avÚnement. Monture du Bouddha pour le Grand Départ, le cheval blanc est enfin, sans cavalier, la représentation du Bouddha lui-mÃÂȘme. En conclusion, il apparaÃt que le Cheval constitue un des archétypes fondamentaux que l'humanité ait inscrits dans sa mémoire. Son symbolisme s'étend aux deux pÎles - haut et bas - du Cosmos, et par là est réellement universel. Dans le monde du dessous, le Chtonien, nous avons vu en effet que le cheval apparaÃt comme un avatar ou un ami des trois éléments constituants, feu, terre, eau, et de son luminaire, la lune. Mais nous l'avons vu aussi dans le monde du dessus, l'Ouranien, associé à ses trois éléments constituants, air, feu et eau - ces deux derniers entendus cette fois dans leur acception céleste - et à son luminaire, le Soleil. Des chevaux mÚnent le char du Soleil, des chevaux mÚnent le char de la Lune, au fronton du Parthénon. Le cheval passe avec une égale aisance de la nuit au jour, de la mort à la vie, de la passion à l'action. Il relie donc les opposés dans une manifestation continue. Il est essentiellement manifestation il est Vie et Continuité, par-dessus la discontinuité de notre vie et de notre mort. Ses pouvoirs dépassent l'entendement il est donc Merveille et il ne faut pas s'étonner que l'homme l'ait si souvent sacralisé, de la préhistoire à l'histoire. Un seul animal le dépasse peut-ÃÂȘtre en subtilité dans le bestiaire symbolique de tous les peuples le serpent, plus également réparti sur tous les continents, et qui, comme lui, à l'image du temps, coule incessamment, de bas en haut et de haut en bas, entre les enfers et les cieux. Dans ce perpétuel va-et-vient, les chemins secrets du cheval et du serpent sont ceux de l'eau tous deux hantent les sources et les fleuves. Aussi chevaux et serpents sont-ils souvent les héros interchangeables de maintes histoires merveilleuses ; ou bien ils s'unissent, donnant naissance à un monstre étrange, hippo-ophidien. C'est le cheval-dragon Long-Ma qui, en Chine, apporte le Ho t'ou -diagramme du fleuve, appelé aussi Ma t-ou, diagramme du cheval - à Yu-le-grand évidente relation avec le symbolisme du Verbe, qui appelle à nouveau le parallÚle avec Garuda. Le cheval se substitue au dragon dans d'innombrables légendes chinoises, du Li-sao de Kiu-yuan au Si-yeou ki. Dans l'un et l'autre de ces deux cas, ils contribuent à la quÃÂȘte de la Connaissance ou de l'Immortalité. Ce n'est sans doute pas un hasard non plus si les ancÃÂȘtres des sociétés secrÚtes, les colporteurs de la science taoïste, les propagateurs de l'Amidisme au Japon, prirent l'aspect de marchands de chevaux. Ni si le propagateur du Zen en Chine, Matso, par suite d'un jeu de mots sur son nom, est dit ÃÂȘtre un jeune poulain s'élançant et foulant tous les peuples du monture des dieux. Force, rapidité ce sont les qualités que le Yi-king attribue au cheval. Le cheval est parfois la monture de Vùyu, divinité du vent, de l'élément air. Les huit chevaux du roi Mou correspondent-ils aux huit vents comme le suggÚre Granet ? Ce n'est pas impossible. Le cheval est en tout cas, en Chine, un animal typiquement Yang. On sacrifiait anciennement au Premier Cheval, qui était une constellation, mais qui évoquait une tradition d'éleveurs. La fréquente présence de chevaux vivants ou figurés dans les temples shintoïstes du Japon n'est plus guÚre expliquée de façon satisfaisante. Il semble qu'ils soient la monture des kami. Le cheval est aussi lié, au Japon, aux notions de protection et de longévité c'est aussi le cas du cheval-dragon chinois. C'est encore, sur un chapiteau de l'église de Tavant XIIÚ siÚcle le mÃÂȘme monstre, chevauché par un cavalier nu, à la poursuite d'une sorciÚre, également nue, qui s'enfuit à quatre pattes. Dans sa valorisation, négative, c'est la monture infernale du Sieur de Gallery, Chasseur maudit, dont la geste est comparable à celle du roi Arthur Entendez-vous la sarabande ?O l'é la Chasse-GalleryIci, au long, va passer pre bandeEt la garache garou ? et l'alouby vampire ?Gallery va-t-en-tÃÂȘte,Monté sur un cheveauQu'a le cou d'ine bÃÂȘtela queue d'un serpentEt la péa d'un crapaud. Au lieu de s'unifier en une seule figure mythique, le binÎme cheval-dragon peut aussi se scinder en ses deux composants qui, prenant alors une valeur contraire, s'affrontent en une lutte à mort, qui devient celle du bien et du mal. C'est évidemment le cheval qui est alors valorisé positivement, car il représente la face humanisée du symbole, le dragon figurant, lui, la BÃÂȘte-en-nous, qu'il faut tuer, c'est-à -dire rejeter. Le mythe de Saint Georges en est un exemple."** Selon Les Cartes médecine, Découvrir son animal-totem édition revue 1999 ; traduction française 2010 de Jamie Sams et David Carson, "Les Amérindiens disaient souvent  Voler un cheval, cñ€ℱest voler la puissance » ; cela indique bien lñ€ℱestime dont jouissaient les Chevaux dans les cultures amérindiennes. Le Cheval jouit à la fois de puissance physique et de puissance surnaturelle. Dans les pratiques chamaniques à travers le monde entier, le Cheval permet aux chamans de voler dans les airs et de rejoindre le ciel. Quand lñ€ℱhumanité a domestiqué le Cheval, ce fut une aussi grande découverte que celle du feu. Avant la venue du Cheval, les humains étaient attachés à la Terre et chargés de fardeaux, ce qui ralentissait leur marche. AussitÎt quñ€ℱils purent monter le Cheval, ils furent libres et légers comme le vent ; ils pouvaient porter tout à leur aise de lourds fardeaux pendant de longues distances. À travers le lien spécial qui les rattachait au Cheval, les humains ont grandement modifié lñ€ℱimage quñ€ℱils avaient dñ€ℱeux-mÃÂȘmes. Le Cheval fut la premiÚre médecine animale ; lñ€ℱhumanité a contracté une dette inestimable envers cet animal qui a ainsi facilité leurs déplacements. En effet, la marche à la rencontre de nos frÚres aurait été longue et dure si le Cheval ne nous avait pas servi de monture. Aujourdñ€ℱhui, nous mesurons la capacité des moteurs en  chevaux vapeur», ce qui nous rappelle le temps oÃÂč le Cheval était un partenaire hautement respecté chez les humains. Marcheur de rÃÂȘve, un homme-médecine traversait les grandes plaines pour aller visiter la nation Arapaho. Il apportait sa pipe. La plume piquée dans ses longs cheveux noirs pointait vers le bas, indiquant quñ€ℱil était un homme de paix. Sur la pente dñ€ℱune colline, Marcheur de rÃÂȘve vit un troupeau de mustangs sauvages qui venait vers lui en courant. Étalon noir sñ€ℱapprocha de lui et lui demanda sñ€ℱil cherchait une réponse au cours de son voyage. Étalon noir lui dit  Je viens du Vide oÃÂč les réponses se trouvent. Chevauche sur mon dos et tu connaÃtras la puissance qui surgit quand on pénÚtre dans la Noirceur et quñ€ℱon y trouve la LumiÚre. » Marcheur de rÃÂȘve remercia Étalon noir et consentit à le visiter quand il aurait besoin de sa médecine au cours de lñ€ℱespace du rÃÂȘve. Étalon jaune sñ€ℱapprocha lui aussi de Marcheur de rÃÂȘve et lui offrit de lñ€ℱamener vers lñ€ℱEst, oÃÂč se trouve lñ€ℱillumination. Marcheur de rÃÂȘve pourrait partager avec les autres les réponses quñ€ℱil y trouverait et les amener vers lĂąâ‚Źâ„ąĂƒÂ©veil. Une fois de plus, Marcheur de rÃÂȘve remercia Étalon jaune et affirma quñ€ℱil utiliserait ces dons de puissance au cours de son voyage. Étalon rouge sñ€ℱapprocha, se cabrant, enjoué. Il renseigna Marcheur de rÃÂȘve sur la joie qui résulte dñ€ℱun bon équilibre entre le travail, les médecines importantes et les joyeuses expériences du jeu. Il rappela à Marcheur de rÃÂȘve les bénéfices de lñ€ℱhumour par lequel on peut retenir lñ€ℱattention de ceux à qui on enseigne. Marcheur de rÃÂȘve le remercia et promit de se rappeler du don de la joie. Marcheur de rÃÂȘve était maintenant presque rendu à destination. La nation Arapaho était toute proche. Étalon blanc sñ€ℱavança. Marcheur de rÃÂȘve monta sur le dos de ce cheval fougueux, messager de tous les autres chevaux, celui qui représentait la sagesse du pouvoir. Ce magnifique coursier incarnait lĂąâ‚Źâ„ąĂƒÂ©quilibre du bouclier.  Aucun abus de pouvoir ne peut mener à la sagesse », dit Étalon blanc.  Toi, Marcheur de rÃÂȘve, tuas fait ce voyage pour guérir un frÚre dans le besoin, pour partager la pipe sacrée et pour guérir la Terre-MÚre. En toute humilité, tu sais que tu es un instrument du Grand Esprit. Comme je te porte sur mon dos, ainsi tu portes ton peuple sur le tien. Avec sagesse, tu comprends que le pouvoir va de pair avec lñ€ℱengagement ; le pouvoir nñ€ℱest accordé quñ€ℱà ceux et celles qui acceptent sereinement de prendre des responsabilités. » Marcheur de rÃÂȘve, le chaman, avait été guéri par la visite des chevaux sauvages. Il savait que sa visite chez les Arapahos avait pour but de partager ses dons avec eux. En intégrant la médecine du Cheval, vous verrez plus clairement comment travailler à obtenir un meilleur équilibre de votre bouclier. Le véritable pouvoir réside dans cette sagesse saisir lñ€ℱensemble de votre cheminement et vous souvenir des sentiers oÃÂč vous avez voyagé dans les mocassins des autres. Compassion, tendresse, enseignement, amour, partage des dons, talents et habiletés vous ouvriront le chemin du pouvoir. A lñ€ℱenvers Si votre ego se met de la partie, vous ne savez peut-ÃÂȘtre pas reconnaÃtre quand les autres vous manquent de respect. Dñ€ℱun autre cÎté, il se peut que vous vous battiez contre dñ€ℱautres qui abusent de leur pouvoir.  Devrais-je dire quelque chose ? Devrais-je lutter contre mon désir de les remettre à leur place ? » vous demandez-vous. Rappelez-vous les moments de votre vie oÃÂč vous vous ÃÂȘtes éloigné de la grùce du Grand Esprit, et éprouvez de la compassion pour les frÚres qui font actuellement la mÃÂȘme chose. Si vous dominez quelquñ€ℱun dñ€ℱautre ou si vous sentez que quelquñ€ℱun vous accable, la médecine du Cheval, tant à lñ€ℱendroit quñ€ℱà lñ€ℱenvers, vous rappelle simplement comment il vous faut équilibrer vos boucliers. En permettant à toutes les voies dñ€ℱavoir une valeur égale, vous constaterez la puissance et la gloire de la famille humaine unifiée. Voilà le cadeau du guerrier de lñ€ℱArc-en-ciel. Le  moi » nñ€ℱa aucune place dans cet Arc-en-ciel qui tournoie, venu du Grand MystÚre ; on lñ€ℱy a remplacé par le  nous ». Toutes les couleurs et toutes les pistes de lñ€ℱArc-en-ciel ne forment quñ€ℱun seul tableau et méritent donc dñ€ℱÃÂȘtre considérées comme égales les unes aux ce savoir et appliquez-le ; reprenez ainsi ce pouvoir auquel vous avez renoncé en oubliant dñ€ℱaller avec compassion au-devant de tout ÃÂȘtre et de toute situation. Éclaircissez la situation actuelle et comprenez que chaque ÃÂȘtre humain doit suivre ce sentier vers le pouvoir avant de galoper enfin sous les vents de la destiné puissance." *A lire Canalisation de Caroline Leroux qui communique avec les devas des animaux.* Selon Nicki Scully, auteure de Méditations de l'animal pouvoir, Voyages chamaniques avec les alliés esprits éditions originales 1991, 2001 ; traduction française Guy Trédaniel Éditeur 2002, "Les chevaux ont été révérés dans toute l'historie par de nombreuses cultures, dont les anciens Chinois, les Peaux-Rouges, de nombreuses traditions européennes... Ils incarnent l'esprit de liberté. Et rien n'incarne aussi bien cet esprit que les quelques mustangs qui restent, qui gardent une farouche indépendance. Les Chevaux sont considérés comme des véhicules sûrs pour le voyage dans les mondes physiques ou spirituels ? Les chamans chevauchent sur leurs mustangs dans le monde supérieur et le monde inférieur, avec une égale facilité. Le don du mustang est la capacité de vivre pleinement sur le moment. Le voyage du Mustang a pour dessein la chevauchée mÃÂȘme, non un but quelconque. Avec son esprit aventureux, le Mustang vous invite à vous rendre pleinement à l'expérience de la vie. chaque fois que vous vous sentez enfermé, vous pouvez grimpé sur le dois du Mustang, ne faire plus qu'un avec votre cheval, connaÃtre la joie du souffle du vent dans les cheveux, et voler. Le Mustang vous apprend à avoir foi dans le moment, et vous rappelle la nécessité de reconnaÃtre votre propre magnificence. Vous pouvez faire ce voyage n'importe quand, mais je choisis le Mustang pour le dernier voyage, dans cette nouvelle édition, pour que le point culminant de ces voyages soit la puissance et l'exultation de cette expérience de liberté. [Le Voyage du Mustang fait partie, au mÃÂȘme titre que celui du Chameau, de la Girafe, du Lézard cornu, du Loup, de l'Araignée et du Pélican des] Voyages de Libération. Cette section est consacrée à débarrasser la voie de la libération des contraintes des pensées et croyances limitées. Les vieux modÚles sont abandonnés, laissant la place à des visions nouvelles, élargies, qui génÚrent une connexion plus grande avec l'Ensemble de la du Mustang [Faites l'Alchimie du Chaudron et connectez-vous à Thoth ...] Thoth montre le ciel, oÃÂč vous voyez de beaux nuages blancs défilant. Tandis que vous admirez les motifs changeants des nuages, la forme d'un cheval émerge... Vous vous demandez quelle impression cela peut faire, de sauter sur le dos de ce grand cheval et de chevaucher. DÚs que cette pensée se forme dans votre esprit, le Cheval nuage atterrit et devient un étalon pinto [cheval indien tacheté] galopant à la tÃÂȘte d'un troupeau de Mustangs sauvages. Vous vous retrouvez dans un vaste pré entouré de collines ondulantes. La harde de Mustangs passe dans un bruit de tonnerre, rivalisant avec le vent dans un joyeux abandon. Tandis que le Mustang des nuages conduit les Mustangs à travers la prairie, permettez-vous de sentir le désir de courir avec le troupeau. Vous appelez "Aidez-moi à me libérer, aidez-moi à connaÃtre la liberté". Le Cheval de tÃÂȘte entend votre appel et s'arrÃÂȘte - il se retourne pour ÃÂȘtre face à vous, mais il garde ses distances... Immobilisez-vous complÚtement... Sans bouger, vous et le cheval, vous vous observez l'un l'autre. Pour monter ce cheval, vous devez gagner sa confiance ; il doit gagner la vÎtre en retour. Pour lui donner du temps, restez parfaitement immobile, le cÅ“ur ouvert. Maintenez cet espace neutre tandis que lentement, lentement, le Cheval va vers vous. Enfin, ce magnifique Mustang se tient juste devant vous. restez tranquille et concentrez-vous sur le Cheval. Il fait le tour de votre corps avant de revenir face à vous. Puis il fait un signe de tÃÂȘte de reconnaissance - vous ÃÂȘtes devenu assez présent pour recevoir son don. Avec sa permission, vous montez, oscillant avec aise sur son dos nu. Quand vous saisissez sa criniÚre, il commence à bouger lentement, puis il allonge le pas, pour rattraper le troupeau... Penchez-vous sur son cou et sentez son corps onduler sans vous. Vous ÃÂȘtes conscient de sa force, de son sens sûr de la direction, et de sa joie de courir. Unissez-vous au Cheval, pour faire pleinement l'expérience du moment, comme il le fait... [Pause] DÚs que le Mustang sent que vous ne faites qu'un avec lui, il se met au galop, bondissant à travers prés, franchissant les collines, puis bondissant dans l'air et volant de plus en plus haut, dans les nuages et au-delà . Sentez le vent et jouissez de cette merveilleuse sensation de liberté. Jouissez de votre chevauchée... [Longue pause] Quand vous sentez que votre voyage est achevé, vous redescendez, traversant l'atmosphÚre, les nuages, jusqu'à ce ce que vous et le Mustang touchiez terre. Vous retournez à l'endroit oÃÂč le Mustang vous a trouvé, et vous descendez de votre monture. Vous levez les yeux, et vous voyez un aigle qui décrit de grands cercles au-dessus. Il fait tomber une belle plume tachetée, que vous prenez avec gratitude, et que vous attachez à la criniÚre de votre Mustang magnifique, magique, comme cadeau de remerciement... Thoth est là qui vous attend. Prenez un moment pour partagez votre expérience avec lui... [Thoth vous aidera à rentrer dans votre corps physique et votre conscience ordinaire. Pensez à vous enraciner et à vous centrer... ]Mot-clef Esprit de liberté."* * Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes Hachette Livre, 2000 C'est encore et toujours en Mésopotamie et en Élam "la Terre du Dieu", l'ancien royaume d'Iran, que l'on trouve les premiÚres preuves de la domestication de l' "ùne des montagnes" c'est ainsi qu'il était nommé alors, inscrites sur des tablettes d'argile datant de la seconde moitié du IIIe millénaire. Toutefois, le cheval n'existait pas dans ces lointaines régions qui sont devenues l'Irak et l'Iran d'aujourd'hui. Il fut donc sûrement importé des steppes de l'Asie centrale, et notamment du Caucase septentrional, les relations commerciales entre Sumer et Maïkop - une ville située dans l'actuelle région du Kouban, un fleuve qui draine la Russie - ayant été clairement établies. Car tout laisse à penser que c'est bien dans les plaines du Caucase que le cheval devint pour la toute premiÚre fois "la plus noble conquÃÂȘte de l'homme", selon Buffon, au milieu du IIIe millénaire avant notre Úre environ. Avant cela, il était inconnu en Mésopotamie et en Égypte. Partout ailleurs, en Europe notamment, c'était un animal sauvage que les hommes chassaient et mangeaient. Le cheval étant plutÎt un animal de souche européenne, il est assez logique d'apprendre que les Celtes se révélÚrent de trÚs talentueux cavaliers, et qu'ils lui accordÚrent une place importante dans leur panthéon de divinités, puisqu'ils en firent l'attribut essentiel de leur déesse Epona, surnommée la déesse des chevaux. Représentée par une superbe jument ou par une femme assise entre deux chevaux, elle apparut finalement - à Rome, notamment, devenant ainsi une divinité gallo-romaine -, sous l'aspect d'une cavaliÚre portant une corne d'abondance, symbole de fécondité et des richesses inépuisables de la Terre-MÚre. Hélas, il semble bien que la motivation essentielle qui poussa l'homme à domestiquer cet ùne des montagnes fut guerriÚre ! C'est sans doute ce qui explique les images symboliques sombres et destructrices qui s'attachent à cet animal dont la beauté plastique est indéniable, la puissance surprenante, et qui devint un animal mythique, la monture des dieux et, pour cette raison mÃÂȘme, prit un caractÚre quelque peu diabolique. Figure des ténÚbres à laquelle on attribue de mystérieux et dangereux pouvoirs, recelant une puissance apparemment indomptable, sauvage, primaire, le cheval est associé à la mort et aux instincts destructeurs. A ce point que la mort elle-mÃÂȘme et les forces de destruction furent parfois représentées sous l'aspect de cavaliers, comme par exemple les quatre cavaliers de l'Apocalypse dont Ézéchiel et Zacharie eurent les premiÚres visions, d'aprÚs la Bible. Toutefois, comme c'est souvent le cas avec les symboles forts, les mythes récurrents et présents dans différentes parties du monde antique, sous des formes diverses mais dans le fond identiques quant à leurs significations, le cheval est un animal ambivalent, tantÎt figurant la mort sous son aspect le plus violent, tantÎt représentant l'élévation et la grandeur de l'ùme, la course du soleil à travers le ciel, la puissance régénératrice de l'eau et purificatrice du feu, les instincts maÃtrisés, le désir dominé, le corps, véhicule de l'ùme ou, plus exactement, la monture que l'ùme doit apprivoiser et emprunter pour accéder au divin. Dans certains contes et légendes, le cheval ailé possÚde le pouvoir de faire passer celui qui sait le monter de la nuit au jour, du monde visible au monde invisible, de la mort à la vie. Aucune porte ne reste fermée pour lui. Toutes les frontiÚres sont abolies, dÚs lors qu'il fait corps avec le cheval. C'est ainsi que l'apparition d'un cheval dans un de vos rÃÂȘves est souvent associée aux forces psychiques, instinctives et pulsionnelles inconscientes, destructrices, certes, mais par là mÃÂȘme créatrices et régénératrices aussi. N'oublions pas en effet que le cheval, à cause de sa nature fougueuse et généreuse, fut associé aux déesses de la Terre, symboles de fécondité. Les interprétations révélées par la présence du cheval dans nos rÃÂȘves sont si nombreuses, si variées, que l'on pourrait presque y consacrer un ouvrage entier, tant les symboles et les mythes se rattachant à cet animal sont multiples. C'est ainsi que le cheval peut ÃÂȘtre rapproché des quatre éléments le Feu, la Terre, l'Air et l'Eau. Il peut ÃÂȘtre une représentation de la foudre, de l'éclair, de l'embrasement, de l'incendie, et donc d'un événement soudain, inattendu, brutal, imprévu, inévitable, bouleversant, qui se produit ou va se produire dans la vie ou dans l'esprit du rÃÂȘveur. Il peut figurer le roulement de la terre qui tremble, les ondes de choc telluriques et, là encore, annoncer un bouleversement dans la situation ou la vie du sujet. Il peut symboliser la tempÃÂȘte qui balaie tout sur son passage, la tornade ou le cyclone, et laisser sous-entendre que beaucoup de choses devront ÃÂȘtre ou seront éliminées dans la vie du sujet. Enfin, il peut incarner le raz de marée qui déferle, révélant ainsi une crise émotionnelle."** D'aprÚs Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs Octopus Publishing Groupe, 2006 ; traduction française Éditions Véga, 2006 Guide d'interprétation En tant que symbole oniriqueLiberté ; Sexualité ; Pouvoir ; Ambition ; Spiritualité ; Transition ; Force en tant que gardien ou protecteurProtÚge pendant le voyage ; Transporte en toute sécurité vers les domaines tant que guérisseurTransforme les blessures en sagesse ; Soigne les traumatismes émotionnels ou la tant qu'oracle ou augureNouvelle aventure ; Gain et contes Dans le mythe grec, Pégase, le cheval ailé, est né du sang de Méduse à la chevelure en serpents. Le centaure Chiron, mi-homme, mi-cheval, rejeté par sa mÚre à la naissance, était devenu un grand guérisseur compatissant. Dans le mythe celte, les chevaux blancs sont associées aux déesses Rhiannon et le cheval est votre animal de pouvoir Vous ÃÂȘtes trÚs sensible et réagissez fortement à votre environnement. Vous appréciez les relations sociales harmonieuses et si on ne fait pas appel à vous pour diriger, vous e^tes content de suivre. Quand les membres de votre famille élargie ne s'entendent pas, ils se tournent vers vous pour la médiation. Le rejet vous fait trÚs peur. Vous ÃÂȘtes trÚs résistant et appréciez votre liberté de voyager. Quelques difficultés à faire confiance, mais quand vous vous décidez, c'est au cheval de vous aider à satisfaire votre désir de voyage et d'aventure ;à ÃÂȘtre un dirigeant compatissant et efficace de votre communauté.Accéder au pouvoir du cheval en visitant une écurie et en montant ;participant à un marathon. On connaÃt plus de 150 races de chevaux et de poneys. Votre cheval de pouvoir est-il un pur race, un cheval de trait, un étalon, un hongre ou une jument ? Quelle est sa couleur ? Imaginez que vous ÃÂȘtes votre cheval. Quelles sensations laisse le fait d'ÃÂȘtre si beau, si puissant, si libre ?Élément Terre.** Pour Jacques Voisenet, auteur de "Lñ€ℱanimal et la pensée médicale dans les textes du Haut Moyen Age." paru dans la revue Rursus. Poiétique, réception et réécriture des textes antiques, 2006, n°1 La chair du cheval est aussi jugée  dure, difficile à manger, mauvaise pour lñ€ℱhomme, tant et si bien quñ€ℱil a beaucoup de peine à la digérer ». Elle est donc peu recommandable dñ€ℱun point de vue diététique - elle échauffe trop ñ€“ mais surtout parce quñ€ℱelle est liée à des pratiques païennes en vigueur dans les populations germaniques. Elles attribuaient à la viande des chevaux sacrifiés souvent en lñ€ℱhonneur des défunts une vertu phylactérique. Cette manducation permettait de participer à la nature magique de lñ€ℱanimal et dĂąâ‚Źâ„ąĂƒÂ©tablir un lien entre le monde des vivants et celui des morts. Lñ€ℱhippophagie et lñ€ℱabsorption de sang étaient une pratique largement répandue chez les barbares. Pline avait déjà évoqué la coutume des Sarmates qui prélevaient du sang à leurs chevaux pour se nourrir. Pour les auteurs chrétiens, il ne sñ€ℱagit pas dñ€ℱune habitude alimentaire innocente mais dñ€ℱun mode de vie païen quñ€ℱil faut éradiquer. Saint Boniface mort en 755, apÎtre de la Germanie, reçoit des recommandations trÚs strictes de la part du pape Grégoire III 731-741 pour qui il faut interdire aux nouveaux convertis la consommation de viande de cheval, sauvage ou domestique, et imposer une sanction sévÚre aux contrevenants car cñ€ℱest un usage  immonde et exécrable ». Vingt ans plus tard, le pape Zacharie 741-752 lui renouvelle lñ€ℱinterdiction à partir dñ€ℱune liste dñ€ℱanimaux que Boniface lui avait fait parvenir. Cela montre la difficulté que lĂąâ‚Źâ„ąĂƒÂ©vangélisateur devait rencontrer à faire accepter cette interdiction par les populations germaniques habituées à manger de la viande de cheval. Les besoins dĂąâ‚Źâ„ąĂƒÂ©claircissements de Boniface étaient dñ€ℱautant plus forts quñ€ℱil savait que dans la chrétienté cette sévérité ne faisait pas lñ€ℱunanimité. Certains pénitentiels se montrent intransigeants trois à quatre ans de pénitence pour les mangeurs de chevaux, dñ€ℱautres sont plus mesurés  La consommation du cheval nñ€ℱest pas interdite, pourtant elle nñ€ℱest pas habituelle » ;  La viande chevaline nñ€ℱest pas interdite mÃÂȘme si beaucoup de peuples refusent dñ€ℱen manger ». Cñ€ℱest le cas en particulier des orientaux ou des irlandais mais lñ€ℱinterdiction stricte des papes Grégoire et Zacharie est imposée dans un contexte dĂąâ‚Źâ„ąĂƒÂ©vangélisation sur un front du christianisme et à cause de la place du cheval dans la religion germanique. Manger nñ€ℱest pas un geste anodin, cela peut vous maintenir dans lñ€ℱerreur du péché, maladie spirituelle qui a toujours une incidence sur le corps et provoque les maladies physiques .** Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal édition originale 2007 ; traduction française Éditions Contre-dires, 2018 nous délivre un Message des animaux du royaume des équidés Nos cÅ“urs sont énormes et rayonnants, de sorte que nous répandons l'amour sur tout ce qui nous entoure. Ainsi, nous guérissons les gens, les autres animaux et la Terre. Vous pouvez le faire, vous aussi. Il nous suffit d'ouvrir votre cÅ“ur et de le laisser resplendir d'amour. De beaux chevaux d'un grand raffinement se sont incarnés en venant de Lakumay, l'aspect ascensionné de Sirius, durant l'age d'or de l'Atlantide, pour servir et soutenir les humains. A cette époque, ceux qui se sont portés volontaires pour semer les grains de la grande expérience de l'Atlantide vibraient tous au niveau supérieur de la cinquiÚme dimension. Ils utilisaient les chevaux avec beaucoup de gratitude comme moyen de transport et les montaient sans selle en les dirigeant télépathiquement. En échange, les humains en prenaient soin et les abritaient en s'assurant qu'ils étaient bien nourris. Un lien d'amour trÚs fort existait entre les chevaux et leurs amis humains. Ce n'est que lorsque l'Atlantide est tombée que les chevaux ont été montés avec des selles et des brides ou ont été élevés et utilisés pour des travaux difficiles. La mission de l'ùme de ces créatures excellentes et dignes est de rendre service à l'humanité, et en retour, notre contrat est de les honorer et de prendre soin d'eux. Les chevaux étaient, et sont encore, des guérisseurs au grand cÅ“ur. Beaucoup d'entre eux démontrent toujours des qualités de dignité, d'honneur, d'amour, d'empathie, de liberté et de joie. Ils diffusent également l'énergie féminine divine et sont reliés à l'ange Marie, qui se connecte avec eux par l'intermédiaire de Vénus, le cÅ“ur cosmique. En tant que guérisseurs, les chevaux ont une grande affinité avec les enfants, en particulier ceux qui ont un besoin physique ou émotionnel. Ils peuvent contribuer à les soulager et à les apaiser. Comme la plupart des animaux à quatre pattes, les chevaux sont trÚs présents dans leur corps et ils aident les enfants à se détendre et à prendre, eux aussi, pleinement conscience de leur corps. Cela peut ÃÂȘtre d'une grande utilité pour les enfants sensibles et avec une fréquence vibratoire élevée qui se déconnectent énergétiquement de la Terre et ont tendance à s'isoler parce que la vie est difficile ou que les énergies qui les entourent sont trop faibles, mais qui ont vraiment besoin d'expérimenter pleinement la Terre. Et l'ange Marie travaille avec les enfants par l'intermédiaire des chevaux. Quand les gens ont commencé à introduire leurs 12 chakras de la cinquiÚme dimension, l'archange Christiel est entré dans cet univers en passant par la porte des étoiles en forme de croix de la constellation de la Lyre. Il a commencé à déverser la lumiÚre divine féminine à travers la Lune dans le chakra causal de ceux qui étaient prÃÂȘts à la recevoir. Le centre causal est un chakra transcendant brillant comme la Lune au-dessus de la couronne. C'est grùce à ce centre que les gens peuvent se connecter pleinement avec les anges, les licornes, les maÃtres éclairés et le monde spirituel de la septiÚme dimension. Quand les gens ont élevé leur fréquence aux niveaux supérieurs de la cinquiÚme dimension, leur chakra causal est devenu un portail par lequel les licornes pouvaient pénétrer dans la longueur d'onde de la Terre. En 2012, un plus grand nombre d'individus ont ouvert leur chakra causal. Puis, en 2015, sous l'influence des super lunes et de l'ascension de la Terre-MÚre, une vague de l'énergie féminine divine et magnifique de l'archange Christiel a déferlé aussi bien sur les ÃÂȘtres humains que sur les animaux. Ce phénomÚne a affecté plus particuliÚrement les chevaux qui portaient déjà l'énergie divine féminine, car il a réactivé leur mission supérieure qui était destinée à procurer à la planÚte un équilibre divin masculin-féminin. Durant l'ùge d'or de l'Atlantide, quand le temps était venu de mourir pour un cheval bien-aimé, ses amis humains le regardaient se transformer en licorne et entamer son ascension. Je suis heureuse de dire que quelques personnes m'ont fait partager leurs merveilleuses expériences durant lesquelles elles ont vu l'esprit de leur cheval sortir de son corps et se transformer en une licorne d'un blanc immaculé tandis qu'il s'élevait vers la lumiÚre. Quel privilÚge incroyable de pouvoir assister à une telle scÚne ! L'événement est similaire à la cérémonie des niveaux intérieurs que vit un ÃÂȘtre humain quand il entame son ascension. Les anges et les archanges les attendent pour les accueillir. Les trompettes se font entendre dans tout lñ€ℱunivers, et tout n'est que jubilation et joie à travers les cieux. Une des nombreuses tùches de l'archange Gabriel est d'aider les ÃÂȘtres de tous les univers à exprimer la liberté et la joie ; et il n'est donc pas surprenant qu'ils veillent sur les chevaux et qu'ils les aident à remplir leur potentiel. Une des visions les plus inspirantes sur le plan énergétique est celle d'un cheval heureux qui galope dans le sable avec sa criniÚre qui vole au vent. Les chevaux sauvages Les chevaux sauvages sont des descendants de ceux qui ont été domestiqués et se sont échappés. Ils vivent en groupes, avec un mùle, qui protÚge son harem de femelles. Les jeunes poulains quittent la famille à l'ùge de deux ans et errent avec d'autres mùles jusqu'à ce qu'ils fondent leur propre famille. Ces chevaux expérimentent la vie de famille et la liberté. Leur chemin n'est pas destiné à croiser celui des humains. VISUALISATION POUR COMPRENDRE LES CHEVAUX Trouvez un endroit oÃÂč vous pourrez vous détendre sans ÃÂȘtre dérangé. Dessinez le diamant de pureté et de protection de l'archange Gabriel sur vous et respirez que vous ÃÂȘtes assis sur une longue plage de sable fin pendant une chaude journée de printemps. Les vagues roulent sur le rivage et vous vous sentez trÚs bien. Un cheval gracieux trotte le long de la plage et vient vous vous. Il rayonne de calme, d'amour et de paix. Il s'arrÃÂȘte à cÎté de vous et vous invite télépathiquement à monter sur son dos. Votre ange gardien est proche de vous, afin de vous faire savoir que vous serez en sécurité. Vous caressez le nez de votre ange vous aide à vous asseoir sur le cheval et s'installe derriÚre vous en passant les bras autour de votre taille. Prenez un moment pour vous lier avec votre étalon. Puis, vous galopez le long de la plage sur votre cheval, vos cheveux volant dans le vent. La mer est peu profonde sur le rivage, et les sabots du cheval soulÚvent des éclaboussures d'eau. Enveloppé dans un cocon blanc pur d'amour et de confiance, vous ressentez l'exaltation, la joie et la liberté, le plaisir et la sensation merveilleuse de ne faire qu'un avec cet animal. Profitez de ce ressenti aussi longtemps que vous le souhaitez. Pendant votre promenade à dos de cheval, vous recevez un téléchargement d'énergie divine fé le cheval s'arrÃÂȘte, caressez-le et remerciez-le. Laissez votre ange gardien vous aider à descendre. Et maintenant, prenez soin du cheval en le brossant, en peinant sa criniÚre et sa queue, en l'emmenant avec douceur vers un pùturage spécial et en lui donnant une carotte. Parlez-lui gentiment pendant tout ce temps, en lui rappelant qu'il est vraiment magnifique. Puis, ouvrez les yeux en vous sentant revigoré et plein d'amour. ** Selon Annie Pazzogna, auteure de Totem, Animaux, arbres et pierres, mes frÚres, Enseignement des Indiens des Plaines, Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012, 2015, dans le cercle des animaux, le Cheval Sunkawakan fait partie, au mÃÂȘme titre que l'Hirondelle, la Libellule, l'Araignée, le Corbeau, le Serpent et le Chien, des Animaux Tonnerre qui se situent à l'Ouest de l' en négatif EntÃÂȘtement.en positif Force fécondante ; Guide ; Élévation. Tous les chevaux actuellement sauvages ont été domestiqués puis sont retournés à la nature. Ils vivent par groupes sous la conduite d'un vieux mùle. Cheval est comme la foudre, porteur de vie et de mort. Si ses sabots ronds et lisses font naÃtre l'éclair, ils ne lui permettent pas d'adhérer à la terre ; Cheval vole, il est la liberté, la puissance, l'endurance. Ses naseaux exhalent la fumée... Sunkawakan, force fécondante est l'élévation de la puissance de l'ùme. Il est le véhicule de l"homme tout au long de sa vie. Il faut le monter afin d'entrer en communion avec le divin. Il permet de s'envoler dans les airs et atteindre le Ciel. Guide par excellence, Cheval pouvait ÃÂȘtre sacrifié lors du décÚs de son maÃtre pour que son ùme clairvoyante l'aide à trouver le chemin dans l'autre monde. Il est lié à la planÚte Vénus. Avant que Cheval ne vÃnt dans les Plaines, les Indiens ne se déplaçaient pas plus de dix kilomÚtres / jour. Les charges se limitaient aux possibilités des femmes et des chiens. Les hommes ne portaient rien ; ils devaient ÃÂȘtre prÃÂȘts à parer aux attaques. Les Indiens étaient attachés à leurs chevaux. ils chantaient leurs qualités et sculptaient ceux tombés au combat. Kola mitasunke kinyan yan in yanke lo "mon ami, mon cheval, quand tu galopes, tu voles comme un oiseau" Chant de guerre de Brave Buffalo. Sunk'ska akan yanka était une confrérie de vieux guerriers qui chevauchaient des chevaux blancs et leur parade faisait l'admiration de tous. Cheval fut l'objet de nombreux raids pour le voler à ses possesseurs et suscita de ce fait quelques guerres tribales. Les Sioux eurent une grande nation grùce à lui. La tÃÂȘte de Sunkawakan orne les bùtons de voyage des hommes médecine. La chevauchée symbolique traduit l'abandon du corps. C'est la mort mystique, la lutte de la lumiÚre contre les ténÚbres.** Dans Rencontre avec votre animal totem édition originale 2010, traduction française 2015, Phillip Kansa et Elke Kirchner nous proposent la fiche suivante sur le cheval "Caractéristiques positives Atteindre ses objectifs par la mobilité et la volonté ; Trouver sa place dans la communauté.En quoi cet animal m'aideLe cheval, en tant qu'animal totem te donne la persévérance et la volonté de donner le meilleur de toi-mÃÂȘme. Avec force et grùce, il sert celui qui comprend son langage. Le cheval a besoin de compagnie pour se sentir bien. Il t'aide à vivre en collectivité et à accepter que chacun ait sa le cheval me protÚgeLe cheval te protÚge de la solitude et te rappelle que chacun peut trouver sa place dans la société. Sa persévérance et sa volonté l'empÃÂȘchent de renoncer trop vite. Son agilité t'apprend à surmonter les obstacles ou à les contourner et à prendre une nouvelle pour me relier à cet animalImagine que tu te trouves devant un enclos et que tu observes un troupeau de chevaux. L'un d'eux attire fortement ton attention. Relie-toi par le cÅ“ur à cet animal. Il se détache lentement du troupeau et, au pas, s'approche de toi. Tu ressens sa puissance et sa beauté. Ses forces gagnent ton champ énergétique et emplissent tout ton corps. Le cheval tend sa tÃÂȘte, que tu caresses doucement. Tous deux appréciez ce moment de proximité partagée. Demande au cheval de te prÃÂȘter sa force et dis-lui, si tu le souhaites, dans quelle situation tu as besoin de ses qualités. Tu peux aussi lui demander comment il s'appelle, pour pouvoir l'invoquer à tout moment. Si la rencontre touche à sa fin, remercie l'animal, respire dans ton cÅ“ur, et reviens dans l'ici et maintenant." ** Pour David Carson, auteur de Communiquer avec les animaux totems, puisez dans les qualités animales une aide et une inspiration au quotidien Watkins Publishing, 2011 ; traduction française Éditions Véga, 2011, le cheval appartient à la famille de la Sagesse intérieure, au mÃÂȘme titre que l'hippopotame, le chien, l'aigle, l'ours polaire, le coyote, la salamandre, le papillon, la chouette, le saumon, le phoque, le paon, la grue, le liÚvre, le tigre, le bÅ“uf et la pieuvre. Sagesse intérieure Invoquer un esprit animal, c'est éveiller de nouvelles perceptions. Tout phénomÚne naturel, y compris l'animal, est intrinsÚquement mystérieux. L'indicible que recÚle toute forme de vie nous ramÚne aux questions fondamentales sur l'existence. Comment et pourquoi s'est formé le cosmos ? Pourquoi les choses existent-elles plutÎt que le néant comme s'interrogent souvent les philosophes ? La méditation peut nous apporter une conscience silencieuse des vérités qui se cachent derriÚre ces énigmes. Lorsque nous plongeons nos yeux dans ceux d'une autre créature, nous sommes confrontés à de profonds mystÚres, dont l'animal est l"incarnation vivante. Ce chapitre présente les animaux susceptibles de nous guider vers de nouveaux indices et une acuité nouvelle. Si nous sommes prÃÂȘts à nous ouvrir et à écouter, nous pouvons gagner en maturité spirituelle et avancer dans notre voyage intérieur. [...] Depuis des milliers d'années, les chevaux sont honorés comme créatures majestueuses et puissantes. En France et en Espagne, on a découvert des peintures rupestres de chevaux remontant à 5 000 ans, parfois plus. Ces animaux tiennent compagnie aux chamans et sont unis à eux par un lien étroit. On prétend mÃÂȘme que le tambour du chaman peut, par magie, se changer en cheval ; d'autres affirment encore que leurs calebasses renferment des chevaux magiques. Ces créatures spirituelles de génie ont le pouvoir de voir le futur, et protÚgent les chamanes du danger. Il n'est rien de plus fin ou noble qu'un cheval beau et fougueux. D'aprÚs les anciens habitants des monts Altaï d'Asie centrale, l'univers lui-mÃÂȘme était un cheval - le grand cheval de la compassion. Sa tÃÂȘte était lñ€ℱaube du ciel ; son Å“il gauche, l'étoile du matin ; et son Å“il droit, l'étoile du berger. Sa robe portait lune, étoiles et planÚtes, son estomac contenait l'espace et son corps était le temps. Son souffle abritait les quatre vents et sous lui se trouvait la Terre. Nous autres humains étions les intermédiaires recherchant la compréhension de ce grand cheval. Dans de nombreuses cultures du monde entier, le cheval blanc a une signification spirituelle particuliÚre. Les anciens textes sacrés de l'Inde, les Vedas, disent que dans l'incarnation finale, Vishnu, sauveur du monde, apparaÃtra soit chevauchant un cheval blanc, soit sous la forme mÃÂȘme de ce cheval. Dans l'ancien rite védique de l'ashvamedha, on sacrifiait des chevaux blancs, tout comme chez les Magyars hongrois. Deux des plus importants saints chrétiens, Jean et Georges, chevauchaient traditionnellement de purs chevaux blancs ; parallÚlement, d'autres cultures décrivent que dans le ciel, le char du soleil était tiré par des chevaux blancs. Les Amérindiens étaient les plus expérimentés des peuples-chevaux. Les Comanches, tribu remarquée pour ses compétences cavaliÚres, étaient capables de parcourir le Mexique entier à cheval. Sur les grandes plaines, l'animal offrit la possibilité d'une expansion culturelle. Grùce aux chevaux, les Indiens d'Amérique pouvaient chasser plus efficacement et déplacer davantage de marchandises et plus vite qu'auparavant. En outre, les chevaux offrirent au peuple la possibilité de déplacer des villages tribaux de plusieurs centaines de mÚtres. Enfin, pendant deux siÚcles, les chevaux empÃÂȘchÚrent lñ€ℱexpansionnisme espagnol et blanc dans le Sud-Est de l'Amérique. Avec le cheval blanc pour totem, vous possédez l'énergie de la vitesse, de la noblesse et de la grùce. Force intérieure, dignité et beauté vous caracté Noblesse sur le cheval Debout ou allongé, commencez par vous centrer. Imaginez l'énergie d'un cheval. Laissez monter cette énergie, ressentant l'esprit et l'ùme mÃÂȘme de l'animal. Faites tomber les moindres barriÚres et fusionnez avec l'animal. Dans votre Å“il mental, lùchez toute restriction ou hésitation et devenez libre - libre de marcher lentement dans un pré verdoyant. Sentez le vent agiter votre criniÚre. A présent, vous avancez un peu plus vite, joyeux et fier. Éprouvez les battements des sabots sur le sol. Ébrouez-vous, ruez et trottez. Levez-vous sur vos pattes arriÚre et piaffez l'air de vos sabots. Osez maintenant galoper comme le vent, rapide et libre. Votre souffle s'imprÚgne du parfum de la plaine, vos naseaux frémissent. Vous ÃÂȘtes un cheval sauvage en communion avec la nature." ** Karsten Massei nous explique dans son essai intitulé Les Offrandes des Abeilles Édition originale, 2015 ; traduction française Éditions de lñ€ℱÉmeraude, 2017 que les animaux et les hommes sont unis par des liens spirituels étroits Le cheval est un ami de lñ€ℱhomme. Depuis des temps trÚs reculés, il lñ€ℱaccompagne à sa façon et participe au développement des diverses cultures. Sa dignité rayonne et se transmet à lñ€ℱhomme. Il exerce une influence permanente sur les humains, mÃÂȘme sñ€ℱil en est éloigné géographiquement. Lñ€ℱinfluence réciproque, le flux vital et spirituel qui courent entre le cheval et lñ€ℱhomme sont intenses, du fait que tous deux cheminent ensemble depuis trÚs longtemps. LĂąâ‚Źâ„ąĂƒÂ©nergie vitale que lñ€ℱhomme absorbe et concrétise grùce à lñ€ℱentité des chevaux est de nature trÚs élevée. Les offrandes des chevaux à lñ€ℱhomme concernent sa capacité à se connecter verticalement avec les conditions de vie terrestres. Elles enveloppent en quelque sorte sa colonne vertébrale, construisent autour une aura en forme dñ€ℱÅ“uf, qui de fait enlace chaque vertÚbre. Lñ€ℱhomme vit son maintien, sa verticalité, comme sñ€ℱils émanaient de ses propres forces alors quñ€ℱil les doit au cheval. Cette offrande, qui lui permet de marcher droit sur terre, est la condition pour quñ€ℱil puisse penser, utiliser sa capacité de discernement. Il émane des chevaux, de leurs entités supérieures, un flux de développement qui génÚre un maintien vertical et nourrit ainsi la pensée, la compréhension. Dans les chevaux réside la source de toute intelligence humaine. Les chevaux la possÚdent mais ne la vivent pas. Cñ€ℱest en lñ€ℱhomme quñ€ℱelle sñ€ℱexprime, grùce à eux.** Dans son jeu de carte L'Oracle du peuple animal Guy Trédaniel Éditeur, 2016, Arnaud Riou regroupe les animaux par famille. Le cheval appartient selon lui à la famille de l'action, avec le bélier, l'éléphant, l'ours, le colibri, le renard, le bison, le requin, le castor et le dragon. L'action "Au-delà de nos concepts, de nos belles théories, de nos idées et de nos valeurs, le passage à l'acte est une dimension fondamentale de notre humanité. Nous avons beau avoir le plus bel idéal, nous ne serons pas heureux tant que nous ne l'aurons pas réalisé. De la mÃÂȘme façon, si nous passons à l'action en permanence sans prendre le temps de ressentir à quels besoins fondamentaux correspondent les actions que nous entreprenons, nous ne resterons que dans la dimension superficielle de notre ÃÂȘtre et notre vie manquera de sens. Notre santé s'appuie sur notre inspiration et notre expiration. Plus nous respirons profondément, plus nos perspectives s'élargissent. L'inspiration correspond à l'intuition, la méditation, l'introspection, la sagesse. L'expiration correspond au passage à l'acte, à la décision, à l'action compatissante. C'est alors tout un art de passer à l'action en s'appuyant sur une intention claire, sans pour autant y mettre trop de volonté. C'est tout un art de n'ÃÂȘtre ni dans la procrastination, l'art de remettre à demain ce qu'il serait juste d'entreprendre aujourd'hui. C'est tout un art aussi de travailler quotidiennement sans tomber dans la surchauffe, la dépression ou le découragement. [ La syntaxe fautive de cette fin de paragraphe n'est pas de mon fait ni... ni ? je recopie scrupuleusement l'article afin que chacun puisse se faire sa propre opinion.] La volonté égotique est dure et empÃÂȘche la fluidité de nos actions. Lorsqu'il tire à l'arc, le samouraï est précis sur le centre de la cible qu'il vise. Toute sa concentration est posée sur la qualité de sa posture. Puis, il détend le pouce et l'index, et libÚre la flÚche. Il ne met aucun volonté dans ce dernier mouvement. Poser une intention claire et passer à l'acte avec douceur et précision est tout un art. C'est à cet art que nous invite cette famille d' tu veux me monter, si tu veux seulement m'approcher ou caresser ma criniÚre,il faudra que tu apprennes à te connaà à découvrir ta puissance,à maÃtriser tes instincts et à affiner tes directions,alors tu pourras voyager en liberté.......................................................................................................................................................La carte représente une harde de Chevaux sauvages. Ils paissent dans un environnement naturel de grands espaces, de collines et de plaines. Un lac leur permet de s'abreuver. Nous sommes dans un paysage de printemps, les arbres fruitiers sont en fleurs. Au premier plan, un pommier exulte ses fleurs blanches. Un cheval est face à nous. Il est jeune, fougueux, joyeux, la criniÚre libre. Il est dans un mouvement d'entre-deux, à l'arrÃÂȘt, mais prÃÂȘt à repartir au galop. Il s'agit d'une jeune jument à la robe claire..................................................................................................................................................... Le Cheval incarne la liberté, la fougue et la puissance maÃtrisée. Du Cheval, on admire la vitesse, la précision, la virtuosité. Depuis qu'ils se sont rencontrés, les hommes et les chevaux vivent une relation complexe dans l'art de vivre ensemble. Autrefois, l'homme était lent et prisonnier d'un territoire. La rencontre avec le prince des plaines lui a permis de découvrir des espaces insoupçonnés. Le Cheval porte l'homme, ses bagages, tire sa caravane et lui permet de développer sa connaissance du monde. De tout temps, l'homme est fasciné par la liberté qu'incarne le Cheval. Avec lui, il découvre de nouvelles contrées. Sur les cinq continents, l'homme et le Cheval ont toujours eu cette relation riche et complexe. Chez les Romains, le Cheval avait droit à une sépulture. Il figurait sur de nombreux temples et l'homme lui dressait un véritable culte. C'est le Cheval qui tirait le char dans les tournois, potait les cavaliers dans les combats, tirait la charrue dans les champs. Les Indiens entretenaient avec lui une relation de respect infini. Car respecter le Cheval, c'est respecter la liberté. Les chamans ont compris que le Cheval est capable de porter les hommes jusqu'au ciel. Ainsi, l'équidé est un animal totem puissant pour faire voyager les hommes dans le monde réel comme dans le monde des esprits. Cette relation entre l'homme et le Cheval a, au travers des siÚcles, pris les formes des plus nobles aux plus viles. Le Cheval accompagne les paradoxes de l'homme. Il est placé comme icone des grandes écoles de dressage tout en étant consommé dans les boucheries. Dans la nature, le Cheval vit en harde, un petit groupe d'une dizaine d'individus, habituellement constitué d'un étalon, de trois ou quatre juments et de leurs poulains. Ces poulains accompagnent le clan jusqu'à leurs deux ou trois ans. Ensuite, ils sont chassés par l'étalon et vont créer leur propre harde. Se joue alors un jeu d'autorité, de défiance, de limites. Dans la harde, c'est souvent la jument la plus ùgée qui est la dominante. Elle assure l'éducation des poulains et oriente le clan. Si le Cheval est considéré comme le meilleur ami de l'homme, il n'a pas besoin de l'homme. Il est libre de nature et beaucoup de races vivent encore aujourd'hui sans l'intervention humaine. Le Cheval est l'un des rares animaux à incarner une telle puissance dans la nature et à ÃÂȘtre prÃÂȘt à une telle tendresse envers les humains qui savent l'approcher. Lorsque le Cheval vous apparaÃt dans le tirage, c'est pour vous interroger sur votre propre liberté. Si vous cherchez le pouvoir, recherchez-vous ce pouvoir en prenant le contrÎle sur vous ou sur les autres ? Pour dresser l'animal, apprenez à le montrer, et donc à trouver votre propre équilibre, votre assiette, à tenir en selle, à savoir guider. Il y a dans cet apprentissage une initiation sur l'art de devenir son propre maÃtre. La hiérarchie et le respect de l'autorité naturelle sont importants chez le Cheval. Le Cheval peut reconnaÃtre à l'homme son autorité. Cela demande à celui-ci d'incarner lui-mÃÂȘme son propre leadership, de savoir oÃÂč il va, d'ÃÂȘtre congruent. C'est pourquoi le cavalier doit devenir son propre maÃtre, et explorer les ressorts et les obstacles à sa propre puissance. Le Cheval vient vous interroger sur votre propre assise. Peut-ÃÂȘtre est-il nécessaire que vous passiez plus de temps à dompter vos propres pulsions sauvages, à vous stabiliser. Le Cheval dans le tirage vient également vous interroger sur la façon dont nous cohabitons avec les pulsions liées à notre sexualité. Mots-clés La liberté - La puissance - La vitesse - L'élégance - Le respect - La maÃtrise - Le contrÎle - Le voyage - Le clan - L'inclusion, l'exclusion - La sexualité. Signification renversée Lorsque le Cheval vous apparaÃt dans sa position inversée, c'est pour vous interroger sur les parties de vous qui sont enfermées. Avez-vous gardé votre bride trop serrée ? Qui est le maÃtre chez vous ? Votre ego ? Votre intelligence intellectuelle, vos concepts et vos idées ? Vos pulsions animales ? Qui domine qui ? Lorsque l'esprit du Cheval se montre dans sa position inversée, c'est l'occasion de vous recentrer, de clarifier votre direction et la direction que prennent vos projets. Peut-ÃÂȘtre y a-t-il trop de dispersion ? Peut-ÃÂȘtre allez-vous trop vite ou au contraire, peut-ÃÂȘtre avez-vous peur de prendre toute votre vitesse. Le Cheval inversé vient vous interroger sur la façon dont vous maÃtrisez les forces motrices de votre vie. Le message du Cheval Je suis le Cheval. J'incarne la liberté. Depuis que nous nous sommes rencontrés, je t'ai appris que l'univers n'a pas de limites. Je te permets de te dépasser. Je t'invite à monter sur mon dos. Laisse-toi porter par mon mouvement naturel. Écoute le rythme de mes sabots, pose ta main sur mon flanc, sens battre mon cÅ“ur, sens la chaleur de mon corps, et le souffle de mes naseaux, suis ma cadence. Je connais les secrets de la vitesse, de l'endurance. Je sais franchir les obstacles, traverser les riviÚres, monter les sentiers escarpés, passer à travers bois. Je sais galoper mÃÂȘme dans les endroits les plus complexes. Je sais toujours que le rythme doit s'adapter à mon pas. Je suis le fils de la Terre, et mon esprit flotte dans le ciel. Viens avec moi, je t'accompagnerai à passer la porte des nuages. Le rituel du Cheval Je rends hommage au peuple des Chevaux. Je m'installe quelques minutes en méditation. Je visualise mon corps dans son plein éclat. Je visualise un Cheval venir vers moi. Quelle est sa posture, quel est son rythme ? Je me sens stable. Je ne cherche pas à attraper le Cheval ou à le brusquer. Je suis en lien avec ma respiration et ma propre stabilité. Au bout de quelques instants, le Cheval semble avoir repéré ma présence. Il se sent en confiance. Je m'approche alors de lui. Lentement, mais en étant totalement présent à ma marche, totalement présent à chacun de mes pas. Je suis plein de moi. Je me dompte moi-mÃÂȘme et ne cherche pas à attraper, à dresser ou apprivoiser un autre que moi-mÃÂȘme. Alors, le Cheval me laisse l'approcher. Je monte sur son dos, sans selle et sans rÃÂȘnes. Je me sens serein et confiant. Le Cheval part au galop. Je respire profondément. Je me sens confiant. Je regarde au lointain. Je me tiens à sa criniÚre tout en maintenant mon corps détendu, souple et en rythme avec son mouvement."** Dans l'édition revue et augmentée de Les Animaux totems dans la tradition amérindienne Éditions Le Dauphin blanc, 2019 Aigle bleu nous transmet la médecine du Cheval Le cheval est un symbole de pouvoir et de liberté dans les communautés amérindiennes. Les jeunes guerriers et les jeunes braves des plaines** Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017, le Cheval est défini par les caractéristiques suivantes Traits Le Cheval symbolise la loyauté, l'amitié, la confiance et le travail ensemble. Une fois que le cheval vous considÚre comme faisant partie de sa horde, il va vous faire confiance à vous aussi. Il va travailler avec vous pour atteindre ses objectifs et vous accorder sa fidélité éternelle. Le cheval signifie la valeur des amis dans votre vie, ÃÂȘtre fidÚle et avoir confiance en ceux qui l'ont mérité, et travailler ensemble pour parvenir à des buts communs. Talents Alerte ; Athlétisme ; Conscience ; Beauté ; Liens ; Communication ; Confiance en soi ; Coopération ; Empathie ; Endurance ; Fidélité ; Fertilité ; Avancée ; Liberté ; Amitié ; Généreux ; Grùce ; Gardien ; Indépendance ; Loyal ; Relation corps / esprit et ùme ; Noblesse ; Triomphe des obstacles ; Persuasif ; Pouvoir ; Majestueux ; Serviable ; Vitesse ; Force ; Voyage ; Confiance ; Vitalité ; Précurseur ; Nature sauvage ; Bonne volonté ; Travail d'équipe. Défis Peureux ; TÃÂȘtu ; Incohérent ; Trop attaché ; Rebelle ; Agité ; Effrayant ; Trop indépendant. Élément Terre. Couleurs primaires Noir ; Brun ; Gris ; Rouge ; Blanc ; et beaucoup d'autres couleurs en différents motifs. Apparitions Le Cheval apparaÃt lorsque vous vous sentez enfermé, inquiet ou sur les nerfs. Il vient vous dire que vous avez besoin de courir librement, de réguler votre agitation par l'exercice, et de ressentir le vent sur votre visage. Cela va vous ramener à l'équilibre, vous calmer et vous aider à trouver des solutions aux problÚmes auxquels vous ÃÂȘtes confronté. L'indépendance et la liberté sont des choses importantes pour vous, mais vous ÃÂȘtes aussi quelqu'un de volontaire, généreux et capable de liens étroits avec eux qui vous traitent avec amour et respect. La présence du cheval signifie que vous ÃÂȘtes sur le point de vous embarquer dans une nouvelle aventure. Il peut s'agir d'un voyage ou bien d'une exploration spirituelle oÃÂč vous allez ouvrir et faire grandir plus encore la conscience de votre esprit, de votre corps, et votre ùme. Le cheval vient dire que vous avez en vous un grand pouvoir. Vous possédez une incroyable endurance et ne lùchez pas avant que le travail soit terminé, mÃÂȘme si vous ÃÂȘtes fatigué. Vous n'abandonnez jamais ceux qui vous aiment ni la poursuite de vos rÃÂȘves. Le cheval signifie que, parfois, il vous faut faire une pause et poser les charges que vous portez pour revenir au contact de vos propres besoins intérieurs. Lorsque vous ÃÂȘtes enthousiaste, vous avancez vers votre but avec passion et vous pouvez lever facilement les obstacles. Le cheval vous met en garde il vaut mieux accueillir les choses dans la foulée que laisser la peur vous gagner, ou vous révolter. Aide Vous devez accomplir une tùche avec rapidité et précision, ou communiquer des informations en étant pleinement assuré. Les gens sont attirés par votre noblesse et votre grùce, par la beauté de votre esprit et par votre nature empathique parce que vous les faÃtes se sentir confiance en eux et capables d'accomplir ce qu'ils veulent. Le cheval peut vous aider à éveiller votre pouvoir intérieur et vous faire prendre conscience des besoins des autres. Intuitivement, il sait quand son maÃtre ne va pas bien, et il va le toucher du museau jusqu'à ce qu'il se sente mieux. Le cheval signifie que vous devez prendre conscience des sentiments de vos proches et il vous avertit de veiller à ne pas prendre la tangente parce que vous avez peur ou que vous ÃÂȘtes bouleversé ou contrarié. Il vous met en garde aussi contre le fait de vous attacher trop à une personne au point de perdre le sentiment de vous-mÃÂȘme. Il vous aide lorsque vous traversez des périodes de croissance spirituelle, en vous montrant que toutes les vies sont interdépendantes. Fréquence L'énergie du cheval ressemble au vent qui souffle sur votre visage alors que vous galopez librement. c'est chaud et doux, apaisant et pur. Elle est semblable au doux martÚlement de ses sabots sur le pavé. Son odeur évoque la terre, le foin et une pluie fraÃche au aussi Âne ; Hippogriffe ; Kelpie ; Mule ; Pégase ; Sleipnir ; Licorne ; ZÚ Vous ÃÂȘtes dans l'écurie. Il y a quelque chose d'unique dans le mélange des odeurs les chevaux, la sciure et le foin. Vous vous dirigez vers le box et saluez votre jument, flattant son nez à travers la balustrade. Vous entrez dans le box et l'enserrez avec amour, vos bras entourant son échine. Votre respiration est profonde, vous respirez son odeur et sentez votre cÅ“ur qui se connecte au sien alors qu'elle pose sa tÃÂȘte sur votre dos et vous attire plus prÚs d'elle pour un cùlin encore plus chaleureux. Vous souriez contre son cou, vous vous sentez content et heureux. Vous pensez à l'ÃÂȘtre magnifique qu'elle est ; la grùce de son mouvement est à couper le souffle, mais... Il s'agit bien de cela du lien profond et indissoluble entre des esprits de la mÃÂȘme famille.** Aigle Bleu dans Les Animaux totems dans la tradition amérindienne Édition revue et augmentée Le Dauphin blanc, 2019 nous transmet la sagesse de ces ancÃÂȘtres Le cheval est un symbole de pouvoir et de liberté dans les communautés amérindiennes. Les jeunes guerriers et les jeunes braves des plaines avaient coutume d'essayer de voler des chevaux aux tribus voisines afin de prouver qu'ils étaient de bons partis pour la femme qu'ils voulaient épouser, démontrant ainsi qu'ils avaient du courage et du pouvoir. En particulier chez les grandes tribus de chasseurs des plaines du centre de l'Amérique, dont la vie était centrée sur le bison, le cheval était un atout extraordinaire pour se déplacer et pour chasser. Avant la découverte du cheval domestiqué, les PremiÚres Nations des plaines étaient trÚs proches de la terre ; leurs déplacements étaient alourdis par leurs possessions, et donc trÚs lents. DÚs lors qu'ils montÚrent sur le dos des chevaux, ils furent libres comme le vent. Cette découverte fut aussi importante pour eux que celle du feu. Le cheval a eu un tel impact sut toutes les nations du monde que la société actuellement mesure toujours la puissance des véhicules moteurs en chevaux-vapeur. C'est un souvenir de ce époque oÃÂč le cheval était un partenaire honoré et de grande valeur parmi les hommes. Voici une histoire sur l'homme-médecine Dream Walker qui nous parle du pouvoir du cheval. Dream Walker était en chemin sur les plaines pour aller rendre visite à la nation Arapaho. Il portait avec lui sa pipe. Il avait dans sa tresse une plume qui pointait vers la terre, le désignant comme un homme de paix. Du haut d'une colline, il vit une harde de mustangs sauvages qui venait à lui. UN étalon noir s'approcha et il lui demanda ce qu'il cherchait. Le cheval lui dit  Je suis le vide d'oÃÂč les réponses arrivent. Grimpe sur mon dos et apprends à entrer dans le vide dans la noirceur totale qui donne naissance à la forme. » Dream Walker le remercia et lui dit qu'il viendrait lui rendre visite dans le temps du rÃÂȘve lorsqu'il aurait besoin de cette médecine. Puis s'approcha un étalon doré venant de l'est oÃÂč réside l'illumination.  Tu pourras venir me voir pour trouver les enseignements qui permettront d'illuminer ta sagesse et ta connaissance des autres », lui dit-il. Dream Walker  remercia » et répondit qu'il utiliserait ces dons durant son voyage. S'en vint alors l'étalon ocre venant du Sud. Se cabrant joyeusement et fougueusement, il lui parla des joies d'équilibrer le travail et la médecine pesante avec le jeu.  Tu pourras retenir davantage l'attention des autres si tu utilises l'humour », lui expliqua-t-il. Dream Walker le remercia, disant qu'il emploierait cette médecine au cours de son voyage. Dream Walker se rapprochait de sa destination, la nation Arapaho. Alors vint à lui l'étalon blanc du Nord. Dream Walker monta sur son dos. Il était le porte-parole des autres chevaux et représentait la sagesse. Il était l'incarnation d'un bouclier de médecine équilibrée  Aucun abus de pouvoir ne mÚne à la sagesse. Tu as fait ce voyage pour la connaissance du Grand Esprit. Je te porte sur mon dos. La sagesse n'est pas accordée aisément, mais elle l'est à ceux qui sont prÃÂȘtes à la porter de maniÚre utile. » Dream Walker fut guéri par les chevaux sauvages, et il savait que son but en rendant visite aux Arapahos était de partager cette sagesse avec eux. Cette histoire nous rappelle qu'il faut équilibrer notre médecine. Elle enseigne l'importance d'intégrer tous les aspects de notre sentier sur terre. Il y a de nombreuses dimensions dans notre existence, représentées dans cette petite histoire par les corps physique Sud, émotionnel Ouest, mental Est et spirituel Nord. Chaque direction et les points cardinaux, aussi appelés les  grands-pÚres des quatre vents », représentent des aspects de notre sagesse innée. Notre potentiel tient aux quatre dimensions de notre manifestation le physique, l'émotionnel, le mental et le spirituel. Ces aspects de notre ÃÂȘtre doivent ÃÂȘtre en équilibre pour que notre pouvoir puisse ÃÂȘtre juste et vrai, puissant et bénéfique. Par exemple, trop de spirituel et pas suffisamment de physique conduit aux illusions et à l'orgueil. La compassion, l'ouverture aux enseignements, l'attitude aimante, la vie équilibrée, le fait de rester centré et le partage de nos dons et de nos capacités avec la communauté sont les portes du véritable pouvoir. Cette histoire nous illustre bien l'importance du pouvoir dans notre vie personnelle. Le pouvoir ne sait pas grandir en nous ce maniÚre équilibrée si ne viennent pas conjointement l'humilité et le sens des responsabilités. Avec chaque pouvoir vient une responsabilité. C'est pourquoi la recherche de pouvoir spirituel dans les PremiÚres Nations est toujours tempérée par une réflexion profonde et une mise à l'épreuve par les aÃnés avant d'ÃÂȘtre autorisée et célébrée. Il est bon et il est bien d'acquérir du pouvoir, mais il est nécessaire de comprendre qu'il doit ÃÂȘtre utilisé avec sagesse, discernement et compassion, pour le bien de tous et de toutes, sans quoi les piÚges du pouvoir nous conduiront dans un e spirale descendante qui mÚne à la ruine et à la solitude. De tous les animaux, le cheval tient une place toute spéciale dans l'histoire de l'Homme. Il est constamment célébré dans toutes les nations pour sa beauté, sa force, sa noblesse, sa douceur et sa volonté d'aider. Il a été domestiqué et il est pourtant un symbole de liberté. C'est pourquoi bien des anciens ont trouvé tellement triste la journée oÃÂč l'automobile a supplanté le cheval comme mode de locomotion. Pour eux, il s'agissait d'une grande perte pour l'homme. Dans un pays scandinave une vile a choisi de revenir au cheval pour collecter les ordures recyclables. en quelques mois, sa collecte a doublé. Tous les citoyens voulaient sortir porter leurs matiÚres récupérables pour pouvoir dire bonjour au grand cheval de trait qui tirait la benne. Les dépenses de cette municipalité ont diminué, car l'entretien du cheval coûte beaucoup moins cher que le camion et ne produit pas de pollution. Le cheval se répare tout seul au contraire du camion. Tout ce dont il a besoin, ce sont de bons soins ; de plus, il produit de l'engrais pour les jardins. Il est beaucoup moins dangereux qu'un véhicule, car il s'arrÃÂȘterait automatiquement si un enfant se mettait dans son chemin. Je m'arrÃÂȘte là , vous voyez aisément tous les avantages qu'il y a entre la vie et la machine. Un homme riche, qui travaillait beaucoup et vite, rencontre son frÚre qui conduisait sa carriole tirée par son fidÚle cheval de trait. Il s'arÃÂȘte et l'interroge  Regarde ma belle voiture, j'arrive beaucoup plus vite à destination avec elle. Pourquoi tu t'entÃÂȘtes à utiliser un transport si archaïque ? » Son frÚre répondit  Ton moteur fait un bruit infernal qui empÃÂȘche une pensée juste. Il sent mauvais et ses vapeurs sont toxiques et elles empoisonnent l'air. Ta voiture est dangereuse et produit du stress, puisqu'il te fait constamment surveiller la route pour ne pas blesser les autres, et encore par mégarde, tu tues parfois de petits animaux qui traversent le chemin. Il te faut des routes asphaltées et dures qui sont comme une plaie sur la Terre mÚre. Parfois, il se brise et tu dois dépenser de l'argent et du temps pour le faire réparer. Il te coûte trÚs cher, ce qui t'oblige à travailler de longues heures pour le payer. Ta voiture ainsi raccourcit la durée de ta vie... Mon cheval, c'est un ami. Lors de mes trajets, je peux lui raconter mes problÚmes et il m'écoute. J'arrive à destination avec davantage de sagesse qu'à mon départ. Mon cheval se répare tout seul et il sait se reproduire, donc il dure beaucoup plus longtemps et me coûte beaucoup moins cher que ta voiture. Ses déjections me servent d'engrais. Son pas lent et régulier me relaxe et me permet d'apprécier mon environnement. Et il sait oÃÂč il va. Si je suis fatigué, je peux m'endormir sur ma carriole. Lorsque je me réveille, je suis rendu à destination ! Ainsi, le cheval prolonge mes jours, me donne de la joie, favorise la beauté et la santé de mon environnement et celle d ma famille et de ma communauté !»**Lire la suite de l'article ici.
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  • on le confond avec l hirondelle petit fouet